INTRODUCTION LXXXV
séder ni se maîtriser, oscillent par secousses brusques de la dureté à l'attendrissement. Fénelon connaissait lui aussi ce va-et-vient d'une âme débile, ces « hauts et bas, qui le secouaient rudement1 ». D'une sécheresse souvent tranchante et dédaigneuse *, aiguisant en impitoyable ironie une raison qu'il avait merveilleusement sûre et fine, ne sachant pas résister à la joie de tuer les gens sous un sarcasme 3, il était repris presque aussitôt par son excessif « désir de plaire * », d'être aimé et admiré, comme les cœurs insuffisamment robustes, qui ne se suffisent pas à eux-mêmes : la perte d'une affection, d'une sympathie •, si mince 'fût-elle, la plus légère éraflure à sa réputation le faisait souffrir « horriblement » et « crier les hauts cris6 ». Il aurait fini par avoir peur d'une servante 1. Sentait-il au contraire autour de lui bienveillance et affectueuse admiration, il retrouvait son élasticité d'âme et sa confiance en soi. 11 se sentait « libre, dégagé et hardi8 ». Mais, quand le calme du matin ou la solitude conquise sur la vie de cour lui rendait le recueillement 9, alors il prenait conscience de toute cette misère, d'abord inaperçue, et « sa lâcheté lui faisait horreur10 ». Gomme un neurasthénique, qui se
i. Id., 12 août 1689, p. a56.
2. Id., 26 juillet 1689, p. 226; cf. encore t. VIII, p. 58g, g.