Id., Vendredi saint 1689, p
3. Fénelon à M. de Noaiiles, Lettre du 8 juin 1697, t. IX, p. 1^7, d.
(Fragment inédit d'autobiographie par Mme Guyon1.)
Ces quelques pages sont la meilleure introduction à la correspondance qui suit, en même temps qu'elles en con- Jirment V authenticité. Écrites par Mme Guyon en 1689, elles constituent un chapitre, encore inédit, de cette Vie quelle rédigeait elle-même à intervalles ir réguliers et ou elle notait ses principales expériences intérieures ; contemporaines des lettres qu'on va lire, elles en sont comme le résumé, elles en précisent les aveux, elles en expliquent le ton et les préoccupations. Ce qui les rend d'autant plus intéressantes, c'est quelles ont eu leur histoire. En 169U Mme Guyon avait, comme on sait, soumis tous ses manuscrits à V examen de Bossuet : c'était le duc de Chevreuse qui avait mission de les lui faire parvenir et qui servait d'intermédiaire entre elle et lui. Quand elle sentit que M. de Meaux « ne cherchait point du tout à éclaircir, mais à trouver des moyens de condamner2 », elle craignit sur un tel juge l'effet de cette confession si intime et ne voulut point quil pût s'en servir auprès des autres examinateurs, M. de NoailUs et M. Tronson. Elle écrivit donc au duc de Chevreuse le 26 août 169k : « Je vous prie, si
i . Mss. de Saint- Sulpice, XVIe carton : Divers écrits de Mme Guyon. a. Lettre inédite au duc de Chevreuse du ie«" septembre îGgi (Mss. de Saint-Sulpice, Ier Recueil Chevreuse, p. 96).
2 FËNELOX ET M« G LYON
M. de M[eaux] veut qiïon donne la Vie, quon efface tousles noms, car je ne veux pas blesser la charité . De plus it y a un cahier qui regarde B. (c'est-à-dire Fénelon l), qui ne doit point être vu 2. » Quelques jours plus tard elle lui écrivait encore : « Pour tout ce qui regarde B..., autant qu'il y aura de feuillets... il les faut ôter absolument, car rien ne me peut obliger à confier ma Vie. Je ïai fait à M. de M[eaux] par excès de bonne foi, mais si je me fussesouvenue de ces endroits» je les eusse ôtés... tout ce que jevous demande, au nom de Dieu3, est qu'on ôte les cinq feuillets dont vous me parlez... Pour tout le reste, il faut le laisser; mais pour cela, au nom de Dieu, qu'il n'aille point dans leurs mains, quelque chose que dise M. deM[eauxy. » Elle avait eu en effet « un excès de bonne foi », car de cescinq feuillets, Bossuet a extrait pour sa Relation quelques citations traîtresses 5. // est probable que le duc de- Chevreuse parvint à retirer ces pages confidentielles; et c'est elles-mêmes, semble-t-il, qui se trouvent aujourd'hui parmi les manuscrits de Saint- Sulpice. Numérotées sur les deux faces, de 739 à 7//#, elles forment exactement cinq feuillets, arrachés sans doute à une copie intégrale de la Vie. Elles portent en marge quelques annotations autographes de Mme Guyon, qui ne sont pas sans importance et qui achèvent d'authentiquer le récit.
i. Cf. Introduction, II, § i, p. xliv et n. 11.