‹ Fénelon, politique tirée de l'ÉvangileChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Roi

Le roi d'Espagne Charles II n'avait pas d'héritier et, même avant sa mort, les voisins disposaient de sa succession. Il s'indignait de ce qu'on distribuât ses Etats sans le consulter. Il allait ouvrir les tombeaux de l'Escurial, pour baiser les ossements de ses ancêtres et chercher auprès d'eux quelque grande inspiration.

Après avoir pris l'avis du pape Innocent XII, du conseil de Gastille, de la noblesse et du clergé, des théologiens et des jurisconsultes, Charles II choisit pour son héritier Philippe duc d'Anjou, second fils du Dauphin, frère du duc de Bourgogne. Louis XIV hésita, ses conseils étant divisés ; puis il accepta le testament. Il n'y avait plus de Pyrénées.

Le marquis de Louville, gentilhomme de la manche du duc d'Anjou, suivit, à Madrid, son maître qui devenait roi sous le nom de Philippe V (1701).

Ami de Fénelon, avec qui il avait collaboré dans l'éducation des Princes fils du grand Dauphin, le

marquis de Li'ouville, écrivit aussitôt à Cambrai, Il savait quelles lumières pouvaient venir de ce côté pour les nouvelles directions du jeune roi.

Il avait bien placé son espoir.

Louville reçut de Cambrai une longue lettre (10 octobre 1701) (1) : « 11 y a longtemps, monsieur, que je diffère à vous répondre. Les raisons en seraient trop longues et inutiles à expliquer, elles n'ont aucun rapport à vous. Je vous aime et vous bonore toujours du fond du cœur. Vos lettres sont arrivées ici sans accident : ne soyez en peine de rien ».

Après quelques coQseils précieux, qui rappellent le précepteur d'autan, sur la conduite à tenir vis-àvis du jeune roi : « Ne lui dites jamais trop à la fois... Arrêtez-vous tout court dès que vous douterez s'il est fatigué. Rien n'est si dangereux que de donner plus d'aliment qu'on n'en peut digérer », la lettre contient des instructions précises sur les devoirs de la royauté.

Un bon prince a neuf devoirs principaux :

1. — Il doit travailler à peupler son royaume. C'est surtout au petit-fils^de Louis XIV et au futur chef d'une nation épuisée qu'il était bon de tenir ce langage.

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