INTRODUCTION \IA
promesses ne laissait l''énelon troublé ou défiant. De jtlus en plus, il goûtait la paix clans cette «persuasion <lu dessein de Dieu sur lui par elle ' ». L'houune il'esprit oubliait toute sa sagesse et sa raison -, pour jirendre la tète de ce complot mystique, ridicule dinnocence enfantine et touchant de foi candide ; car Mme Guyon avait organisé son armée, et l'y avait placé à la tète. Les enfants du Petit-Maître, qui devaient lui conquérir le monde, formaient l'ordre des Mlchelins, dont elle-même avait tracé les règles^ et distribué les (barges. L'ordre comprenait un général, deux assistants, un secrétaire, un aumônier, un maître des novices, un geôlier, un portefaix, une bouquetière, une portière, une sacristine, une intendante des récréations et d autres officiers et « officières » de moindre importance*. Fénelon avait été nommé général des Miclielins. C'était lui qui, avec la sainte et le P. Lacorabc devait écraser la tète de Bara ', et établir le règne de loraison. Un autre, un enfant devait les y aider. La sainte lavait autrefois prédit ^ L'enfant parut: c'était le duc de Bourgogne. Sa l'cconnaissance et son dévouement, chaque jour plus tendres, pour son précepteur, sa piété enflammée et son ardeur soumise le désignaient visiblement comme l'enfant annoncé par la prophétie. « Dieu a des desseins sur
1. Fcnclon à Miiii! (Ju\on, Lctiro du A onclrcfli saint lOSi), p. iiô.
2. /(/., LcUres (lu (> mai cl 12 juin 1O89, p. i.Si et ili'i.
3. Cf. un i'ragincnt de ces règles. Introduction I, i^ H. p- x cl n. 1. U. La dislriliulion des charges « luichelines » est iaifc par
Mme Guyon dans une grande lettre à l'abbé de Charost, d'octobre lôg'i (Mss. de Saint-Sulpice, l""" recueil Chevrousc, j). iil sqq).
5. Lettre citée, p. ii5. Bar, Bara, Bnraquin sont les pseudonymes ilu diable dans les lettres de Mme Guyon.
(i. Pliili])pcaux, fielulion, l. cil., t. I, p. iijS.
L IMHODUCTIOX
ce prince d'une miséricorde singulière » écrivait Mme Guyon à Fénelon : « je suis certaine qu'il en fera un saint ' ». Lui-même, si jeune, s'offrait déjà à être le c< souffre-douleurs » des Michelins et à se sacrilier pour 1 empire d'union; et Mme (luyon disait : a ce sera lui qui le fera fleurir, il en sera le chef, comme mon saint (St-Michel) sera son protecteur spécial -. » Fénelon acceptait tous ces espoirs ingénus et lointains'*: il y puisait une force et se laissait charnier par eux. On sait la pitoyable ironie de ces rêves : les indiscrétions commises, Mme de IMaintenon prise de scruj)ule et alarmée, la correspondance spirituelle de Fénelon soumise à des examinateurs, Mme Guyon suspecte
1. Lettre du i8 août iGSy, p. 2C0 et n. 3. Dans une lettre inédite au duc de Chcvreuse du i5 novembre 1G94, Mme Guyon parle de « deux livres du Nouveau Testament écrits à la main pour p[ctil] |)[rince] « (I'^'' recueil Chevreuse, p. 126).
2. Lettre inédite de Mme Guyon au duc de Chcvreuse (?) du 8 novembre 1694 (Mss. de Saint-Sulpice, I"'' recueil Chcvreuse, p. 12/j). Cette lettre se trouve aussi dans un second recueil manuscrit, faisant le plus souvent double emploi avec le premier, mais contenant pourtant-plusieurs lettres nouvelles. Je le citerai désormais sous le nom de /A' Recueil Chevreuse. Il fait partie de la collection des mss. de Saint- Sulpice. C'est un volume relié petit in-'i, portant inscrit sur la feuille de garde: XVI carton, n" ig. Il est écrit de la main de M. Dupuy (le bon Put) et provient de la succession de Mme de Giac. La numél'otation des feuillets cesse après la page gi.
3. Sur l'estampe, où il aurait fait symboliser ces espoirs, cf. le texte de Phelippeaux, cité plus loin, p. 261, n. — Ces prophéties étaient connues du public : Bossuet les rappelle dans sa Relation (section III, § XVIII, édit. cit., t. XX, p. lili). On en parlait aussi à Rome ; cf. la lettre de Fénelon à l'abbé de Chanlerac du 8 décembre. (1G97), t. IX, p. 2G/4, (/ : « Pour la condamnation (des Maximes), on ferait entendre (à Rome) trois choses ; ... 2» que la condamnation de mon livre finira tout, que, ne pouvant refuser d'y souscrire, je me lierai moi-même les mains pour ne pouvoir plus défendre les erreurs de celte femme, si je me trouvais un jour en grand crédit auprès de M. le duc (le Bourgogne. «