T. V, Lettre XXXI. p
FKNKLOX A M- CIVoN lo-J
lilhi'. Il luc |);uaftforl bien ; un ciulroil m'a [larii avoir besoin crexplication : vous lui dites quo m n'est pas à l'église où elle doit l'aire la grande (/aine'. Elle ne doit la faire en aucun endroit, car, en quehjuc place que la Providence la mette, non seulement la modération et l'humilité chrétienne, mais encore la politesse du monde sulTit pour l'empêcher de s'abandonner au faste^ Vouslui donnez pourrcgledecommunier tousles dimanches. C'est à vous à savoir, si cette règle convient aux dis[)Ositions de Mademoiselle votre fdle; mais si vous n'en êtes pas bien sûre, craignez de la gêner. Du reste cet écrit me paraît excellent. Je Tai laissé à Madame de Chevreuse *, parce que vous lui avez mandé qu'elle pouvait le lire. Pour moi je l'ai lu avec le plaisir que je ressens pour tout ce qui vient de vous .
Gardez-vous bien de vous gêner pour tous les noms que vous vous trouverez portée à me donner*. Suivez librement la pente que Dieu doime à votre cœur, et soyez persuadée que j'en serai très édifié. Je ressens là-
I. Il est très vraisemblable que cet écrit est Vlnslruclion chrétienne dnne mère à sa fdle {Opuscules, érlit. cit., t. II, ]>. ^io5-4'ii)
3. Mme Guyon a sans doute supprimé ce passage pour satisfaire à la critique de Fcnelon : il ne se trouve plus dans le texte définitif de Vlnslruclion.
3. Ces idées sont à rapproclier du Trailé de l'Education des Jilles : cf. en particulier sur le faste à éviter, chap. i, t. l, p. SSS-c)
'(. Jeanne-Marie Colbert. fille aînée du ministre, avait épousé le duc de Clievreuse le .S février 1GG7. Elle faisait parlie avec ses deux sœurs Mortcmarl et I}eau\iilicr du petit groupe dévot réuni autour de Mme (luyon et de la duchesse de Cliarost.
.'1. Cf. fragment d'autobiographie, [>. S et n. ;> : « J'aspirais à une certaine liberté, qui était de pouvoir agir avec lui sans gêne. »
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dessus par avance une reconnaissance cordiale. Je consens que vous usiez de réserve sur les choses qui sont des degrés au-dessus du mien, mais, pour celles qui ne demandent que la droiture et la simplicité de mon degré présent, je vous conjure de vous ouvrir à cet égard sans aucune réserve et de m'aider par là à entrer dans la simplicité enfantine. Dieu vous a donné l'intelligence de votre songe ; mais, pour moi, elle ne m'est pas donnée, du moins entièrement. Je vois bien que la sagesse mondaine peutm'arrêter sur le pencliant ; mais je ne connais aucune lemme, ni à qui je me confie, ni qui soit à portée de m'arrèter par les conseils. Est-ce quelque chose de passé ou de présent ? Je ne m'ouvre à personne qu'à nous deux... Suis-je maintenant dans cet état, où vous m'avez vu arrêté ? Pour moi, je ne sens rien qui me retienne, ni à-quoi je veuille m'arrèter librement.
Cette chambre du bas de la montagne oi^i nous nous •arrêtâmes, et qui était bien plus serrée que celle du haut, dont vous aviez eu un autre songe', n'est ce pas quelque état de réserve ou de propriété, oii vous croyez que je me bornerai? Mandez-moi simplement ce que vous en pensez, si néanmoins vous jugez à propos de le faire. Pour moi, je ne veux point juger de moi-même ; mais il me semblerait que je suis prêt à tout sans réserve, et que j'aimerais mieux que Dieu m'anéantît ou me rendît éternellement malheureux, que s'il me laissait dans la moindre réserve contre ses
I. Cf. Lettre précédente, p. i52 et Lettre LVIU, p. i'i7 et n. i.
M- GUYOX A FÉNELON l.>>
desseins. Je sens beaucoup de joie de votre prompt retour. Rien au monde ne vous est plus dévoué que moi on Notre-Seigneur. Ce 3 juin 1689'.
lAIll. — M"»- (ilYON A FÉNELON 2
Je vous suis très obiigc'c. Monsieur, pour l'avis que vous nie donnez pour ma Jllle. Ce que je voulais dire, est (pie je ne veux jamais qu'elle se fasse porter la robe dans l'église. Je ne l'ai jamais ni l'ait ni soull'ert. Je n'ai jamais prétendu qu'elle fasse la grande dame ; mais je m'explique mal : vous ne sauriez croire le plaisir que vous me faites en me corrigeant. Vous le devez à ma confiance, et parce que Dieu le veut. Pour la communion, elle s'y porte de tout son cœur, et je le lui mettrai comme un libre conseil.
J'avoue que mon cœur a quelque cliosc pour le vôtre que je puis dire de maternel, et qu'il vous serait assez dillicile de comprendre à moins d'expérience. Mais cela est si réel que je suis quelquefois obligée dédire à Notrc- Seigneur pour vous et pour vos amis : ai-je porté ce peuple dans mon sein ? Oui, je vous y porte, et d'une manière que celui (pii l'a fait connaît. Vous le connaîtrez un jour.
Rien ne vous arrête à présent, et ce que jai vu est un état à venir. Ce qui vous arrêtait était au milieu de la descente, et il me paraissait que vo>is ne faisiez que commencer à la descendre. Pour ce cpii regarde la cliambre,
1. Entre cette lettre et la précédent*, il faut en supposer une de Mme Guyon, pour accompagner l'envoi de son opuscule déducation. C'est dans cette lettre sans doute qu'elle demandait à Ténelon de pouvoir agir avec lui en toute liberté. La lettre de Fénelon répond aux deux.