‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 197 sur 347 · T. III, Lettre à l'auteur, p · texte numérisé non relu

T. III, Lettre à l'auteur, p

4. Tout ce premier paragraphe répond à la question posée dans la lettre précédente sous une forme nouvelle (p. i/lo): « On veut seulement savoir si Jésus-Christ et Bélial peuvent subsister ensemble, le (léché avec l'amour, tel que nous l'avons décrit. »

FEXELON A M- (ÎUYOX li:j

une personne qui la craint, qui se diTie delle-nième, qui a le témoignage dune intention droite, pure et simple, qui marche par le chemin de la foi toute nue et toute obscure, ne trouvera que Dieu, parce qu'elle outrepasse tout autre objet distinct '. Voilà ce que je crois qu'il faut faire entendre à ces âmes peinées. Doivent-elles être surprises de leur doute sur leur état, ])uisqu'elles savent depuis si longtemps que c'est par ré[)reuve de ces doutes si douloureux que leur état même se doit consommer;* Je sais bien que, quand on n'est pas dans la peine, il est aisé d'exhorter les autres à la surmonter ; mais Dieu fera tout. Celui qui me donne cette bonne pensée, donnera aussi facilement l'exécution à l'âme fidèle. Vous, qui avez: passé parle creuset", vous pouvez sur votre expérience [)arlerplus eilicacement que tout autre à ces personnes qui y sont et ont besoin d'être consolées.

J'éprouve d'un jour à l'autre une inégalité ^ prodi-

1. Autre niaxiiiie ciii|)riintée à saint Jean de la Crois (cf. déjà Lettre du 3o avril 1C89, p. i33); cf. Explication i/cî Maximes, art. VIII, vrai, t'dil. cit., p. 65 : « Il ne faut point s'arrêter à ces lumières extraordinaires, mais les onlrepasser, comme dit le bienheureux Jean de la Croix, et demeurer dans la Foi la plus nue el la plus obscure. » Cf. en effet Jean de la Croix, Œuvres complètes, trad. cit., Montée du Monl-Carmel, livre II, chap. xvii, p. C7-68 ; Exposition des Cantiques, §21, p. 3o()-io; Table des matières. Méditation, p. /|45 : « Les exercices de la Méditation se doivent prendre de telle sorte qu'on ne s'y arrête pas, mais on doit passer outre. « — Cette maxime est souvent reprise par Fénelon dans ses Lettres spirituelles, t. ^III, p. 4^7. g, ft!tçi g, 5G2, d, 718, d, etc.; cf. encore plus loin. Lettres du aO juillet 1689, p. 328 et n. 1, du' 16 octobre, p. 2g-'i et n. i.

2. Même métaphore. Instructions. XXI, t. \ I, p. 118,^; Lettres spirituelles, t. VIII, p. 6.37, d.

3. « L'expérience de cette inégalité est une [)rofonde leçon » (^Lettres spirituelles, t. VIII, p. 305, '/).

JU FENELON ET M- <ÎIIY0N

gicusc dans rintcricur. J'ai quclcjucfois des distractions inconcevables ; mais elles me faliguent, sans me décourager. Il me semble que mon discernement, pour distinguer dans mes fautes ce qui est volontaire d'avec ce qui ne Test pas ', augmente beaucoup. Souvent une action qui paraîtrait irrégulicre, me paraît innocente dans sa source. Souvent je m'aperçois d'un mouvement naturel et d'une certaine propriété maligne dans des actions qu'on croirait bonnes ; mais tout cela se voit sans s'arrêter.

Plus vous avancerez dans l'intcrieur, plus vous éprouverez de vicissitudes ; et c'est par ce continuel changement de disposition, que la foi croît et s'établit dans l'âme. Les plantes ne croissent et ne fructifient sur la terre, que par la différence et le changement des saisons. C'est à la faveur de l'obscurité, des distractions de l'esprit, des sécheresses, etc., que la foi croît et se purifie. Le temps de l'obscurité est long et ennuyeux ; il ne le sera pas présentement autant que dans la suite, à cause de la diversité des dispositions, et que l'une soutient par son onction la sécheresse de l'autre, comme nous voyons une pluie nourrir et rafraîchir une terre aride.

Il n'y a rien du tout à faire, pour vous procurer une disposition plutôt qu'une autre, ni pour arrêter les distractions, car il n'y a que Dieu même, qui puisse fixer

1. Cf. Lettre à la comtesse de Montberon du '^janvier 1708, t. VIII p. 688, d : « Vous apprendra- t-il à distinguer avec sûreté les sentiment involontaires de jalousie d'avec la jalousie volontaire ? »

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