MONTCALM ET LAFAYETTE. 24I
Ce sont ces faits d'armes, cette intervention de la France, ce droit de cité des Français sur le^sol américain, qui rappellent le nom de Lafayette.
Et c'est à ce point de vue que votre organisation, Garde Lafayette, est si utile. Elle remet en mémoire aux nationalités qui composent la population de Worcester, que les Français — et nous le sommes,— ont des droits acquis en ce pays, et qu'il faut respecter tout ce qui rappelle la France.
Continuez donc votre tâche, jeunes gens; apprenez comme vos patrons à toujours aimer et chérir cette origine française, cette langue française, cette foi française qui firent ces hommes si grands.
Montcalm fut un chrétien modèle, et Lafayette fit un acte public de religion, qui prouve que sa foi était vive.
Après la victoire de Yorktown, il fit chanter un Te Deum solennel, dans une grange, à Philad;elphie, — grange qui servait d'église aux malheureux enfants de l'Acadie, qui s'étaient réfugiés dans cette ville.
Conservez, mes chers amis, les traditions de ces hommes de courage ; ce point d'honneur est le premier article du code militaire.
Soyez fiers de votre parole ; soyez fiers de vous ; et puisque votre uniforme rappelle le souvenir de la France, un de ses actes chevaleresques, faites en sorte que l'uniforme Xi^ fasse pas les boldats, mais que le soldat fasse honneur à son accoutiement.
J'ai accepté avec plaisir l'honneur de présider à une soirée à laquelle des invités comme 'ceux que
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nous avons la bonne fortune d'avoir au milieu de nous devaient prendre la parole.
Le premier de nos orateurs, ce soir, est un vieil ami à moi, avec lequel j'ai combattu les luttes de la patrie, qui m'a toujours édifié par sa conduite de citoyen honorable et par son patriotisme. 11 a rendu des services considérables à ses compatriotes émigrés, dans la presse des Etats-Unis.
Aujourd'hui, la confiance des citoyens de son comté natal l'a porté au parlement de son pays et au commandement du bataillon de son district, et le premier entre tous il a prouvé par son énergie et par son esprit d'entreprise, à nos frères du pays, que le journalisme est une carrière lucrative, quand on sait être indépendant et impartial.
J'ai nommé notre hôte distingué que vous allez avoir le plaisir d'entendre, un ex-vice-président de notre belle société St.-Jean-Baptiste, M. Frédéric Houde, que j'ai l'honneur de vous présenter.
ESPECTONS NOTRE CLEl^GE
{Le Travailleur, 19 février, 1886.)
E VIENS de lire, pour la troisième fois, la belle histoire du Canada de notre historien national, F.-X. Garneau. Et après avoir admiré les nobles faits d'armes de nos ancêtres, leur dévouement, leur abnégation, leur héroïsme, je ne puis m'empêcher de crier à nos colonies canadiennes : Respectons notre clergé.
Notre histoire, après la conquête, est remplie des actes de dévouement du clergé canadien.
Quand, en 1760, les Français quittèrent le pays, le clergé resta avec les Canadiens, il fut leur conseiller, leur consolation, et il se dévoua à conserver la religion, la langue et les droits de ceux qu'il dirigeait.
Pendant cinquante ans, il fut le seul éducateur des enfants, donnant des leçons de maison en maison, aux petits Canadiens les mieux doués.
Il s'opposa à l'oppression, et le grand évéque Plessis, admis dans le conseil des gouverneurs anglais,
prouva son patriotisme et sauvegarda, par son attitude, l'indépendance de l'Eglise canadienne.
Et quand le mouvement de colonisation s'accentua, on vit le prêtre suivre les pionniers au fond des bois> endurer les plus grandes privations, pour encourager les colons dans leurs travaux si pénibles. C'est ce qui a fait dire à M. E. Rameau, ce grand ami des Canadiens, en France :
" Le clergé est un des plus vigoureux éléments de la nationalité et de la colonisation, au Canada ; on a vu souvent des ecclésiastiques partir à la tête d'une troupe de jeunes gens et camper avec eux durant tout un hiver au milieu de la forêt, afin de les guider dans un établissement nouveau, et diriger leur installation, présidant à tout l'approvisionnement comme à la conduite des défrichements, encourageant ceux-ci, réprimant la fougue de ceux-là, disciplinant tout ce travail d'expansion avec une autorité fortement établie sur la confiance générale.
** Rien ne surpasse en effet la vénération des Canadiens-Français pour leur caractère et leur dévouement ; on pourrait presque affirmer qu'il suffit de placer en quelqu' endroit une église et un curé pour v voir s'établir, en un petit nombre d'années, un village florissant. Les habitants se rapprochent, s'installent et se consolident avec une merveilleuse rapidité dès qu'ils rencontrent ce centre organisateur ; dans le tourbillon d'émigrants que crée sans cesse l'accroissement rapide des familles, chacun s'y pousse d'instinct, et il semble que ce soit une ruche for-
mant naturellement son essaim autour de la mère abeille, tant la promptitude et la spontanéité sont remarquables dans l'opération du groupement."
Toutes nos maisons de haute éducation ont été fondées par le clergé, et ceux qui prétendent que les prêtres tiennent le peuple dans l'ignorance, n'ont qu'à étudier les origines des séminaires canadiens pour se détromper. Les Laval, tes Ducharme, les Girouard, les Crevier, Sic, &c., sont autant de prêtres, de curés de campagne, qui ont fondé des établissements d'instruction où les sciences et la religion sont enseignées à des prix ^modiques. Et dans nos paroisses canadiennes, le prêtre est encore le commissaire en chef des écoles, donnant son encouragement et ses conseils aux professeurs et aux élèves.
Notre clergé des Etats-Unis, qui se trouve dans une position toute particulière au sein d'un pays où le protestantisme domine, n'a pas été capable de faire autant que le clergé du Canada pour la haute éducation. Mais il a su, avec le concours des laïques, et, disons-le sans vantardise, avec le concours de la bonne presse, fonder des écoles paroissiales où le français est enseigné. Dans certaines paroisses, il faut le dire, la pression de l'opinion a forcé le prêtre à établir des écoles ; mais la généralité de notre clergé est animée de patriotisme ; et, si certains prêtres semblent mépriser notre presse canadienne, ils sont obligés de reconnaître son bon esprit.
Nous disons donc à nos colonies canadiennes : respectons notre clergé comme corps, d'abord ; c'est
le plus honorable, le plus respectable, le plus estimable de tous les corps sociaux. Pour quelques rares défections malheureuses, n'impliquons pas tout le clergé. Respectons nos prêtres; ils sont nos meilleurs amis. Pour de légers défauts inhérents à chacun de nous, n'allons pas mépriser l'autorité dont le prêtre est revêtu ; n'allons pas traîner dans la fange delà calomnie ou' de la médisance le caractère auguste et sacré du prêtre.
Tous ne sont pas doués de talents supérieurs ; mais tous, à un égal degré, sont revêtus de l'autorité apostolique, et la parole de Dieu annoncée par le moins éloquent est la même parole que celle annoncée par un prêtre doué du talent oratoire. Respectons nos prêtres ; ne nous laissons pas emporter par des colères déplacées, et ne donnons pas aux autres nationalités le spectacle d'un manque de véritable intelligence de notre foi.
Nos frères séparés sont plus sages que nous : si quelques-uns de leurs ministres se rendent coupables de fautes graves, ils ne se font pas délateurs auprès du peuple ; les anciens de la congrégation font une réprimande respectueuse, ou accusent auprès de l'autorité suprême de leur secte, et si le scandale est rendu public, on ne le commente pas en aveugles ou en prenant plaisir à détruire la foi chez les autres.
Pour tous les services rendus à la religion et à la nationalité, pour son dévouement, pour son caractère, respect sans bornes à notre clergé.
Et nos missionnaires trouveront dans ce respect qui ne fait pas défaut chez nos populations, Dieu merci, un encouragement à continuer leurs belles et utiles œuvres.
Et si nous avions un mot à ajouter, ce serait celui-ci : Bons missionnaires, ne méprisez pas la bonne presse; ne la critiquez pas à tout propos, vous n'avez encore rien fait pour elle, et cependant, elle a préparé plus d'une paroisse et d'une association ; mais nous n'avons rien à ajouter et nous n'avons qu'à répéter : Respectons nos prêtres, sachons seconder leurs généreux efforts pour la glorification de Dieu et de la nationalité franco-canadienne, sur ce sol des Etats-Unis.
HpS ^DIEUX
{Le Travailleur, 12 mars, 1886)
N CHANGEMENT subit dans notre maladie nous met aux portes du tombeau, et notre sort paraît maintenant inévitable.
Avant de quitter ce.lieu d'exil et de misère, rious devons jeter un regard en arrière, afin de nous rendre compte des humbles efforts que nous avons faits pour le triomphe des idées saines et de la cause canadienne.
Si nous avons pu faire quelque chose pour nos compatriotes, nous en avons été amplement récompensé. Nous devons donc remercier nos lecteurs, pour le bienveillant encouragement qu'ils nous ont accordé depuis la fondation de notre journal. Notre œuvre a été appréciée par nos compatriotes éclairés ; et le vieux Travailleur, suivant toujours la ligne droite, a rencontré partout des amis fidèles et des sympathies ardentes.