INTRODUCTION LV
« J'ai lu le livre avec respect et satisfaction. J'y trouve peu de choses à redire. On se pouvait peut-être passer de mettre quelque chapitre des épreuves, mais aussi peut-être cela était-il nécessaire. Je trouve en quelques petits endroits le faux trop poussé, et qu'il peut causer bien de la peine à quelques âmes timorées. Je trouve encore qu'il est trop concis en bien des endroits, qui auraient besoin de plus d'explication. Tout en gros, je le crois très bon, et que les crieries viennent de l'ennemi de la vérité. A Dieu ne plaise que je me plaigne d'y être condamnée en quelques endroits1, puisqu'outre que la condamnation n'est pas formelle, Dieu sait que je voudrais de tout mon cœur pour le bien de l'Eglise en général et pour l'utilité des particuliers, être condamnée de tout le monde. Dieu connaît la sincérité de mon cœur. Je peux m'expliquer mal étant une femme ignorante, mais plutôt mourir que de croire mal et de ne pas soumettre toute expérience à ceux qui doivent juger de tout, et surtout à une personne pour laquelle j'ai tant de respect... Voilà devant Dieu quels ont été et quels seront toujours, s'il plaît à Dieu, mes sentiments, prête à tout et prête à rien. Je prie Dieu qu'il inspire d'ajouter etd'éclaircir ce qui sera pour sa gloire, et qu'en nous enseignant le pur amour, il n'y mêle jamais ni politique, ni propre intérêt, ni considération humaine. 11 doit bannir tout cela de sa conduite, comme il le bannit de l'amour pur. Je prie donc Dieu de tout mon cœur qu'il se glorifie toujours en lui et par lui 2. »
i. Ces endroits sont très rares ; cf. par exemple sur « llunion liypostatique du verbe avec l'homme » , la lettre XIX de Mme Guyon et le texte de Y Explication cité p. 5g, n. t\.
2. Lettre inédite à ? de 1697 (*eF recucil Chevreuse, p. 193).
LVÏIL INTRODUCTION
Ainsi elle semblait s'oublier tout entière, pour ne penser qu'à la Vérité et à lui : « Je ne désire point, disait-elle, qu'il me justifie, si cela peut lui faire le moindre tort l. » Mais leurs deux causes n'étaient-elles pas liées cri fait et dans l'opinion ? Et la victoire de Fénelon Saurait-elle pas été sa victoire à elle même ? Sans oser peut- être se l'avouer, elle le sentait confusément. Puisque ïe livre était fait, il fallait bien le défendre 2, et jusqu'au bout. Mais elle se demandait avec angoisse si l'ami fïiiblo, ondoyant, prompt au découragement saurait tout sacrifier, tout perdre, et se perdre lui-même pour sauver la vérité. Elle craignait qu'il manquât de fermeté, qu'il voulût se gagner les évêques par des conressions, qu'il ne trahit le pur amour, pour plaire à Mme de Maintenon et rester à la cour3. Elle pressentait très justement que le salut serait pour lui dans lexi! volontaire4 ou dans la disgrâce acceptée simplement, sans récrimination vaine : « J'espère, pensaitel le, que I >îeu l'éloignera d'un lieu qui lui est si funeste , puisqu'il y tient si fort. J'ai toujours connu son attache pour une certaine personne (Mme de Maintenon) ; c'est ce qui lui tient le plus au cœur... J'espère que la tempête le jettera au port, et que, lorsqu'il sera éloigné de ce lieu, il sentira le repos que son attache lui dérobe. * ».
i. fd,a mnï 1IÏ98 (ici., p. 2o3) ; cf. même recueil, p. 4o : « J'ai bien plus de [H'înu Je la suspicion qu'on a sur B., que de tous les maux qui pnn relient arriver » (Lettre du i« novembre 1693).
3. Lettre médite au duc de Chevreusc de juin 1697 ("e recueil Cbevreuse).
3* hL, octobre 1697 (irf.).
\. fâmf juin 1697 (id.) : « Qu'on aille dans son diocèse, et que de Iri on écrive ,111 P[ape], etc.