LXXX INTRODUCTION
sieurs tles expressions, où elle s'étail d'abonl formulée ehc/. Mme Ciuyon, ont clé incorporées par Fénelon «lans le mouvement de sa phrase *
L'évè(|ue de Chartres, Godet-Desmarels, n'aura point de peine à sentir cette parenté, quand Mme de Maintenon, prise enfin de scrupules, lui aura montré sans façon ses quatre volumes de lettres^. « Les trois examinateurs ^ » d'Issy partageront plus tard l'étonnement de leur confrère. Malgré l'ingénieuse et énergique défense de Fénelon, si hautaine en son apparente humilité, ils resteront scandalisés. Celui qui a écrit les lettres à Mme de Maintenon leur sera toujours suspect ^. Bossuet surtout n'oubliera point ce qu'il a lu dans le recueil; et c'est ce qui le rendra si fort dans sa Relation pour affirmer l'influence prépondérante de Mme Guyon sur l'auteur des Maximes des Saints.
Pour lui, vaincu et soumis, sinon résigné, il retrouvera sans doute dans sa défaite quelque chose de son instinctive prudence : il saura que cliacun de ses mots sera pesé par tous les chercheurs d'hérésie ; il éteindra son feu, contiendra ses élans et mettra tout son art, qui est infini, à trouver d'inattaquables formules. La grande lettre-programme à la sœur Charlotte de Saint-Cyprien, lettre que Rossuet en pleine afl'aire du
1 . C'est pourquoi dans les notes qui accompagnent les lettres de ce volume, j'ai multiplié les rapprochements avec le Manuel de piété et les Instructions : ce sont des documents de même époque.
2. Cf. le Sentiment de M. l'évêque de Chartres (^Œuvres de Fénelon, t. VIII, p. ^98, d-boo, g).
3. Bossuet, Noailles et Tronson ; cf. Explication, l. cit., t. VIII, ]). 5oi, d.
4. Cf. l'usage que Bossuet et Godet-Desmarets feront de ces lettres dans leur polémique avec Fénelon (La correspondance spirituelle de Fénelon avec Mme de Maintenon, art. cit. p. 53 et n. 7).
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Quiétismc ne pourra sempècher dapprouvcr, sera le type et le chef-d'œuvre de cette diplomatie spirituelle ' . Les dernières lettres à la comtesse de Gramont, les lettres à la comtesse de Montberon ou à la duchesse de Morloinart auront des mots moins audacieux que celles à -Mme de Maintenon. Mais il est impossible d'y découvrir la plus timide abjuration de sa pensée antérieure. Bien loin de se rallier à la « pernicieuse, insoutenable et indigne docti-ine - » de Bossuet, il reste fidèle à celle de Mme Guyon « qu'il n'a jamais voulu condamner^ ». Il fera plus: dans les dernières années de sa vie, il reviendra à ces premières lettres, qui ont scandalisé ses examinateurs, il les reprendra amoureusement ; et, après en avoir adouci quelques expressions, il laissera des amis sûrs les répandre dans le public en des petits recueils anonymes * pour tenter par là de reconquérir à son rêve et à Mme Guyon les âmes pieuses que sa condamnation avait détournées de lui : dernière affirmation de son innocence, dernière protestation contre le triomphe de .( l'indigne doctrine », dernier acte de foi en son idéal et en son amie.
Que ceux donc qui ont lu les Lettres spirituelles do Fénelon, et qui ont gardé le souvenir de leur vertu consolatrice, que ceux-là sachent d'où leur est venue la parole d'apaisement.