T. III, lettre à l'auteur, p
&. Tout ce premier paragraphe répond à la question posée dans la lettre précédente sous une forme nouvelle (p. i£o): « On veut seulement savoir si Jésus- Christ et Bélial peuvent subsister ensemble, le péché avec l'amour, tel que nous l'avons décrit. »
une personne qui la craint, qui se défie d'elle-même, qui a le témoignage d'une intention droite, pure et simple, qui marche par le chemin de la foi toute nue et toute obscure, ne trouvera que Dieu, parce qu'elle outrepasse tout autre objet distinct 4. Voilà ce que je crois qu'il faut faire entendre à ces âmes peinées. Doivent-elles être surprises de leur doute sur leur état, puisqu'elles savent depuis si longtemps que c'est par l'épreuve de ces doutes si douloureux que leur état même se doit consommer? Je sais bien que, quand on n'est pas dans la peine, il est aisé d'exhorter les autres à la surmonter ; mais Dieu fera tout. Celui qui me donne cette bonne pensée, donnera aussi facilement l'exécution à l'âme fidèle. Vous, qui avez passé parle creuset2, vous pouvez sur votre expérience parler plus efficacement que tout autre à ces personnes qui y sont et ont besoin d'être consolées.
J'éprouve d'un jour à l'autre une inégalité 3 prodi-
i. Autre maxime empruntée à saint Jean de la Croix (cf. déjà Lettre du 3o avril 1689, p. ia3); cf. Explication des Maximes, art. VIII, vrai, édit. cit., p. 65 : « Il ne faut point s'arrêter à ces lumières extraordinaires, mais les outrepasser, comme dit le bienheureux Jean de la Croix, et demeurer dans la Foi la plus nue et la plus obscure. » Cf. en effet Jean de la Croix, Œuvres complètes^ trad. cit., Montée du MonUCarmel, livre II, chap. xvii, p. 67-68 ; Exposition des Cantiques, § ai, p. 309-10; Table des matières, Méditation, p. 445 : « Les exercices de la Méditation se doivent prendre de telle sorte qu'on ne s'y arrête pas, mais on doit passer outre. » — Cette maxime est souvent reprise par Fénelon dans ses Lettres spirituelles, t. VIII, p. 447, g, 449 g, 56a, d, 713, d, etc. ; cf. encore plus loin, Lettres du ab juillet 1689, p. 228 et n. i, du 16 octobre, p. 29/1 et n. 1.
a. Même métaphore, Instructions, XXI, t. VI, p. 118, g ; Lettres spirituelles % t. VIII, p. 537, d.
3. « L'expérience de cette inégalité est une profonde leçon » (Lettres spirituelles, t. VIII, p. 565, d).
m FÉNELON ET M- GUYON
gieuse dans l'intérieur. J'ai quelquefois des distractions inconcevables ; mais elles me fatiguent, sans me décourager. Il me semble que mon discernement, pour distinguer dans mes fautes ce qui est volontaire d'avec ce qui ne l'est. pas *, augmente beaucoup. Souvent une action qui paraîtrait irrégulière, me paraît innocente dans sa source. Souvent je m'aperçois d'un mouvement naturel et d'une certaine propriété maligne dans des actions qu'on croirait bonnes ; mais tout cela se voit sans s'arrêter.
Plus vous avancerez dans l'intérieur, plus vous éprouverez de vicissitudes ; et c'est par ce continuel changement de disposition, que la foi croît et s'établit dans l'âme. Les plantes ne croissent et rie fructifient siu* la terre, que par la différence et le changement des saisons. C'est à la faveur de l'obscurité, des distractions de l'esprit, des sécheresses, etc., que la foi croît et se purifie. Le temps de l'obscurité est long et ennuyeux ; il ne le sera pas présentement autant que dans la suite, à cause de la diversité des dispositions, et que l'une soutient par son onction la sécheresse de l'autre, comme nous voyons une pluie nourrir et rafraîchir une terre aride.
Il n'y a rien du tout à faire, pour vous procurer une disposition plutôt qu'une autre, ni pour arrêter les distractions, car il n'y a que Dieu même, qui puisse fixer
1. Cf. Lettre à la comtesse de Montberon du 7 janvier 1708, t. VIII p. 688, d : « Vous apprendra- t-il à distinguer avec sûreté les sentiment involontaires de jalousie d'avec la jalousie volontaire ? »