‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 123 sur 294 · Fénelon · texte numérisé non relu

Fénelon

qui est attiré de Dieu1, et qui est destine pour le posséder lui-même, ne peut trouver hors de Dieu rien qui le contente ; et passionné qu'il est de son divin objet, il n'a que du dégoût pour tout ce qui interrompt ou empêche sa jouissance. Si cela est un effet de l'amour, c'est en même temps une marque de l'imperfection de l'amour, et que l'âme est encore bien vivante en ellemême. Celui qui aime parfaitement, n'aime parfaitement, que parce qu'il est entièrement mort à lui-même : étant parfaitement mort, il est passé dans sa fin ; et, étant dans une union essentielle 2, il est dans une possession qui ne peut être interrompue par l'embarras des créatures, ni distraite par toutes les affaires possibles, parce que l'âme est au-dessus des moyens, et consommée dans sa fin.

Mais, comme il ne s'agit pas à présent de cela, je n'en dirai pas davantage ; je dirai seulement, que cette personne doit mourir à soi-même sur cet article, et recevoir avec égalité et mort toutes les différentes choses qui l'arrachent comme malgré lui à sa chère solitude, ne voulant uniquement pour soi que ce qu'il y a, quel qu'il soit. On croit souvent n'avoir plus de penchants, quoique l'on en soit tout plein. On n'a plus de penchants aperçus, lorsque l'on n'est pas contrarié dans ses penchants ; mais on en découvre facilement, sitôt qu'ils sont contrariés3.

Ce que je viens dédire, fait que l'âme tend continuellement au recueillement et à la retraite ; et plus son attrait est violenté, plus il se réveille avec force, Dieu le faisant de la sorte, afin que l'âme ne se laisse pas épancher dans les occupations, et qu'elle tende toujours à lui

i. Sur de au sens de par, après un verbe passif, cf. Haasc, /, c, § n3, p. 3n.

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