‹ Fenêtres et jalousiesChapitre 9 sur 17 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LÉONIE, FLORESTINE, avec un carton.

FLORESTINE, entrant.

Voici la dentelle demandée... Regardez comme elle est belle... Eh bien ! vous ne l’examinez pas ?

LÉONIE, à la fenêtre.

Si fait, elle est d’un noir superbe !

FLORESTINE, à part.

Que fait-elle donc là?... (Haut.) Mais non, elle est blanche !

LÉONIE

Oui, oui, c’est vrai !

FLORESTINE

Mais qu'avez-vous donc, Madame ?

LÉONIE, descendant.

Écoute, Florestine, je t’ai raconté que je devais épouser mon cousin. Hier encore, je me croyais aimée do lui, mais aujourd’hui, j’ai appris qu’il avait ébauché une intrigue d'amourette avec une autre femme.

FLORESTINE

Comme cela a dû vous faire mal !

— LÉONIE

Juge-z-en! Si l’on venait te révéler que l’homme que tu aimes va appartenir à une autre.

FLORESTINE

Oh ! j’aurais bien du chagrin ! Mais, qu’avez-vous fait en découvrant cette trahison?

LÉONIE

Je me suis rendue chez ma rivale, et je lui ai dit : CHANT :

Ma pauvre enfant, je viens pour te sauver.

Obéissant à quelque fou caprice,

Un séducteur a su te captiver ;

Sois sa victime et jamais sa complice.

Il en est temps, malgré tous ses appas,

A cet amour... va que ton cœur renonce.

FLORESTINE

Que répondit la pauvre fille ?

LÉONIE

Hélas !

La pauvre enfant ne me répondit pas ;

Car j’attends encor’ sa réponse.

Comprends-tu ? j’attends sa réponse.

FLORESTINE

Ah ! mon dieu ! je comprends !

LÉONIE

Tout à 1 heure, quand j’étais seule, mon cousin, mon tutur, est venu ici pour te voir : il est entré par cette

ÎCUCII 6«

(Elle indique la fenêtre de gauche.) FLORESTINE.

Cette fenêtre? Vous dites qu’il est entré...

LÉONIE

Et ressorti par cette fenêtre...

FLORESTINE

Mais alors ce n’est pas lui que vous avez vu. C’est M Josue, un peintre.

LÉONIE

Un peintre, c’est cela même.

Ce n’est pas Fernand, c’est M. Josué.

LÉONIE

Mon cousin se nomme Gaston Dumesnil. Je comprends il a pris un faux nom, celui de Josué... Mais quel est donc'ce Fernand.

FLORESTINE

Mon véritable amoureux, un étudiant en droit. Il demeure là... (Elle montre la fenêtre de droite.) Les cheminées empêchent toute communication entre les deux côtés.

LÉONIE

Ainsi, ce Josué, ce peintre, tu ne l’aimes pas?

FLORESTINE

Je vous le jure I

LÉONIE

Tu fais bien, c’est un mauvais sujet!

FLORESTINE

Je ne le trouve pas joli... Décidément c’est un nas grand’ chose ! 1 &

LÉONIE

Tu ne le recevras plus ?

FLORESTINE, passant.

Jamais! au grand jamais ! Je lui retire mon estime et ma fenêtre.

LÉONIE

Allons, j’en suis quitte pour la peur !

FLORESTINE

Absolument comme moi !

LÉONIE

Je prends ta dentelle ; tantôt je t’en apporterai l’argent. (a part.) Allons aux informations!. .

ENSEMBLE

FLORESTINE

Croyez-moi, dès ce moment,

Je vais agir prudemment Et de mon appartement Le renvoyer poliment.

,LÉONIE

Va, crois-moi, dès ce moment Il faut agir prudemment Et de ton appartement Éloigne-le poliment.

(Léonie sort.)

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