PRONONCÉ LE 158 JUIN
’EST SOUS l'empire de l'émotion la plus vive que je vous adresse la parole. Cette solennité si imposante au sein de la grande nature; cette fête de notre Dieu avec
laquelle vous unissez la fête de la Patrie ; cette foule de travailleurs faisant retentir les échos de ces bois de leurs ferventes prières et de leur enthousiasme ; tout cela, mes amis, m'émeut et me fait redire du plus profond de mon cœur, à moi dont le devoir est de vivre loin de mon pays :
A tout, préf: rons la Patrie, Avant tout, restons Canadiens.
Oui, préférons la Patrie, avec ses fêtes religieuses, avec ses souvenirs pieux, avec ses joies domestiques, avec ses traditions vénérables.
Vous demanderiez en vain aux grandes villes et aux villages américains la satisfaction de tous les désirs légitimes de votre cœur.
Se
Ces villes vous offriront des jouissances, sans doute ; elles se composeront pour vous des airs coquets ; elles enchaïîneront la liberté de votre travail avec des fleurs ; elles vous prodigueront des plaisirs ; mais votre cœur ne sera pas satisfait, Il manquera quelque chose à ce bien-être de fiction. Car l’émigré canadien :
sois qui
ve
Jamais pour consoler sa morne rêverie, Il n’a devant les yeux le ciel de la patrie, Et le sol sous ses pas n’a point de souvenirs.
Mes chers amis, vous avez presque tous éprouvé déjà ces mêmes sentiments. Mais pour vous l'exil a cessé, Vous êtes aujourd’hui à la table de la Patrie. Vivez-y heureux.
Avant tout, restez Canadiens. ,
Oui, soyez-le de tout cœur.
Pour moi, mes amis, après avoir vécu depuis huit ans aux Etats-Unis, je ressens un plaisir ineffable à venir répéter aux échos de nos forêts canadiennes, ces cris de mon cœur : Avant tout, je suis Canadien.
Quand je me rappelle le souvenir de la cérémonie qui avait lieu ici, il y a un an, j admire l’apostolat bienfaisant de notre clergé, le patriotisme de nos fonctionnaires publics et je ne puis m'empêcher de dire : oui, soyons orgueilleux des hommes du 15 juin, 1875, et de ceux du 15 juin, 1876 ; avant tout, je suis Canadien.
Quand j'ouvre les pages de notre glorieuse histoire, qui est, hélas ! trop peu connue, et que j'y vois gravés en traits de flamme l’héroïsme de l’apôtre, du
soldat et du laboureur ; quand j'y vois à chaque page resplendir d'un éclat sans tache la foi, l'espérance et la charité, mon front se relève plus fier, mon regard est plus superbe, et je répète de toute l’effusion de mon cœur : avant tout, je suis Canadien.
Quand je jette un regard sur notre passé politique, j'aämire je patriotisme et la fermeté de nos hommes d'Etat, leur césintéressement ct leur dévouement, je me dis qu’en suivant leur exemp'e nous pourrons répéter avec de plus en plus de fermeté à nos concitoyens d'origine étrangère : avant tout, nous sommes Canadiens.
En ce moment même, quand je vois les rudes travailleurs qui m'entourent, au milieu du champ de leur labeur, laissant lepr travail pour adorer leur Dieu, honorer la patronne de ces bois et célébrer la fête de leur nationalité, avec bonheur je m’écrie : avant tout, vous êtes Canadiens
Quand du milieu de vous je reporte mes souvenirs vers nos compatriotes des Etats-Unis, et que je me rappelle les préparatifs qu'ils font, chaque année, pour rendre brillante leur fête nationale, je suis fier de vous en donner l'assurance : avant tout, ils sont Canadiens.
Mes amis, vous avez choisi la bonne part de l’hé. ritage maternel. Vous avez non-seulement conservé au fond de vos cœurs votre foi et un attachement à la langue française, mais de plus, vous habitez un coin de la Patrie. Vivez heureux et contents.