‹ Ferdinand GagnonChapitre 8 sur 17 · J0IN · texte numérisé non relu

J0IN

À WoRCESTER, Mass.

M. le Présidenty Compatriotes : —

L Y a dans cette enceinte quelque chose de plus éloquent que la parole de l'orateur; quelque chose de plus touchant que la voix la plus émue; quelque chose qui va plus au profond de Tâme que la persuasion du rhéteur.

Les inscriptions, les devises, les souvenirs historiques qui isont étalés à vos regards sur cet arc de verdure, sur ces murs, ne vous disent-ils pas avec l'éloquence la plus persuasive, avec Téloquence la plus attendrissante, que les fils d'une nationalité qui peut élever aux yeux des peuples des blasons de cette pureté, des états de service de cette importance, des sentiments de cette noblesse, peuvent marcher tête levée parmi les nations ?

En entrant dans cette enceinte, dont le plan et la bâtisse principale ont été conçus et élevés par des

Canadiens-français, nous lisons les noms des Duvernay, des Franchère, des Bardy, des Goulet, des Mignault, des Charette, les fondateurs des sociétés St.- Jean-Baptiste, ces propagateurs de l'idée nationale, ces conservateurs des traditions patriotiques, les noms de tous ces Canadiens qui ont rendu fameux le Canada français dans l'ouest des Etats-Unis. Ah ! combien je suis heureux de prouver à notre compatriote M. Joseph Tassé, l'historien des Canadiens de l'Ouest, que son œuvre est si nationale, que dans nos fêtes patriotiques nous nous inspirons sans cesse des souvenirs et des grands noms qu'elle évoque.

En face de ces éloquentes devises, de ces sentiments magnanimes, vous me permettrez, compatriotes, de féliciter en votre nom la société St. -Jean-Baptiste, de Worcester, et ses différents comités, sur le succès de cette démonstration imposante qu'elle a su mener à si bonne fin.

Je puis, en toute sincérité, la féliciter ; car je ne suis pas un de ses membres.

Depuis 1869, je l'ai vue à l'œuvre, je l'ai suivie dans toutes ses phases ; et aujourd'hui, je la vois avec bonheur grandir de plus en plus dans l'estime et l'admiration.

Quel honneur pour elle et pour nous tous, Franco-Canadiens du Massachusetts, de compter parmi les invités de la société St.-Jean-Baptiste, Son Excellence le Gouverneur de la Commune du Massachusetts, et tout son état-major ; de compter au milieu de ses

invités, le maire de la ville de Worcester, un artisan, qui, par son mérite et son civisme éclairé, s'est élevé au poste honorable qu'il occupe, de compter des magistrats, des députés de la mère-patrie, ce brave major Mallet dont le patriotisme et la foi religieuse font l'admiration de tous ses compatriotes. Nos félicitations à la société St. Jean-Baptiste ; de Worcester, pourtout ce qu'elle offre aujourd'hui à nos sentiments et à nos regards émerveillés.

Hélas ! messieurs, je ne puis continuer ce rôle de journaliste ; il faut que je retombe dans mon rôle officiel et vous fasse un discours. Que vous dire, mes amis, mes compatriotes, après ce que vous avez entendu, après ce que vous avez vu ?

On vous a fait voir la beauté de notre histoire, la noblesse de notre origine, la nécessité d'être unis. Les voix éloquentes de nos amis ont embrassé tout le sujet et à les suivre il me faudrait glaner. Comme je ne suis pas pour eux la belle Ruth de la Bible, vous pouvez croire qu'ils n'ont guère échappé d'épis.

Et puis, vous le savez, j'ai eu l'honneur de vous adresser la parole à tant de reprises, que je ne saurais vous intéresser ; car je serais obligé de me répéter.

Ce que je devrais faire, ce serait de vous remercier de suite de votre bienveillance à mon égard, mes chers compatriotes, et de me retirer. Mais le devoir est là qui me commande. Or, messieurs, je suis l'homme du devoir, la tâche ne me répugne pas ; j'embrasse du regard la besogne quotidienne, et je l'aime.

i66 25 -JUIN, 1883.

Fais ce que dois, quelque soit l'obstacle, la difficulté, la peine.

Et c'est à cause de cela que je resterai quelques instants à cette tribune pour vous dire :

Malheur au peuple qui ne conserve pas en son cœur les traditions et la foi de ses pères ! malheur au peuple qui ne conserve pas le souvenir des travaux héroïques, des luttes patriotiques de ses ancêtres ! malheur aux peuples qui, rejetant comme antiprogressives, ses mœurs patriarcales, acceptent avec empressement les défauts et les coutumes des nations qui l'environnent. Ce peuple n'est pas loin de sa décadence.

Voyez le peuple juif à son berceau : il grandit, il triomphe, il s'élève, tant qu'il est fidèle à sa mission; et vous verrez que c'est lorsqu'il a oublié sa foi, outragé son Dieu, pris des mœurs étrangères, que ce peuple a été puni, traîné en exil, réduit en servitude.

Consultez l'histoire romaine ; vous admirerez la prospérité et -la gloire des Romains tant qu'ils eurent des mœurs austères pour des païens. Mais lorsque le luxe et toutes les passions eurent pris leur empire sur le peuple, le patriotisme disparut et l'empire romain ne fut plus qu'une salle d'encan où le plus lâche, le plus corrompu, le plus impie achetait à prix d'argent, le triste honneur de commander à un peuple qui ne lui demandait que deux choses : du pain et des prix publics.

Compatriotes, quand je rappelle à mon souvenir ces châtiments des peuples qui n'ont pas su prati-

25 JUIN, 1883. lô/

q;uer le patriotisme et que je jette un regard sur les Can?idiens qui, en ce moment, célèbrent avec éclat leur fête nationale, je suis fier et heureux ; car je constate avec bonheur que le peuple canadien est resté jusqu'à ce jour fidèle à sa mission, qui, comme celle de son patron, St. Jean-Baptiste, est de crier dans le désert de l'indifférence religieuse: rendez droits les sentiers du Seigneur.

Notre nationalité survivra, parce qu'elle s'est assise, dans la sérénité de la confiance sous les bras de la croix.

Cette démonstration admirable dans son ensemble ; cette foule de Canadiens-français accourus de différents points du pays ; cette ardeur à braver les fatigues d'une longue marche; ces bannières, ces drapeaux, ces insignes dont l'éclat et les emblèmes font courber de respect le front des étrangers qui vous admirent, tout cela ne proclame-t-il pas éloquemment que l'éloignement de la Patrie, bien loin d'affaiblir votre sentiment national, n'a fait que le raviver et l'épurer.-*

Ah ! c'est que le patriotisme n'est pas seulement le sol natal, mais que c'est encore et surtout un patrimoine moral que nous ont légué nos aïeux.

La nationalité, c'est la communauté de religion et de langage, le souvenir des gloires et des sacrifices des générations qui nous ont précédés.

Or, messieurs, nous avons conservé le culte de ces souvenirs et de ces traditions.

i68 25 JUIN, 1883.

A l'étranger, nous avons compris ce que le poète national a dit de la langue française ; nous avons senti le vide dans nos cœurs, et à la voix de la bonne presse, du clergé et des sociétés, nous nous sommes groupés autour du drapeau de la France et du pasteur catholique en répétant: Avant tout, restons Français et croyants.

Et on nous a présenté des blancs d'apostasie nationale. Quelques Canadiens, voulant faire leur petit négoce, veulent encore nous dénationaliser; nous répondons à leurs écrits par le mépris. D'autres gens ont voulu nous reprocher certaines qualités et nous donner des défauts que nous n'avons pas : on nous a traités de Chinois ; nous avons répondu à ces attaques, et nos protestations ont été entendues, et nos insulteurs ont dû avouer qu'ils étaient coupables de manque de respect.

Le nom canadien-français, nous le voulons sans alliage et sans tache.

Mais, le voulons-nous tous ?

Hélas ! non. Nous comptons malheureusement trop de compatriotes qui, par leur conduite, attirent sur le nom canadien le mépris et l'injure.

Nos divisions mesquines, nos contentions, nos jalousies, font plus de mal à notre réputation qu'on se l'imagine.

Ce qui nous fait défaut, ce qui nous manque, c'est un esprit public éclairé.

Je l'ai dit dans mon journal; je le répète ici

Quand nous aurons mis en pratique de telles résolutions, alors notre force sera puissante, notre bonne foi sera à l'abri des surprises, et nous ne serons plus une agglomération de grands enfants, mais une population virile, jalouse de son honneur, de sa probité et de sa réputation.

Le passé, messieurs, est le grand instituteur de l'avenir. Quelquefois le passé d'un peuple doit être un puissant correctif pour l'avenir de ce peuple. Quelquefois encore, ce passé doit servir de modèle pour les générations à venir.

Nous sommes dans ce dernier cas, mes compatriotes.

Nos ancêtres nous ont légué un passé sans tache et admirable.

Prêtre, soldat, coureur des bois, laboureur, ils ont pénétré partout sur ce continent.

Ils ont gravé le nom de la France et de Québec sur les Montagnes Rocheuses, au fond des bois, au bord des grands lacs, dans le sable des fleuves majestueux.

Ils ont fait incliner les Sauvages devant la cro ix du Rédempteur. C'est ce qui faisait dire au père Imet, l'apôtre belge : En quel endroit du désert les Canadiens n'ont-ils pas pénétré ?

Il est même arrivé à ce grand missionnaire, de rencontrer des tribus sauvages qui savaient la plus grande partie du catéchisme, sans avoir vu de prêtre. C'était un vieux chasseur canadien qui leur avait communiqué sa foi ardente.

C'est ainsi que nos pères ont ouvert à la civilisation chrétienne les trois quarts de l'Amérique du Nord

Et plus tard, quand il fut nécessaire de lutter pour défendre le drapeau français, nos pères combattirent un contre dix, et ne furent vaincus qu'après avoir épuisé tous les moyens de résistance.

Sous la domination anglaise, les Canadiens furent toujours attachés à leur langue, à leur foi, à leurs coutumes; ils combattirent en 1837, avec les armes et l'éloquence; et jusqu'en 1841, ils ne cessèrent de lutter jusqu'à ce que leurs droits fussent reconnus. Ce ne sont pas eux qui auraier t voulu s'assimiler aux Anglais ; ils connaissaient et accomplissaient leurs devoirs.

Dieu a voulu qu'il existât des nationalités distinctes dès la confusion des langues, à la tour de Babel.

Sur la surface du globe, a dit le grand Louis Veuillot, Dieu a formé des demeures pour les peuples et circonscrit des apanages pour les diverses branches de la postérité d'Adam. Les frontières qu'il leur a données sont les chaînes de montagnes, les grands fleuves, les mers. Là-dedans il a mis des hommes qui parlent la même langue ou du moins des dialectes dérivés de la même langue. Il a donné à ces hommes les mêmes penchants, les mêmes passions, les mêmes aptitudes, les traits de famille enfin, de telle sorte que la vie et l'œuvre commune leur devinssent plus faciles et que chaque peuple de-

meurant un^ pût accomplir avec plus d'énergie sa mission particulière, et en même temps conservât dans sa nationalité, comme dans une forteresse, ou une partie ou la somme des doctrines qui constituent le patrimoine divin de l'humanité.

C'est avec ce respect pour leur dignité et avec cette prévoyance paternelle pour leur liberté, que Dieu a voulu traiter les nations. Dans ce plan visible, réunies intellectuellement par la vérité que leur distribue d'une même voix et d'une même langue le Verbe Divin, comme du même ciel elles reçoivent l'air et la lumière, réunies en haut, elles demeurent libres de s allier, sans être obligées de se confondre.

Elles restent distinctes pour s'évertuer dans le travail de la civilisation auquel doit concourir la diversité des génies, pour se secourir dans leurs besoins, pour se défendre contre leurs défaillances, pour rompre, par la diversité des mœurs et l'obstacle des frontières, ces courants de mort que l'erreur et le despotisme font passer sur le genre humain.

Cette mission des peuples, nos pères l'ont comprise; ils n'ont pas voulu se confondre avec les autres peuples. Ils n'étaient qu'une poignée, 6o,OGO âmes, il y a 125 ans, et les Anglais comptaient plus de trois millions d'âmes, en Amérique. Ils étaient isolés, abandonnés ; ils trouvèrent de la force dans leur foi religieuse. Et aujourd'hui, en ce jour de fête, plus de deux millions de cœurs canadiens-français battent à l'unisson pour célébrer leur gloire, leur héroïsme et leurs vertus.

Mes chers amis, nous devons continuer cette œuvre religieuse et française ; ne reculons pas devant la tâche; fondons des écoles; rendons fortes nos associations nationales, afin que nos fils et nos petits-fils puissent à leur tour bénir notre mémoire, en disant à leur postérité : Sicut fuit Abraham, et Jacob, et Joseph, estate ita.

Comme le furent nos ancêtres, nos pères, comme nous le fûmes, soyez-le ainsL Avant tout, restez Canadiens-français.

Devenez citoyens américains, c'est votre devoir. Protégez vos intérêts en devenant électeurs ; soyez loyaux aux constitutions ; jouissez en paix des libertés qu'elles accordent ; mais n'allez pas vous courber devant les préjugés ; n'allez pas vous confondre dans un mélange hybride de croyances, d'erreurs et de liaisons hétérogènes. Restez Français par la langue, Canadiens-français par la foi, et que vos enfants suivent votre exemple.

Mes amis, je termine en quelques mots ces quelques remarques.

Cette belle fête devra nous profiter à tous ; elle a eu son inspiration dans le patriotisme et devra servir par ses leçons à rendre ferme ce patriotisme.

Le bouquet, le corollaire de cette fête, je le trouve écrit en lettres brillantes sur les bannières de nos associations nationales.

Honneur et nationalité, Liberté, Egalité, Fraternité, Aime Dieu et va ton chemin. Altius tendimus.

Messieurs, ces nobles devises valent les plus

longs discours. Gravez-les en traits de feu dans vos cœurs ; enseignez-les à vos fils. Soyez-y à jamais fidèles, et vous aurez accompli de grandes choses pour Dieu et la nationalité.

Honneur ! Oui, soyons honorables ! ne faisons rien qui puisse faire rougir nos frères.

Liberté, Egalité, Fraternité.

Oui, mais la liberté dans le bien, dans le bon, dans le vrai.

La liberté comprise autrement, c'est la licence, c'est la révolte contre l'autorité.

Egalité ! oui, dans la foi, vis-à-vis de la loi.

Egalité ; mais respect à nos supérieurs, à notre clergé ; membres des sociétés, respect à vos officiers ; Canadiens, respect à vos hommes de professions. Si vous voulez qu'ils vous soient utiles, n'allez pas les décourager par une mesquine envie, une basse jaloulousie, ou des propos injurieux. Homme de profession, respect à l'ouvrier, à l'artisan, à ton frère, à ton compatriote, s'il a besoin de toi, la société repose sur lui, et son travail quotidien est le grand moteur de la prospérité publique.

Compatriotes, respect pour vous-mêmes, voilà ce que veut dire l'égalité bien comprise, l'égalité dans le respect et dans l'ordre.

Fraternité. Au moyen de l'égalité bien comprise, nous arriverons à la véritable fraternité, à cette entente fraternelle qui nous fait défaut, avouons-le. Aldus tendimus.

Tendons plus haut, siirsum corda^ haut les cœurs et les intelligences. Ne nous contentons pas de cette condition présente que nous a faite l'émigration. Sortons des fabriques où nos filles s'étiolent, où les forces de nos fils se consument vainement.

Altius tendimiis^ tendons plus haut.

Faisons instruire nos enfants ; donnons-leur une éducation chrétienne qui les rendra forts dans la lutte de la vie.

Cultivateurs, ne perdez pas votre temps et la santé de vos enfants dans les fabriques ; redevenez agriculteurs. L'ouest des. Etats-Unis, l'ouest du Canada vous offrent des terrains fertiles.

Artisans, devenez propriétaires; ayez des ateliers à vous.

Altiiis tendimusy améliorons notre position et celle de nos familles, par l'instruction, l'économie et la tempérance.

Et c'est ainsi que nous prendrons un rang social plus en harmonie avec nos aspirations nationales, au sein de cette république.

Sociétaires de Woonsocket, de Lovvell, de Southbridge, de Webster, de Millbury, de Gardner, qui êtes accourus prendre part à cette fête nationale, vous l'avez bien comprise, cette devise : Altiiis tendimus. «

Les sacrifices que vous faites pour honorer le nom canadien vous font honneur. Et vous, messieurs de la société St.-Jean-Baptiste, de Worcester, qui avez, préparé avec éclat cette belle fçte, vous avez ajouté

un fleuron de plus à la belle renommée de votre association.

Ne l'oubliez pas, membres des sociétés St. -Jean- Baptiste, l'histoire a encore des couronnes pour ceux qui auront travaillé à la conservation de la nationalité de leurs pères, et nul doute que les plus belles seront pour les défenseurs de la nationalité canadienne-française, aux Etats-Unis.

Compatriotes, en nous séparant, ce soir, emportons avec nous de nouveaux trésors d'espoir et de confiance dans l'avenir ; que cette belle fête n'ait pas été sans leçons pour nous. Que la paix, la fraternité, l'union et le patriotisme dominent dans tous les groupes.

Soyons fidèles aux devises que nous avons prises pour guidons. Faisons notre devoir ; marchons toujours dans le chemin de l'honneur. Aimons notre foi et notre langue ; et tous ensemble, Canadiens de ce pays, protégés par la constitution de la République, dans l'exercice de nos droits ; la poitrine décorée de la feuille d'érable; portant haut et ferme l'étendard français, en aimant Dieu, nous ferons vaillamment notre chemin.

À l'Alma Mater

Discours prononcé à la reunion des anciens élèves DU SÉMINAIRE DE St.-HyACINTHE, EN 1884.

ES FÊTES de Montréal sont à peine terminées, que la grande famille de St.-Hyacinthe est invitée à une réunion qui n'est pas moins attrayante que celle de la nation. L'amour de la patrie, l'amour de la famillC; Dieu les a placés tout près l'un de l'autre dans le cœur de l'homme, comme pour indiquer leur étroite union et le mutuel secours qu'ils devaient se donner à jamais.

La mère-patrie bénissant ses enfants réunis auprès d'elle, nous offre un spectacle digne d'admiration ; et les grandes fêtes de Montréal laisseront, je l'espère, dans tous les cœurs, des germes d'union, propres à nous consoler des longs déchirements et des luttes sans fin qui nous amoindrissent aux yeux des nationalités étrangères. Si l'idée de réunir les Canadiens dispersés par toute l'Amérique est une pensée gêné-

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reuse, celle de réunir toute la famille de St.-Hyacinthe autour de son Aima Mater nous paraît non moins généreuse, plus sympathique et aussi féconde en bons résultats.

La voix de notre mère a rempli nos cœurs de suaves émotions ; elle a évoqué des souvenirs touchants ; elle nous a rappelé notre enfance, le dévouement de nos pères, de nos professeurs, l'amitié de nos condisciples, le bonheur dans le devoir, à l'ombre des autels.

Et pour nous, qui vivons sur une terre étrangère, quand nous avons reçu l'invitation, nous nous sommes dit : Ecce vox matris nostrœ de terra longinqua. Voici la voix de notre mère qui se fait entendre dans une terre lointaine ; nos cœurs l'ont entendue, et nous sommes venus, chers confrères du pays natal, nous joindre à vous, pour glorifier et remercier wo\.xq. Aima Mater au jour de sa joie et de son triomphe. Et lorsque, en descendant en cette ville, nous avons aperçu le toit béni de notre vieux collège, nous avons murmuré avec le Faust de Gounod : Salve dimora e casta e piira.

Salut, asile chaste et pur, qui a donné l'abri aux jours de notre jeunesse ; sous ton toit, nous avons trouvé le bonheur, la science et la paix ; nous avons vu le dévouement se mettre à notre service ; nous avons vu l'homme de science se faire enfant pour nous ; nous avons vu le penseur prendre part à nos ébats, pour nous inspirer la confiance et encourager nos efforts, et nous t'avons quittée, maison bénie, empor-

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tant dans notre cœur le germe des vertus chrétiennes et des vertus sociales. De loin, ton souvenir nous a cté une consolation, un encouragement, et quelquefois une sauvegarde. Salve diinora e casta e ptira ; enfants prodigues, nous revenons vers toi retremper notre foi, relever notre courage, rendre hommage à ton dévouement et te remercier de tes bienfaits.

L'hiver dernier, j'avais l'honneur de faire des conférences illustrées à nos congrégations canadiennes de la Nouvelle-Angleterre.

Dans ces réunions, j'ai constaté avec plaisir combien les élèves de St.-Hyacinthe, vivant à l'étranger, sont sensibles au souvenir de leur chère Aima Mater. Au nombre des tableaux exhibés à la conférence, se trouvait le portrait d'un homme de science, de vertus, de talents hors ligne, qui a laissé l'empreinte de son âme ardente dans le cœur de ses élèves, de ses confrères et de tous ceux qu'il a édifiés et qui l'ont admiré : j'ai nommé le regretté Monsieur Desaulniers.

Eh ! bien, messieurs, quand ce portrait apparaissait sur la toile, je pouvais constater de suite s'il y avait dans mon auditoire des élèves de St.-Hyacinthe ; car ceux-ci applaudissaient avec un enthousiasme remarqué par leurs voisins, et souvent ils se levaient et disaient à leurs amis : " Je l'ai connu au collège ;" et ils avaient des larmes dans les yeux et dans la voix.

Oui, il y a des élèves de St.-Hyacinthe,et en grand nombre, aux Etats-Unis.

X l'alma mater. 1/9

Invité à porter la parole en leur nom, je suis heureux, en même temps, de me prévaloir de ma position de journaliste pour rendre témoignage à leurs mérites sans qu'on puisse m'accuser de camaraderie.

Messieurs du Séminaire, vos élèves vivant aux États-Unis font honneur à leur Aima Mater, Dans le sacerdoce, dans les professions, dans le commerce, dans l'industrie, ils honorent la religion, leur pays et la maison qui les a formés aux vertus du citoyen.

Des rives de la Californie jusqu'à l'extrémité de la Floride, le prêtre, élève de St. -Hyacinthe, a porté le fardeau du dévouement et le flambeau de l'apostolat. Et quelques-uns sont morts au champ de leur labeur. C'est ainsi qu'en ce jour de fête nous devons bénir la mémoire du grand missionnaire, J. -Baptiste Brouillet, grand-vicaire de Mgr Blanchet, évêque de l'Orégon ; des abbés J.-B. Couillard, J.-Bte Allard, Elzéar Mc- Donald et F.-X. Bouvier, morts victimes de leur dévouement dans les missions des États-Unis. Le nombre des prêtres, élèves de St.-Hyacinthe, est considérable, et nous y comptons trois des bienfaiteurs de la maison : M. l'abbé P. Hévey, curé des Canadiens de Ste.-Marie, de Manchester; M. l'abbé Isaïe Soly, prêtre assistant à l'église Notre-Dame des Canadiens, à Worcester ; M. le curé Strain, ce dévoué missionnaire de la Nouvelle-Angleterre. Nous comptons plus de 40 médecins, élèves de St.-Hyacinthé, dans les six Etats de la Nouvelle-Angleterre, et déjà l'un d'entre eux a refusé l'honneur d'être le premier magistrat d'une des principales villes de l'État du Maine,

i8o X l'alma mater.

Dans le commerce et l'industrie, nos compatriotes sont en nombre considérable.

Dans la force de leurs études religieuses, ces élèves trouvent une planche de salut et une consolation.

Au spectacle du système des écoles sans Dieu, ils opposent le souvenir de leur instruction , et s'ils sont reconnaissants envers la religion qui les a formés à bien penser, ils donnent leur appui aux écoles françaises et catholiques.

' Messieurs, vos confrères des Etats-Unis ont adhéré de grand cœur à la pensée généreuse de Mgr. l'Archevêque de St.-Boniface. Ils ont offert leur obole comme un humble tribut de leur reconnaissance envers Mgr Raymond, envers vous, M. le Supérieur, et tous vos distingués et vénérables collègues. Ils ont contribué à l'érection de la chapelle, en souvenir des vertus de ceux qui y dorment dans la paix, des regrettés messieurs Desaulniers, Dufresne, Gendron, Lecomte et Chabot.

Jeunes élèves, qui n'avez pas connu les morts que nous honorons, faites acte de fraternité envers nous, qui avons été l'objet de leur dévouement. Soyez nos représentants, inanibus date lilia plcnis, décorez leurs tombes des fleurs de nos parterres. Entourez aussi de votre respect les professeurs dévoués de cette maison, et dans ces tributs de votre reconnaissance, qui seront les nôtres, existera l'union fraternelle des enfants de St. -Hyacinthe.

Au nom de mes confrères des Etats-Unis, je vous offre, M. le Supérieur, à vous et à vos collègues,

k l'alma mater. i8i

l'expression de notre reconnaissance pour tous les bienfaits que nous avons reçus de cette maison; à nos confrères du pays natal nous présentons l'hommage de notre fraternité et de nos sympathies, leur donnant l'assurance que, loin de la patrie, nous en gardons religieusement les saintes traditions.

M. le Supérieur, merci de nous avoir invités à cette grande fête des souvenirs. Nous sommes accourus de tous les points cardinaux. Comme autrefois le géant Antée dans sa grande lutte avec Hercule retrouvait des forces nouvelles chaque fois qu'il touchait la terre, les enfants de l'illustre Antoine Girouard retrouvent un courage nouveau et des vigueurs surnaturelles en se pressant sur le cœur de leur A/jna Mater, en lui rendant hommage.

Chers confrères, plus heureux que l'antique Antée, nous ne serons pas vaincus par l'Hercule moderne du matérialisme et du positivisme ; mais nous consolerons notre mère en combattant victorieusement sous les drapeaux du bon et du beau, drapeaux qu'elle nous a appris à suivre dans le chemin de l'honneur.

Vivez heureux, vivez en paix, vénérés professeurs, dans cette maison où vous forrnez les intelligences à combattre les combats du devoir sous le labarum de la foi. Vivez en paix, avec l'assurance de la gratitude des anciens élèves de cette maison, entourés du respect de nos jeunes confrères.

Et croyez bien, messieurs du Séminaire de Saint- Hyacinthe, que, dans cette expression de la reconnaissance, vos élèves vivant aux Etats-Unis ne sont

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pas des derniers. Se rappelant avec émotion leur enfance passée sous ce toit hospitalier, vos soins empressés, votre sollicitude dévouée, et confondant dans un même et agréable souvenir, professeurs, condisciples, élèves d'aujourd'hui, ils redisent souvent, en pensant à leur Aima Mater :

Procul fatOy juxtà corde.

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