LXXX1V INTRODUCTION
volontiers tyrannique l oubliait parfois, en écrivant à ses dirigées, que c'était lui qui les dirigeait. Il venait leur gémir ses souffrances et leur demander consolation : c'est dans ses lettres spirituelles qu'il s'est le plus sincèrement confessé 2. Mais ce ne sont là que des aveux fragmentaires, dont on a d'ailleurs abusé. Pour rendre justice à ce noble et généreux esprit, il le faut suivre dans toutes ses ondulations. Sa confession à Mme Guyon est plus juste, parce qu'elle est plus complète.
Car, par mobilité d'esprit, autant que par impuissance à être sincère, « il ne pouvait se dépeindre luimême 3 », ni jamais rien dire de lui, « qui ne lui parût faux l'instant d'après4 ». Il n'avait pas la force d'être franc, et ne sentait en lui qu'incertitude, inquiétude et mensonge B. Il allait dans la vie avec une démarche sinueuse, ayant, jeune encore, des prudences de vieiL homme « toujours délibérant et précautionneux6 ». Tout ce que son hérédité lui avait légué de hauteur aristocratique et d'habitude de domination se trouvait à la fois exaspéré et adouci par la faiblesse de son tempérament. Les faibles, qui ne savent ni se pos-
i . Cf. en particulier ses lettres de direction à Mme de La Maisonfort.
2. Lettres spirituelles, t. VIII, p. 555, g, 565, g, 58o, d, 6£o, g3 etc. La lettre GGXIX, la plus belle et la plus connue de toutes (p. 58g, g), qui a été trouvée parmi les lettres de Fénelon à la duchesse de Mortcmart, me parait être adressée à Mme Guyon.