T. V, Lettre XLVIII, p. 348-35o
5. Je pense qu'il s'agit ici du blessé de Valcour, Armand-Jacques Guyon, seigneur de Briare et de Champoulet, lieutenant aux gardes françaises, qui quitta le service après sa blessure, et se maria trois ans après. C'est chez lui ou plutôt près de lui, dans une terre de sa femme, à Diziers, que Mme Guyon se retirera en 1703 au sortir de la Bastille. Son second fils était Jean-Baptiste Guyon de Sardières, capitaine au régiment du roi, qui mourut célibataire à Paris en 1752 (cf; Guerrier, Mme Guyon, /oc. cit., p, ^176).
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le fils, non pas de vos larmes, mais de votre foi. Pour les choses dont il doute, je n'en saurais être en peine : il n'y a que de mauvais philosophes qui puissent par leurs livres, inspirer de tels doutes. Rien ne périt, rien ne s'anéantit dans la nature. Quand les touts se corrompent, les parties ne font que changer de figure, mais aucunes ne cessent d'être. Si donc les êtres même les plus vils ne s'anéantissent jamais, comme les corps grossiers et inanimés, à plus forte raison les êtres raisonnables qui le connaissent et connaissent tout le reste; ils peuvent cesser d'être liés à de certains corps, mais ils ne peuvent jamais cesser d'être1. Encore une fois on ne voit point clair, quand on ne voit pas cela2. D'ailleurs l'immortalité de l'âme se trouve liée avec le Christianisme, dont les preuves en détails sont infinies. Il faudrait un livre3, non pas une lettre, pour les rapporter ; et à peine puis-je dérober un demi-quart d'heure pour vous écrire. Ce serait peut-être les sujets de longues conversations, si Dieu, comme je l'espère, ramène Monsieur votre fils en ce pays. Mais il faut qu'il compte qu'il n'y a que
i. « Le corps n'est point anéanti. Il n'y a pas le moindre atome qui périsse... La machine se dissout et se déconcerte, mais, en quelque endroit que la corruption ou le hasard en écarte les débris, aucune parcelle ne cesse jamais d'exister, et tous les philosophes sont d'accord pour supposer qu'il n'arrive jamais dans l'univers l'anéantissement du plus vil et du plus imperceptible atome. A quel propos craindrait-on l'anéantissement de cette autre substance très noble et très pensante que nous appelons lame ? » (Lettres sur la religion, II, u, t. I, p. 107, g).
a . Texte de Dutoit : quand on voit par cela . , 3. Les Lettres sur la religion seront comme l'esquisse détaillée de ce livre que Fénelon n'a pas écrit.
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hardiesse et qu'ignorance chez les libertins. Ils méprisent et attaquent tout en gros, mais en détail la force de la religion bien examinée les accable. Quand il voudra en faire l'expérience, il verra, les livres à la main, que l'impiété est la faiblesse même. Ils ne savent ni l'esprit de la religion ni ses preuves '. Pour moi, je suis ici dans une agitation et même occupation continuelle, et je ne puis me mettre paisiblement devant Dieu ; mais mon cœur est toujours uni à lui, et je l'y trouve daos tous les moments de liberté. J'espère qu'après ce premier temps je serai plus à moi, et aux choses dont il faut se nourrir. Pour le fond, c'est toujours la même chose. Je vois bien des choses qui devraient me faire plaisir, mais Dieu les tempère, en sorte que mon cœur ne veut ni ne trouve à se reposer en rien. C'est la colombe de l'Arche, contrainte de revenir. Je bénis Dieu de tout ce qu'il vous donne. Quand nous re verrons-nous - ? Je ressens toutes vos douleurs et toutes vos consolations jusqu'au fond du cœur. Ce 12 septembre 1689.
i.- « Toutes les fois que vous voudrez examiner les fondements de la religion, vous reconnaîtrez sans peine qu'on n'y peut opposer rien de solide, et que ceux qui la combattent ne le font que pour ne se point assujétir aux règles de la vertu » (Lettres spirituelles, t. VIII, p. 466-7). — « Vous connaissez les vrais fondements de la religion et la faiblesse de tout ce qu'on lui oppose, etc. » (id., id., p. £70, d).
- 2. Mme Guyon était alors à la campagne, près de sa fille ; cf. sa Vie (IIIe partie, chap. x), édit. cit., t. III, p. 120 ; « Ma fille fut mariée chez Mme de Miramion, et je fus obligée à cause de son extrême jeunesse [i3 ans, comme on a vu] d'aller rester quelque temps avec elle. J'y restai deux ans et demi. » Pendant tout ce séjour, Mme Guyon ne vint à Paris qu'à de rares intervalles. C'est cet éloignement et les nouvelles occupations de Fénelon qui vont maintenant ralentir la correspondance.
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J'ai bien des choses à vous dire, car mon cœur est souvent plein pour vous devant le Seigneur. Je comprends toujours plus qu'il vous aime, et les dessein s qu'il a sur vous, qu'il établit sur la petitesse. Mon cœur vous goûte de plus en plus, quoique de loin ; et, comme Dieu vous veut faire le père d'un grand peuple 2, il veut jeter de profondes racines de votre édiôce spirituel ; il veut vous donner un cœur docile pour conduire un grand peuple. La demande que Salomon fit au Seigneur est admirable : il ne demande point un air d'autorité pour se faire craindre, mais un cœur docile3. Plus votre cœur sera docile, comme un petit enfant sans raison et sans résistance, plus vous serez comme Dieu vous veut, plus vous serez propre à ce à quoi il vous destine. Le don de la véritable sagesse, c'est cette docilité du cœur. Craignez plus que la mort de reluser à Dieu, quelque chose qu'il >euille exiger de vous, ce que votre docilité ne vous laissera pas ignorer. Que le respect humain et le conseil des autres ne vous lasse jamais agir contre votre propre cœur. Ceci vous est de la dernière conséquence et, pour vous, le fond de toutes choses. Ne craignez pas de faire des fautes avec cette docilité de cœur. Si vous en faites, ce sera par hésitation ; allez donc par là avec une fidélité invariable, car le Seigneur sera avec vous : il vous enseignera toutes choses ; il vous mettra, il mettra dans le moment dans votre bouche ce que vous avez à dire, mais suivez-le inviolablement. La fidélité sera lumineuse ; mais, si vous étiez infidèle, vous
i. T. V, Lettre XLIX, p. 35o-3.
2. Même affirmation lettres des i5 juin et 23 septembre, p. 170, 279.