INTRODUCTION L1X
La tempête vint, et Dieu « rendit sa paix » au noble exilé1. Ses répliques aux évêques, ses instructions pastorales, ses lettres au pape, tous ces plaidoyers d'une si ingénieuse et si gémissante éloquence, la ravirent par leur « force », leur « netteté », leur « honnêteté 2». Un moment, elle eut une crainte affreuse. Elle avait appris que l'archevêque de Cambrai, dans son « désir de revenir à la cour », avait fait « une démarche pour un accommodement » : « A-t-il oublié ce passage, s ecrie-t-elle tout indignée : si vous aimez et soutenez la Vérité, la Vérité vous rendra libre ?... Cette démarche affaiblit beaucoup la Vérité. Prions Dieu qu'il lui donne plus de fermeté et plus d'indifférence pour la faveur... S'il préfère la cour à la Vérité, la cour sera son écueil 3. » L'impatience de l'exil fut-elle en effet assez forte chez Fénelon, pour lui faire jouer le rôle de solliciteur repentant? Il est plus probable que Mme Guyon avait été mal renseignée. Au reste, sa crainte fut courte. Elle eut la grande joie de voir son ami rester ferme, et, suivant Je conseil qu'elle lui avait donné 4, porter sa cause, ou plutôt leur cause devant
i. Id., août 1697 (H* recoeil Chevreuse) ; cf* les deux Lettres de M. l'archevêque de Cambrai à un de ses amis après sa disgrâce, t. II, p. 282-6.
2. « Je suis charmée des lettres de N. (S. B.). Rien n'est plus fort, plus net, plus décisif : il y a une certaine honnêteté qui ne diminue rien de la force, et une manière délicate de démêler les choses » (Lettre inédite à ? de mars 1698, I«r recueil Chevreuse, p. iq4); cf. Lettre d'octobre 1697 : (< La lettre au pape a plu à tous les gens sans prévention » (IIe recueil Chevreuse).
3. Lettre inédite à ? d'avril 1698 (Ier recueil Chevreuse, p. 197-8).
4. « Je croîs qu'il faut faire tous les efforts possibles pour aller soi-même à R[ome], envoyer, si l'on ne peut obtenir d'y aller, les éclaircissements et la traduction... J'écrirais au P[ape] une lettre très soumise, très filiale, et d'un style qu'il n'a pas appris de voir dans les adversaires, etc. » (Lettre inédite de mai 1697, IIe recueil Chevreuse).