Cf. fragment d'autobiographie, p. 4 et
5. T. V, Lettre VIII, p. 219-221 ; cf. plus loin, p. 239-240, la lettre LXXVII, qui a des parties presque identiques.
72 fénelon 'et m- guyon
des choses qui paraissent hors de saison et vous convenir si peu *. J'en ai été étonnée moi-même et Ton m'a fait connaître que je ne devais point vous celer ce que fait le Tout-Puissant ; c'est à moi à obéir sans réplique. L'on m'a fait entendre que, lorsque vous seriez dans les états et dans les peines, ce que je vous en dirais serait perte, parce qu'il vous servirait alors d'appui ; que ce que je vous dis à présent fait un fond qui établit, quoique de loin, l'âme dans les dispositions qu'elle doit avoir, lorsqu'il en sera temps. Elle s'engraisse 2 et se fortifie, comme l'on nourrit une personne destinée à la mort, afin de pouvoir supporter la mort.
L'on m'a dit que je devais vous faire une provision pour l'hiver*. Lorsque je dis, que l'on me dit, c'est pour m'éxpliquer. C'est une impression, que l'on me met, dans l'âme, à laquelle j'obéis sans réplique4. Je suis tellement pour vous, et Notre-Seigneur veut tellement que cela soit de la sorte, que, quand je consumerais ma vie à votre service, je la trouverais très bien employée. Je ne puis faire autrement sans que j'en sache la cause, et je puis vous protester devant Dieu, qui assurément me fait vous écrire, qu'il n'y a en cela rien de naturel6 r et que, quoique je sois aussi misérable que je la suis 6 cela est tellement mis en moi par un autre, que je ne puis que me laisser conduire. Je ne sens pas la moindre inclination qui soit de moi ; et j'ai été même quelquefois assez infidèle, pour avoir un seul désir que cela fut
i. Cf. Lettre III, p. 22.
2. Cf. Fénelon, Instructions» t. VI, p. 83, d et i5i, d: « [Les paroles] opèrent secrètement ; l'àme s'en nourrit et en est engraissée. »