Jér., Lament., III
M" GUYON A FENELOX 31
suis si fort à Dieu, que je n'ai rien à ménager, pourvu que je sois fidèle à dire ce qu'il veut que je dise. Je ne pourrais le faire sans lui déplaire.
La nuit ou mort, opérée par l'activité simple de la créature se fait de cette sorte : C'est une privation de tout, n'admettant dans l'esprit nulle curiosité, ni dans la volonté nul goût, nulle inclination, nul désir ; en sorte que la fidélité de la créature consiste à laisser tomber 2 tout ce qui s'élève : ceci est très important pour l'âme, qui, à force de ne rien admettre, trouve que peu à peu tout désir lui est ôté, et toute envie de désirer : elle n'a de tendance, ni de goût pour rien , et elle regarderait même comme imperfection d'en admettre quelqu'un. C'cstjusqu'où peut aller la fidélité active, quoique simple de la créature. Ceci est un amortissement, et non une mort3. Cet amortissement fait le même effet que le dégoût de manger. Un homme dégoûté n'appète rien, mais il répugne à quantité de choses. Il n'en est pas de même du mort, qui n'a plus ni appétit ni répugnance : et c'est ce que Dieu fait en opérant la mort, que lui seul peut causer. La volonté véritablement morte, ou pour mieux dire perdue à l'égard de l'homme qui la possédait, est passée en celle de Dieu ; ce qui est le véritable trépas de la volonté. Elle se trouve également impuissante à répugner comme à désirer ; et, lorsqu'elle est réduite à cet
i. Tome V, Lettre IV, p. 2o3-2io ; cette lettre, sauf le dernier paragraphe, se retrouve dans les Discours chrétiens et spirituels, loc. cit., t. II, Discours XXXV, p. 192-6. J'ai suivi le texte des Discours, qui corrige heureusement sur quelques points celui des Lettres.
2. C'est la formule quiétistc par excellence. On la verra souvent reprise dans cette Correspondance par Fénelon et par Mme Guyon, qui essaiera encore de la raffiner ; cf. plus loin, Lettres XL1X, p. 126-7 et surtout LXXV, p. 181.