‹ Ferdinand GagnonChapitre 9 sur 17 · SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE · texte numérisé non relu

SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE

M. L^BBE Hyacinthe Martial,

Prononcé devant les Membres de la Société

St.-Jean-Baptiste et les Paroissiens de

St. -Joseph, 1 Grosvenordale, Conn.,

LE 6 mai, 1883.

M. le Curé, MM. du Clergé, Paroissiens de St. -Joseph,

A CEREMONIE qui nous rassemble n'a rien d'attristant qui puisse porter la douleur à nos âmes. Les rites solennels des funérailles ont eu lieu il y a déjà quelques mois. Les sanglots, l'hommage public de la sympathie, le concours de la paroisse éplorée autour du catafalque,les paroles émues et éloquentes du prédicateur, la bénédiction du Pontife; en un mot, tout ce que la mort d'un prêtre aimé, estimé, vénéré, apporte avec elle de douleur, a trouvé une expression solennelle, imposante, digne de respect, en ce même endroit, il y a près de six mois. Et la cérémonie de ce jour n'a pas

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pour objet de renouveler ces douleurs. Non ! c'est le souvenir des vertus de M. l'abbé Martial qui vous rassemble ; c'est la reconnaissance de vos cœurs, qui, aujourd'hui, se manifeste autour de ce mausolée.

En m'invitant, M. le curé, à venir apporter sur la tombe de ce prêtre distingué l'humble et ardent tribut de mon admiration, vous m'avez fait un grand honneur, dont je vous remercie, tout en regrettant que des occupations multiples et incessantes ne m'aient pas permis de préparer avec plus de soin l'éloge de votre prédécesseur.

Oui, cher et distingué collaborateur, vous qui, pendant votre vie, m'avez tant de fois instruit et charmé ; vous q.ui possédiez à un si haut degré, le secret de la véritable éloquence, de celle qui persuade, qui émeut, qui produit le bien, pardonnez-moi, si je ne puis rendre justice à vos mérites ; pardonnez-moi, si mon cœur, trop plein de votre souvenir, ne peut communiquer à mes lèvres l'expression convenable de son admiration pour vos qualités et vos œuvres si utiles.

Mgr. Gaume, dans un de ses livres remarquables sur la religion, dit que la grande erreur de notre siècle, c'est de croire que la vie y c est la vie. La vie, ajoute-til, 71 est pas la vie. Un Saint Père disait, il y a plus de quinze siècles : vita mortalis mors vitalis, la vie mortelle est une mort vivante. Elle est donc bien vraie, cette parole de nos cantiques :

Nous passons comme une ombre vaine.

Nous ne naissons que pour mourir.

La vie d'un homme n'est qu'un fragment d'atome dans l'incommensurable voie de l'éternité.

Celui dont nous honorons aujourd'hui la mémoire était plein de vigueur, d'espérance et de dévouement ; sa vie semblait être nécessaire à cette paroisse, et dans un instant, la mort est venue moissonner son existence.

Telle est la rapidité de la vie.

Mais à côté de la parole de mort, il y a la promesse de vie; et, si la vie n est pas la vie, la mort 11 est pas la mort.

Le livre de la Sagesse ne dit-il pas : ''Bienheureux ceux qui dorment dans le Seigneur, car leurs bonnes œuvres les suivent, et dans le sein de Dieu ils se reposent de tous travaux } "

Le prêtre dévoué, le missionnaire désintéressé, qui repose à l'ombre des toits bénis qu'il a érigés à la gloire de son Dieu, n'est pas mort ; il vit dans nos cœurs, il vit dans ses œuvres ; et ce monument, que la reconnaissance, la piété filiale et l'admiration lui ont élevé, fera revivre son souvenir dans nos générations futures.

Le prince des orateurs latins, l'éloquent Cicéron, a dit quelque part : Vita mortuorum in memoriam vivorum posita est : La vie de ceux qui ne sont plus est gravée dans la mémoire de ceux qui leur survivent. Ce qui veut dire : un peuple vertueux n'oublie jamais de perpétuer le souvenir de ses morts illustres.

Dans ce siècle de la vapeur, de l'électricité, du positivisme et de l'égoïsme, la reconnaissance est con.

l86 ELOGE FUNEBRE.

sidérée, par les matérialistes et les gens du commerce, comme une plante centenaire que le cœur ne fait fleurir qu'à de longs et rares intervalles ; mais les cœurs formés avec soin> les esprits fortement imprégnés des principes chrétiens, cultivent avec joie cette vertu de la reconnaissance.

Et la société St. -Jean-Baptiste, et la paroisse St.- Joseph, de Grosvenordale, formées à l'école du grand cœur et des grands principes du cher abbé Martial, prouvent, par leur acte solennel de ce jour, que la semence du bon pasteur est tombée en une bonne terre. Et les œuvres de l'apostolat civique autant que religieux de ce prêtre survivront dans l'expression des sentiments généreux de la paroisse qu'il a fondée.

Honneur et gloire à la société St-Jean-Baptiste, de Grosvenordale, dont l'esprit public est un exemple pour toutes les sociétés sœurs. Honneur et gloire à la société St.-Jean-Baptiste, de Grosvenordale, dont le généreux sentiment de reconnaissance envers son premier chapelain se manifeste par l'érection de ce marbre imposant.

Ah! qu'il redise bien haut, ce monument, aux enfants et aux petits-enfants des sociétaires, comment leurs pères savaient honorer la vertu, récompenser le dévouement et glorifier le désintéressement.

Honneur aux autres associations nationales et religieuses et à la paroisse de Grosvenordale, qui ont contribué à l'ornementation de ce tertre funéraire. En secondant la généreuse société St.-Jean-Baptiste, elles donnent l'exemple du respect et de la vénération

ELOGE FUNÈBRE. iS/

avec lesquels la mémoire du prêtre doit être conservée.

Il y a cinq ou six ans, paroissiens de St.-Joseph, les premiers vous guidiez l'opinion publique, en répudiant des insultes qui avaient été lancées contre un prêtre, et aujourd'hui, la première d'entre les paroisses, la première d'entre les sociétés, vous prouvez votre reconnaissance envers un bienfaiteur. Honneur à vous !

Mais aussi, il le méritait bien, ce témoignage de votre reconnaissance, le prêtre qui vous a formés à la vertu.

Vous avez entendu, lors de ses funérailles, la voix de deux de ses amis, les abbés Ariens et De Brûycker, qui, avec une éloquence émue, vous ont fait admirer leur compatriote dans les différentes phases de son existence.

Je ne saurais vous redire leurs paroles si édifiantes, leur douleur si intime, leurs appréciations si justes : elles ont fait couler vos larmes, elles ont soulevé des sanglots de tous les cœurs émus.

Pour moi, qui ai connu M. l'abbé Martial dans la dernière décade de sa vie, j'évoquerai le souvenir de mon amitié, et j'essayerai de vous le faire connaître comme prêtre et comme citoyen.

Il fut un prêtre de dévouement ; il fut un citoyen de mérite, un écrivain distingué, un défenseur des grands principes catholiques.

Fils de soldat, ayant suivi son père dans les garnisons, M. l'abbé Martial avait conservé quelque cho-

se de la régularité du militaire, de sa rondeur d'allures et de son franc-parler.

Au collège de St.-Roch, Belgique, où il fut pendant longtemps professeur d'humanités, ses élèves ont conservé pour lui une grande affection et une haute estime. Lors de son départ pour les missions d'Amérique, quelques-uns d'entre eux lui adressèrent des adieux touchants.

J'ai lu quelques-unes de ces jolies poésies, après sa mort, et je voudrais pouvoir en ce moment en lire des extraits. Ils vous prouveraient que notre ami savait former le cœur aussi bien que l'intelligence de la jeunesse, et que sa mission était d'enseigner, car les travaux littéraires de ses élèves sont vraiment remarquables.

M. l'abbé Martial, fils de militaire, aimait le mot caustique, l'ironie mordante, la pointe acérée de l'esprit. Et quand il rencontrait un adversaire digne de lui, c'était une belle lutte, à la fine répartie, au raisonnement serré, aux traits accélérés, tombant drus et forts et emportant la pièce du coup.

Son dernier écrit dans la Revue Canadienne, àç, Montréal, est remarquable d'érudition et de logique. Il demandait une réponse à ses opinions, la réponse est encore à venir. On sait qu'il n'est plus là ; mais son écrit est resté, lui, irréfutable, et personne n'a relevé le gant de notre cher mort.

M. l'abbé Martial était Belge, membre de ce courageux clergé de la Belgique, qui, suivant les traces de l'illustre prélat de Malines, combat avec énergie les

empiétements des libres-penseurs. Clergé persécuté par une presse impie, outragé souvent par la populace en délire, il ne se laisse pas abattre par les obstacles, il lutte pour la foi et il groupe autour de lui et des autels de Dieu.les grands cœurs et les grands courages.

M. l'abbé Martial passa en Amérique vers 1870. Il trouva, dès son arrivée, en M. l'abbé E.-J.Vygen, le vénérable et distingué curé de Ste.-Marie,de Putnam, un frère, un ami, un père.

Aussi avec quels accents émus il parlait de son vénérable ami; combien il aimait à raconter ses triomphes de missionnaire : et elles sont nombreuses, elles sont grandes et admirables les œuvres apostoliques de M. le curé de Putnam.

Plus tard, il se lia d'amitié avec M l'abbé Ariens, missionnaire à Dayville, Conn., et il aimait à présenter à ses amis ce vieillard qui, il y a quelques instants, vous a prouvé par son éloquence émue en quelle estime il garde le souvenir de son ami.

Belge d'origine, M. l'abbé Martial, devenu curé d'une paroisse franco-canadienne, comprit ce qu'il devait faire pour que son apostolat devînt fructueux.

Le prêtre n'a pas de nationalité; il est catholique dans son 'sacerdoce, il appartient à ses ouailles, quelle que soit leur origine. Mais l'Eglise de Jésus-Christ, suivant l'humanité pas à pas, veut que chaque peuple ait un clergé national qui vive des aspirations de ce peuple, qui sorte de ce peuple, qui aime ce peuple comme son frère.

C'est pourquoi elle consacre des Nègres, des Indous, des Chinois, des Sauvages des îles, des Slaves, pour exercer l'apostolat au milieu de leurs compatriotes.

Or, il arrive, que la demande de la moisson devient trop pressante chez un peupfe pour le nombre des ouvriers disponibles, et alors les évêques cherchent, dans les clergés étrangers, les pasteurs dont ils ont besoin. C'est ainsi que s'applique le principe catholique que le prêire n'a pas de nationalité.

Une congrégation irlandaise a besoin d'un pasteur ; il n'y a pas de pasteur irlandais en disponibilité : l'Evéque lui envoie un prêtre canadien. Ce prêtre doit chercher à comprendre le caractère de son peuple : il doit vivre de ses aspirations et s'incorporer avec lui.

C'est ce que M. l'abbé Martial a bien compris. Appelé à desservir des Canadiens, il étudia notre histoire, il étudia nos habitudes, notre caractère : il se fit Canadien. C'était un bel exemple à suivre ; il a porté ses fruits.

Depuis mon arrivée au milieu de mes compatriotes de Grosvenordale, on ne cesse de combler d'éloges le successeur de M. Martial et son a'ssistant.

On aime à me dire combien M. l'abbé Thomas Cooney, curé de Grosvenordale, fait d'efforts, couronnés de succès, pour satisfaire ses paroissiens ; combien lui et son assistant, M. l'abbé Fitzmaurice, sont zélés pour les Canadiens.

Irlandais tous deux, ils se font Canadiens avec les Canadiens. Puissent-ils avoir de nombreux imitateurs dans d'autres paroisses.

M. l'abbé Martial était un prêtre désintéressé. Peut-être l'était-il trop. La grande inquiétude de sa vie, c'était la dette, bien minime pourtant, de sa paroisse.

Je voudrais ici vous exprimer une opinion commune au défunt abbé et à moi sur le système de contributions volontaires suivi en ce pays, comparé avec l'ancien système français des fabriques paroissiales ; mais je ne veux pas lasser votre bienveillante attention.

M. l'abbé Martial prenait un vif intérêt au progrès matériel de ses paroissiens; il cherchait aies instruire, à leur inculquer le goût du beau, du bon et de l'agréable. Ses leçons là-dessus portent d'heureux fruits.

La grande œuvre de M. l'abbé Martial, comme écrivain, a été de convaincre les nombreux lecteurs du Travailleur de la nécessité des écoles catholiques.

M. l'abbé Martial voulut joindre l'exemple à l'enseignement. Il avait vu à l'œuvre son ami de cœur, M. l'abbé E.-J. Vygen, fonder des écoles et l'un des plus beaux couvents de la Nouvelle-Angleterre, alors qu'on n'osait encore soulever la question ; il alla le consulter. La société St. -Jean-Baptiste et les principaux citoyens de sa paroisse l'encouragèrent, et il fonda le couvent et les écoles de St.-Joseph.

Aujourd'hui la jeunesse de cette paroisse reçoit, grâce à son dévouement, une éducation chrétienne et en rapport avec sa condition.

Dévoué à l'Eglise, M. l'abbé Martial le fut à un degré supérieur. Il avait mis toute sa foi dans l'autorité infaillible de l'Eglise.

Comme écrivain, M. l'abbé Martial avait un genre original, à lui seul. Possédant à fond les vieux auteurs classiques grecs, latins et français, aimant l'étude des langues, il avait un tour de phrase particulier, une période incisive, française et d'un archaïsme charmant et de bon aloi.

Ses écrits ont eu les honneurs de la reproduction à maintes reprises, en Europe et au Canada.

Sa renommée rejaillit sur vous, paroissiens de Grosvenordale.

En s'illustrant par son talent et par son zèle, il a fait connaître au loin votre belle paroisse.

Il vous aimait; il aimait son église, son presbytère, ce coin de terre où il repose maintenant. Il a chanté ses beautés. Imitant une bluette délicieuse du poète provençal, Jasmin, il a chanté dans le Tra- 7/^27/é'//r les charmes de sa solitude, son tertre et son bosquet.

Il y repose à jamais, le poète délicat, à l'ombre de ses érables, sous son tertre aimé, iur les rives du Grosvenor. Et les oiseaux et les parfums des fleurs continueront à réjouir ces lieux, tout en bénissant la mémoire de celui qui a chanté avec admiration la beauté de leurs concerts. Ces lointaines campagnes

de sa patrie, de ses amours, il ne les verra plus, mais l'affection de ceux qu'il a tant édifiés par sa piété sur la terre étrangère n'est-elle pas une seconde patrie pour le missionnaire mort au champ d'honneur ?

M. l'abbé Martial, esprit sérieux, aimant l'étude des grands problèmes, était à la fois auteur et compagnon charmant. A ses heures' de gaieté il composait de très riantes poésies.

Cette intelligence si bien douée est montée vers le principe de la vie ; elle ne brillera plus sur cette terre, pour guider ses paroissiens, ses amis, ses lecteurs dans les sentiers de la justice et des progrès chrétiens.

Mort ! à la fleur de l'âge ! ! M. l'abbé Martial avait été le serviteur fidèle et il avait fait fructifier les talents du Grand Maître ; il laisse après lui des œuvres de vie.

Il repose à l'ombre que projettent les monuments de son apostolat, à côté du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, cet ex-voto de sa piété et de son amour fraternel, rendant gloire à Dieu du miracle opéré en la personne d'une sœur chérie, à la grotte de Lourdes. Il repose près de son église qu'il a ornée avec tant de goût, près des écoles et du couvent qu'il a fondés.

Et quand plus tard ceux qu'il a édifiés par ses vertus reposeront à leur tour dans la mort, le passant qui contemplera ces édifices et leurs entours admirera, à bon droit, le prêtre et les fidèles qui ont créé ces œuvres religieuses et d'éducation.

194 ELOGK FUNKHRE,

Filles de Ste. Croix, religieuses dévouées, que M. l'abbé Martial a données comme mères spirituelles aux enfants de cette paroisse ; prêtres amis qui le regrettez ; mères de famille qu'il a consolées ; société St. -Jean-Baptiste, Cadets de la tempérance, musiciens, membres du Cercle Martial, Société de l'Autel, Enfants de Marie, élèves des écoles, paroissiens de St. -Joseph, ne pleurez-pas, réjouissez-vous.

Celui qui n'est plus vit immortellement, et il prie pour le succès des œuvres dont sa mort vous a légué la continuation.

Courte fut son existence; mais il fut consumé pendant ce cour* espace de temps de la charité qui édifie, de sorte que vous pouvez dire de lui : Exigiium illi vitœ curriciiliim Deiis circumscripsit, imniensicm gloriœ : Dieu a circonscrit dans un cercle étroit la course de sa vie, mais dans un cercle immense la course de sa gloire.

Dors en paix, prêtre de Dieu, au sein de cette population que tu as formé à la vertu. Dors en paix, soldat du Christ, qui as combattu le bon combat. Dors en paix, écrivain inspiré, dont la plume n'a écrit qu'à la plus grande gloire de ton Créateur. Dors en paix, ami du Travaillent^ dont les lecteurs t'expriment en ce moment, par ma voix, leur grande reconnaissance. Dors en paix, enfant de la Belgique, au champ de ta mission lointaine, sous ce mausolée que des enfants de la France américaine offrent à ton repos.

Dors en paix dans le Seigneur.

O noble prêtre, en ce jour d'allégresse, Du sein de Dieu bénis tous tes enfants. Vois près de toi, la foule qui se presse, Pour t'exalter, ils sont reconnaissants.

En ce grand jour, ton passé nous rappelle Ta charité sublime, tes vertus Qui t'ont donné la couronne immortelle Que le Seigneur accorde à ses élus.

• Souventes fois au milieu de la route, Tu relevas le pauvre pèlerin.

Les yeux tournés vers la céleste voûte, Tu lui disais: "Marche, va ton chemin." Combien de fois, au fond de la chaumièie, Tu fus béni du pauvre qui souffrait.

Et que de fois, consolant une mère, Tu fus chéri de son fils qui pleurait.

Lorsque la nuit vient ombrager la plaine,

Que tout bruit cesse, et qu'aux rayons du jour

A succédé la clarté souveraine

D'un soir d'été tout parfumé d'amour :

Du fond des cœurs qu'une ardente prière

Monte vers Dieu pour le pasteur aimé,

Qui consacra son existence entière

A travailler à leur prospérité.

Le 16 Octobre, 1883

RÉPONSE X l'adresse qui accompagnait une Presse à imprimer, donnée par les Canadiens DES Etats-Unis et du Canada.

P^^plV REMERCIEMENT, le plus sincère, le i»i«iii P^'"^^ intime, serait au-dessous de ma vive Ir^^Kîi gi's^titude pour cette brillante manifesta- ■* tion, que votre bienveilla nceet votre générosité ont préparée à mon journal, et je crois être plus convenable en vous disant avec toute l'ardeur de mon âme :

Messieurs, pour vous remercier, je m'engage solennellement à ce que ce cadeau magnifique de votre sympathie serve toujours, entre mes mains, à la diffusion des idées généreuses dont il est l'expression.

Cette démonstration préparée avec tant d'éclat ; les adresses si belles, mais trop élogieuses, que vous venez de me présenter; le riche cadeau qui les accompagne: tant d'honneurs si peu ménagés sont bien propres à enorgueillir celui qui en est l'objet,

LE l6 OCTOBRE, 1883. I97

Mais mon bon sens, mis à l'épreuve par votre belle manifestation, est assez solide. Dieu en soit loué, pour m'empêcher de me faire illusion.

Je sens, messieurs, que ma personne n'est pas en cause, mais que je ne suis, (et je ne veux être rien autre chose,) que le porte-étendard des idées, des principes et des sentiments qu'on veut honorer ici, afin de ranimer le courage et l'enthousiasme de ceux qui combattent sous ses nobles plis.

Ce triomphe, ce couronnement du Travailleur et des principes qui ont animé sa rédaction, je suis heureux d'en offrir l'hommage et le mérite à tous ceux qui ont contribué, par leurs écrits, à acquérir à mon journal les sympathies si honorables qui se manifestent aujourd'hui et qui constituent sa plus belle gloire.

Oui, la grande part de ce triomphe appartient à ces amis, et en recevant, messieurs les souscripteurs, le généreux témoignage de vos sympathies, je ne suis que leur représentant.

Que mes dévoués et distingués collaborateurs soient associés à ce couronnement du Travailleur '.z-âx ces messieurs ont droit plus que moi aux grands honneurs dont vous comblez le Travailleur.

Tour à tour, ils ont intéressé, instruit leurs lecteurs, et ils ont rendu populaire mon journal qu'ils honoreront souvent, je l'espère, de leurs écrits.

Pour le succès d'un journal canadien-français publié aux Etats-Unis, il est essentiel que toutes les intelligences se rallient autour de lui.

\gS LE l6 OCTOBRE, 1883.

Or, le Travailleur offre à tous nos écrivains ses colonnes entières et son drapeau, qui est celui du travail,"de la foi et du devoir.

J'associe encore à ces hommages tous les fidèles employés du journal, qui, par leur régularité, leur dévouement, leur activité, ont contribué au maintien de cette publication.

A ce triomphe il faut associer des premiers ceux qui l'ont préparé avec tant de désintéressement, tant de bonne volonté, et ceux qui en font les frais somptueux, messieurs les souscripteurs, messieurs les organisateurs et messieurs les orateurs.

Oui, le Travailleur ne triomphe que par vous, membres des différents comités de cette fête; que par vous, souscripteurs et collaborateurs. Son couronnement, c'est le vôtre, car son œuvre n'a été fructueuse que parce que vous avez voulu lui prêter mainforte.

Mon bon sens, mes chers amis, me dit toutes ces choses et me fait comprendre, en même temps, combien est grande votre bienveillance d'attribuer à moi seul un mérite commun à nous tous.

Qu'il soit aussi compris que ce témoignage que vous rendez aujourd'hui au Travailleur et à son rédacteur, vous ne le rendez que parce qu'ils représentent, depuis longtemps, les principes si bien propagés par mes confrères des Etats-Unis. C'est à la presse canadienne-française de ce pays, que vous rendez hommage en ce moment.

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Mes excellents confrères trouveront peut-être que la part de sympathie est faite trop large au Travailleu?, ils auront raison ; mais en même temps, qu'ils soient honorés avec le Travailleur, car ils sont les soldats du même drapeau. Si les circonstances ont placé le Travailleur à l'avant-garde dans plus d'un combat, je dois dire qu'il fut valeureux à raison du renfort qu'il savait fidèle au poste du devoir et de l'honneur; car ses confrères étaient là, se préparant à combattre et combattant même avec courage et succès'.

En ce moment où vous m'entourez, messieurs, des plus généreuses sympathies, il est juste que je rende à chacun sa part qui lui revient dans ce tribut d'éloges que j'accepte en y?â^//-com mission seulement.

Et certes, c'est un honneur pour moi de rendre un témoignage public de ma reconnaissance à tous ceux qui ont contribué si efficacement au succès du Travailleur.

En entrant dans la carrière du journalisme, je n'avais que dix-neuf ans. Sans expérience, sans science, sans appui, je ne savais trop si ma plume serait utile ou inutile à mes compatriotes.

Messieurs, j'eus alors l'avantage d'être honoré de l'amitié d'un homme d'une intelligence remarquable, qui, dans toutes les grandes circonstances de notre jeune histoire de l'émigration canadienne, a prouvé par ses sages conseils et sa parole convaincue, qu'il a un cœur d'apôtre et de patriote.

M'inspirant de son expérience, de ses connaissances historiques et philosophiques, et de son grand dé-

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vouement, je lui dois une partie des principes qui m'ont dirigé dans le chemin du devoir. Il m'apprit à connaître l'Eglise, à l'aimer et à respecter son autorité divine et infaillible.

Ce guide bienveillant est un membre de ce clergé canadien si nécessaire au maintien de notre nationalité, en ce pays.

Le nom de cet ami est répété avec reconnaissance par les Canadiens de Worcester; car c'est celui du fondateur de leur belle paroisse, M. l'abbé J.-B. Primeau, qui, aujourd'hui, évangélise les Canadiens et les Français, dans l'Ohio.

Cet ami éloigné, je l'associe des premiers et pour une des plus larges parts à ce couronnement.

On m'a dit quelquefois : Vous vous faites le trop enthousiaste panégyriste du clergé canadien. Voyez, quelques prêtres vous sont hostiles et vous font la guerre.

J'ai répondu : personnellement, je dois au clergé de mon pays d'être le peu que je suis, et les Canadiens doivent à leur clergé d'être restés Français. Pour quelques honorables prêtres qui ne me connaissent pas et qui se méprennent sur mes intentions, je ne changerai en rien ma ligne de conduite, et je continuerai à dire à mes compatriotes : Respectons notre clergé ; il est la colonne la plus forte de notre nationalité à l'étranger. Groupons-nous autour de lui ; soyons tous, clergé et laïques, unis comme un seul homme, car voici que les bourrasques précédant la tempête se font sentir. C'est le temps de l'action, de l'union.

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et pasteurs et fidèles ne doivent former qu'un cœur pour la sauvegarde de notre nationalité.

A tous les organisateurs de cette manifestation, j'offre mes plus sincères remerciements et ceux de ma famille. Ils sont la fine fleur du patriotisme, aux Etats- Unis, et leurs noms suffisaient pour garantir le succès de leur téméraire entreprise.

A la jeune Association Montcalm, mes plus sincères remerciements pour son initiative et son énergie à vouloir honorer celui que déjà elle avait plus que récompensé pour ses légers services. C'est bien de cette association que l'on peut dire, comme autrefois de Montcalm, son glorieux parrain : non sibi sed paUiœ vixit,

A messieurs les membres du clergé qui ont bien voulu honorer le Travailleur de leurs sympathies, merci de tout mon cœur.

J'ai appris avec une joie bien profonde que quatre évéques et un archevêque avaient daigné encourager cette manifestation. L'archevêque est un missionnaire qui a fait et qui est appelé à faire dans le Nord-Ouest la même œuvre que la nôtre, repousser l'assimilation. J'ai nommé Monseigneur Taché. Un des évêques est celui de ma ville natale, Mgr Moreau. Un autre est Mgr.de Goësbriand, le vieux pontife de Burlington, qui représente l'épiscopat français dans la Nouvelle-Angleterre, et qui a été le promoteur principal des missions canadiennes, en ce pays. Mgr. Racine, de Chicoutimi, siège d'un vaste pays de colonisation, a bien voulu s'adjoindre à cette manifestation,

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et le plus jeune des évêques du Canada, Mgr Lorrain, a daigne, dans sa bonté, accorder ses sympathies à cette démonstration. Mgr Lorrain est un ancien abonné au Travailleur \ il a connu, pendant qu'il était missionnaire, aux Etats-Unis, les difficultés delà presse canadienne, en ce pays ; et certes, sa bienveillance envers elle, en cette circonstance, est une leçon qui portera bonheur à tous nos journaux.

Merci donc à Leurs Grandeurs de St.-Boniface, de St. -Hyacinthe, de Burlington, de Chicoutimi et de Cythère, pour avoir daigné prendre part à cette démonstration. Merci à tous les messieurs du clergé, à tous les souscripteurs, à tous mes amis des différents centres. A tous ceux qui ont contribué de quelque manière à cette belle fête, merci de tout mon cœur, en mon nom et au nom de ma femme et de mes enfants.

Messieurs, vous avez voulu faire de cette démonstration un ralliement de patriotes des deux pays ; car je vois autour de moi des amis de la Province de Québec. C'est peut-être la seule œuvre utile que j'aie accomplie, d'avoir fait connaître à nos frères du Canada leurs compatriotes des Etats-Unis. J'ai toujours voulu que par-delà la frontière nos mains entrelaçassent des mains amies. Et la présence de nos frères du Canada est une des plus douces récompenses à mes humbles travaux.

Oui, Canadiens des deux pays, unissons-nous et pratiquons les antiques vertus de nos pères, si nous voulons que leur souvenir ne précède pas le nôtre

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dans le goufEre de l'oubli. Sachons être fidèles à nousmêmes, et notre nationalité survivra. Comme les dames ont bien voulu participer à cette fête, je termine mes réponses aux adresses par ces mots d'une femme canadienne: "Dieu veuille nous dqnner comme à nos pères, avec le sentiment si français de l'honneur, l'exaltation du dévouement et la folie du sacrifice, afin que la nationalité canadienne-française vive à jamais respectée par les peuples et glorifiée par ses enfants.

Secours Mutuel

Conférence donnée à Burlington (Vermont), EN AOÛT, 1884.

M. le Président y coinpatfiotes : —

N ÉCRIVAIN français, M. Chs de Ribbe, a dit avec justesse : " La famille est la première et véritable unité organique de l'ordre social. Elle a fait la grandeur morale, intellectuelle et politique de la France. Par elle la race française, douée autrefois d'une fécondité plus puissante que tous ses malheurs, a conservé son unité et sa nationalité, créé des colonies, conquis une gloire militaire incomparable, réalisé les types du vrai et du beau dans les œuvres de l'esprit, suscité et consacré à la cause du bien tous les germes de dévouement, dans la vie privée et dans la vie publique.

L'homme a été créé pour la vie sociale ; et la plus antique, la plus respectable, la plus parfaite des sociétés, après l'Eglise de Dieu, c'est la famille qu'il a lui-

même formée, qu'il a lui-même bénie dans le jardin des délices.

C'est cet esprit inné d'association, ce besoin de communiquer avec des personnes d'une même origine, d'un même langage, d'une même foi, d'une même famille, qui a donné naissance, il y a vingt-cinq ans, à la belle société St. -Joseph, de Burlington.

Ayant pour père, le patriotisme; pour mère, la fraternité, elle eut pour marraine, la foi catholique.

Artisans, pour la plupart, les fondateurs mirent leur association naissante sous le patronage de l'illustre charpentier de Nazareth. Et les patriotes canadiens ne se contentèrent pas d'être des ouvriers de l'ordre matériel, ils se firent travailleurs dans l'ordre moral ; ils se groupèrent autour du pasteur, et ils furent des artisans de bonnes œuvres. Leur expérience porta des fruits ; la population canadienne augmentait, et dix ans après, la belle société St.-Jean-Baptiste de Burlington naissait d'une idée généreuse. Et en ce jour, nous sommes les heureux témoins de l'union patriotique de la société St.-Joseph et de la société St.-Jean-Baptiste.

La plus jeune vient de payer à son aînée le tribut du respect, l'hommage de la reconnaissance.

Voilà, messieurs de la Société St.-Joseph, qu'à l'exemple du juste chanté par le prophète David, vous voyez autour de votre table de famille les nombreux enfants de ceux qui ont fondé votre belle association. Vous avez voulu enseigner à la jeunesse, par une démonstration grandiose, qu'une société vieille de 25 ans

peut avec droit s'enorgueillir de son oeuvre, et célébrer ce joyeux anniversaire, afin de reprendre une marche plus assurée, avec une expérience d'un quart de siècle, vers des destinées glorieuses.

Vous avez appelé à vos réjouissances le prêtre, le représentant de votre foi, dont vous faites un article fondamental de votre règlement.

Ce prêtre distingué, il applaudit à vos œuvres ; et chapelain de votre société, il l'estime et il l'aime.

Vous avez invité à vos réjouissances vos frères du Canada. Oui, vous avez voulu que notre Canada bien-aimé, que la vieille patrie fût représentée par de nobles enfants.

Soyez les bienvenus, frères du Canada; soyez mille fois les bienvenus. La société St. Joseph vous acclame.

Et moi, messieurs, invité par cette glorieuse association St. -Joseph à dire quelques mots sur cette fête, j'abandonne ce rôle officiel pour un instant, et reprenant le rôle de journaliste: — Canadiens, je vous crie du fond de mon cœur, au nom des Canadiens de la Nouvelle-Angleterre : Frères du Canada français, merci d'être venus vers nous, vous êtes les bienvenus. Représentants de la patrie, vous redirez à nos frères de par-delà la frontière que ni le temps, ni la distance n'ont éteint la foi patriotique de leurs frères des Etats- Unis, et qu'ils répètent souvent, au souvenir de leur pays, le refrain de la romance : ** Loin des yeux, près du cœur."

Messieurs, Burlington n'est pas tout fait les Etats-Unis : c'est un prolongement des postes français. Ici, tout nous parle de la France et du Canada.

Nous sommes en face de cette belle nappe d'eau immortalisée par le père de la patrie canadienne, par l'illustre Samuel de Champlain. C'est sur ces bords qu'il combattit ses premiers ennemis. De l'autre côté de ce lac, dans l'État de New-York, se trouvent le fort Georges et Carillon, où le vaillant marquis de Montcalm fit des prodiges de valeur et sauva pour quelques mois la patrie menacée ; c'est sur ces faibles remports de Carillon qu'il s'immortalisa à jamais, ce qui lui valut comme oraison funèbre ces belles paroles . non sibi sed patriœ vixit. Il n'a pas vécu pour lui, mais sa vie fut consacrée à son pays.

C'est ici même, messieurs, que nos proscrits politiques de 1837-38 se réfugièrent. C'est ici que le grand homme d'Etat, sir Georges-E. Cartier, fuyant la persécution, étudia la langue anglaise ; -c'est ici qu'il composa sa romance plaintive sur les ennuis de l'exil.

C'est à Burlington que s'exila l'illustre fondateur de la grande société-mère de Montréal. Oui, c'est ici que vécut pendant cinq années M. Ludger Duvernay. C'est ici qu'il publia en 1839, ^^ premier journal canadien, aux Etats-Unis.

Quel honneur, messieurs, pour nous, journalistes canadiens de ce pays, d'avoir pour pionnier de la presse dans notre nouvelle patrie, le fondateur de la sociétéjSt.-Jean-Baptiste, de Montréal ; et, pour nos journaux, quel exemple d'avoir pour devancier un jour-

nal comme Le Patriote Canadien, de M Ludger Duvernay !

De l'autre côté de ce lac sont les plus anciennes missions canadiennes de l'Etat de New- York, fondées par le grand apôtre de la rivière Chambly, feu l'abbé Mii^nault. Et à Burlington même, il y a trente-quatre ans déjà, que l'église canadienne existe, et en 1856, cette congrégation avait l'insigne honneur d'être dirigée par un vénérable prêtre venu de la Bretagne, qui, depuis, a monté sur le siège épiscopal; j'ai nommé Mgr de Goësbriand. Que de reconnaissance ne devonsnous pas à ce distingué prélat !

Il a songé le premier à donner des missionnaires canadiens à nos compatriotes des Etats-Unis. Il a fait lui-même un appel à nos évêques du Canada, et c'est grâce à ses suppliques et à son influence, que les commencements de nos missions ont été simultanés. M. l'abbé Emard, dans son beau livre sur la terre sainte, rend ce juste témoignage à Mgr de Goësbriand.

De tout cœur les fidèles de son diocèse et tous les Canadiens de la Nouvelle-Angleterre approuvent un témoignage si mérité.

Tels sont, messieurs, les souvenirs historiques que nous rappelle Burlington. Cette ville si coquette, échelonnée en face d'un lac portant un nom frajiçais et qui est la source de notre beau Richelieu, était bien choisie pour une réunion des Canadiens des deux pays.

Or, messieurs, c'est le patriotisme des membres fondateurs de la société St.-Joseph qui nous vaut cette belle fête et ce concours de frères.

Ces Canadiens, ils avaient non-seulement du patriotisme,mais ils avaient encore la sagesse,le dévouement, la charité.

Ces enfants du peuple, loin du pays de leur jeunesse, formèrent une famille d'ouvriers ; ils s'enrôlèrent sous la bannière de la fraternité.

Travail, fraternité, prévoyance, telles sont les trois grandes idées qui ont donné naissance à la société St.- Joseph de Burlington, il y a vingt-cinq ans.

Invité à porter la parole en cette circonstance ; comme je suis heureux d'avoir à applaudir des orateurs populaires, je me bornerai à faire quelques remarques sur ces trois traits caractéristiques de l'Union St.-Joseph et des sociétés de secours mutuel : travail, fraternité, prévoyance.

Le travail, glorifions-le, aimons-le, soyons des travailleurs de la première heure du jour.

Il fut un travailleur, l'illustre et saint patron de cette société dont nous célébrons le glorieux anniversaire ; et l'Eglise l'appelle le serviteur, le prudent, le prévoyant.

Travaillons ! l'oisif ne saurait être heureux. L'Union St.-Joseph ; fondée par des ouvriers, vous avez donné l'exemple à vos associations sœurs, ouvriers fondateurs, il y a 25 ans. Soyez glorifiés dans votre œuvre ; vous avez suivi vos frères travailleurs dans,

la grande association de la fraternité et de la prévoyance

La loi du travail fut proclamée à l'humanité sous la forme bénigne de vigilance, avant la chute, et sous la forme, de pénitence après le péché. Le travail vient de Dieu, et il est noble. L'Homme-Dieu l'a sanctifié en s'y soumettant, et il n'y a pas de plus pur modèle de la résignation à la grande loi du travail, que Jésus le Verbe, travaillant pendant vingt ans dans l'atelier de St. Joseph. Le travail ne s'impose pas qu'à une classe ; toute la société y est assujettie. Il travaille avec ardeur le prêtre qui a charge d'âmes; il gagne son pain, sa renommée, sa gloire dans les inquiétudes et les soucis. L'homme de profession, pour acquérir la science et l'instruction, a travaillé ; pour gagner sa vie, il travaille, il s'agite, il s'inquiète ; chaque position sociale a ses peines, ses âpretés, ses difficultés. La loi de Dieu s'étend aux riches comme aux pauvres ; et faibles, puissants, instruits et ignorants, nous gagnons tous notre paùi à la sneiir de notre front.

** Malheur à ceux qui ne veulent pas comprendre cette grande vérité. Prenons sans murmurer notre part du fardeau que la Providence impose à l'humanité en général, et à chaque homme en particulier."

Chérissons le travail ; aimons-le, artisans, hommes de professions, industriels, commerçants, prêtres de Dieu.

Portons notre croix en regardant en haut. Considérons le but plutôt que la difficulté. Aimons le travail comme le compagnon de notre vie. C'est

vraiment la vie de la famille, la vie de ceux que nous chérissons.

" Le travail, c'est le feu ardent qui réchauffe et réjouit le foyer domestique. C'est la joie et l'abondance de nos appartements, les mets sains et succulents de nos tables ; c'est le père du doux et paisible repos, la garantie de nos espérances. Embrassons donc le travail ; qu'il soit au-dedans le protecteur de nos familles, le pourvoyeur du brasier qui réchauffe nos membres ranimés, la source qui jaillit à la vie du temps. Il est une expiation de nos fautes et un hommage tout à la fois à la suprême autorité du Créateur et à sa justice.

Messieurs de la société St.-Joseph, vous avez arboré le labarum de deux grandes et fécondes idées, l'idée de l'association, l'idée de la fraternité chrétienne.

Union et charité ! Avec ces puissances, on soulève le monde, et on opère le bien au sein des classes les plus indifférentes.

Laissons, messieurs, aux âmes étroites, aux esprits avortés, comme il s'en rencontre, hélas ! souvent> la maxime si égoïste : " Chacun pour soi."

Ce n'est pas ainsi que parlait le fils adoptif du charpentier de Nazareth, ce premier, ce grand modèle des classes ouvrières. Ce Jésus qui n'avait rien à lui et qui faisait des miracles pour les pauvres et les malades. ** Mes amis, disait-il à Pierre, à Jean, à Philippe, des hommes de métier comme la plupart d'entre vous, la charité que vous aurez les uns pour les au-

très et en particulier pour les pauvres, sera la marque à laquelle on vous reconnaîtra pour mes disciples." Chacun pour soi, dit l'égoïste ! Chacun pour tous ! Tous pour chacun ! dit la charité chrétienne. Chers amis de la société St.-Joseph de Burlington, il y a 25 ans, vous avez adopté cette belle devise ; vous l'avez inscrite en tète de votre règlement, et aujourd'hui, tous ceux que l'Union a favorisés, tous ceux qui ont vécu aux heures d'épreuves de ses services, sont venus s'asseoir avec les mêmes droits,les mêmes joies, les mêmes espérances, à côté de leur chapelain et des membres qui n'ont rien reçu, parce que la fraternité organisée en association ne fait pas l'aumône, mais accomplit une obligation du pacte fraternel.

Il y a plus que la prévoyance dans votre association, et il serait bien à plaindre, celui qui ne verrait dans les sociétés de secours mutiiel qu'une caisse d'épargnes, une idée de prévoyance personnelle, le franc calcul dun individu qui ne pense qu'à lui.

Chacun pour tous, tous pour chacun, se dit le sociétaire, l'ouvrier, en apportant la cotisation qu'il prélève sur le salaire du mois.

Je puis bien ne pas être malade, mais d'autres le sont déjà ou le seront plus tard ; et j'ai îa certitude que mon argent leur profitera, qu'en m'imposant un léger sacrifice, je viendrai en aide à un camarade, à un ami, à un compatriote.

Messieurs, elles vivront, nos sociétés de secours mutuel ; elles se multiplieront à l'infini, parce qu'el-

prévoyance individuelle. Leurs membres se réjouissent et continueront à se réjouir ensemble à la pensée de s'aider les uns les autres, à l'espérance d'avoir leur part des consolations attachées à l'amour du prochain.

D'une devise révolutionnaire, au nom de laquelle on a commis au siècle dernier les plus grandes iniquités, la société St.-Joseph a fait un glorieux guidon de combat : Egalité, Fraternité.

Egalité de droits et de devoirs. L'ouvrier, au sein de la société St.-Joseph, vaut l'homme de profession et le négociant.

Egalité généreuse, reconnue par l'Eglise, cette mère des petits et des grands, et qui, dans ses livres sacrés, se complaît à parler tendrement des pauvres et des déshérités.

Fraternité ! Soyons de véritables frères au sein de nos associations, des frères qui se cherchent pour s'unir ! Fraternité, confiance, union, conciliation, ah ! puissiez-vous régner sans cesse dans nos sociétés nationales. Nous avons tout à gagner à nous estimer et à nous aimer. Il y a plus de force, plus de véritable puissance dans l'amour que dans la haine.

Messieurs, je ne touche pas, dans ces remarques, à la question patriotique, qui est pourtant de grande actualité dans cet Etat du Vermont ; mais d'autres orateurs vous en entretiendront avec une éloquence que je ne pourrais imiter.

Je termine ici les quelques réflexions que m'a suggérées cette belle fête, et je crois exprimer le dé-

sir de tous ceux qui ont eu l'héroïsme de m'écouter si patiemment en disant : Longue vie, ad multos annos à l'Union St.-Joseph de Burlington ; qu'elle soit féconde en œuvres de charité, de fraternité, de patriotisme, et que les enfants des fondateurs continuent la belle œuvre de leurs pères, cette œuvre qu'ils ont assise sur d'aussi larges bases. Et puissions-nous tous, compatriotes, assister dans vingtcinq ans, aux noces d'or de la glorieuse société St.- Joseph de Burlington.

MORCEAOÏ DIVERS

La Bénédiction d'une Statue.

Mes chers amis : —

OUS VOUS étonnez peut-être de voir un laïque élever la voix dans une cérémonie comme celle qui vous rassemble en ce moment. C'est votre bon curé qui a voulu, avec le goût des convenances qui le distingue, associer l'élément laïque aux cérémonies du culte, en cette circonstance.

J'aurais désiré qu'une voix plus respectée que la mienne fût appelée à célébrer cet événement remarquable pour notre paroisse. Je vois parmi vous des hommes qui ont vieilli ici, qui ont connu les commencements de votre congrégation et dont les largesses ont contribué au succès financier de votre organisation paroissiale. A l'un d'eux il appartenait de redire les efforts accomplis, le succès définitif.

Mais comme vous tous, mes chers amis, à cause de vous j'ai été ostracisé au loin chaque fois que j'ai voulu vous rendre justice, bien que ma coopération à vos œuvres ait été bien humble, on me fait l'honneur de m'appeler à vous faire quelques considérations sur la portée de l'événement qui nous rassemble.

2l8 BÉNÉDICTION d'uNE STATUE.

La plus grande gloire de la France, en Amérique,, n'est pas d'avoir fait des conquêtes, ni d'avoir ouvert à la civilisation la moitié de ce continent. Les vieux noms des forteresses françaises ont disparu et sous quelques-uns des noms des premiers explorateurs,, noms conservés par les législatures américaines, rien ne rappellerait que la France a passé ici.

Les guerriers français, depuis Dulac jusqu'à Lévis, ont fait moins pour la conservation du nom français, en Amérique, que le plus humble frère Récollet.

Les travaux militaires des premiers ont été vains,, pendant que l'œuvre des derniers a produit le plus beau rejeton de la nation française, notre peuple, messieurs, la nationalité canadienne-française.

On a oublié le nom de de Beaujeu qui défit Braddock et le grand Washington sur les rives de la Monongahéla, pendant que le nom du b(»n père Marquette vivra tant que le Michigan et l'ouest des États-Unis existeront

Les noms des généraux français sont oubliés,, pendant que le nom d'un homme du peuple, mais d'un, apôtre, Charles de Langlade, est respecté de tous les habitants du Wisconsin.

Le cachet catholique dont notre nationalité porte l'empreinte, l'a sauvée de l'anéantissement.

La France, qui compte aux Etats-Unis 400,000 de ses enfants, émigrés de ses provinces, n'est pas par eux représentés en ce pays, parce qu'ils ne forment

BENEDICTION d'uNE STATUE. 21 9.

pas un tout identique, parce qu'ils sont en grande partie noyés dans la grande masse des indifférents.

La France a pour représentant notre peuple, notre nationalité. Ce sont ses petits-fils qui font le plus d'honneur à son génie chrétien, à cet esprit catholique qui a fait sa grandeur passée et dont la perte fait sa, honte actuelle.

Quand l'intrépide Jacques Cartier baptisait du nom d'un saint notre fleuve majestueux ; quand de- Maisonneuve élevait sur Montréal le signe de la Rédemption; quand Champlain, le père véritable de la patrie baptisait la première église de Québec, n'étaient-ce pas là des gages que le Canada serait par sa foi, ses apôtres, ses martyrs, le Jean-Baptiste de l'Amérique ?

Il a depuis parcouru les déserts, les montagnes Rocheuses, les prairies qui baignent les eaux de l'Arkansas et du Mississippi, les immenses solitudes du Nord- Ouest, de Vancouver au golfe St.-Laurent, du golfe du Mexique à l'Arthabaska et au Mackenzie, le Canada a prêché le Dieu de Cartier, de Maisonneuve et de Champlain.

Nous sommes les continuateurs de l'œuvre. Il y a cent ans, les croix étaient rares, aux Etats-Unis; et voyez l'mfluence de la vérité: pour distinguer l'extérieur de nos églises catholiques de l'extérieur des église protestantes, il nous faut exposer des statues patronale s ; car des croix, il y en a aussi sur leurs églises.

Les fêtes religieuses catholiques, que leurs pères puritains se faisaient un devoir d'ignorer, leurs petits-

fils les adoptent. Noël, Pâques, sont autant d'innovations pour leurs églises.

Le protestantisme vit d'emprunts. Après avoir Teçu la bible de l'Eglise catholique, il a cherché à réformer le culte, et petit à petit il revient à l'Eglise mère, la seule vraie, la seule chrétienne parce qu'elle vient du Christ, parce qu'elle vient de Dieu, parce qu'elle est éternelle. Si tous les anciens fondateurs 'du protestantisme colonial se levaient de leurs cou- •ches funèbres, ils auraient de quoi s'étonner.

En voyant nos riches cathédrales, nos nombreuses églises, nos fêtes religieuses reconnues par leurs -descendants, qui les observent comme nous; les journaux de leur foi remplis de détails sur le culte catholique, qu'ils abhorraient avec tant de fanatisme ; les fabriques conduites par leurs fils, fermer leurs portes à nos jours de fête, pour permettre auxemployés catholiques de chômer ces jours consacrés, c'est cepen- <iant le spectacle consolant de notre époque.

Et aujourd'hui, mes chers amis, vous contemplez à votre tour, sur la place publique la plus en vogue de notre riche cité, votre église agrandie, embellie des écoles catholiques, un couvent de religieuses, et comme monument commémoratif, la statue de la mère du •Christ.

Les fidèles sont appelés à la propagation de la foi, comme les prêtres; ils ont un apostolat.

Pour les uns, c'est de défendre leurs croyances <:ontre les fausses doctrines ; pour d'autres, c'est de

prendre soin des pauvres ; pour tous, c'est de prêcher par l'action, par le bon exemple.

Dans notre religion, pas de colporteurs de bibles ; pas de pamphlets remp'is d'injures et de faussetés, mais la prédication des bonnes œuvres. Le catholicisme est de Dieu ; il est l'expansion terrestre de la céleste et éternelle vérité. C'est pour cela qu'il n'a pas. les moyens des institutions humaines pour parvenir à ses fins.

Il respecte les victimes de l'erreur; il les aime, il les attire, tout en fulminant contre l'erreur ; c'est l'antique parabole du bon Pasteur ne se consolant pas de la perte de la brebis égarée. Membres de cette Eglise, nous devons nous en glorifier, nous devons en être orgueilleux. Notre apostolat. Canadiens de Worcester, est accompli en ce qui regarde la partie des sacrifices matériels.

Abel fut béni pour avoir donné les premiers de ses biens à Dieu, et Caïn fut haï à cause de sa parcimonie envers son Créateur.

Nous avons élevé un autel au Seigneur ; tous, nous allons contribuer comme le bon Abel des prémices de notre travail.

Et il nous restera encore à prêcher d'exemple, à prouver à nos frères séparés, par notre bonne conduite, notre honnêteté et notre sobriété, que notre religion est efficace dans son influence moralisatrice.

Soyons une paroisse de caractère, d'esprit public. Imposons le silence aux esprits contentieux par notre énergie à repousser leur malice. Rame-

lions les mécontents par notre charité ; soyons tous unis dans le bien. Kt dans cette oeuvre de rénovation, la femme a le beau côté du rôle.

Ce sont nos jeunes vierges, qui placent aujour- 'd'hui la statue de la plus illustre des femmes, de celle qui s'appelle "l'arche d'alliance." Nos femmes, nos filles doivent se rappeler que notre race fut convertie à la foi par une femme, et que la Nouvelle- France, le Canada, a été témoin du plus bel apostolat de la femme.

Nos épouses et nos filles devront suivre l'exemple de ces femmes courageuses, et faire pour notre paroisse ce qu'elles doivent faire : imposer le respect aux hommes, par leurs discours, par leur con- •duite, par leurs vertus.

En étant des épouses dévouées, catholiques, des filles soumises et vertueuses, elles formeront une génération de citoyens honorables, des Canadiens de caractère et de religion. Et forts des enseignements maternels, les enfants qui nous succéderont pourront redire dans la même langue, avec le même accent que leurs pères, en entrant dans cette église : Gloire à Dieu père, fils et St. Esprit.

Le temps me manque pour vous dire tout ce que cette cérémonie m'inspire de profonds sentiments. Je termine.

Mes chers amis, faisons notre devoir ; formés paT notre foi, soutenus par elle dans les épreuves de la vie, continuons à la glorifier par notre conduite.

Notre église est une affirmation dans notre religion. Les derniers arrivés dans la grande famille républicaine des Etats-Unis, les Canadiens ne doivent pas s'attendre à être les premiers dans l'échelle politique. Mais dans le domaine du dévouement religieux, ils seront des premiers, et ce sera la grande gloire que la patrie et la religion décerneront à leurs mérites.

Chers compatriotes, la vierge de Lourdes, la vierge de Fourvières, la madone de Lorette, la vierge de Séville, dont les sanctuaires ont été visités par notre dévoué pasteur, a une statue de plus, c'est celle que nous saluons en ce moment. Et la Ste. Vierge est aussi honorée par cette humble effigie, que par les statues de marbre et d'or que la vieille Europe lui a élevées.

C'est que, woytz-YoxxSy Notte-Dame des Canadiens a été bâtie par les sueurs du travail ; que sa statue a été élevée par le zèle pieux des jeunes filles ouvrières, et que Dieu et les saints se complaisent dans le tabernacle des humbles et des petits.

Plaidoyer

EN FAVEUR DES CANADIENS DE LA NOUVELLE-AN- GLETERRE ET DE l'eTAT de NEVV-VORK, À l'auDIENCE-ENQUETE tenue à BOS- TON, LE 25 OCTOBRE, 1881.

Messieurs : —

E COLONEL Carroll-D. Wright, chef du bureau des statistiques pour l'Etat du Massachusetts, a cru devoir avancer, dans le I2ème rapport annuel des statistiques du travail, que les Franco-Canadiens sont un obstacle à l'adoption du système de dix heures de travail, dans certains Etats, et il y a prétendu : que les Canadiens sont une horde d'envahisseurs industriels, ne prenant aucun intérêt aux institutions du pays ; négligeant de devenir citoyens américains; vivant dans un état voisin de la mendicité ; cherchant à se soustraire aux obligations des lois scolaires;étant un peuple sordide et à,ç,has étage, et bon tout au plus à travailler sous la férule de

n'importe quel contremaître et pour n'importe quel salaire.

Honte ! ! ! C'est la première fois que de telles injures, que de tels outrages, sont lancés contre un élément national, dans un document officiel.

Le colonel Wright prétend que son devoir d'officier public l'obligeait d'inclure dans son rapport tous les faits que ses agents lui avaient transmis. Tout en admettant cette obligation imposée au Colonel, l'emphase qu'il met dans sa phraséologie semble indiquer qu'il était lui-même fortement impressionné par ces calomnies et cette enquête expart e ; et nous regrettons que le Colonel se soit servi des expressions malheureuses qu'il a employées en parlant de nos compatriotes.

Nous devons cependant reconnaître que le Colonel a fait preuve d'un grand sens de justice en convoquant les Canadiens à cette audience-enquête, pour leur permettre de prouver la fausseté des allégués de son rapport.

Nous nous présentonsjil est vrai,devant des juges qui ont exprimé déjà leur opinion exparte contre les Canadiens, et nous venons pour annuler ce jugement; aussi notre position de plaideurs, condamnés déjà, devant les juges qui ont prononcé l'arrêt contre nous, est assez anormale. Confiants dans la justice de notre cause et l'impartialité du tribunal, nous présentons l'exposé de nos griefs et de notre défense, et nous, disons :

Que, dans chaque ville ou village où ils ont pratiqué leur espionnage, les reporteurs de ce bureau ont pris l'exception pour la généralité ;

Que la malice, les préjugés et les intérêts privés de certaines gens ont été les principaux délateurs de nos compatriotes ;

Que, en raison des circonstances dans lesquelles ils émigrent, et parlant un langage différent de l'idiome des Etats-Unis, nos compatriotes peuvent montrer un tableau de leurs progrès, depuis dix ans, auquel aucun autre élément national ne peut comparer Je sien ;

Que, relativement à leur nombre, les Canadiens «de la Nouvelle-Angleterre font plus pour la prospérité de l'industrie nationale qu'aucun autre peuple ;

Que les Canadiens-français ont droit au respect des populations des Etats-Unis ; car ils ont rendu à ce pays des services importants : fondant des villes, des comtés, des Etats, combattant pour le drapeau étoile, pacifiant des tribus sauvages, guidant des explorateurs ou des armées, &c., &c., &c. Sans réclamer, en cette circonstance, l'honneur d'être des fils de la France, cette généreuse amie des Etats-Unis, dont l'alliance a été cimentée par le sang de Lafayette à Brandywine et par la reddition de Cornwallis à Washington et à Rochambeau, dans la plaine de Yorktown,il y a un siècle.

Nous nous proposons de mettre à néant, l'un après l'autre, par la logique du raisonnement et des statistiques, tous les faux énoncés contenus dans les

rapports transmis à ce bureau. Mais, tout d'abord, n'est-il pas étrange de constater que, dans le rapport du Colonel Wright,nous ne voyons, dans les réponses des manufacturiers aux questions de ce bureau, rien de défavorable aux Canadiens-français ? Aussi le lecteur est-il fort surpris de lire, à la fin du volume, les insultes contre nos nationaux, quand rien, dans les énoncés des fabricants, n'apparaît pour corroborer ces dénonciations.

Une autre surprise nous était réservée. Dans son rapport, le Colonel Wright n'exclut pas les Canadiens du Massachusetts du cercle d'injures dont il entoure les Canadiens de la Nouvelle-Angleterre. Le 3 octobre courant, il envoyait à la Convention des Canadiens dic Massachusetts, tenue à Fall River, une circulaire invitant les délégués à l'audience-enquéte. Cela voulait bien dire que ces Canadiens étaient partie au procès.

Mais voilà que, le 15 octobre, dans une lettre à moi adressée et publiée dans le Travailleur, il déclare les Canadiens du Massachusetts hors de cause.

S'il en est ainsi, pourquoi ne l'avoir pas déclaré dans le rapport même } Pendant un an, nos concitoyens du Massachusetts ont été et sont encore sous l'impression, d'après les énoncés du rapport, que leurs concitoyens canadiens-français sont une horde d'envahisseurs industriels, les Chinois de l'Est.

Mais nous passons outre, et nous, Canadiens du Massachusetts, fiers et heureux de nous mettre au ban de l'opinion de nos délateurs, en compagnie de

nos frères des autres Etats,nous allons entreprendre de détromper sur notre compte les officiers de ce bureau.

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