Texte de Dutoit ; comme saint Augustin
FENELON A M- GUYON 247
obscurité, qui est une raison pour ne -pas croire, à cause de Y évidence des miracles et des prophéties, qui me rendent clair ce qui est obscur dans les mystères. Comprendre autrement la foi, c'est manifestement la renverser. Il faut donc que la foi, pour être vraie et pure foi, soit tout ensemble obscure et lumineuse par l'évidence de l'autorité divine, que nous proposent ces mystères. Ne croire que ce que la raison comprend, ce n*est pas foi, c'est philosophie; croire sans comprendre, ni ce qu'on croit, ni pourquoi on croit, ni si c'est Dieu qu'on croit, ce n'est plus ni raison, ni foi, c'est fanatisme, c'est enthousiasme extravagant. Voilà le principe fondamental non seulement de la foi, mais encore de toutes les démarches de la pure foi.
En quoi consiste donc cette conduite de la pure foi,t qui va toujours par le non- voir, comme disent le B. Jean de la Croix * et les autres ? Le voici : c'est que l'âme, voyant clairement la vérité de l'Évangile, et étant certaine que Dieu parle aux hommes, elle se laisse aller sans mesure et sans réflexion à l'impression de ces vérités; sa conduite est tout ensemble raisonnable et obscure2: raisonnable, puisque la voie de la pure foi, où elle marche, et qui n'est autre que la pure perfection de l'Évangile, lui est certifiée par l'autorité de l'Évangile, et par tous les principes delà sainte Théologie. — Je dis ceci, parce qu'il est
i. Cf. tout les textes cités, p. 122, n. A (Lettre du 3o avril 1689). 2 . « L'obscurité de la pure foi est bien différente du doute » (Leltrex spirituelles, t. VIII, p. 5/47, d).
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certain que les âmes intérieures doivent toujours soumettre, autant qu'elles sont libres, tous leurs attraits et toutes leurs expériences aux décisions de l'Église, leur Mère, qui est, selon la promesse de Jésus-Chrièt dans l'Évangile, plus assistée du Saint-Esprit, pour décider sur la doctrine, que tous les saints les plus éclaires ensemble ne le seraient avec toutes leurs expériences intérieures : aussi les âmes les plus intérieures et les plus éprouvées dans la nuit de la foi ne cessent jamais d'avoir une entière certitude de leur voie, qui se réduit à la règle de la foi décidée par l'Eglise et à la simplicité de ses enfants pleins de soumission. — Cette conduite est en même temps obscure, parce que les choses proposées sont aussi incompréhensibles que l'autorité qui les propose est certaine ; aussi tout se réduit à la définition que saint Paul donne de la foi : c'est une conviction des choses qui ne paraissent pas1. Voilà la certitude de l'autorité des choses qui ne paraissent pas ; voilà l'obscurité des mystères. Si je suis sûr d'un guide, je m'abandonne h lui dans un chemin que je ne connais pas : le chemin m'est obscur, le guide m'est clair4. Le chemin de la foi est ténébreux et impénétrable, mais Dieu, qui est le guide, nous le rend clair par son autorité ; c'est pourquoi saint Paul dit : je sais à qui je me confie9. Vous-même, dans l'état de la foi dénuée, dites
i. Hebr. XI, i.
2. La formule de Fénelon est plus prudente et plus modérée que celle de Mme Guy on dans sa lettre du ai février i68q ; cf. p. 4 g et n. i.