‹ Ferdinand Gagnon, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 16 sur 32 · CT · texte numérisé non relu

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Il y a quelques années, le Canada français, dans son inaltérable amour pour la cause sacrée de la Reli- ‘gion, envoyait un détachement de ses fils, pour défendre le Pape contre la Révolution.

On leur mit en mains un drapeau dont la devise était tout un livre. Cette devise, vous la voyez ici, en même temps que vous avez l'honneur d’avoir pour hôtes quelc :es-uns de ces braves jeunes gens.

Aime Dieu et va ton chemin.

C'est aussi le conseil que la Patrie donne en pleu rant à ses enfants qui émigrent.

“Aimez Dieu, allez votre chemin.”

Ils partent ; ils parcourent les Etats-Unis ; ils saluent les croix des clochers catholiques ; ils plantent leurs tentes pour quelques années, dans les plaines de l'Ouest ou dans les vallons de la Nouvelle-Angleterre; mais leur cœur n’est pas là.

Allez votre chemin, leur a dit la Patrie ; ils marchent, et la plupart, après plusieurs années de désenchantements, s'aperçoivent qu'ils ont fait fausse route et que leur chemin, c’est celui qui conduit vers le pays natal.

Ce qui était considéré comme une utopie, il ya quelques années, est devenu réalité.

Le rapatriement s'opère et prend une extension considérable.

C'est en vain que l'esprit de parti qui fait notre

ruine nolitique et sociale, cherchera à nier ce fait ; il se-

ra forcs d’avouer que le patriotisme, quand il est à l'abri des coteries, peut opérer de belles et grandes

choses, Libéraux et conservateurs se sont entendus pour favoriser le rapatriement : que ne s’entendent-ils donc encore sur les, autres questions de l'intérêt pu: blic et national.

Mais l'union, la concorde, c'est ce qui fait défaut chez nous. Nous travaillons avec acharnement à notre décadence, et nous excellons à nous faire des misères réciproques.

Vous, mes amis, qui vivez loin des bruits politiques, qui formez une colonie de frères, unis par la solidarité des épreuves passées, des soucis actuels et des espérances futures, pratiquez l’économie. Soyez unis. Que l'envie et la jalousie n'aient pas droit de cité parmi vous.

En entrant dans cette colonie, vous avez dû déposer vos penchants à ces tristes défauts, près du poteau qui marque la limite de ces trois cantons.

Vous devez être des hommes nouveaux avec des espérances nouvelles.

soyez unis pour le bien-être de vos familles, pour la prospérité de vos paroisses, pour l’honneur de votre pays.

La nationalité canadienne, qui se compose de près de 18,000 mille individus, a les yeux sur vous. A l'heure présente, les cantons de La Patrie, Vaillantbourg et Emberton sont l’objet de toutes les conversations. On attend beaucoup de vous, mes amis; ré. pondez dignement à cette attente. Et vous n’y réussirez que par l'union entre vous et par votre respect aux autorités civiles et religieuses.

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La plupart d'entre vous venez d'un pays où l'égalité est toute-puissantesur le forum et où l’aristocratie est arrogante dans la vie privée.

Corrigez ces deux défauts.

Soyez tous égaux, ici, maisen même temps respectueux les uns envers les autres, dans le droit comme dans le devoir. Professez un profondrespect pour l'ordre et la justice.

Respect à ceux qui sont à votre tête ; respect au prêtre dévoué, au missionnaire courageux qui fait la desserte de vos chapelles avec tant d'abnégation et de bon cœur.

Respect à l'agent que le gouvernement a mis à votre service.

Pas un plus que lui ne désire le succès de cette colonie ; pas un plus que lui n’est dévoué à la colonisation et à son pays.

Respect à vos hommes de professions, à vos marchands, comme à tous ceux que vous avez élus à des postes de confiance.

Respect à votre foi, à votre droit,à vos mœurs et à vos coutumes!

Vous ferez la joie de votre pays, et la gloire de ceux que vous venez de quitter. Mes amis, j'arrive des Etats-Unis où vivent encore près de 700,000 de vos compatriotes, que je représente dans la Presse.

En leur nom, comme au nom du Canada tout entier, je vous prie de recevoir l'expression des vœux ardents que tous les Canadiens forment pour vous,

Continuez vos travaux avec courage, avec persévérance, votre patriotisme le demande, vos intérêts le demandent, et votre dévouement pour vos familles vous en fait un devoir.

Ayez toujours cette belle pensée, cette belle devise de vos cercles amicaux: Dieu et Patrie.

Quand on aime Dieu et son pays, on prend place soit dans l'histoire ou dans la mémoire du peuple, à côté des héros.

Dieu et Patrie, cette devise est tout un enseignement. Soyez-y toujours fidèles.

En vous quittant, laissez-moi emporter la conviction que vous êtes heureux de votre position nouvelle. Je dirai à vos frères des Etats-Unis, avec une émotion bien vive, ce dont j'ai été ici l’heureux témoin, Je redirai partout qu'au sein des cantons du rapatricment, j'ai trouvé une foule d'hommes de cœur et de foi.

Je redirai partout que j'ai vu, ici, le patriotisme pur de tout alliage ; le défricheur célébrant la fête de son Dieu et de sa Patrie; la femme canadienne, dont la mission est toute d'abnégation et d'amour, aidant de ses conseils et de son énergie, de son dévouement, le courage de son mari.

Je sais encore que parmi vous, mes amis, règnent la concorde et la fraternité, et que si on veut vivre heureux, par un travail indépendant, il faut venir à La Patrie.

Courage, mes amis. Persévérez.

Discours PRONONCÉ LE 24 JUIN, 1870, À WorcCESTER, Mass.

Chers compatriotes :—

IL Y A dix ans, à pareil jour, j'accourais des montagnes du New-Hamps£ire pour célébrer, à Worcester, notre fête nationale.

Un soleil éclatant, une procession imposante, une messe solennelle, un pain bénit, un éloquent sermon, une journée de plaisir, une soirée nationale, tel fut le 24 juin, 1869, à Worcester.

La population ca..adienne n'était pas aussi considérable qu'aujourd'hui ; mais l'ardeur patriotique suppléait au nombre, et la fête des Canadiens «e Worcester fut, cette année-là, la plus belle de toutes les fêtes St-J.-Bte du Canada, comme aux Etats-Unis.

Vous tous, anciens membres de la société St.- J.-Bw, ‘ous tous, citoyens de Worcester, qui prenez part à Cette démonstration, vous avez raison de la rappeler avec orgue. à votre souvenir.

Cette année-là, les Canadiens de Worcester se révélèrent à leurs compatriotes.

Ils méritaient les plus grands éloges ; leur conduite était d'autant plus remarquable qu'ils étaient seuls, sans appui. La religion n'avait pu alors leur procurer le missionnaire canadien qu'ils désiraient avec tant d’ardeur.

Personne pour diriger leurs nobles aspirations, et cependant ils venaient d'écrire la première page de la belle histoire de Notre-Dame.

Qui donc proclamera leurs mérites ? qui donc redira à leurs frères, ce que leur conduite peut inspirer ? Un pauvre petit journal canadien : La Voix du Peuple.

C’est ainsi que la Presse commençait à jouer son rôle parmi vous, Canadiens des Etats-Unis. Elleapprenait à vos frères du Canada et aux groupes canadiens de la République Américaine, votre patriotisme et les actions d'éclat qu’il enfantait.

Elle inspirait à tous l'amour du pays, l’attachement à la nationalité et à la religion de nos pères.

Depuis 1869, elle n’a pas failli à sa mission.

Quand Notre-Dame fut fondée ; quand le 24 juin, 1870, fut célébré au Music Hall, le journal de Worcester porta bien haut le nom des Canadiens de cette ville.

En 1874, qui donne j’idée de la grande démonstration de Montréal ? Le journal de Worcester est le succès de l’organisation, qui fut l’œuvre des journalistes canadiens de Worcester, assistés du Révd Pas-

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teur de Notre Dame, et de l’un des propriétaires de ce vaste édifice, Messieurs, si je mentionne ces faits, ce n'est pas pour en tirer destitres de gloire, non, loin de moi cette idée.

La gloriole et la vantardise me sont étrangères, mes amis peuvent me rendre, je crois, ce témoignage.

Les circonstances ont voulu que, membre de la Presse, je prisse part à ces grands triomphes religieux et patriotiques, et l'honorable Société St-J.-Bte de Worcester m'’ayant fait l'honneur de m'appeler à faire quelques considérations sur la presse canadienne, je devais mentionner les titres que peut avoir cette presse à votre estime, à votre respect, si vous croyez qu'elle n’en a pas à votre patronage, Au reste, messieurs, la presse canadienne n’a fait que son devoir, et il eût été à souhaiter que tous nos journaux eussent fait le leur.

Mais qu'est-ce donc que la Presse ?

J'entendis, l’autre jour, une explication assez rationnelle de ce mot : La Presse ?

Deux Canadiens parlaient des journaux canadiens et de leurs rédacteurs.

L'un dit tout à coup:

—Excuse-moi donc. Sais-tu pourquoi ils appellent les journaux la Presse.

—Ah bah ! répond son compagnon, c’est parce | qu'il faut une presse pour les imprimer.

—Ravale ça, dit l’autre,tu n’y es pas, caraucun de nos journaux canadiens des Etats-Unis n’a une presse ; ils sont trop quêteux. On les appelle la

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Presse, parce qu'ils pressent continuellement leurs abonnés de payer d'avance.

Ce brave homme avait dû avoir maille à partir avec l’un de nos agents.

La Presse est une invention arveillènse qui a fait progresser la civilisation, les sciences, les arts, le commerce et l’industrie.

La Presse est dans l'édifice des idées temporelles ce que la table sainte est dans le domaine religieux.

La Presse, c’est la tribune populaire où les questions se rattachant au progrès, au salut de la nation, au bien-être des particuliers sont discutées devant un public qui mûrira les différentes mesures proposées dans le silence de la réflexion.

Un bon journal, ce n’est pas la gazette à sensation.

Ce n’est pas le compendium des meurtres, des accidents.

Prenez la presse européenne, et vous verrez les journaux remplis d'articles sur des questions d’intérêt public.

Un journal ne doit pas être le sac à tout mettre, des scandales, des: niaiseries de la foule ; il doit changer le courant de l’opinion publique suivant les principes du vrai et du juste.

Malheureusement, un grand nombre de nos compatriotes ne veulent pas comprendre cela.

On n'aime pas d'ordinaire à voir un journal.

Stygmatiser nos défauts, c’est un tort. Celuiqui aime bien, châtie bien ! Et les journalistes qui ont ren-

du le plus de services à leurs concitoyens ne sont pas ceux qui les ont flattés.

Quand le vénérable Horace Greeley disait aux jeunes gens, Go west, young men,on le traita d’utopiste, de rêveur. Et cependant, c'est vers l'Ouest que sedirige aujourd'hui le trop-plein des populations des villes de la Nouvelle-Angleterre.

Un journal, surtout un journal canadien aux Etats- Unis, doit être le porte-drapeau de toutes les grandes idées patriotiques et religieuses ; ce doit être un véritable soldat, portant des coups à ceux qui semblent vouloir apostasier la nationalité, croyant être dignes de respect, lorsqu'ils apostasient leur titre de Canadien, pour celui d'Américain.

Le journal canadien doit toujours chercher à proclamer bien haut la noblesse de notre origine.

Quelle tâche facile, et combien coupables sont ceux qui savent la grandeur de notre noble patrie, et qui voudraient que nous fussions des Français ou des Américains.

Aulieu d’être des Canadiens qui affectent de ne jamais mentionner le mot canadien, qui seraient prêts à laisser dans l'oubli notre fête nationale, pour la noyer, élément national, dans un 4 juillet.

Certes, je respecte la grandeur passée de la France, autant que je méprise son abaissement moral, depuis près d’un siècle !

Je n'oublie pas qu’elle a fondé le Canada, alors que son cœur était catholique ; mais je n'oublie pas non plus qu’elle a abandonné sa foi et les Canadiens

qui aiment son drapeau. Mais tout en aimant la France, malgré ses fautes, tout en respectant le peuple américain, pour ses qualités, s’ensuit-il que je doive apostasier ma nationalité ?

Mes ancêtres sont-ils donc si peu respectables, que je doive rougir de leur origine! Non, messieurs, non, Canadiennes-françaises représentant ici ce que le Canada a produit de plus géséreux, de plus pieux, de plus dévoué, la femme canadienne, non, non, avant tout, je suis Canadien.

Quand je rappelle à mon souvenir ce qu'étaient mes compatriotes, il y a dix ans, j'admire l’apostolat bienfaisant de notre clergé, Gardez votre foi religieuse, messieurs, et jetons un regard sur la croix de Notre-Dame des Bois, orgueilleux de pouvoir dire : Avant tout, vous êtes Canadiens.

Quand j'ouvre les pages de notre glorieuse histoire, hélas trop peu connue, et que j’y vois écrits en traits de flamme l’héroïsme de l’apôtre, du solcat et du laboureur ; quand j’y vois à chaque page resplendir d’un éclat sans tache, la foi, l'espérance et la charité, mon front se relève plus fier, mon regard est plus superbe, et je répète avec toute l’effusion de mon cœur : Avant tout, restons Canadiens.

Quand je jette un regard sur notre passé politique, j’admire le patriotisme et l'honnêteté de nrs hommes d'Etat, leur désintéressement et leur dévouement, mais en même temps, je déplore le peu de fermeté de nos hommes politiques actuels, et je déplore notre désunion, nosluttes intestines, et je répète en

français le bel adage anglais : unis, nous régnons, divisés, nous tombons. Je me dis en mêmetemps qu’en suivant l'exemple de nos ancêtres, en étant aussi énergiques, aussi fermes qu'ils l’ont été, nous pouvons toujours dire en face des étrangers : Avant tout, nous sommes Canadiens.

En ce moment même, quand je vois les braves travailleurs qui m’entourent, et leurs compagnes fidèles et dévouées, célébrer la fête de leur nationalité d'une manière aussi brillante et aussi admirable, avec bonheur je m’écrie : Avant tout, vous êtes Canadiens.

Bien loin de s’affaiblir, votre sentiment national ne fait que se raviver.

Soyons toujours fiers de notre origine, et n’allons jamais courber la tête devant l'étranger. Nous apgartenons à cette race des plus hardis pionniers, des plus courageux, des plus dévoués colonisateurs de l’Amérique; nous sommes de cette race qui ; suivant l’énergique expression d’une de nos gloires nationales, marche tête levée au milieu des nations d'Amérique.

Nos ancêtres nous ont légué un passé sans tache, admirable et héroïque, par leur esprit religieux et civilisateur ; ils nous ont acquis un droit de cité sur tout le continent américain.

Prêtre, soldat, coureur de bois, laboureur, ils ont pénétré partout le crucifix d’une main, la hache du colon de l’autre. Jetez vos regards sur la carte géographique de ce continent, et vous trouverez dansles noms des établissements, les vestiges des premiers explorateurs français.

Mais à cette œuvre de civiisation ne se borne pas la gloire de nos ancêtres.

De 1763 à 1841, ils ont combattu dans les parlements et partout, contre les empiètements de l'oligarchie anglaise.

Ils n'ont cessé de lutter pour la conservation et le libre exercice de notre foi, de notre langue et de nos droits.

Les seuls noms des Viger, des Papin, des Lafontaine, des Morin et des Papineau, ne sont-ils pas en eux-mêmes l'expression du plus noble et du plus pur patriotisme ?

Compatriotes, imitons ces glorieux exemples.

Si nous n'avons pas les empiètements de vainqueurs puissants à combattre, nous avons les circonstances contre nous.

Le fait d’être au milieu d’une population protestante et de langue anglaise constitue des obstacles véritables à l'expansion de notre foi, à l'exercice journalier de notre idicme.

Nous devons faire face à ces obstacles et demeurer malgré tout et en dépit de tout: Canadiensfrançais.

Compatriotes, nous n'irons pas dire aux générations qui dorment dans la tombe: Votre sang a été répandu en vain, il n’a fécondéque l'erreur ; vos labeurs ont été vains, ils n’ont fondé que sur le sable. Vous avez lutté et combattu, pour rester Français, vous avez eu tort; sans vous, sans vos luttes, la France serait

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