Œuvres, édit. de Versailles, t. VI, p
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d'une telle comparaison. Non, monseigneur, je ne m'en plaindrai pas; je n'en serai affligé que pour vous. »
A pro[)OS de ces réponses, qui paraissaient victorieuses, au moins en ce qui concerne les procédés, le neveu de Bossuet, son agent à Rome, ne craignait pas d'écrire à son oncle en parlant de Fénelon : « C'est une bête féroce qu'il faut poursuivre pour l'honneur de l'épiscopat et de la vérité jusqu'à ce qu'on l'ait terrassée. Saint Augustin n'a-t-il pas poursuivi Julien jusqu'à la mort*? » De pareilles expressions ont-elles pu être employées par un prêtre écrivant contre un évêque et contre un Fénelon ! Bossuet lui-même, sans s'avouer vaincu, reconnaissait la belle défense de son adversaire : « Qu'on cesse de vanter, dit-il, son bel esprit et son éloquence; on lui accorde sans peine qu'il a fait une vigoureuse et opiniâtre défense. Qui lui conteste l'esprit? Il en a à faire peur; et son malheur est de défendre une cause où il en faut tant. »
Enfin vint le jugement de la cour de Rrme. Il n'était pas aussi décisif que l'avaient désiré Louis XIV et Bossuet. Sur les dix examinateurs , cinq se déclaraient pour la censure et cinq contre. Il y avait donc partage, et selon les règles de tous les tribunaux du monde, l'accusé aurait dû bénéficier de cette égalité de suffrages. Le pa[)e était dans un grand embarras. Il essayait de partager les torts entre les deux adversaires : « L'archevêque de
1. Lettre de l'abbé Bossuet, 25 novembre 1G98. {Œuvres dç Bossuet, t, XLII, p. 56.)
Gambray, disait-il, a péché par excès d'amour de Dieu; l'évêque de Meaux a péché par défaut d'amour du prochain », et en réalité ce prétendu partage était en faveur de Fénelon, Un pareil jugement ne pouvait convenir à Louis XIV, qui voyait partout dans cette affaire l'intérêt de son pouvoir. Il fit une démarche pressante. L'affaire fut de nouveau soumise à l'examen des cardinaux, qui y mirent plusieurs semaines. Il fut décidé à l'unanimité que le livre serait censuré. Mais la faveur du pape se montra encore dans le choix des cardinaux qu'il chargea de rédiger la censure : c'étaient ceux- qui étaient particulièrement favorables à Fénelon; le pape même était sur le point de substituer à une censure directe une décision dogmatique. A cette occasion, une nouvelle lettre impérieuse de Louis XIV fut adressée au pape. Voici sur quel ton on lui parlait : « Sa Majesté apprend avec étonnement et douleur qu'après toutes les instances et tant de promesses de couper promptement et jusqu'à la racine par une décision précise le mal que fait dans tout son royaume le livre de l'archevêque de Gambray, lorsque tout semblait terminé, les partisans de ce livre proposent un nouveau projet qui tendrait à rendre inutiles tant de délibérations. Sa Majesté ne pourrait recevoir et autoriser dans son royaume que ce qu'on lui a promis, à savoir un jugement net et précis sur ce livre qui met son royaume en combustion. »
Déjà, sans allcndrc celte lettre, dont on remarquera la hauteur presque insolente, le pape s'était
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exécuté, et, dans un bref conforme aux usages, il avait déclaré quil condamnait et réprouvait de son propre mouvement le livre susdit; mais tout en reconnaissant que le livre contenait des propositions téméraires^ scandaleuses^ malso/inantes, le pape s'était refusé à la qualification d'hérétiques^ et même d'approc/iant de l'hérésie '.
Qu'allait faire FénelonPIl l'avait dit cent fois dans le cours de ce long débat, à savoir qu'il se soumettrait; et en effet il se soumit en termes aussi nobles que simples: il le fit dans un mandement à ses diocésains :
« Nous adhérons à ce bref, mes très chers frères, tant pour le texte du livre que pour les 23 propositions, simj)lement, absolument et sans encombre de restrictions. Nous les condamnons dans les mêmes formes et avec les mêmes qualifications. Nous vous exhortons à une soumission sincère et à une docilité sans exemple. A Dieu ne j)laise qu'il soit jamais parlé de nous, si ce n'est pour se souvenir qu'un l)asteur a cru devoir être plus docile que la dernière brebis du troupeau. »
Dans une lettre adressée au pape, il renouvelait la même soumission dans les mêmes termes, en ajoutant : a Je n'aurai jamais honte d'être corrigé par le successeur de saint Pierre. Je n'emploierai jamais l'ombre de la plus légère distinction qui puisse tendre à éluder le décret. » Les adversaires