‹ Fenêtres et jalousiesChapitre 10 sur 17 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

FLORESTINE, puis JOSUÉ.

FLORESTINE, seule.

Voyez-vous ça ! monsieur Josué est un libertin, un trompeur ï... Il est riche et feiut d’être pauvre. On en apprend de belles tous les jours. Qu’il y revienne, et je vais drôlement le recevoir !

JOSUE, à la fenêtre de gauche.

Je gage qu’elle pense cà moi, elle va bien m’accueillir 1 (iiaut.) llebonjour, voisine 1

FLORESTINE

Ah ! c’est vous ? Tous arrivez à propos !

JOSUÉ, avec fatuité.

J’arrive toujours comme ça, auprès des femmes !

FLORESTINE

Voisin, vous ne connaissez que la fenêtre. Eh bien ! je vais vous faire entrer en connaissance avec la porte.

JOSUÉ, .joyeux.

La porte de votre chambre ?

FLORESTINE

Non, non, la porte !

JOSUÉ

Ah ! voisine, ne parlez pas politique ! Eh bien ! riez donc!...

FLORESTINE

Avec vous? n ini, c’est fini !... (Le poussant.) A la porte !

JOSUÉ

Vous me traitez comme Bou-Amema. Mais vous ne connaissez pas mon cœur ! Il est comme les melons, il y a le côté du soleil qui est bon et sucré et le côté de la couche...

(il est près du fourneau et se brûle.) Cl'isti ! qil il tait Chaud !...

— et le côté de la couche qui est déplorable !

FLORESTINE

Alors, gardez votre melon... je veux dire votre cœur. Car, je sais tout. Une personne qui sort d’ici m’a tout dévoilé. Je sais que vous appartenez à une grande famille. Votro cousino, madamo de Marsac, raffole de vous. Elle

vous apporte 60,000 livres do rente. Votre père vous attend pour le mariage, fdez !... Ali ! vous vous dites orphelin, et vous avez un père qui nage dans l’or !

JOSUÉ

Vous croyez que mon père nage... Mais alors, je demande à plonger.

FLORESTINE

Votre cousine m’a tout dit. Partez, on vous réclame...

Ah ! bon ! j’y suis... Le voile qui couvrait ma naissance obscure va se lever, je vais me montrer à nu, au figuré. Ainsi, on l’a donc avoué, je suis riche ?

Vous êtes riche I

FLORESTINE

JOSUÉ

Je suis riche ! On viendrait m’annoncer que l’obélisque a pris un fiacre cette nuit et est parti pour Pantin, que je n’en serais pas plus surpris! Ainsi, c’est donc bien vrai, j’ai un père, en chair et en os ?

FLORESTINE

A moins qu’il ne soit en carton !

JOSUÉ

Et ma cousine, madame de Vieux-Sac, m’adore ?

FLORESTINE

Elle est folle de vous !

JOSUÉ

Mais qu’est-ce que j’ai fait pour plaire aux femmes comme ça? Et moi qui, ce matin, doutais encore. Je cours quai des Morfondus! J’ai un père, tâchons de ne pas faire d’impair ! Et vous, chère Florestine, je ne vous oublierai pas. Savezvous ce que vous serez?... Vous serez la blanchisseuse de mes nobles faux-cols ! (Avec fatuité.) Au revoir, petite, au revoir !... Et maintenant, à l’hôtel des Quatre-Vents !...

(il sort en lançant sous son bras son chapeau, qui va tomber contre le poêle.)

Page 1