INTRODUCTION XLI1I
marquait quelque peine à croire ce que Mme Guy on lui disait sur les voies intérieures, l'abbé de Fénelon répondit : « Mme Guyon doit être crue sur cela, elle en a l'expérience. Ce n'est qu'une femme, mais Dieu révèle ses secrets à qui il veut. Si de Paris je voulais aller à Dammartin, et qu'un paysan du lieu se présentât pour me conduire, je le suivrais et me fierais en lui, quoique ce ne fût qu'un paysan1. » — Et Fénelon se fiait en elle ; il savait par expérience intérieure « qu'elle lui faisait beaucoup de bien2 », et il restait ce très persuadé que Dieu la menait et lui par elle 3 » .
De là entre les deux amis cette union très intime, qu'ils appelaient en leur langage or une union générale et de pure foi* », amitié mystique, qui avait « quelque chose autant doux que fort », oc infiniment plus suave » que toutes les amitiés naturelles s. Libres entre eux comme de vrais enfants du Seigneur, ils avaient « laissé tomber » très vite toute contrainte, tout compliment et toute civilité mondaine • : « Gardezvous bien, écrivait Fénelon à son amie, de vous gêner pour tous les noms que vous vous trouverez portée à me donner. Suivez librement la pente que Dieu donne à votre cœur, et soyez persuadée que j'en serai très
i. Phclippeaux, Relation, l. cit., t. I, p. 44.
a. Fénelon à Mme Guyon, Lettre du Vendredi saint 1689, p. 11 5.