Texte de Dutoit : un
M'"' GUYON A FÉNELON Ifil
Vous médisiez que vous ('prouviez une douce correspondance'. Vous me disiez même d'une manière très contente : il n'y a rien de plus doux au monde. Ce qui était extraordinaire à celle vallée, est qu'elle était faite en sillons comme par degrés. Cela (ficililait ceux qui montaient ; cela devait, ce me semble, nous arrêter, puisque nous ne faisions d'autres mouvements, que de nous laisser couler en bas, étant assis, comme je vous lai dit, d'une manière presque imperceptible. Ce qui faisait que les sillons ou degrés ne nous arrêtaient point et ne faisaient nulle violence à la douce pente, qui nous entraînait en bas. c'est (|ue cette vallée était Ilexible cl qu'elle prenait elle-même le mouvement, (|ui était nécessaire po<ir Incililer noire descente, et se baissait par endroit, comme les ondes de la mer: et cela nous faisait couler toujours plus dans le fond. Une des personnes qui moulaient la montagne (c'était une femme) vint vous parler, et elle vous arrêta et empêcha de descendre tout le temps qu'elle vous parla, empêchant même le mouvement de la vallée ; et je fus aussi arrêtée avec vous, et il me fut donné à entendre que, comme je ne descendais que pour vous, je serais arrêtée tout autant de temps que vous le seriez ; que c'était la différence, quand je l'avais passé pour moi, que ma seule infidélité m'arrêtait : mais qu'en la passant, pour la faire passer aux autres, je ne pouvais avoir d'autres mouvements que les leurs, et c'est de cette sorte que nous arrêtions le mouvement de Dieu en nous. Cela me faisait étrangement soulTrir. Lorsque celle femme se fut retirée, je vous serrai plus fortement et nous retrouvâmes notre pente. Je vous dis : 0 mon enfant! (ce sont les termes) que vous m'avez fait souffrir tout le temps que vous avez été arrêté avec celte femme ! Vous me répondiez : j'ai aussi beaucoup souffert, car j'étais déplacé et hors de pente, mais
j. Cf. fragment traulobingrapliic, p. '5 cl n. l^.
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je snix éclairé j)(ir là, codidw je ne dois m'orrèlcr h chose an momie el que je ne soulJ'rirai rien qu'en m'orrèlanl. Nous coulànics ensuite avec beaucoup de vitesse, et avec une paix, un contentement el une union la plus intime et la plus cti'oite du monde. Nous nous trouvâmes insensiblement dans vmc chambre, qui était au bas de la montagne, où je fus introduite au mont Ciban ' ; il y avait un peu plus de gens, quoique bien peu ; l'on y était dans une grande souplesse et innocence, mais elle n'approchait point encore de celle cjue je trouvais sur la montagne, dont je vous ai parlé. Je vivais avec vous avec une grande liberté et simplicité, et je vous disais : la liberté que vous me donnez, de vous appeler mon enfant, me contente et m'âte une gêne que j avais encore avec vous. Vous demandâtes à manger, car il y avait, disiez-vous, longtemps que vous n'aviez pris de nourriture, et durant cjue - vous en fûtes guéri, nous jouions ensemble comme de petits enfants. Celte simplicité vous donnait beaucoup de contentement, et à moi une extrême joie. A mon réveil, je me trouvais unie à vous d'une manière bien intime ; et l'intelligence m'a été découverte. Je vous la laisse pénétrer à fond. J'irai plutôt à P[aris] que je ne pensais, à cause de quelques alîaires survenues à M. Ce sera dans la semaine qui vient, à moins que les choses ne changent. J'espère que je vous reverrai encore. Je ne sais pourquoi je m'y attends. Ce 28. Mai 1689.
LXII. — FÉNELON A M""^ GUYON =' J'ai lu l'écrit qui est pour Mademoiselle votre
1. Sic. Faut-il lire L(/'r(n ? Et serait-ce là l'enseigne de quelque au- Lerge mystique ? D'ailleurs la phrase est peu claire et mal construite.