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oubliée, nous serions prospères, car nous serions assimilés aux Anglais et aux Américains.
Pouvons-nous dire : Oublions notre origine. Si elle fut française, c’est la faute du sort ; changeons de langue, celle que nous parlons n’est bonne que pour la poésie, l’éloquence et l'amour, et il nous faut parler affaires, n’aimer en un mot que ce qui constitue le bonheur matériel ?
Non, non, non !
Compatriotes, nous ne pouvons dire ces abominations, ce serait forfaire à l'honneur ; ce serait jeter dans la boue de l’égoût du matérialisme, tout un passé de gloire pour s’acheminer vers un avenir de mépris et d'opprobre.
Compatriotes, puisse cette belle fête profiter à nous tous; elle devra servir à affirmer notre patriotisme.
J'ai lu sur quelques insignes la belle devise : Se chercher et s'unir. Oui, soyons honorables. Avant tout, ne faisons rien qui donnerait à nos compatriotes le droit de rougir de nous ; respectons notre patrie, notre titre de catholiques et de Français.
Soyons plus unis, fraternisons davantage, et prenons pour résolution de nous aider les uns les autres.
Rendons hommage à nos associations nationales, à ces belles sociétés St.-J.-Bte, qui ont dressé les autels les premières, les autels du ratriotisme. Succès à ces groupes de compatriotes généreux.
Qu'ils fassent de nombreux prosélytes ; que tous les Canadiens émigrés fassent partie de leur nombre.
Honneur à la Société qui a préparé la solennité d'aujourd'hui. Lareligion et la Patrie ne sauraient oublier ces actes de patriotisme.
Merci à vous, messieurs de la Société, pour l’honneur que vous m'avez fait en m'invitant à venir mêler mon humble voix à vos patriotiques concerts. Travaillons tous ensemble, dans nos sphères d'action respectives, à toujours faire honneur à notre origine.
Soyons loyaux ; respectons le drapeau qui nous protège ; aimons-le, défendons-le de notre bras ; répandons notre sang pour son intégrité ; soyons loyaux, mais en même temps, restons Canadiens-français. Conservons précieusement notre langue et notre foi, c'est-à-dire respectons le signe que la religion a mis sur notre front, et celui que la Patrie a mis sur nos lèvres.
Loyaux, oui ; Français, toujours !
Portons bien haut le Drapeau sublime de notre nationalité. Insérez-y Union, Respect, Amour. Un peuple "ne vit pas, il n’est pas possible, sans l'amour qui groupe toutes les forces, sans le respect qui donne la confiance, sans l'amour qui contribue la puissance morale de l’homme de cœur.
Honneur au drapeau blanc, honneur au drapeau de nos pères, respectons-le.
Redisons de grand cœur, avec notre poète national :
O noble et vieux drapeau, dans ce grand jour de fête, En marchant avec toi, tout un peuple s’apprête
À célébrer la France. À nos cœurs attendris,
Quand tu viens raconter les vertus de nos pères,
Nos regards savent lire en brillants caractères, L’héroïque poème enfermé dans tes plis.
Ah! bient t Puissions-nous, Ô drapeau de nos pères,
Voir tous les Canadiens unis comme des frères,
Comme au jour du combat se serrer près de toi.
Puisse des souvenirs la tradition sainte,
En régnant dans leur cœur, garder de toute atteinte, Et leur langue et leur foi.
Discours PRONONCÉ À CoHoes, N.-Y., LE 22 JUIN, 1882.
Mgr. des Trois-Rivières, M. le Consul de France, MM. des Présidents des Sociétés St.-Jean-Baptiste de Montréal, St-Jean et Farnham, compatriotes des Etats-Unis :
OURQUOI ce rassemblement de nationaux sous les drapeaux glorieux de France et d'Amérique ? Pourquoi le vaste et magnifique sanctuaire des Canadiens de cet-
te ville était-il rempli, il ya quelques instants, d’une
foule émue ?
Pourquoi le vénérable évêque des Trois-Rivières, ce dévoué ami des Canadiens émigrés, a-t-il déployé toutes les richesses de la langue française et de l’éloquence, en apparaissant à la tribune sainte ?
Pourquoi, enfin ce, concours de tant de représentants d’une même origine venus de tous les horizons du Canada et des Etats-Unis ?
Ah! messieurs, il n’y a que deux sentiments capables d’une manifestation de cette importance, ce sont la religion et le patriotisme.
Permettez-moi donc, frères des Etats-Unis, qui êtes venus vous unir à nos compatriotes de cette ville pour célébrer le grand jour de la patrie canadienne, permettez-moi de remercier, en votre nom, les Canadiens de Cohoes et leurs comités d'organisation pour la belle et touchante manifestation qu’ils ont préparée avec tant de soin et qui leur fait tant d'honneur.
Leur succès est notre succès, puisqu'il honore, dans cette partie du pays, le nom du Canada français.
Aussi je ne doute pas que l’honorable et distingué consul de France, qui a bien voulu rehausser de sa présence, au nom de la vieille mère-patrie, l'éclat de cette fête ; je ne doute pas que les Présidents des sociétés canadiennes de Montréal, St -Jean et Farnham, que l'hon. M. Mercier, représentant du peuple, que tous nos hôtes distingués vous témoignent leur satisfaction en constatant que, loin du sol natal, vous avez conservé pieusement le culte des traditions nationales et des ardeurs patriotiques.
Et si le Gouverneur de l’Empire State, ce fils distingué d’un illustre père, était au milieu de nous, il vous manifesterait, je n’en doute point, la joie qu’il éprouve, à l'instar de son collègue le généreux et populaire Gouverneur Long, du Massachusetts, en voy-
ant les Français-Canadiens si loyaux citoyens améri-
cains, tout en restant attachés à leur foi religieuse et à leurs traditions nationales,
La France a pris une trop large part dans l’établissemeñt de la République américaine pour que sa langue et ses enfants n'aient droit de cité en ce pays.
Le peuple américain, heureusement, a conservé intacte la mémoire du passé. Les célébrations pacifiques et commémoratives de Vorktown prouvent jusqu'à quel point le souvenir des services de la France est encore vivace en Amérique.
Eh! bien, messieurs, c'est en cettedouble qualité de descendants de Français et de citoyens des Etats- Unis, que nous avons le droit de parader dans les villes de cette république, à la suite du drapeau de l’ancienne et toujours vénérée mère-patrie,
Et c’est parce que nous comprenons et pratiquons la loyale fidélité à notre passé glorieux que nous sommes de loyaux citoyens américains.
Noblesseet passé obligent. Or, toute l'histoire de la nation canadienne est une psge immaculée de loyauté envers la France et l'Angleterre ; envers la France, qui, malgré son abandon et son oubli, pendant plus d’un siècle, n’a pas d'enfants plus dévoués, plus aimants et plus désintéressés que les Canadiens-français ; envers l’Angleterre, qui, si elle n’a pas notre cœur, a notre foi civique qui ne s’est pas démentie depuis la conquête.
L'épisode de 1837 n'est qu'une ombre légère qui fait refléter davantage la loyale conduite de la grande masse de la population, pendant qu’elle met en lumière le dévouement et l'esprit de fière indépendance des patriotes de l’époque.
Malgré tout son pouvoir, la main de l'Angleterre A pu nous opprimer ; nous asservir, jamais |!
Nos nationaux de ce pays ne sont pas moins loyaux envers le drapeau étoilé.
Quand la rébellion chercha à déchirer drapeau et constitution, les Canadiens émigrés, comme tous leurs concitoyens américains, irlandais et allemands, se jetèrent au-devant des balles et des batonnettes de l'ennemi, et contribuèrent de leur bravoure et de leur sang au maintien de l'intégrité de l'Union américaine.
Or, messieurs, ces Canadiens, tout en combattant pour dé’endre le drapeau étoilé, restaient Français ; et leurs enfants pourront raconter en langue française, leglorieux trépas ou le retour triomphant de ces héros du devoir.
Ne trouvez pas étrange que je parle ainsi. Invité par le comité général de cette fête à porter la parole au nom des Canadiens des Etats-Unis, j'ai cru l'occasion favorable de protester contre le programme d’assimilation qu’un fonctionnaire d’un Etat voisin a cru devoir lancer dans le public.
En présence du Consul de France et de nosamis de la Province de Québec, cette question d’assimilation a une importance qui ne saurait échapper à leur esprit d'observation.
Pendant que certains Canadiens, apostasiant croyances et sentiments, cherchent à flatter les utopistes de l'assimilation et disent à nos compatriotes : comme nationalité distincte, il vous faut mourir ;
en cette circonstance solennelle, au nom de notre passé glorieux et de nos saintes espérances, je dis avec force : Frères, il ne faut pas mourir !
La Providence qui régit toutes choses a décrété l'existence de nationalités différentes. Elle l’a voulu à ce point que les peuples ont non-seulement des idiomes particuliers, mais aussi des caractères tout à fait distinctifs. Et ce n’est que par une cohabitation de générations successives que deux races parviennent à ne former qu’une seule nationalité, et encore faut-il, pour en arriver à ce résultat, que leur croyance religieuse sait la même.
Je comprends, messieurs, que les immigrants aux Etats-Unis doivent, afin d’être utiles et loyaux à leur patrie d'adoption, devenir citoyens américains, chercher à promouvoir les intérêts généraux du pays par leur travail, leur honnêteté, leur respect aux lois, et défendre, au besoin, le drapeau de la République.
Le civis romanus du temps de l’auteur des devoirs du citoyen était astreint aux mêmes obligations.
Mais au nom de ce civisme, et sous prétexte d’assimilation, on a voulu prescrire les droits de la conscience.
On a prétendu que nos écoles françaises et catholiques étaient vues d’un œil de méfiance, comme antiloyales.
Je ne reconnais pas dans cette accusation le civisme éclairé, et je crois entendre la voix discordante du fanatisme religieux,
Des catholiques, de mauvais citoyens ! allonsdonc !
Allez compter, dans nos nombreux cimetières, les guirlandes qui ont été déposées, le 30 mai dernier, le jour du grand deuil national, sur les tombeaux de nos coreligionnaires morts au champ d'honneur, et vous nous direz ensuite, utopistes de l'assimilation, ce que vous pensez de la loyauté des catholiques !
Les descendants des Puritains qui ont fondé ce pays n’ont pu le rendre libre et l'agrandir sans le secours de la France et le travail des immigrants.
Ils ont appelé à l'exploitation des richesses naturelles du pays les peuples de l’Europe et de l’Amé.rique.
Et tous ces divers représentants de nationalités différentes forment le peuple américain, dont le principe de solidarité consiste à reconnaître toutes les nationalités qui habitent la République et dont le princip2 religieux est de permettre le libre exercice de toutes les religions.
Or, toutes ces agglomérations de nationalités distinctes, de croyances religieuses différentes, ont des intérêts communs et des devoirs identiques. Elles vont leur chemin à l’ombre du même drapeau, fidèles à la même Constitution.
L’assimilation se fait lentement, et pourquoi ?
Ah ! messieurs, c’est que les sentiments de la nationalité et de la religion sont enracinés dans le cœur de l’homme plus profondément que certains utopistes ne le pensent.
En 1871, quand la Prusse, âpre à la curée, mettait son talon sur le corps ensanglanté de la France, alors que tous les cœurs français s’indignaient et agonisaient, une grande joie venait adoucir cette douleur.
Et d’où venait-elle, cette joie ?
C’étaient deux provinces de France, dont les habitants parlent l'allemand comme lefrançais, qui, sommées par la Prusse de s’assimiler, jetaient aux quatre vents de la terre ce cri patriotique :
Vous avez pris l’Alsace et la Lorraine, Mais malgré vous nous resterons Français |
Vous avez pu germaniser la plaine, Mais notre cœur, vous ne l’aurez jamais |
Honneur à vous, chers et héroïques enfants d’Alsace-Lorraine ! Dans sa douleur navrante, vous avez donné à votre patrie le tribut de votre inviolable fidélité.
Une nationalité n’abdique pas, sur simple proposition, ses droits à l'existence.
Demandez à la Sibérie les ossements blanchis des fiers Polonais.
Demandez à l’Angleterre ce que l'Irlande persécutée lui coûte de déshonneur, d'inquiétude et d’argent, et vous nous direz ensuite, partisans de l’assimilation, ce qu’il en coûte pour dérationaliser une race courageuse. |
Et toi, cher petit peuple acadien, notre frère atné, premier colonisateur de ce continent ; toi, qui as souffert la plus cruelle des oppressions, parce que tu résistas à l'assimilation, tu es un frappant exemple de
le
la vivacité de ce sentiment si admirable que Dieu a déposé dans le cœur de l’homme, l'amour du sol natal et des traditions paternelles.
Messieurs, j'admire les’ Anglais et les Américains dans leur iierté nationale ; je respecte leurs sentiments patriotiques ; mais j'ai droit aux mêmes égards.
Et comme ‘e sais que les Anglais et les Américains ont mille et une bonnes raisons pour ne rien abdiquer de leurs traditions nationales, je les approuve de tout cœur, mais en même temps je réclame pour moi les mêmes droits.
Histoire pour histoire, traditions pour traditions, je préfère celles de mon pays natal; et comme je sers la République par mon travail, par mon obéissance aux lois fédérales, communales ou municipales, je suis heureux d’être citoyen loyal de ce pays, maïs également jesuis fier et orgueilleux d'être Canadien-français.
Quand sur les tombeaux de nos pères, La brise du soir, en passant,
De leurs vertus calmes et fières Cueille le parfum odorant,
Elle répand comme un dictame,
Les souvenirs du temps ancien
Et chante, elle aussi, dans notre âme :
Qu'il fait bon d’être Canadien.
Quand je vois plus de cent églises bâties par nos compatriotes émigrés, des couvents, des écoles, des associations nationales marchant en ce jour de fête, à la’suite du drapeau de la France, j'ai le droit de dire à ceux de nos frères du Canada qui nous honorent de leur présence: Frères, pleurez le départ de ces milli.
ers de vos nationaux, maisen même temps, réjouissezvous, car ils sont restés dignes du pays qui les a pro- . duits, et aux Etats-Unis ils répètent avec la même fierté qu’au Canada: Qu'il fdit bon d’être Canadien !
L’allégéance à un pouvoir ne change pas l’origine du sujet ou du citoyen; elle ne change que sa condition politique.
Avec ma prestation du serment de fidélité à la constitution des Etats-Unis, rien ne change en moi, ni ma foi religieuse, ni mon amour des traditions nationales.
Que se passe-t-il donc alors ?
Il se passe un contrat politique qui m'ordonne d'observer les lois des différents gouvernements du pays que j'adopte pour patrie, de défendre son drapeau et de travailler à la prospérité générale de la nation. En retour, la constitution du pays me promet protection et me donne droit de délibération, de censure et d'approbation, et m’ouvre les portes à la représentation nationale, communale ou municipale.
Par l’acte de naturalisation, il ne s’est passé rien de plus entre ma conscience et mon serment d’allégéance.
Et je ne dois pas, moi, Canadien, pousser l’exaltation de mon nouveau titre de citoyen de la république jusqu’à renier mon origine française et catholique.
Il y a, cependant, de nos congénères, qui, la plupart par adulation et, par intérêt, se fout plus Américains que les Américains d’origine, Ils sont prêts à tout apostasier pour donner le change à nos conci-
toyens. Honte à ces faux frères dont l’ambition oula cupidité sont des mobiles de trahison et d'apostasie nationale et souvent d’apostasie religieuse!
Nous voyons les familles américaines envoyer leurs enfants à des écoles particulières, payant de leurs richesses pour maintenir ces institutions et ne voulant pas des écoles publiques pour leurs fils et leurs filles.
C'est leur droit,et ces familles l’exercent sans que personne ne trouve matière à censure.
Et quand les Franco-Canadiens, citoyens de la République, établissent des écoles où l'anglais est enseigné comme le français, où l’on apprend à l'enfant qu’il a une âme immortelle, qu'il doit respecter le bien d'autrui et obéir aux lois établies, de prétendus Canadiens s’empressent de faire chorus avec le fanatisme et dénoncent nos écoles comme antiloyales. [njustes courtisans intéressés, serviles jusqu'à l’apostasie, ces faux frères nous font un tort considérable, à leur profit, naturellement. Le baiser et les trente deniers de Judas sont fréquents de nos jours.
Un Canadien s’est rencontré qui, dans les sphères élevées du pouvoir, a uni avec fermeté ces trois titres de Franco-Canadien d’origine, de catholique et de citoyen américain.
Dans les conseils de la nation, quand le fanatisme ou le préjugé cherchait à représenter faussement la foi religieuse du Canadien, ses collègues tournaient vers lui leurs regards et attendaient sa fière réponse qu'ils applaudissaient avec chaleur parce qu’elle était
l'écho d'une âme convaincue et l’expression d’un noble cœur.
Souvent il répétait : I am a French-Canadian by origin, and [I am proudofit; Iam a Catholic, and I thank God for it ; I am also a citizen of this Republic which I love and respect, and I am happy by it.
Cet homme qui fait honneur à notre race, sur la tombe duquel ses collègues ont déposé le plus beau tribut d’éloges qui ait été décerné à un représentant du peuple, c'est l'honorable Louis-Vital Bogy, mort en 1876, sénateur des Etats-Unis pour l'Etat de Missouri.
Bogy est un modèle du Canadien devenu citoyen américain ; et ce serait un acte patriotique et de reconnaissance que de donner son nom à quelques-unes de nos associations nationales.
Donc, messieurs, la naturalisation n’entraîne pas de rigueur l'assimilation des origines et des coutumes ; elle n’entraîne que l'assimilation des intérêts politiques. :
Ce n’est pas après les efforts couronnés de succès de nos missionnaires ; ce n’est pas après avoir mis tout en action pour nous créer aux Etats-Unis l’image de la patrie canadienne, avec nos églises, nos écoles, nos sociétés, nos journaux, notre fête nationale ; ce n’est pas après tant d'efforts, de dévouement et de sacrifices, que nous devons abandonner l'arène et perdre courage. |
Compatriotes, (comme le disait dans une circonstance solennelle l’hon. M. Mercier, je crois,) nous ne dirons pas aux générations qui dorment dans la tom-
be : votre sang a été répandu en vain, il n’a fécondé que l'erreur ; vos labeurs ont été vains, ils n’ont fondé que sur le sable.
Vous avez lutté etcombattu pour rester Français, vous avez eu tort. Sans vous, sans vos luttes, la France serait oubliée, nous serions prospères en nous assimilant aux Anglais ou aux Américains.
Non, compatriotes, nous ne blasphémerons pas ainsi sur les tombeaux de nos ancêtres, car ce serait forfaire à l'honneur ; et c'est un roi de France, le parrain du Canada, qui se consolait de la perte d’une bataille, à la pensée que l'honneur français était sauf.
Luttons sans cesse, par tous les moyens, contre le suicide national ; et plus tard, si jamais le torrent des peuples nous englou*'ssait comme nationalité, que le dernier Canadien de cœur puisse dire aux quatre vents du ciel : tout est perdu, sauf l’honneur !
Ce danger n’est pas à craindre, dit notre historien national, M. Garneau.
“Il y a quelque chose de touchant et de noble ‘“ à la foi à défendre la nationalité de ses pères, cet ‘“ héritage sacré qu'aucun peuple, quelque dégradé “ qu’il fût, n’a jamais osé répudier publiquement.
‘“ Jamais cause, non plus, et plus grande et plus ‘“ sainte, n’a inspiré un cœur haut placé et mérité la ‘“ sympathie des hommes généreux.
“ Il y en a qui craignent pour le maintien de la “ nationalité canadienne ; mais il ne faut pas craindre,
‘“ Ce qui caractérise la race française par-dessus “ toutes les autres, c’est cette force secrète de cohé-
‘“ sion et de résistance qui maintient l’unité nationale ‘à travers les plus cruelles vicissitudes et la relève ‘ triomphante de tous les obstacles.
La nationalité, d’ailleurs, n’est pas un fruit artificiel ; c’est le don de Dieu, a dit M. Ferrari, personne ne peut l’acquérir et ilest impossible de le perdre.
Je me hâte de terminer mes trop longues remarques, en vous demandant pardon d'avoir taxé votre bienveillante attention à ce degré si élevé d’héroïsme dont vous venez de faire preuve en m'écoutant. Mais je voudrais, puisque le comité m'en avait donné l’honorable occasion, énoncer une fois de plus mes convictions et mes espérances qui sont les vôtres.
Que cette démonstration soit féconde en résultats. Déclarons ici, en présence d'un évêque de notre pays natal ; en présence d’un enfant distingué de la vieille France, notre attachement à notre foi religieuse et notre ferme résolution de rester Français, tout en étant de loyaux citoyens des Etats-Unis.
Rallions-nous autour de nos missionnaires, à l’ombre des bannières de nos sociétés nationales.
Loyaux, mais Français, soyons-le toujours et nous serons respectés.
Conservons notre langue ; parlons-la dans nos réunions, dans nos écoles, dans la famille, afin que plus tard nos arrières-neveux puissent raconter, dans l'idiome des Lafayette et des Rochambeau, le récit de nos luttes et de nos triomphes.
Et, en ce moment, nous qui sommes nés sur les rives du St.-Laurent, quand nous célébrons notre pas-
ale ve
sé, quand nous formons des vœux pour l'avenir, nous avons tous les yeux fixés sur l'horizon qui dérobe à nos regards la terre canadienne.
Ah! de tout cœur,chers frères d'exil, redisons avec notre poète-lauréat :
Loin là-bas, par-delà ce nuage qui passe,
Par-delà l’horizon, que cherche dans l’espace
Mon œil que si souvent les larmes ont terni ?
Ah! c’est qu’il est un lieu dont le nom vous enflamme Et dont le souvenir est mieux gravé dans l’âme Que dans le bronze ou le granit ;
Ce lieu, c’est le berceau, c’est la rive chérie,
Coin de terre où chétif l’homme a reçu le jour. Qu'on l’appelle Pologne, Irlande ou Sibérie, Sables, glaces, pampas, c’est toujours la Patrie,
Et ce nom-là veut dire amour.
Je t’aime, nom sacré, sublime symphonie,
Dont la mélancolique et suave harmonie
M'apporte en souvenir tant d’espoir envolé
Dans les grandes cités, dans les bois, sur les grèves, Ton image toujours flottera dans mes rêves,
O mon Canada bien-aimé |!
/ l'EST MUE par cet esprit de charité, que
l'Union St.- Jean-Baptiste de Lowell a eu
la’ généreuse pensée de vous: appeler, mes-
dames et messieurs, dans ceïîte salle spacieuse, pour vous faire participer à la bonne œuvre des pauvres soulagés. Elle ne pouvait faire rien de plus digne, rien de plus utile, pour célébrer le 12ème anniversaire de sa fondation.
Association patriotique de bienfaisance, l’Union St.-Jean-Baptiste, voulant marquer par une fête ce joyeux anniversaire, a dû être arrêtée par la pensée qu'il y aurait anomalie à se réjouir bruyamment, quand, par ce temps de gêne, il y a nombre de Canadiens qui ne sont pas heureux. Son comité d'organisation a alors combiné une réjouissance et une charité et dans le programme et dans le but de la fête; une réjouis-
sance pour cet auditoire nombreux en invitant ces artistes qui nous charment par leur chant et leur musique, si bien exécutée et si habilement dirigée.
Le comité a voulu aussi rappeler à l'auditoire que la soirée était bien au profit des pauvres et qu'il falfait être charitable, en invitant le conférencier qui a l'honneur de vous demander à son tour /& charité d'ap-
préciation pour ce travail sans suite et pauvrement écrit.
En me faisant, mes chers amis, votre interprète, je dis de tout cœur: Honneur à toi, Union St.-Jean- Baptiste, qui, non contente de soulager fraternellement tes membres affiliés, étends encore ta charité envers tous les Canadiens déshérités de cette ville.
Voici l’hiver et son triste cortége,
Les malheureux souffrent beaucoup, l’hiver.
Contre leurs maux il faut qu’on les protége ; Il fait si froid dans leur foyer désert.
Accomplissons l’ordre de la nature ; Donnons, donnons pour les êtres souffrants, Comme aux oiseaux Dieu donne la pâture, Donnons surtout pour les petits enfants.
La charité, du pauvre entend la plainte, Elle console et calme ses douleurs.
Et poursuivant sa tâche noble et sainte, Du malheureux elle sèche les pleurs.
Imitons-la ! secourons la misère,
Tout est compté là-haut, rien n’est perdu ; Et ce qu’on donne aux malheureux sur terre, Au ciel, un jour, par Dieu sera rendu.
O charité ! vierge pure et féconde,
Va, cours porter tes bienfaits en tout lieu Et que ta voix répète par le monde :
Qui donneaux pauvres, prête à Dieu !
La philanthropie règne en souveraine dans la Nouvelle-Angleterre, j'en rends hommage à nos concitoyens d’origine puritaine. Peuple généreux, aimant le confort de l'existence, il n’aime pas à voir les grandes misères, les dénuements cruels. Aussi a-t-il organisé en plan régulier sa philanthropie.
La charité individuelle n’a plus l'occasion d'exercer son zèle, d’après ce système ; elle est taxée, voilà tout. La municipalité prend soin de l’indigence, l'Etat prend soin du dénuement.
Le système a son bon côté, il relèguele paupérisme loin de la vue des heureux, mais il a aussi son mauvais côté ; car en faisant disparaître de la société civile le pauvre et le déshérité, le cœur du riche ne s'ouvre plus à la générosité, et oubliant qu'il y a des pauvres, il vient à oublier que sa richesse ne lui a été donnée que comme à un intendant pour la répandre sur les nécessiteux.
Pour nous, ouvriers, bénissons les pauvres ; car, à la considération de leurs infortunes, nous devons nous estimer plus heureux de notre sort.
Quand dans un pays il n’y a pas de pauvres exhibent leur misère, il n'y a pas de consolation pour la crité. Comparant son état avec celui des classes
ss, l'ouvrier ne peut qu'être porté à se plaindre, à :tre dissatisfait, à envier ; maïs quand il y : des pau. vres, tout en les plaignant, en les aidant d'aumônes, son sort de prolétaire lui est moins lourd, il ne se trouve plus le moins heureux,
Certaines gens, engouées de notre système d'assistance publique s'exaltent quand elles parlent des pays catholiques où la charité n'est pas érigée en philanthropie organisée. Des Canadiens répètent quelquefois le mot ironique d’un voyageur qui,en arrivant aux frontières canadiennes et en entendant le nom de St.-Alex. andre dit à un ami ; “nous voici arrivés aux saints, les quéteux vont apparaître. Ce mot lancéavec ironie par un protestant, et répété sans réflexion par des Canadiens, est un hommage à notre foi religieuse.
Le catholicisme n’a pas peur des pauvres ; il les aime, il les instruit, il les protége. Leur vue ne lui est pas une peine ; car elle lui représente sans cesse une partie de sa mission divine. Son fondateur n'a-til pas vécu parmi les pauvres? n'a-t-il pas sanctifié la pauvreté ? n'a-t-il pas condamné ceux qui avaient le cœur fermé à la pitié, dans sa parabole si touchante et si consolante de Lazare et du mauvais riche?
De tout temps le catholicisme a soulagé L pauvreté ; nos hospices, nos sœurs de charité, nos sociétés de St.-Vincent de Paul, nos petites sœurs des pauvres, nos asiles, nos ouvroirs, nos orphelinats, font l’admiration des sectes protestantes, qui n'ont rien à leur comparer,
Pendant que, dans ce pays, les municipalités paient des officiers, pour prendre un soin plus ou moins fraternel des pauvres, dans la Province de Québec, nos sœurs hospitalières dévouent leur vie au service des indigents et des malades. Leur foi religieuse leur indique comme um doux devoir çe service des pauvres,
qu’elles considèrent comme les enfants deJésus-Christ, comme ses frères les plus chéris.
Aussi nous ne voyons pas, dans les asiles de notre religion, des scènes comme celles de Tewkesbury, découvertes par l’ex-gouverneur et votre concitoyen distingué, le général B.-F. Butier.
Quand un de vos estimables concitoyens m'a fait part île l'invitation de l’Union St.-Jean- Baptiste, il m'a demandé de vous parler de la mission de nos associations de secours mutuel, J'ai bien je-
té quelques notes sur le papier touchant ces observa-
tions ; mais j'ai cru qu'une conférence au profit des pauvres devait traiter un tant soit pen de la pauvreté, de la charité.
La population canadienne a été formée à la vie religieuse par la charité des missionnaires, charité apostolique, qui porte le prêtre de Dieu à renoncer à sa famille, aux joies les plus légitimes du cœur, pour se consacrer entièrement aux fidèles qu il adopte pour ses enfants.
Et le zèle de ces bons pères Oblats, dont le vénérabie Père Garin est le pilote avant-coureur, a reçu
‘sa récompense, puisque votre exemple, chers compa-
triotes de Lowei, a été, par toute la Nouvelle-Angleterre, la pierre angulaire d’un grand nombre de temples canadiens catholiques.
Ainsi, méssieurs, je lisais dans un journal le compte-rendu de la'fête que vous aviez préparée au bon et vénérable Père Garin; j'étais attendri
To
oo
aux larmes, parce que je voyais dans ce témoignage l'expression bien sincère de votre gratitude.
Et la fleur de la reconnaissance, cette fleur des cœurs bien nés, répand au loin de suaves et pénétrants parfums. Mais, vous le dirai-je, au milieu de l'allégresse que je ressentais en lisant vos adresses et la modeste mais si éloquente réponse du bon vieux père, il y avait dans mon cœur une goutte d’amertume. J'étais peiné de constater que le comité de la fête n’eût pas invité des représentants de toutes nos congrégations de la Nouvelle-Angleterre à se joindre à vous, en cette circonstance. Ils avaient droit d'y être pour témoigner au vieii Oblat de Marie et à tous ses collègues la reconnaissance de tous les Canadiens émigrés pour tous les services si précieux et si nombreux rendus par les enfants de Mgr. Mazenod à nos paroisses canadiennes.
Les Oblats, ils ont été les derniers à évangéliser nos campagnes et nos villes : ils sont venus après les Récollets, les Jésuites et les Sulpiciens ; mais quel travail gigantesque n'ont-ils pas accompli! Travailleurs de la dernière heure, ils auront la récompense promise dans l'Evangile, comme tous ceux de la première heure, parce que leur travail aura été rempli de bénédictions et que leur immense charité aura fait décupler les heures de leur labeur.
Les sectes anticatholiques font miroiter aux
‘ yeux de ceux qui sont faibles, la prospérité matérielle
des peuples protestants ; on leur fait croire que le
Re UN USE
D Po ee do
bon Dieu bénit ces peuples passe qu ‘ils sont dans la voie du salut.
C'est-à-dire, mesdames et messieurs, que pour les sectes, le pauvre ne pourrait être sanctifié. C'est l'Evangile renversé, et c'est à cause de ce mépris de la pauvreté, qu'il y a un grand nombre d'indifférents en ce pays
Notre foi religieuse basée sur la parole et la promesse infaillible de Jésus-Christ, commenteé infailliblemert par l'Eglise infaillible de Dieu, ne dit pas que c'est celui qui aura le plus de terres, le plus de richesses, le plus de vaisselle d’or, le plus de bestiaux, le plus de luxe, qui entrera dans le royaume des cieux, mais que ce s:ra celui qui aura fait la volonté de notre Père au ciel.
Les peuples protestants sont riches; les Juifs, le peuple déïcide, sont riches, et l'Irlande catholique est pauvre; l'Italie catholique est pauvre.
Devons-nous conclure de là que le catho:ucisme est la cause de leur pauvreté ?
Pour l'Irlande, n'est-ce pas le fanatisme protestant de l'Angleterre qui tient son . dans le servage ?
Et les Irlandais catholiques, aux Etates Unis, ne commandent-ils pas l'influence, et ne s’élèvent-ils pas aux plus hautes charges administratives ?
* Pour l'Italie, n'est-ce pas le climat qui amollit les habitants et-qui les rend insouciants à l'accumulation des biens de la terre ?
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La France, l'Autriche, la Belgique catholiques n'ont-elles pas des richesses à opposer aux richesses des peuples protestants ? Et quelques-uns de ces peuples n'ont-ils pas enlevé, à force armée, ou par une politique tortueuse, ou des persécutions inouies, des trésors de richesse et d’art aux catholiques qui ne voulaient pas se joindre à leur apostasie ?
Au milieu d’un siècle où la volupté et la superbe de l'esprit croyaient avoir raison de la foi, Dieu a voulu donner aux impies, aux voluptueux et aux ennemis de son Eglise, un avertissement; Il a suscité un saint, un jeune Français, un pauvre, saint Benoît Labre, né en 1748, mort en 1783, canonisé en 1881. Il vivait du temps de Voltaire, et les admirateurs du vieil Arouet ont voulu tourner en ridicule, soixante ans après, la pauvreté etles austérités de St. Benoît ; mais une plume éloquente a pris sa défense, la défense du pauvre, la défense du saint, la défense du catholique, contre l’impie, contre le traître à sa patrie, contre le voluptueux, contre l’adulateur.
Les admirateurs de Voltaire faisaient la moue, comme la font souvent nos frères séparés, contre la pauvreté de saint Benoît Lat -e ; ils faisaient des gorges-chaudes de sa malpropreté volontaire, et imputaient tout cela à la foi catholique.
Si notre position financière ne nous permet pas de suivre l'exemple de Nicodème, de donner beaucoup, n'oublions pas que le denier de la pauvre veuve fut l'objet de l'admiration du Sauveur lui-même ; donnons à nos frères nécessiteux ce que nous pouvons, et nous
aurons un jour notre récompense. Qui donne aux pauvres, prête à Dieu!
Trouvons dans la sérénité du devoir accompli, notre force pour résister à l'envie, et notre espérance dans les promesses du premier des ouvriers, du Christ, l'ami des pauvres. Répétons le refrain du mineur belge :
Que mon labeur pénible amène son salaire ;
Que l’amour de mes fils me console souvent ;
Que je passe un seul jour près de leur tendre mère, Et je ne maudis pas mon sépulcre béant.
La richesse jamais n’excita mon envie.
Frugal et résigné, je vis content de peu;
J'espère en l’avenir d’une meilleure vie :
C’est ma manière à moi d’honorer le bon Dieu.
J'ai voulu, par le panégyrique bien humble et bien incomplet que j'ai fait de la pauvreté, tout bonnement vous dire que votre bon cœur, que votre charité devaient être bénis des pauvres. Et les dames qui m'entendent voudront bien croire que mes confrères les hommes leur laissent la dispensation de toutes les charités.
Le cœur si tendre de la femme est la charité même ; et l’histoire nous apprend que Dieu fit des miracles en faveur des femines charitables.
Soyez, mesdames, les avocates des pauvres auprès de vos époux, de vos fils, de vos amis, et nul ne saura refuser à votre cœur charitable, à votre amabilité de chrétiennes, à votre patriotisme de Canadiennes.
Après avoir parlé de la charité envers les pauvres, charité qui entre dans les attributions de la fem-
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me chrétienne, discourons pendant quelques instants sur la charité envers soi-même, laquelle consiste à pourvoir à ses besoins, à économiser pour les jours diffciles, à se coaliser avec ses semblables pour faire face aux événements, où une force individuelle serait incapable de se protéger, et qu’une force coopérative pourrait surmonter.
C'est ce besoin de coalition ; c’est cette charité envers soi-même, qui ont donné naissance à la belle Union St.-J.-Bte dont nous célébrons en ce jour le 12ème anniversaire de safondation,
Un publiciste français, M. Chs de Ribbe, a écrit avec justice : La iamille est la première et véritable unité organique de l’ordre social. Elle a fait la grandeur morale, intellectuelle et militaire de la France.
Par elle la race française, douée autrefois d’une f“con-
dité plus puissante que tous ses malheurs, a conservé son unité et sa nationalité, créé des colonies, conquis une gloire militaire incomparable, réalisé les types du vrai et du beau dans les œuvres de l’esprit, suscité et consacré à la-cause du bientous les germes de dévouement dans la.vie privée et dans la vie publique. ”
L'homme a été créé pour la vie sociale, et la plus antique, la plus respectable, la plus parfaite des sociétés, après l'Eglise, c'est la famille, que Dieu lui-même a formée, qu'Il a lui-même bénie dans le jardin se délices.
C'est cet esprit inné d'association, ce besoin de communiquer avec des personnes d’une même origine,
d’un même langage, d'une même foi, d’une même fa-
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mille, qui a donné naissance, il y a 12 ans, à l’Union St.-J.-Bte de cette ville.
Ayant pour père le patriotisme, pour mère la fraternité, elle eut pour marraine la foi catholique, et le nom du précurseur du Christ fut donné à la jeune association.
Les membres fondateurs avaient non-seulement le patriotisme, mais ils avaient encore la sagesse, le dévouement, la charité.
Enfants du peuple, loin du pays de leur jeunesse, ils formèrent une famille d'ouvriers ; ils s’enrôlèrent sous la bannière de la fraternité.
Travail, fraternité, prévoyance, patriotisme, telles sont les grandes idées qui ont donné naissance à l’Union St.-Jean-Baptiste.
Le travail, glorifions-le, aimons-le: soyons des travailleurs de toutes les heures du jour. Il fut un rude travailleur, l’éloquent Jean-Baptiste ; il prêcha sans relâche son Messie bien-aimé, et la mort seule put faire taire sa voix dont les potentats avaient peur. Il publia Jésus ; il prépara les sentiers du Seigneur. Laissez-moi croire qu'un grand nombre de nos sociétés St.-Jean-Baptiste ont préparé nos paroisses canadiennes, en ce pays, par un travail d'association bien dirigé.
Aimons le travail, artisans, comme le compagnon de notre vie; c'est vraiment la vie de la famille, la vie de ceux qué nous chérissons. Le travail, c'est le feu ardent qui s'échappe et réjouit le foyer domestique ;
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c’est la joie et l’abondance de nos appartements ; les mets sains et succulents de nos tables ; c’est le père du doux et paisible repos ; la garantie de nos espérances.
Embrassons donc le.travail ; qu’il soit u-dedans le protecteur de nos familles, le pourvoyeur du brasier qui réchauffe nos membres ranimés, la source qui jaillit à la rive du temps.
Travailleurs de l’Union St-Jean-Baptiste, honneur à vous ; vous avez écrit sur les drapeaux de votre association les grandes idées de l’union fraternelle, de la prévoyance et de la charité chrétienne.
Union et charité ; avec ces pr: isances on soulève le monde et on opère le bien au sin des classes les plus indifférentes.
Laissons, chers amis, aux âmes étroites, aux esprits avortés, comme il s’en rencontre souvent, la maxime si égoïste : chacun pour soi.
Chacun pour soi, dit l’égoiste.
Chacun pour tous, tous pour chacun, dit le secrétaire del’Union St.-Jean-Baptiste., Oui, mes amis, vous avez inscrit cette belle devise fraternelle en tête de votre règlement, et aujourd’hui, tous ceux qui ont vécu aux heures d’épreuve de ses secours, sont venus s’asseoir, avec les mêmes droits, les mêmes joies au cœur, à côté de leur chapelain et de leurs confrères qui n’ont rien reçu de l'association. Et pourquoi ? Parce que la fraternité organisée ne fait pas l’aumône, mais ne remplit envers le membre qui a besoin de secours qu'une des obligations du pacte fraternel.
C'est la récompense de sa prévoyance et de sa fraternité, que le membre recoit dans les secours de l’Union.
Chacun pour tous, taus pour chacun, se dit le so ciétaire, l'ouvrier, en apportant sa cotisation qu'il prélève sur le salaire du mois.
Je puis bier ne pas être malade, mais d’autres le sont déjà ou le seront plus tard, et j'ai la certitude que mon argent leur profitera et qu'en m'imposant ui. léger sacrifice, je viendrai en aide à un camarade, à un ami, à un compatriote.
Il n’est pas un de vous qui ne connaisse les angoisses de la maladie dans la maison de l’ouvrier, père de famille. Un jour, cet ouvrier rentre chez lui j avant la fin de la journée : il est pâle, défaillant. L Sa femme effrayée lui fait mille questions auxquelles il répond par un soupir. Il faut se mettre au lit ; HN: il faut appeler un médecin, et le médecin consulté, la LL. maladie est reconnue grave et d’une guérison diffici- | le. Quels tourments alors :-d’un côté le malade se demande qui gagnera le pain pour sa femme et ses enfants, en attendant qu'il revienne à la santé ; de l’autre, la femme ne sait où elle trouvera l'argent nécessaire pour se procurer des remèdes.
Bientôt l'argent est épuisé, le crédit aussi; que faire si l’on n’a pas le courage d’aller demander secours à la bienfaisance municipale ? Le pauvre ménage n’a plus qu’un parti à prendre, c’est de vendre des meubles, des vêtements, article par article. Le père de famille n’est pas guéri encore, il a besoin d’un
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long repos ; n'importe, il ne tient plus sur son oreiller; il songe à reprendre son travail ; il se lève, il embrasse ses enfants, espérant qu'il retrouvera ses forces dans leurs caresses.
À l'atelier, dit-il, à l’atelier ! Et il se trouve à la porte qu'il veut ouvrir; ses.yeux se ferment et il retombe dans les bras de sa femme qui le ramène à son lit en pleurant. | :
Voilà ce qui ne se voit pas, femmes canadiennes, mères de famille, parmi les membres de nos sociétés de secours mutuel ; voilà ce qui ne se verrait nulle part chez nos compatriotes, si tous les travailleurs fai. saient partie de nos sociétés de bienfaisance.
Mes chers amis, elles vivront, elles prospéreront, nos sociétés, si elles sont basées sur la fraternité. Leurs membres se réjouissent et continueront à se réjouir ensemble à la pensée de s’aider les uns les autres, à l'espérance d’avoir leur part de consolations attachées à l'amour du prochain.
Et comme patriote canadien, comme enfant du Canada français, j'ajoute avec espérance : il faut qu’elles prospèrent, nos associations,
Mesdames, femmes de notre pays, filles de France, et vous, mes chers compatriotes, swrsum corda. Enfants de la patrie, les jours de-combat sont venus.
Haut les cœurs! Nos enfants s’américanisent malgré nous; c'est à peine s'ils répondent en français à nos questions. Ah! messieurs, autrefois les Juifs assis sur des rivages étrangers répondaient,
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lorsqu'on leur demandait de chanter : comment pouvons-nous chanter dans une terre d’exil ?
Mesdames, oh! mesdames, prenez garde, vous qui avez pour mission de conserver au sein de la famille le langage de la patrie, le langage de la France, ce signe que la glorieuse France a placé sur nos lèvres ; prenez garde que le langage de vos enfants ne soit plus le langage maternel, mais bien une langue étrangère ; prenez garde que plus tard vos enfants appelés à chanter la patrie de leurs pères, ne le puissent faire
qu'en anglais.
Oui, l'heure des combats est venue. Nos pères ont lutté contre tous les empiétements suscités par les Anglais. Nous avons à lutter, frères expatriés, contre nous-mêmes, contre l’envahissement de nos demeures, contre la perte, par indifférence, de notre langue.
Et quand nous n’aurons plus ce lien, ce signe de ralliement, alors les erreurs religieuses auront beau jeu à se propager parmi nous. Par tous les moyens, luttons pour la conservation de notre langue.
Oui! patrie canadienne, tu fais battre les cœurs de ceux qui sont nés dans tes bras; mais il est une pa. trie morale qui se trouve de génération en génération, c’est le culte des souvenirs historiques, c’est la foi, c'est la langue des aïeux. Mes chers compatriotes, nos enfants nés en ce pays ne connaissent pas la patrie canadienne; ils n’ont pas les mêmes raisons, les mêmes motifs que nous, de répéter : O Canada, mon pays, mes amours. Mais nous devons, si nous aimons notre patrie d’un amour véritablement filial,
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nous devons transmettre à nos enfants la raison pourquoi ils doivent rester Français, et pourquoi ils doivent être fiers d'être Français. S'ils ne connaissent pas ces raisons, à quoi bon pour eux de rester Français ?
Mes amis, tout est là ; fondons des écoles, c’est bien ; enseignons le français, c’est bien ; mais si l’enfant ne sait pas pourquoi on lui fait apprendre le français, il ne parlera pas français.
Il faut donc, messieurs, que nous transmettions à nos enfants les traditions canadiennes ; il faut qu'ils sachent ce qu'ont fait leurs pères, ce qu'ils ont accompli en Amérique, ce que la France a fait d’héroïque.
Oh ! alors, chers amis, l'enfant relèvera fièrement la tête ; il aura de l’orgueil dans la voix et dans le regard et il s’écriera : Oui, comme mon père, avant tout je suis Canadien.
Ne bâtissons pas sur le sable mouvant de l'intérêt, mais sur le roc du dévouement. Faisons des sacrifices pour parvenir au but que nous voulons atteindre, la conservation de notre nationalité aux Etats- Unis.
Pour y parvenir, il nous faut l'union de tous nos moyens d'action, l’église, l’école, les sociétés, le journal, les conventions.
Le prêtre doit seconder, autant qu'il lui est possible, ce mouvement national, et il doit diriger les écoles dans le sens de ce mouvement, faire étudier l’histoire du Canada, avec commentaires spéciaux ; les.sociétés doivent développer, au moyen de soirées et de célébrations, le patriotisme et le goût des amusermnents
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honnêtes chez leurs membres ; le journal doit diriger sagement l'opinion publique, la préparer quelquefois, l'inspirer même; les conventions doivent cimenter l’union des chefs et formuler des programmes généraux.
Tels sont, messieurs, nos moyens d'action, sans compter l'influence de la femme canadienne dans l’éducation, pour conserver nos traditions, pour rester catholiques et Français.
Nous ne parlerons ce soir que des sociétés de secours mutuel comme moyen de conservation de la nationalité. Messieurs, ces associations ont un passé qui impose l'admiration. Partout où elles sont établies, elles réunissent la majorité des Canadiens patriotes et elles rehaussent le nom des Canadiens, par l'éclat de leurs démonstrations ou par le nombre et la bonne tenue de leurs membres, dans les processions religieuses et civiques.
Oui, mesdames et messieurs, nos sociétés nationales de secours mutuel sont véritablement les renforts de la nationalité française. Dans leur enceinte, on y prépare des défenseurs de nos droits, des patriotes et des hommes d'action.
Tout ce bien et cette mission de nos sociétés nationales, je les vois mis en action au milieu de vous; et au nom de mon pays, je vous en félicite.
Lowell a été réellement émerveillé à trois reprises par l'éclat de vos démonstrations nationales. 1873 a donné l'idée de 1874 à Montréal. Quand on a vu qu'il y avait possibilité de réunir comme vous l'aviez si bien fait, messieurs de l'Union St.-J.-Bte, en 1873,
autant de sociétés ; quand nous avons été à même d’admirer une organisation aussi complète que la vôtre ; quand il nous a été donné de voir défiler, dans un ordre parfait, nos sociétés si brillantes avec leurs bannières aux devises éloquentes, leurs drapeaux symboliques, leurs insignes éclatants, alors nous avons senti notre cœur de Canadien se gonfler de fierté, et les larmes de la joie venir mouiller nos yeux ; messieurs, c'est alors que, fiers de nos frères des Etats-Unis, et connaissant combien ils étaient peu connus et peu appréciés au pays de leur naissance, deux des invités de votre fête de 1873 conçurent Je projet de faire inviter nos sociétés à Montréal afin de faire disparaître chez nos frères du Canada les préjugés dont les Canadiens des Etats-Unis étaient les victimes.
Et vous y êtes allés, sociétaires, et vous avez fait courber les fronts d’admiration, sur votre passage, et depuis lors, la presse canadienne n'a que des éloges au lieu d'insultes ; on vous connaît mieux; on vous apprécie davantage.
Plus tard, à deux reprises, vous avez célébré la fête nationale avec un éclat qui a imposé le respect à vos concitoyens d’origine étrangère à la vôtre.
Et ici, l'Union St.-Jean-Baptiste avait l'honneur de voir à ses côtés d’autres associations locales, ses filles, nées de son exemple, profitant de son expérience,
Canadiens-de Lowell, ralliez-vous à l'Union St.- Jean-Baptiste ou aux autres associations ; mais unis-
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sez-vous avec les pasteurs si dévoués qui sont à votre tête, avec les patriotes qui vous dirigent. En étant plus unis, vous imposerez davantage le respect à vos concitoyens.
A Lowell, ces associations ne sont pas assez puissantes ; il faut qu'elles le deviennent. Comment ! votre population dépasse 8,000 Canadiens et vos sociétés ne comptent pas 800 membres! Pères de famille, jeunes gens, les associations vous tendent des bras protecteurs, allez-y en toute confiance et vous rendrez par là service à vos familles, et vous ferez acte de patriotisme. Messieurs, je n’ai pas voulu, dans cette conférence, vous chanter la patrie, son histoire et ses institutions ; j'ai voulu parler des devoirs qui nous incombent, à nous, Canadiens émigrés.
Le sujet ne se prête pas à l’éloquence ; mais il s'impose au bon sens pratique, à l'esprit de famille.
Il ne me reste plus qu’à implorer votre charité d'appréciation et à vous remercier, mesdames et messieurs, de votre héroïque attention.
Honneur à l'Union St.-Jean-Baptiste pour sa charité envers les pauvres et pour ses œuvres de patriotisme. Puissent les associations sœurs de la Nouvelle-Angleterre suivre cet exemple, et donner des soirées utiles et agréables à nos populations.
Et nous, messieurs, les enfants du travail, les fils du Canada à l'étranger, restons fidèles à nos traditions, à notre foi, à notre langue, à nos bonnes coutumes. Travaillons, économisons, soyons prévoyants. Pauvres, ne méprisons pas notre pauvreté, n’envions
re pas les richesses, mais aimons le devoir et cherchons à nt améliorer notre condition et celle de nos enfants par OS des moyens légitimes et honorables. Dans notre lut-
te contre tout ce qui pourrait nous faire perdre de vue is- le but suprême de notre existence,chantons. Le chant, vo- c'est le baume de l’âme endolorie.... et on chante ié- bien, à Lowell. Chantons donc :
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Humble soldat de l’industrie,
ee Je ne porte pas de blason ; rez Gagner honnêtement ma vie pa- | Est mon unique ambition.
tte Dès que le soleil illumine dat La fenêtre de mon grenier, ses
Je marche gaîment vers l’usine,
Jus Ce champ d’honneur de l’ouvrier.
Je n’ai que mes bras pour richesse ; Ils servent à l'humanité.
sil Foi, espérance et charité, 2 Tels sont mes titres de noblesse.
rité J'élève avec beaucoup de peine da De beaux enfants, anges des cieux.
| Ma maison de bonheur est pleine ha- Lorsque je suis au milieu d’eux.
rio- Ma table n’e.t souvent couverte Que d’un simple morceau de pain; ou- Mais ma porte est toujours ouverte des Au malheureux qui dit : J'ai faim. Je n’ai que mes bras pour richesse; fi Iis servent à l’humanité.
$ , Travail, devoir, fraternité, diti- Voilà mes titres de noblesse.
L Frères, plus de haines stériles,
Les jours d'union sont arrivés ; ons Assez de discordes futiles,
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