‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 341 sur 347 · I. T. 111, n" CXLIV, p. 2I0-I · texte numérisé non relu

I. T. 111, n" CXLIV, p. 2I0-I

FK.NKLOX A M""- OUYON .Tl.^

F.aissoz-inoi, car je veux suivre De l'Enfance l'aveugle loi.

Que sert à ma cervelle \rislole et Plafon ?

\ olre gra\e raison doil-elle Raisonner contre un liannelon ?

Jadis je croyais être

Sage comme Caton ;

Mais je suis sous mon pi'lilMailre '

De docteur devenu Fanclion.

I*ère, je te rends grâce D'aveugler tant d'csprils.

Qui veulent juger de- tes grâces.

Et d'éclairer les seuls petits-.

\ll'- - lENEI.ON A M'"'- Gl'YON»

(Autre rctiactioii de !a iJOt^sio préccdeiile.)

J'ai le goût de rEufancc :

De mon hoclicl content, I.a rail)lesse et l'obéissance De moi fiMit un polit enlanl.

3. Sur celle expression de t'.imiliaritc iiiysliijue, cf. plus liaiil. Lettre IX, p. 35 et n. 7.

:>.. Réminiscence de la parole (•vangéli<pie : « Je vous loue, o l'ère, de ce que vous avez cactié ce.s choses aux sages et aux prudents et les ,ive/. révélées aux petits » (Lue, X, 21).

.'5. Le iiianuseril autographe de cette rédaction .se trouve à la Bihliolliècjue Saint-Sulpice <lans le recueil déjà cité : Divers écrits de Mme Ciiiyon. ,(e n'ai pas cru devoir conserver l'orthographe ni les quchiues ratures de ce brouillon. Les \ariantes on les j)arlies encore inéilifes sont, en caractères italiques.

XH) l'KNKLON I-:T M"" GUYON

Fruil d'une sî'clio élude, A^ustère gravllé, Importuns restes d'habitude, Laissez-moi vivre en liberté.

Vérité simple et nue, Que j'aime ta candeur !

Et que l'innocence ingénue Est au-dessus de (a pudeur.

Trop heureuse innocence.

Exempte de raison La vertu pleine d'assurance, A qui tête est hors de saison !

Vice et vertu surpasse

Un enfant comme moi.

Comme au maillot je suis en grâce.

Sans honte, sans crainte et sans loi.

A peine je bégaie.

Je ne sais pas mon noni,

Je pleure, je ris, je m'égaie.

Je ne crains que maman teton.

La nuiin (jai dans Venfance Sut me mettre au berceau, En dépit de toute prudence Me bercera jusqu'au tnmbeau.

Sage trop incommode.

Voulez-vous qu'un enCant Ne badine qu'avec méthode.

Et soit grave comme un pédant :*

FÉNÈLON A M GUYON 357

Quoi ! vous dédaignez d'être Simple et petit enfant!

. 1 baisse:-vous : mon pelil-Mdilre \e l'ent rien de liant ni de ijrand.

MI le. FKNELON A M"'c GL YON '

(Parodie de la |jocsic précédcnlc.)

Jadis j'aimais ri'^iiCance :

De mon hochet coulent,

La laiblessc et l'ol)éissancc

Me rendait (sic) un petit enfant.

Doux fruit de mon élude.

Austère gravité, Uevencz, anciciuie halillude, (l'est vous qui m'avez enchanté. -

.le n'ai dans la cervelle Qu'Aristote et Platon, .le suis grand, je suis plein de zèle, .le n'aime que dame Raison.

Sagesse trop commode Je vous goûte à présent.

Le petit n'est plus à la mode ; Je hais ce qui ressent l'cnlant.

I. Celle pièce se trouve dans lo même recueil que la prccédenle, à liKlucllc elle l'ait suite dans le manuscrit. Elle est cgalciucnt atitogra[ihc cl porU; en titre, de la main même de Fénelon : Parodie. Elle est très vraisendilablcment son oeuvre. Ici encore je n'ai pas conservé l'orthographe >\f l'original.

FKNKl.ON KT M- (iUVON

I )i*soi'iii;us je veux èlrc

Sage comme un (Jalon,

Je n'aime plus le pelit-Maîlre :

J aime mieux être grand garçon.

l'ius je hais l'innocence, Plus j'aime la raison, Bannir ce qui tient de l'Enfance Est aujourd'liui ma passion.

(^)ae j'aime la sagesse,

Oue j'aime la hauteur!

Toute Enfance à présent me hlesse

]^e petit me fait mal au cœur.

La main, qui dans l'enfance Put (?) me mettre au berceau.

Est rejetée de ma prudence :

.le la bannis jusqu'au tombeau.

Ah! comment pouvoir être Simple et petit enfant !

Je retourne à mon premier Maître, Oui m'apprit à devenir grand.

J'abhorre la bouillie, Je ne veux plus de lail.

Tout cela n'est qu'une lolie :

Ou'il est beau d'être «rand et droit

I . Sur la prononciation drel. cf. (jliarlcs Thurot, De lu pronom l 'H française, etc. Paris, Inip. Nat., i88r, t. I, p. ho'j.

RÉPONSE DK M >• fîUYON "J'i'»

Xlll. — IIÉPONSE DE M"»» GUYON '

(^Mème sujet, air : Mon cher troupeau.)

Vous avez le goût do l'enfance Et craignez la réalité.

Ce n'est être enfant qu'en apparence Sans en avoir la vérité.

Ceux en qui l'Enfance est réelle Ne la sauraient voir ni goûter.

Elle leur est si naturelle.

Qu'ils ne la peuvent surmonter.

On ne la saurait contrefaire Ni la cacher : Quand Dieu le veut, 11 en découvre le mystère.

Celui qui l'entend est heureux.

Le dé.sir de la petitesse Est renfermé dans cet état.

Il elTarouche la sagesse Et lui fait perdre son éclat.

O Sagesse que je révère, Vous savez seule son néant :

L'état de la pure misère Est moins nu que celui d'enfant.

Il renferme toute faiblesse, Impuissance, incapacité ; Mais il est la même souplesse- :

Dieu fait en lui sa volonté.

1. Poésies cl cantiques spirituels, t. III. n" GX.LV, p. 21 1-2.

2. Sur cette construction de mênu\ cf. Haasc, /. ci*., g 53, p. ii'

af.o FÈNELON ET M'"^ f.UYON

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