‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 189 sur 294 · Cf. Lettre précédente, p. 1 38 et n. a · texte numérisé non relu

Cf. Lettre précédente, p. 1 38 et n. a

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d'amour. Ceci est une thèse générale, qui ne fait pas qu'aucune personne particulière présume d'être dans cet état, puisque, si une personne y était, elle n'y penserait pas, et ne pourrait, comme vous dites fort bien, s'en rien attribuer. On veut seulement savoir, si Jésus- Christ et Bélial peuvent subsister ensemble, le péché avec l'amour, tel que nous l'avons décrit.

L'abandon le plus fort et l'état le plus perdu (la mort étant consommée en cette vie,) est proprement la vie divine, qui n'est communiquée que par la perte de la vie d'Adam (que l'on appelle mort). Mais cette vie divine» commencée en cette vie, ne peut jamais être consommée que dans la gloire. C'est ce qui m'a fait écrire, que l'amour consomme le cœur, ou plutôt la vie de l'âme, mais que ce même amour consommant ne sera consommé en lui-même que dans la gloire.

Vous éprouverez sans doute combien Dieu a réservé de biens à ceux qui l'aiment ; et vous serez contraint de dire avec le Roi Prophète, que la part qui vous est échue est excellente1. Je crois ce que vous croyez; et je m'en rapporte à vos lumières, en attendant une plus entière expérience.

Vos fautes ne m'étonnent pas, quoique celles de sécheresses soient celles auxquelles il ne faut plus travailler en votre manière : Dieu détruira toutes choses. Dieu ne se fait pas toujours sentir ; et, vous aimant au point qu'il sait, la foi aura souvent le dessus, je veux dire, la foi nue et insensible. Dieu n'est pas moins dans votre cœur, quoiqu'il se cache. Il le faut laisser aller et venir, comme il lui plaît2, ainsi que vous faites. Plût à Dieu que vous fussiez si bien comme un bateau sans voile ni rames, que vous ne pussiez faire autre chose que de vous laisser emporter à Ta merci des flots, qui se feraient souvent un

i. Ps. XV, 6.

a. Même formule, Lettre XIV, p. 48.

-Vf-

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plaisir de yous ballotter de telle sorte, que tout vous paraîtrait perdu ! Mais, comme vous ne prétendez autre chose que de l'être, vous aurez alors de quoi vous réjouir.

Que j'ai de joie de la poursuite continuelle que Dieu vous fait, et qu'il est un admirable conducteur, un charmant Maître I que ceux qui se laissent enseigner de lui sont heureux ! Que j'ai de joie de ce que vous en usez avec petitesse pour récréer vos sens. Vous ne sauriez croire combien cela est nécessaire pour votre âme et pour votre santé, et combien cela plaît à Notre-Seigneur. Gomme il vous conduit par la main, je ne vous dirai pas qu'il faut toujours aller contre le fil de l'eau, ni par la violence : cela ne doit être que dans les choses que la Providence de Dieu nous fournit, ou qui sont d'ordre de Dieu dans notre état : autrement vous iriez souvent contre des répugnances, que Dieu vous enverrait lui-même peut-être, pour vous défaire de certaines choses où il ne vous veut pas. Mais, comme il vous éclaire et vous conduit, il vous fera démêler cela.

Vous aurez à souffrir sur une chose, qui est que vos répugnances augmenteront, et en même temps l'impuissance de les surmonter. Il vous arrivera aussi de perdre souvent la trace de la conduite de Dieu sur vous ; ce qui sera accompagné de dégoût et de sécheresse. Vous serez souvent comme un oiseau, qui voltige sans trouver où poser son pied ; mais tout cela ne servira qu'à vous faire comprendre l'extrême dépendance où vous êtes de Dieu, et la différence qu'il y a de vous à bien d'autres. Vous serez comme l'oiseau du soleil, qui est plein de vigueur et de force, lorsque ce bel astre darde ses rayons sur lui, mais qui tombe dans une défaillance de mort, sitôt que le soleil se cache, puis reprend une nouvelle vie, sitôt qu'il parait. Soyez cependant persuadé que ce sera le temps où la protection de Dieu sur vous sera plus forte, quoique moins sensible. Si vous saviez combien il aime

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votre àme, vous en mourriez de reconnaissance * . Je le vois, et j'en ai toute celle dont je suis capable 2.

La disposition représentée * est sans doute incompatible avec le péché mortel : rien n'est si pur, ni si parfait. L'unique chose, qui pourrait mettre en doute, serait les circonstances d'une conduite qui ne paraîtraient pas proportionnées à des dispositions si pures, et qui feraient craindre qu'elles ne fussent pas sincères ; mais il faudrait des circonstances prodigieusement fortes, et même manifestement mauvaises, pour rendre suspectes des dispositions si parfaites et si éloignées de tout mal. Il peut y avoir des âmes éprouvées par la tentation, qui se croient criminelles en cet état; et cette persuasion qu'elles sont criminelles, est la plus rigoureuse épreuve, par ou Dieu veut les purifier. Voilà ce que je croirais facilement, parce que les personnes qui aiment Dieu d'un amour si pur, et qu'il aime à proportion, doivent passer par le creuset, et mourir à elles-mêmes. Pour l'illusion, qui peut sans doute se mêler jusque dans les choses les plus parfaites, je crois qu'on en verra toujours les marques; mais

i. Même idée, Lettre L, p. 128.

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