Cf. Lettre III, p
5. Il est probable que cettre lettre de Mme Guyon répond à une lettre perdue de Fénelon, lui demandant des explications sur la fin de la Lettre VII. — Sur ce sens de succès, cf. Lettre CXV, p. ^96 et n. 3.
6. T. II, Lettre CLIV, p. 447-455 ; Début et dernière phrase, t. V, p. 4o6.
7. Expression affectueuse et familière employée par Mme Guyon et
osé espérer un si grand bien, si M. notre curé ne me l'était venu offrir. Jugez avec quel plaisir (cette fête étant pour moi ce qu'elle est) mon petit-Maître s'est donné à moi avec un naturel amour1. Il n'a pas plutôt été dans ma poitrine, que j'ai ressenti un renouvellement de candeur, d'innocence et d'enfance que je ne vous puis exprimer. Je lui ai demandé qu'il vous mît dans l'état où il vous voulait, et qu'il vous fit entrer dans ses desseins; qu'il fût votre voie et votre conduite; qu'il vous fît marcher dans sa volonté, et non selon les idées de perfection et de vertus, que vous vous êtes faites. II me semble que cela sera. O, si vous pouviez comprendre ce qui est de l'entière désappropriatioh de toutes choses, le peu de cas que Dieu fait de la justice de la plupart des hommes, comment il les examinera même avec rigueur, durant qu'il prend ses délices dans une petite âme bien humiliée et bien anéantie par l'expérience de ses misères, et qui, n'attendant plus rien d'elle-même, espère tout de son Sauveur !
[Souplesse de la volonté humaine à l'action de Dieu dans le pur amour.]
O bonheur infini de l'humiliation et de n'être rien ! Entrez une bonne fois dans les intérêts de Dieu. Aimez la justice qu'il vous fait, et celle qu'il se rend à lui-même.
ses amis, pour designer Jésus dans l'Eucharistie, comme Maître intérieur des âmes. Fénelon s'en servira souvent ; cf. Lettres à la comtesse de Montberon des 21 et 27 juin 1707, t. VIII, p. 678, g et 679, d : « Ce que je vous demande avec la dernière instance, au nom du petit- Maître, c'est de communier demain matin » ; cf. encore Lettre à la duchesse de Morlemart du Ier février 171 1, t. VII, p. 334, g. : a faire la place nette au petit M. », etc.
1. Tel est le texte du t. V, et voici celui du t. II, qui semble bien n'être qu'un résumé d'introduction : « Mon divin Maître s'est donné à moi cette nuit dans la communion avec un nouvel amour. » D'ailleurs le texte : « Jugez avec quel plaisir, etc. » pourrait bien être tronqué et avoir perdu quelques mots, qui permettaient de constituer deux phrases au lieu d'une.
Je vous proteste dans cette nuit de sa naissance, qui m'est si chère, que, quand je serais mille fois perdue, j'aurais toujours un plaisir infini de ce qu'il s'est bien voulu servir de moi pour vous faire entrer dans les voies de l'anéantissement. Entrez, donc dans un amour désintéressé, je vous en conjure, pour réciproquer1 l'amour gratuit d'un Dieu ; et donnez-vous à lui en sacrifice, afin qu'il vous jette jusqu'au plus profond de l'abîme de boue, où il jeta le roi-prophète2, dont il ne pouvait plus sortir. Soyez persuade que vos efforts pour en sortir ne serviront qu'à vous y enfoncer davantage ; et c'est la différence qui se trouve entre l'abîme de boue et l'abîme d'eau, que dans ce dernier, en faisant quelques efforts, on vient sur l'eau, et, à force de nager, on peut en sortir, mais l'abîme de boue est bien différent : plus on se remue, plus on enfonce ; plus on veut s'aider, plus on se nuit. 11 faut, pour n'y être pas suffoqué, demeurer tranquille et sans se remuer ; de cette sorte, l'on est supporté de la boue, loin d'en être accablé.
Demeurez donc dans la profondeur d'un cœur humilié, et soyez persuadé avec Job, que quand vos mains, c'est-àdire vos actions, seraient éclatantes comme le soleil, Dieu les enfoncera dans la boue 3 ; et aussi que, quand vos péchés seraient rouges comme Cécarlate, il les blanchira comme neige 4. Ce que Dieu veut de vous à présent est que, désespérant entièrement de vous-même, vous attendiez tout de votre Sauveur, que vous ne vouliez même point d'autre salut, que celui qu'il lui plaira de vous donner.
i. « Monsieur, vous pouvez m 'ai mer tant qu'il vous plaira, mais je ne puis du tout vous réciproquer. » Propos de bal à Saint-Malo, rapporté par Mme de Sévigné dans une lettre à Mme de Grignan du 8 janvier 1676 (Édition des Grands Écrivains, t. IV, p. 337),
a. Ps. LXVIII, 3.