Manuel (le Piété, t. VI, p. ."ïT
'i. Mme Guyon à Fénclon, Li-ttic \\I. p. On
M;11 introduction
aujoiii'iriiiii lin (jrncral de!> Miclielins. Mais le général n'a souri ni de lui-même, ni de son armée, ni de sa victoire prochaine : I! se voyait déjà à la tête du <f grand peuple » qu'il conduisait à Dieu ; c'est avec un pieux et robuste espoir qu'il regardait grandir ce « petit prince », élu du Seigneur, qui devait élre un « saint », lui aussi, el le porte-étendard de son ancien maître devant les hommes. C'est donc de toute son âme qu'il a cru au « dessein de Dieu sur lui », et à Mme Guyon comme à l'instrument de ce dessein ^ Il est certain que cette foi, cette « intime assurance^ » ont illuminé ses débuts à la cour et soutenu la dignité de son courage dans les années d'exil. Il y a dans ses Plans de gouvernement, dans ses Mémoires et sa corres- ])ondance politiques une telle fertilité de détails, une organisation si minutieuse et si précise de « son peuple », qu'on sent en lui l'invincible certitude d'un avenir imminent. Tout ce qu'avait naturellement d'énergies ambitieuses cet homme si avide de diriger et de conquérir, se réveillait dans ces visions saintes, y trouvait une force nouvelle et comme une justification.
Mais il valait mieux pour lui, j'entends pour l'harmonieux développement de sa vie intérieure, que tous ces rêves restassent des rêves, que chacun lui apportât dans la douleur une désillusion et l'obligeât à chercher au dedans de lui ce « royaume de Dieu », dont il voulait trop visible la réalisation. Son histoire tout entière n'est que le conflit de son tempérament et des faits. Par toutes les ardeurs de sa nature, il était préparé
1. Fénelon a Mme Guyon, LcUrc du Vendredi saint, lOScj, p. iiâ.