‹ Ferdinand Gagnon, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 18 sur 32 · D ENS DS · texte numérisé non relu

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Ayons l’accord dans nos foyers.

Que chacun garde sur la terre, Pour la patrie son sang vermeil.

Rangés sous la sainte bannière, Marchons unis au grand soleil.

N'ayant que nos bras pour richesse, Servons la nationalité.

Patriotisme, charité,

Seront nos titres de noblesse.

La JUIN, 1883

À WorcEsTER, Mass,

M. le Président, Compatriotes :—

ML YŸ a dans cette enceinte quelque chose de plus éloquent que la parole de l’orateur; quelque chose de plus touchant que la voix la plus émue; quelque chose qui va plus au profond de l’âme que la persuasion du rhéteur.

Les inscriptions, les devises, les souvenirs historiques qui sont étalés à vos regards sur cet arc de verdure, sur ces murs, ne vous disent-ils pas avec l’éloquence la plus persuasive, avec l’éloquence la plus attendrissante, que les fils d’une nationalité qui peut élever aux yeux des peuples des blasons de cette pureté, des états de service de cette importance, des sentiments de cette noblesse, peuvent marcher téte levée parmi les nations ?

En entrant dans cette enceinte, dont le plan et la bâtisse principale ont été conçus et élevés par des

Canadiens-français, nous lisons les noms des Duvernay, des Franchère, des Bardy, des Goulet, des Mignault, des Charette, les fondateurs des sociétés St.- Jean-Baptiste, ces propagateurs de l’idée nationale, ces conservateurs des traditions patriotiques, les noms de tous ces Canadiens qui ont rendu fameux le Canada français dans l’ouest des Etats-Unis. Ah! combien je suis heureux de prouver à notre compatriote M. Joseph Tassé, l’historien des Canadiens de l'Ouest, que son œuvre est si nationale, que dans nos fêtes patriotiques nous nous inspirons sans cesse des souvenirs et des grands noms qu'elle évoque.

En face de ces éloquentes devises, de ces sentiments magnanimes, vous me permettrez, compatriotes, de féliciter en votre nom la société St.-Jean-Baptiste, de Worcester, et ses différents comités, sur le succès de cette démonstration imposante qu'elle a su mener à si bonne fin.

Je puis, en toute sincérité, la féliciter ; car je ne suis pas un de ses membres.

Depuis 1869, je l'ai vue à l’œuvre, je l’ai suivie dans toutes ses phases ; et aujourd’hui, je la vois avec bonheur grandir de plus en plus dans l'estime et l’admiration.

Quel honneur pour elle et pour nous tous, Franco-Canadiens du Massachusetts, de compter parmi les invités de la société St.-Jean-Baptiste, Son Excellence le Gouverneur de la Commune du Massachusetts, et tout son état-major ; de compter au milieu de ses

invités, le maire de la ville de Worcester, un artisan, qui, par son mérite et son civisme éclairé, s’est élevé au poste honorable qu'il occupe, de compter des magistrats, des députés de la mère-patrie, ce brave major Mallet dont le patriotisme et la foi religieuse font l'admiration de tous ses compatriotes. Nos félicitations à la société St. Jean-Baptiste ; de Worcester, pourtout ce qu'elle offre aujourd’hui à nos sentiments et à nos regards émerveillés.

Hélas ! messieurs, je ne puis continuer ce rôle de journaliste ; il faut que je retombe dans mon rôle officiel et vous fasse un discours. Que vous dire, mes amis, mes compatriotes, après ce que vous avez entendu, après ce que vous avez vu ?

On vous a fait voir la beauté de notre histoire, la noblesse de notre origine, la nécessité d’être unis. Les voix éloquentes de nos amis ont embrassé tout le sujet et à les suivre il me faudrait glaner. (Comme je ne suis pas pour eux la belle Ruth de la Bible, vous pouvez croire qu'ils n’ont guère échappé d’épis.

Et puis, vous le savez, j'ai eu l’honneur de vous adresser la parole à tant de reprises, que je ne saurais vous intéresser ; car je serais obligé de me répéter.

Ce que je devrais faire, ce serait de vous remercier de suite de votre bienveillance à mon égard, mes chers compatriotes, et de me retirer. Mais le devoir est là qui me commande. Or, messieurs, je suis l’homme du devoir, la tâche ne me répugne pas ; j'embrasse du regard la besogne quotidienne, et je l’aime.

Fais ce que dois, quelque soit l'obstacle, la difficulté, la peine.

} Et c’est à cause de cela que je resterai quelques | 4 instants à cette tribune pour vous dire :

Malheur au peuple qui ne conserve pas en son cœur les traditions et la foi de ses pères! malheur au peuple qui ne conserve pas le souvenir des travaux b héroïques, des luttes patriotiques de ses ancêtres ! malheur aux peuples qui, rejetant comme antiprogressives, ses mœurs patriarcales, acceptentavec empressement les défauts et les coutumes des nations qui l'environnent. Ce peuple n'est pas loin de sa décadence.

Voyez le peuple juif à son berceau: il grandit, il triomphe, il s'élève, tant qu'il est fidèle à sa mission; et vous verrez que c’est lorsqu'il aoublié sa foi, outra-. gé son Dieu, pris des mœurs étrangères, que ce peuple a été puni, traîné en exil, réduit en servitude.

Consultez l’histoire romaine ; vous admirerez la prospérité et la gloire des Romains tant qu’ils eurent des mœurs austères pour des païens. Mais lorsque le luxe et toutes les passions eurent pris leur empire sur le peuple, le patriotisme disparut et l'empire romain ne fut plus qu’une salle d’encan où le plus lâche, le plus corrompu, le plus impie achetait à prix d'argent, le triste honneur de commander à un peuple qui ne lui demandait que deux choses : du pain et des prix publics.

Compatriotes, quand je rappelle à mon souvenir ces châtiments des peuples qui n’ont pa: su prati-

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