‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 110 sur 294 · Cf. plus haut, p. 10 et n · texte numérisé non relu

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plicité. Si les propositions que j'ai mises sur cette feuille trouvent chez vous du rébus, rayez-en ce que vous n'approuverez pas. J'ai un instinct de vous faire juger de ce que j'ai écrit. Lorsque vous aurez lu ce que je vous envoie, vous aurez la bonté de me les renvoyer avec la correction. Je ne vous enverrai aucun autre, que vous ne me marquiez précisément, que vous n'en serez pas importuné, mais cela sans nulle façon. Ne regardez pas à la personne, qui n'a rien que de méprisable. Dieu l'a choisie de la sorte, afin que la gloire de ses œuvres ne fût point dérobée. Dieu me donne en vous beaucoup de confiance, mais elle ne vous sera jamais à charge, car cela n'exigera aucuns soins qui puissent se faire remarquer. Si vous voulez bien que je m'adresse à vous dans la suite, je le ferai par la voie que je vous ai marquée, et non autrement. Si Dieu vous inspire de me refuser, faites-le sans façon ; mais, pour moi, je suivrai toujours le mouvement de vous soumettre toutes choses. J'ai suivi votre conseil pour la confession.

Je suis depuis quelques jours dans un état continuel de prière pour vous. Non que je désire rien de particulier, ni que je demande chose aucune ; c'est un état qui peut être comparé à une lampe, qui brûle sans cesse devant Dieu l. C'était l'état de prière de Jésus-Christ, et c'est pourquoi les sept esprits, qui sont devant le trône de Dieu, sont bien comparés aux sept lampes qui brûlent jour et nuit*. Comme ce que Dieu veut opérer en vous par cet état de prière trouve chez vous encore quelque opposition, et n'a pas son effet, cela me fait souffrir une peine très forte, qui est comme un resserrement de cœur;

i. Cf. plus loin, Lettres XXIX, p. 77, XXXI, p. 78; Lettre du 18 août 1089, p, 2C1, et Fénelon, Instructions et Avis, t. VI, p. ioS,d: « O mon Dieu !... je ne veux subsister que pour me consumer devant vous, comme une lampe brûle sans cesse devant vos autels » ; cf. encore Lettres spirituelles, t. VIII, p. A97, d. 2. Apoc, IV. 5.

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en sorte que j'éprouve que celui qui prie en moi ' n'est pas exaucé entièrement. Cette prière n'est nullement libre en moi ni volontaire, mais l'esprit qui prie n'a pas plutôt eu son effet que la prière cesse, et donne lieu à l'effusion de la grâce. Cela m'arrive souvent pour les âmes, mais moins fortement et pas si longtemps. 11 faut que les desseins de Dieu sur vous s'accomplissent. Vous pouvez bien les reculer par un arrangement presque imperceptible, mais non les empêcher. Leur retard ne servira qu'à augmenter la peine et allonger la rigueur. Souffrez ma simplicité2.

Depuis hier au matin que je me suis donné l'honneur de vous écrire, surtout cette nuit, que j'ai passée sans presque dormir, j'ai été si fort appliquée à Dieu pour vous, et la v suis encore, qu'il me semble que mon âme se consume devant lui pour vous3. Vous m'êtes très uni, et mon cœur se répand dans le vôtre sans peine. La sécheresse me parait moindre : il me semble que Dieu verse dans ce cœur tout ce qui vous est nécessaire, pour soutenir votre emploi, et que plus il vous élève d'un côté, plus il vous abaisse de l'autre, voulant que ses grâces passent par un si misérable canal 6. Mais je me sens depuis ce temps très renouvelée dans l'application à Dieu pour vous ; de manière que Dieu me presse encore plus que

i. Reprise de la 'formule de saint Paul (Rom., VIII, 26), employée aussi par Fénelon : Manuel de Piété, t. VI, p. 5, d et Instructions, id., p. 118, d.

2. Cette lettre est certainement la première ou l'une des premières de cette Correspondance, puisque Mme Guyon y fixe elle-même 1rs conditions et la nature de leurs relations épi s toi aires.

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