‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 305 sur 347 · Id., t. Il, Disc. XLVIII, p · texte numérisé non relu

Id., t. Il, Disc. XLVIII, p

2. 1 Jean, IV, 18. La citation est reprise par Fénclon {Lettre à la comtesse de Montberon du 17 septembre 1C91, t. VIII, p. Co.'i, d).

3. Sur la conception quiétiste de la « crainte de Dieu », cf. la lettre de Fénclon du 10 octobre itiJ^Q, p- 290 et n. i.

:m FÉNELON KT M-- (ÎUYON

Le pur amour csl si droil, qu'il ne se recourbe jamais ', 11 est si impétueux, que rien ne retarde sa course ; il est si subtil, qu'il ne peut subsister que dans sa fin ; il s'entretient et se nourrit de soi-même ; il n'a aucun lepos qu'il n'ait dépouillé et détruit son sujet, lui ôtant tout bien, quel qu'il soit, qui povurait le terminer ou lui servir d'empêchement. 11 est tel, qu'il l'aut ou qu'il détruise el consume les obstacles avec impétuosité, ou qu'il quitte le sujet qui le veut arrêter, afin de se perdre dans sa fin.

Le pur amour est souverain et jaloux : sa jalousie le rend cruel, sa souveraineté ne souflre point de partage, il exerce son empire do telle sorte, qu'il s'enflamme et s'irrite par une répugnance, et ne soulïre point de compagnon. Il est impitoyable et cruel, et cependant impassible et indivisible. 0 amour, de cjui je ne puis rien dire, consume les cœurs où je voudrais l'envoyer !

[Le pur amour ne se soucie point de son sujet, mais seulement de son divin objet.]

Je vous avais écrit une assez grande lettre... Mais comme je suis un peu brouillon, je Tai écartée' dans mes papiers, et je la cherche depuis hier, sans pouvoir la trouver. J'ouvre à Dieu toute l'étendue de mon cœur, pour recevoir, cet esprit de petitesse et d'enfance

I. Fénelon, Instructions. \X, t. M, p. iij. g ; « un iimour encore un peu mêlé et recourbé sur soi » ; cf. Lettre III, p. i8 et n. 2.

j. Lettres, i. V, Lettre LVI, p. 377-8.

'^. Le mot a ici un sens voisin d'égarer ; cl'. L'Avare, III, i (cdit. des Grands écrivains, t. VII, p. 121) : « Je vous constitue au gouvernement des bouteilles ; et, s'il s'en écaric quckprune... ^i.

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dont vous païkv, '. Mais qu'y a-l-il à faire, sinon de ne faire rien et de laisser faire Dieu? Je suis en paix, et je ne me donne aucun mouvement en aucun genre. Je crois devoir loujouis suivre les règles", lorsque, malgré mon dégoût, je sens que je ne suigêné intérieurement, ni au moment que je les suis, ni après que je les ai suivies. Puisque Dieu me laisse la même paix et la même largeur, il faut que je ne lui résiste point, en me conformant à ces règles. Je m'unis à vous de plus en plus. Une fluxion sur les dents m'a ôté depuis plusieurs jours la liberté de dire la messe. Votre petit présent m'a réjoui, et j'espère qu'il me fera du bien. Pour Job, c'est un grand présent, dont je vous remercie '.

Je ne demande rien autre chose, sinon que votre cœur soit ouvert pour recevoir l'esprit de petitesse et d'enfance. Ce serait cesser d'être petit, de vous donner aucune disjjosition. Notre-Scigneur vous mène par la main. Je vous parle toujours de la petitesse, non pouivous obliger à faire quelque chose, mais parce que j'en ai le mouvement, et que Dieu veut que vous soyez dans

I . La lettre iiicinc à liKjiiclle Féiielon fait ici allusion est nertlue ; mais on a vu flans d'autres lettres Mme Guyon lui prêcher cet esprit de petitesse; cf., par exeinj)le, celle du j.^ septeud)rc iOî<(). t). :(-(|.

?.. Sans doute les règles pour faire oraison.

.S. Mme Guyon avait promis à Fénelon de lui envoyer son commentaire de Job (Lettre du 37 juillet, p. »3i). Cette indication send>le confirmer ici l'onlre du manuscrit de Dutoit.

'.. T. V, Lettre LVIIL p. 379,381.

■.m FÉNELON KT M- GUVON

un acquiescement continuel à être petit, et que vous vous • innrivoisioz inscnsibl(Mncnt avec la petitesse, dans un lieu (loni elle est cntiiTomcnt hannio'. Je vous ai mandé sur l'arlido des règles ma pensée, Il ne faut rien prévenir, mais se laisser à Dieu sans réserve au moindre signal, sans que la raison arrête ; c'est ce que Dieu veut par retour à l'amour qu'il vous porte, que cette fidélité de souplesse inlinie sous sa main, mais souplesse pleine de délicatesse, ((ui ne délibère de rien, mais qui se laisse à ce qui l'entraîne. C'est à Dieu à vous mettre dans le cœur, lorsqu'il le voudra, sa volonté sur tous les articles. J'annonce de loin, je suis sa voix, qui crie dans le désert : aplanissez la voie du Seigneur-. 11 faut que la parole se fasse passage ; sa délicatesse est extrême. Je sais sûrement cju'elle se fera discerner chez vous, quoiqu'elle paraisse muette, et c'est à elle que je vous abandonne, sans vous abandonner un moment, car je vous porte éternellement en Dieu. Je suis quelquefois étonnée de l'application que Dieu me donne, comme si vous étiez seul au monde ; et je connais en cela les desseins de son amour sur vous. Il est vrai que la règle ordinaire de la résistance est de rétrécir, dessécher ou troubler plus ou moins, selon que l'on est plus ou moins avancé.

Conservez votre santé; lorsque Dieu vous ôte le moyen de dire la messe, il faut demeurer ferme à se laisser tout ôter. A la première commodité je vous enverrai un emplâtre, qui arrête toutes les fluxions des dents. Si vous étiez moins petit, vous ririez de ma simplicité à vous envoyer tout ce qui me vient dans la tête. Il faut que vous soyez bien bon pour me supporter ^.

j . Cette allusion à la vie de cour est ici encore une nouvelle preuve en faveur du classement de Dutoit.

2. Mme Guyon s'approprie les paroles de .lean-Baptiste (Matli., III, ?i, Marc, I, 3, etc.).

'^. Fénelon, Lcllrc à la comtesse de Monlberon du 8 août lyoS, t. VIII,

M- (iUVO.X A FENELON 307

CWH. — FÉNKLO.X A M'"- GUYON <

Rien au monde ne me touche plus sensiblement que votre état, Madame, mais je suis touché sans trouble, car je ne puis être en peine de ce qui est entre les mains de Dieu. Faites-moi savoir comment vous vous porterez, et si vous voulez que j'aille vous voir. Votre dernière lettre demeurera toute ma vie au fond de mon cœur. Ne négligez rien, je vous en conjure, pour votre guérison. Je vous le demande autant que Dicn veut que je le fasse. Je suis en lui à jamais tout ce que je dois être pour vous'.

CWTII. - M-ne GUYON A FENELON»

Je vous avais écrit, seloii le inouvcmonl que j'en avais l'u, ce billet ci-joint *. Vous avez raison de n'être pas en [)eine de moi, car je suis si fort à Dieu, qu'il doit dispo scr de moi en souverain. Je me trouve mieux aujourtl'hui, et j'ai dans le lond de mon cœur que je ne mourrai point ^, tant que ma vie sera utile à ceux que Dieu

]). 6G3, g : « Supjtortiv.-iiKii. » — L:\ lellrc de Mme Giiyon ré|ion(l à l.i lettre précédente.

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