T. V, Lettre XI, p
3. Très vraisemblablement le duc de Ghevreuse, comme l'indique la Lettre XXX, p. 78.
me presse quelquefois si fort que je suis comme obligée de dire : c'est mon fils bien-aimé auquel je me plais l, et cela sert à me soulager. 11 me semble que le corps et }es sens aient fait bande à part, et qu'ils soient comme une machine, que quelque autre chose que l'âme anime. Cependant ils ont une simplicité d'enfant, et il semble qu'il n'y a que les enfants qui leur conviennent. Ils ignorent le bien et le mal2, tandis que l'âme habite une région, qui leur est d'autant plus insupportable qu'ils y ont moins d'accès. Je crois que ce peu de correspondance de l'âme avec eux fait leur faiblesse et le peu de vigueur du corps. Je serais soulagée, si je vous exprimais quelquefois ce que Ton veut que je ne vous cache pas, c'està-dire, ce qui se peut écrire de l'état présent.
Il me semble que la sainte communion n'ajoute rien à ce que je possède, et cependant le Maître ne me l'interdit pas. Au contraire, l'on force de manger un pain, dont on est déjà rempli en manière substantielle et si propre à l'âme, qu'elle ne discerne plus d'autre chose de sa vie que celle-là, si elle la discerne encore. L'on s'est trouvé embarrassé depuis deux jours. L'on avait voulu se dispenser de communier. Gela n'a pas été possible ; et le Maître, usant de son autorité, le voulut si absolument, qu'à moins d'entrer dans un enfer, l'on ne pouvait lui résister davantage.. Que dites-vous à cela ? Si vous agréez d'y répondre un mot, l'on vous le renverra avec une extrême fidélité 3 ; mais, puisque Dieu m'adresse à vous, que ce soit lui seulement qui vous fasse connaître son pouvoir extrême sur moi, et non votre raison. L'on vous obéira cependant, à moins d'impossibilité pour l'avenir. On ne sait pourquoi on veut que je vous dise cela, puisque l'on ne pouvait résister, sans sortir de Dieu
i. Cf. fragment d'autobiographie, p. 5, n. i et Lettre XXIII, p. 68.