‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 313 sur 347 · I. LW/rcv, f. II. Lettre- C\C, p · texte numérisé non relu

I. LW/rcv, f. II. Lettre- C\C, p

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gère ;» cllc-mômc, qu'elle n'y pense point. : de sorte que, si celui qu'elle aime la mettait clans l'enfer, elle ne pourrait cesser de l'aimer et d'être satisfaite de lui dans le sort des plus horribles tourments, sans qu'elle puisse voir, ni penser à être autrement qu'on la met ?

Il est constant que l'amour le plus pur est celui qui dégage l'àine de tout intérêt, pour entrer dans les seuls intérêts de l'aimé; et. plus ce qu'il fait perdre est considérable, plus l'amour est pur. C'est ce qui a fait dire, que le comble de l'amour était de donner sa vie pour celui que l'on aime. C'est où peut aller l'amour humain; l'amour divin peut aller jusqu'à donner son àme et son éternité pour son Dieu : et celui qui n'est pas prêt de perdre' l'un et l'autre sans se regarder, se plaindre ou appréhender, est bien éloigné de la pureté de l'amour. L'amour pur est d'une nature qu'il ne peut jamais être connu que de celui qui l'éprouve. C'est un prêtre, qui n'est jamais sans sacrifice, et qui n'est jamais satisfait qu'il n'ait tout ôté : je dis tout, sans exception, quelque nécessaire et absolument nécessaire qu'il paraisse. 0 pur amour, nul ne peut donner aucune connaissance de toi, que toi-même et celui que tu as consommé en toi : et tu es tel par ta nature, que l'on ne te comprend (pi'autant que l'on te possède, je veux dire, tes cflets - 1

(Le pur amour incoin|)réhensible poiircoux qui ne l'ont pas ('prouM-. Sa consommation en Dieu |iar la dcstrurtion totale]

Quand je parle du pur amour, je ne parle pas de l'amour fervent, (jui ne travaille qu'à embellir celui qui le

I. La erammairc, sinon l'usage tlu ivii* siècle, réclamait à et non de avec prêt dans le sens de disposé à ; cf. Boulionrs, ttemarques nouvelles sur la tangue française. Paris, iGgS, 2 vol. in-i2, t. II, p. 35 s(j<|.

?.. Toutes ces idées ont été reprises bien des fois par Fénclon ; cf. en particulier /n«(ruc(ion.«, XVIII, t. VI, p. io()-io8: «Vous «'tes toul amour, et par conséquent tout jalousie, etc. «

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possède, et qui semble n'être appliqué qu'à lui : cet ;unour-là je l'appelle imparlail, quoique ce soit celui (|ue les hommes ignorants regardent comme le comble (le la sainteté. Je ne regarde comme pur amour que l'amour impitoyable, destructeur, qui loin d'einbollir cl d'orner son sujet, lui arrache tout sans miséricorde, afm (|ue, rien ne restant dans ce même sujet, rien ne l'empêche de passer dans la (In. Hors de là il ne ])eut point subsister. Tout son soin est d'enlaidir, d'arracher, de détruire, de perdre : il ne vit que de destruction ' ; il est comme cette bête que vit Daniel -, qui mange, broie et dévore tout. 0 que le pur amour est peu connu !

Laissez-vous donc tout arracher. Si vous gardez quelque chose, vous n'aurez pas ce pur amour. Vous ne le pouvez acheter que par la perte de tout le reste. Que pouvez-vous donner en échange de cet amour, que la destruction totale ? Quand vous donneriez toute chose, tout cela doit être compté pour rien^. L'amour ne peut vous rendre heureux'', qu'en vous faisant parfaitement misérable ; et, si vous plaignez votre misère, si vous envisagez votre perte, si vous la regardez le moins du monde, vous êtes inhniment loin de la pureté de l'amour. Celui qui ne possède rien, ne craint point de rien perdre, ne désire rien, ne peut regretter ce qu'il a perdu ; il ne peut même y penser; rien ne l'occupe ; l'amour le consume en lui : il n'a d'yeux que pour l'amour, et non pour soi, étant pour soi comme s'il n'était point du tout.

1. Fcnelon, Instraclions, XXII, t. VI, p. laS, d : « Il est insatiable <k' mort, de perte, de renoncement. II faut que tout soit détruit, que tout périsse. »

2. Dan., VII, 7 ; cf. le Commentaire qu'en fait Mme Guyon dans -s» Bible, cdit. cit., t. XI, p. SSy.

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