‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 116 sur 294 · Cf. pins haut, Lettre III, p. 18, n. h · texte numérisé non relu

Cf. pins haut, Lettre III, p. 18, n. h

3* FENELON ET M™ GUYON

état, elle est dans la consommation de l'unité : puisque ce que l'on appelle union plus ou moins parfaite, est le passage plus ou moins parfait de notre volonté en celle de Dieu.

Pour comprendre ce que je veux dire, il faut savoir que Dieu, attirant l'âme à lui, le fait d'ordinaire par le moyen de la volonté. Cette volonté* se laissant entraîner à un je ne sais quoi qu'elle goûte sans pouvoir ni l'exprimer, ni même le comprendre, attire à elle les autres puissances, et réduit comme à un seul acte simple et indivisible les opérations des autres puissances ; en sorte que toutes ses opérations réduites en un, ne font plus qu'un seul et même acte, qui est également lumière, et chaleur, connaissance et amour. C'est ce qui s'appelle union des puissances l, qui n'exige point la mort ou le trépas dont je viens de parler, puisque ce n'est qu'un acheminement à ce trépas. Il exige cependant le renoncement ou négation de toutes choses, en la manière que je l'ai dit, sans quoi les puissances resteraient toujours multipliées dans leurs opérations et ne seraient jamais réunies.

Sitôt que les puissances sont toutes réunies, Dieu fait une autre opération, qui est de perdre ces puissances en lui dans la même unité ; attirant toute l'àme en lui, qui en est le centre, et la réduisant peu à peu dans son unité, même en la faisant passer en lui : ce qui s'appelle trépas. Après quoi, il la transforme en lui-même. C'est une véritable extase, mais extase permanente, qui ne cause point d'altération à l'âme qui la souffre, ni dans les sens, parce qu'avant que cette transformation se fasse, il faut que l'âme ait été purifiée de tout ce qu'il y avait en elle de répugnance naturelle ou spirituelle

i . Sur cette union des puissances, que Mme Guyon appelle encore « réduction des puissances en unité » et leur consommation dans le « centre », qui est Dieu, cf. plus loin, Lettres XII, GXXX, p. /j3»

(cause de l'extase d'altération) ; et toutes les peines de la vie spirituelle ne sont que pour détruire l'âme dans ses répugnances et contrariétés, pour la détruire, dis-je, foncièrement et non en superficie. Car tel croit n'avoir nulle répugnance, parce qu'il n'est point exercé et que Dieu ne lui demande rien, qui ensuite éprouve le contraire, lorsque Dieu commence d'user de son pouvoir souverain : car alors toutes ses répugnances, qui paraissent mortes, se réveillent de telle sorte, qu'elles vont jusqu'à la résistance * . Il y a un passage dans le livre des Rois qui dit, que c' 'est comme le péché d'enchantement de répugner, c'est comme une espèce d'idolâtrie que de ne vouloir pas se soumettre 2. Toutes les opérations de Dieu sur l'âme, les gratifiantes et les crucifiantes, ne sont que pour s'unir l'âme. Les gratifiantes unissent les puissances entre elles, et c'est où il y a plus de douceur que de peine : les crucifiantes3 sont pour perdre l'âme en lui, et elles sont très pénibles. C'est ici ce qui s'appelle union immédiate, union essentielle *. Et lorsque cette âme est beaucoup passée en Dieu, que la volonté est disparue en ce qu'elle a de désir ou de répugnance, et qu'elle ne se découvre plus, c'est alors que l'union essentielle est véritable, que l'âme est passée de la mort à la nouvelle vie, que l'on appelle Résurrection. L'âme alors, ne vivant plus en elle-même, étant morte à tout et passée en Dieu, vit de Dieu, et Dieu est

i. Sur ce passage de la répugnance à la résistance, cf. Lettre XXXVIII, p. 99-100.

3. I Bois, XV, 2 3. Sur la « répugnance » et la « résistance à l'Esprit de Dieu », cf. Fénelon, Instructions, t. VI,. p. 122 sqq.

3. Fénélon appellera cette sorte d'opération divine « opération détruisante » {Lettres spirituelles, t. VIII, p. 672, d, 701, g.)

&. « L'union nommée par les mystiques essentielle ou substantielle consiste dans un amour simple, désintéressé, qui remplit toutes les affections de toute l'àme, et qui s'exerce par des actes si paisibles et si uniformes qu'ils paraissent comme un seul, quoique ce soit plusieurs actes très réellement distingués. » {Explication des Maximes, éditcit., art. XLII, vrai, p. 256-7.)

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sa vie. Plus celte vie nouvelle et divine s'augmente et se perfectionne, plus la volonté se trouve perdue, passée, et transformée en celle de Dieu *. C'est alors que toute l'âme, réduite en unité divine, est retournée à son principe dans toute la simplicité et pureté où Dieu la demande. Toutes les peines spirituelles, qu'on décrit avec^ des termes si fort exagérants, ne sont que ce passage de l'âme en Dieu, qui est d'autant plus rude et plus long, que l'âme résiste davantage. Ce n'est pas le dessein de Dieu de faire souffrir l'âme ; au contraire, il ne prétend que de la rendre heureuse2, comme il est lui-même infiniment heureux, et comme elle l'est en effet, lorsqu'elle est passée en Dieu. Mais comme sa volonté répugne naturellement, même sans le connaître (c'est ce qui s'appelle propriété), comme, dis-je, elle répugne à perdre tout ce qui est d'elle-même et tout ce qui la fait subsister en quelque chose que ce soit, bonne, juste ou raisonnable, (car elle se retranche en tout), il arrive de là que plus la résistance est forte, plus ses peines deviennent violentes, jusqu'à ce que, l'âme étant réduite dans l'impuissance de résister un plus fort qu'elle l'enlève. Alors eUe se rend, non de'son plein gré (à moins qu'elle ne soit extrêmement éclairée), mais comme une personne, qui n ayant plus de force se laisse entraîner au courant des eaux . Lepenpendant elle fait souvent quelques essais (de résistance), se persuadant qu elle a encore des forces, mais ses efforts ne servent qu'à lui faire sentir sa faiblesse et son impuissance • et- cela lui arrive tant de fois, qu'enfin elle fait volontairement ce quelle ne peut point ne pas faire que est de céder à Dieu. Et c'est alors que Dieu la reçoit en lui-même.

, Cf. Explication des Maximes, art. XXXV, vrai et faux.

2 Sur prétendre de, cf. Haase, loc. cit., § lia. i« B p. 29»-

3. FéneL, Instructions, t. VI, p. laa, 9 • « Se la>sser mener au

cours de la Providence, comme un homme qui se laisserait porter par

le courant d'un fleuve. »

Cette purgation est la même que celle du purgatoire, et elle est passive. Si l'àme ne passe en cette vie dans ce purgatoire, elle y passera en l'autre '. Jusqu'alors, quelques grâces, dons et faveurs que l'âme ait reçues, elle a été comme fixée en elle-même ; mais par la voie que Ton vient de marquer, elle passe en Dieu, se perd en lui, et lui est unie sans milieu- ; et ce sont ces âmes qui sont les délices de Dieu et qui font sa volonté sur la terre comme les bienheureux dans le ciel.

Je n'ai pu me défendre d'écrire ce qui m'est donné. C'est pour la personne que vous savez3. J'aime mieux la fatiguer que de déplaire à Dieu. Si elle voulait bien garder cette lettre par petitesse, elle trouverait dans quelques années que je lui ai dit la vérité A, et que c'est un abrégé de la conduite que Dieu tiendra sur son âme. Si vous voulez cependant la supprimer, vous le pouvez. Pourvu que j'obéisse à Dieu, il ne m'importe ce que les choses deviennent : ni le bon ni le mauvais succès ne me touche plus 5.

IX. — M*« GUYON A FÉNELON « L'on m'a rapporté mon petit-Maître 7. Je n'eusse jamais

i. « Ces épreuves sont représentées par un très grand nomhr« de saints, comme un purgatoire terrible, qui peut exempter du Purgatoire de l'autre vie les âmes qui le souffrent avec une entière fidélité. » (Explication des Maximes, édit. cit., art. VIII, vrai, p. 73) ; cf. encore Instructions, t. VI, p. 124, g, Lettres spirituelles, t. VIII, 573, g. — Sur cette purgation passive dans le Purgatoire, cf. Mme Guyon, Traité du. Purgatoire, Ire partie, chap. 11, § 1 1 (Opuscules, loc. cit., t. II. p. 28»)).

a. Sur le sens mystique de milieu cf. Lettre X, p. 38 et n. 3.

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