CONFÉRENCE DONNÉE À BURLINGTON (VERMONT), EN AOÛT
M. le Président, compatriotes :—
FIN ÉCRIVAIN français, M. Chs de Ribbe, 4 a dit avec justesse : “ La famille est la première et véritable unité organique de l'ordre social. Elle a fait la grandeur morale, intellectuelle et politique de la France. Par elle la race française, douée autrefois d’une fécondité plus puissants que tous ses malheurs, a conservé son unité et sa nationalité, créé des colonies, conquis une gloire militaire incomparable, réalisé les types du vrai et du beau dans les œuvres de l'esprit, suscité et consacré à la cause du bien tous les germes de dévouement, dans la vie privée et dans la vie publique. L'homme a été créé pour la vie sociale ; et la plus antique, la plus respectable, la plus parfaite des sociétés, après l'Eglise de Dieu, c’est la famille qu’Il a lui-
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. TCOURS MUTUEL. 205
même formée, qu’Ii a iui-même bénie dans le jardin des délices.
C’est cet esprit inné d'association, ce besoin de,
communiquer avec des personnes d'une même origine, d'un même langage, d’une même foi, d’une même famille, qui a donné naissance, il y a vingt-cinq ans, à la belle société St.-Joseph, de Burlington.
Ayant pour père, le patriotisme; pour mère, la fraternité, elle eut pour marraine, la foi catholique.
Artisans, pour la plupart, les fondateurs mirent leur association naissante sous le patronage de lillustre charpentier de Nazareth. Et les patriotes canadiens ne se contentèrent pas d'être des ouvriers de l'ordre matériel, ils se firent travailleurs dans l'ordre moral ; ils se groupèrent autour du pasteur, et ils furent des artisans de bonnes œuvres. Leur expérience porta des fruits ; la population canadienne augmentait, et dix ans après, la belle société St.-Jean-Baptiste de Burlington naïssait d’une idée généreuse. Et en ce jour, nous sommes les heureux témoins de l’union patriotique de la société St.-Joseph et de la société St.-Jean-Baptiste.
La plus jeune vient de payer à son aînée le tribut du respect, l'hommage de la reconnaissance.
Voilà, messieurs de la Société St.-Joseph, qu'à
l'exemple du juste chanté par le prophète David, vous voyez autour de votre table de famille les nombreux enfants de ceux qui ont fondé votre belle association. Vous avez voulu enseigner à la jeunesse, par une démonstration grandiose, qu’une société vieille de 25 ans
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peut avec droit s’enorgueillir de son œuvre, et célé-
brer ce joyeux anniversaire, afin de reprendre une . marche plus assurée, avec une expérience d’un quart
de siècle, vers des destinées glorieuses.
Vous avez appelé à vos réjouissances le prêtre, le représentant de votre foi, dont vous faites un article fondamental de votre règlement.
Ce prêtre distingué, il applaudit à vos œuvres ; et chapelain de votre société, il l'estime et il l’aime.
Vous avez invité à vos réjouissances vos frères du Canada. Oui, vous avez voulu que notre Canada bien-aimé, que la vieille patrie fût représentée par de nobles enfants.
Soyez les bienvenus, frères du Canada; soyez mille fois les bienvenus. La société St. Joseph vous acclame.
Et moi, messieurs, invité par cette glorieuse association St.-Joseph à dire quelques mots sur cette fête, j'abandonne ce rôle officiel pour un instant, et reprenant le rôle de journaliste :—Canadiens, je vous crie du fond de mon cœur, au nom des Canadiens de la Nouvelle-Angleterre : Frères du Canada français, merci d’être venus vers nous, vous êtes les bienvenus. Représentants de la patrie, vous redirez à nos frères
.de par-delà la frontière que ni le temps, ni la distance n'ont éteint la foi patriotique de leurs frères des Etats- Unis, et qu’ils répètent souvent, au souvenir de leur pays, le refrain de la romance: ‘“ Loin des yeux, près du cœur.”
é: Messieurs, Burlington n'est pas tout fait les Le Etats-Unis : c'est un prolongement des postes fran- N' rt çais. Ici, tout nous parle de la France et du Canada. hi: Nous sommes en face de cette belle nappe d’eau cl e, immortalisée par le père de la patrie canadienne, par ju fr l’illustre Samuel de Champlain. C’est sur ces bords ji qu’il combattit ses premiers ennemis. De l’autre Ai ; côté de ce lac, dans l'État de New-York, se trouvent :| e. le fort Georges et Carillon, où le vaillant marquis de KE es Montcalm fit des prodiges de valeur et sauva pour | fl la quelques mois la patrie menacée; c'est sur ces là | le faibles remports de Carillon qu'il s'immortalisa à ja- hi mais, ce qui lui valut comme oraison funèbre ces bel- * ip ez les paroles . von sibi sed patriæ vixit. I\ n'a pas vécu | | \ us pour lui, mais sa vie fut consacrée à son pays. h C'est ici même, messieurs, que nos proscrits po- ï s- litiques de 1837-38 se réfugièrent. C'est ici que le Lt] te grand homme d'Etat, sir Georges-E. Cartier, fuyant Ai et | la persécution, étudia la langue anglaise’; c’est ici qu'il ‘fi $ composa sa romance plaintive sur les ennuis de l'exil. {1 de C'est à Burlington que s’exila l’illustre fondateur (1 Li s, de la grande société-mère de Montréal. Oui, c’est p] s. ici que vécut pendant cinq années M. Ludger Duver- \E ji nay. C'est ici qu’il publia en 1839, le premier jour- | nal canadien, aux Etats-Unis. |
s- Quel honneur, messieurs, pour nous, journa-
listes canadiens de ce pays, d'avoir pour pionnier de
Ÿ la presse dans notre nouvelle patrie, le fondateur de
la société]St.-Jean-Baptiste, de Montréal ; et, pour nos journaux, quel exemple d’avoir pour devancier un jour-
En
nal comme Ze Patriote Canadien, de M Ludger Duvernay |
De l’autre côté de ce lac sont les plus anciennes missions canadiennes de l'Etat de New-York, fondées par le grand apôtre de la rivière Chambly, feu l'abbé Mignault. Et à Burlington même, il y a trente-quatre ans déjà, que l'église canadienne existe, et en 1856, cette congrégation avait l’insigne honneur d’être dirigée par un vénérable prêtre venu de la Bretagne, qui, depuis,a monté sur le siège épiscopal; j'ai nommé Mgr de Goësbriand. Que de reconnaissance ne devonsnous pas à ce distingué prélat !
Il a songé le premier à donner des missionnaires canadiens à nos compatriotes des Etats-Unis. Il a fait lui-même un appel à nos évêques du Canada, et c'est grâce à ses suppliques et à son influence, que les commencements de nos missions ont été simultanés. M. l'abbé Emard, dans son beau livre sur la terre sainte, rend ce juste témoignage à Mgr de Goësbriand.
De tout cœur les fidèles de son diocèse et tous les Canadiens de la Nouvelle-Angleterre approuvent un témoignage sj mérité.
Tels sont, messieurs, les souvenirs historiques que nous rappelle Burlington. Cette ville si coquette, échelonnée en face d’un lac portant un nom français et qui est la source de notre beau Richelieu, était bien choisie pour une réunion des Canadiens des deux pays.
" Or, messieurs, c'est le patriotisme des membres fondateurs de la société St.-Joseph qui nous vaut 8 cette belle fête et ce Concours de frères. N ” Ces Canadiens, ils avaient non-seulement du pa- 1 " triotisme,mais ils avaient encore la sagesse,le dévoue- bi, ‘e ment, la charité. LL 6, Ces enfants du peuple, loin du pays de leur jeu- ‘| gh, nesse, formèrent une famille d'ouvriers ; ils s'enrôlè- 1 si, rent sous la bannière de la fraternité. fi gr Travail, fraternité, prévoyance, telles sont les trois | | Lu ; grandes idées qui ont donné naissance à la société St. | Joseph de Burlington, il y a vingt-cinq ans. (il af. Invité à porter la parole en cette circonstance ; | Il comme je suis heureux d’avoir à applaudir des ora- ( et . teurs populaires, je me bornerai à faire quelques re- ll ee marques sur ces trois traits caractéristiques de l'Union À té St.-Joseph et des sociétés de secours mutuel: travail, fi ue fraternité, prévoyance. At ës- Le travail, glorifions-le, aimons-le, soyons des f ‘ travailleurs de la première heure du jour. | ni hi {1 fut un travailleur, l'illustre et saint patron de ti ï at cette société dont nous célébrons le glorieux anniver- 14 ‘| ‘ saire ; et l'Eglise l’appelle le serviteur, le prudent, le Re sé prévoyant. hi # Travaillons ! l’oisif ne saurait être heureux. L'Use nion St.-Joseph ; fondée par des ouvriers, vous avez su donné l'exemple à vos associations sœurs, ouvriers : tes fondateurs, il y a 25 ans. Soyez glorifiés dans votre
œuvre ; vous avez suivi vos frères travailleurs dans:
la grande association de la fraternité et de la prévoyance.
La loi du travail fut proclamée à l'humanité sous la forme bénigne de vigilance, avant la chute, et sous la forme, de pénitence après le péché. Le travail vient de Dieu, et il est noble. L'Homme-Dieu l’a sanctifié en s'y soumettant, et il n'y a pas de plus pur modèle de la résignation à la grande loi du travail, que Jésus le Verbe, travaillant pendant vingt ans dans l’atelier de St. Joseph. Le travail ne s'impose pas qu’à une classe ; toute la société y est assujettie. Il travaille avec ardeur le prêtre qui a charge d’âmes; il gagne son pain, sa renommée, sa gloire dans les inquiétudes et les soucis. L'homme de profession, pour acquérir la science et l'instruction, a travaillé; pour gagner sa vie, il travaille, il s'agite, il s'inquiète ; chaque position sociale a ses peines, ses âpretés, ses difficultés. La loi de Dicu s'étend aux riches comme aux pauvres ; et faibles, puissants, instruits et ignorants, nous gagnons tous notre pain à la sueur de notre front.
“Malheur à ceux qui ne veulent pas comprendre cette grande vérité. Prenons sans murmurer notre part du fardeau que la Providence impose à l’humanité en général, et à chaque homme en particulier.”
Chérissons le travail ; aimons-le, artisans, hommes de professions, industriels, commerçants, prêtres de Dieu.
Portons notre croix en regardant en haut. Cons. dérons le but plutôt que la difficulté. Aimons le travail comme le compagnon de notre vie. C'est
vraiment la vie de la famille, la vie de ceux que nous chérissons.
‘“ Le travail, c'est le feu ardent qui réchauffe et réjouit le foyer domestique. C'est la joie et l'abondance de nos appartements, les mets sains et succulents de nos tables ; c’est le père du doux et paisible repos, la garantie de nos espérances. Embrassons donc le travail ; qu’il soit au-dedans le protecteur de nos familles, le pourvoyeur du brasier qui réchauffe nos membres ranimés, la source qui jaillit à la vie du temps. Ilest une expiation de nos fautes et un homnage tout à la fois à la suprême autorité du Créa- .tr et à sa justice.
Messieurs de la société St.-Joseph, vous avez arboré le labarum de deux grandes et fécondes idées, l’idée de l'association, l’idée de la fraternité chrétienne.
Union et charité! Avec ces puissances, on soulève le monde, et on opère le bien au sein des classes les plus indifférentes.
Laissons, messieurs, aux âmes étroites, aux esprits avortés, comme il s’en rencontre, hélas! souvent, la maxime si égotste : ‘“ Chacun pour soi.”
Ce n’est pas ainsi que parlait le fils adoptif du charpentier de Nazareth, ce premier, ce grand modèle des classes ouvrières. Ce Jésus qui n'avait rien à lui et qui faisait des miracles pour les pauvres et les malades. ‘“ Mes amis, disait-il à Pierre, à Jean, à Philippe, des hommes de métier comme la plupart d’entre vous, la charité que vous aurez les uns pour les au-
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tres et en particulier pour les pauvres, sera la marque à laquelle on vous reconnaîtra pour mes disciples.” Chacun pour soi, dit l'égorste! Chacun pour tous! Tous pour chacun! dit la charité chrétienne. Chers amis de la société St.-Joseph de Burlington, il y a 25 ans, vous avez adopté cette belle devise ; vous l’avez inscrite en tête de votre règlement, et aujourd’hui, tous ceux que l’Union a favorisés, tous ceux qui ont vécu aux heures d'épreuves de ses services, sont venus s’asseoir avec les mêmes droits,les mé: es joies,les mêmes espérances, à côté de leur chapelain et des membres qui n’ont rien reçu, parce que la fraternité organisée en association ne fait pas l’aumône, mais accomplit une obligation du pacte fraternel.
Il y a plus que la prévoyance dans votre association, et il serait bien à plaindre, celui qui ne verrait dans les sociétés de secours mutuel qu'une caisse d'épargnes, une idée de prévoyance personnelle, le franc calcul d'un individu qui ne pense qu’à lui.
Chacun pour tous, tous pour chacun, se dit le sociétaire, l’ouvrier, en apportant la cotisation qu'il prélève sur le salaire du mois.
Je puis bien ne pas être malade, mais d’autres le sont déjà ou le seront plus tard ; et j'ai ia certitude que mon argent leur profitera, qu'en m'imposant un léger sacrifice, je viendrai en aide à un camarade, à un ami, à un compatriote,
Messieurs, elles vivront, nos sociétés de secours mutuel ; elles se multiplieront à l'infini, parce qu'el-
les sont basées sur la charité chrétienne et sur la :
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* prévoyance individuelle. Leurs membres se réjouis-
sent et continueront à se réjouir ensemble à la pensée de s’aider les uns les autres, à l'espérance d’avoir leur part des consolations attachées à l'amour du prochain.
D'une devise révolutionnaire, au nom de laquelle on a commis au siècle dernier les plus grandes iniquités, la société St.-Joseph a fait un glorieux guidon de combat : Egalité, Fraternité.
Egalité de droits et de devoirs. L’ouvrier, au sein de la société St.-Joseph, vaut l’homme de »rofession et le négociant. |
Egalité généreuse, reconnue par l'Eglise, cette mère des petits et des grands, et qui, dans ses livres sacrés, se complait à parler tendrement des pauvres et des déshérités.
Fraternité! Soyons de véritables frères au sein de nos associations, des frères qui se cherchent pour s'unir! Fraternité, confiance, union, conciliation, ah ! puissiez-vous régner sans cesse dans nos sociétés nationales. Nous avons tout à gagner à nous estimer et à nous aimer. Il y a plus de force, plus de véritable puissance dans l’amour que dans la haïne.
Messieurs, je ne touche pas, dans ces remarques, à la question patriotique, qui est pourtant de grande actualité dans cet Etat du Vermont; mais d’autres orateurs vous en entretiendront avec une éloquence que je ne pourrais imiter.
Je termine ici les quelques réflexions que m'a suggérées cette belle fête, et je crois exprimer le dé-
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sir de tous ceux qui ont eu l’hérofsme de m'écouter si patiemment en disant : Longue vie, ad multos annos à l'Union St.-Joseph de Burlington ; qu'elle soit féconde en œuvres de charité, de fraternité, de patriotisme, et que les enfrnts des fondateurs continuent la belle œuvre de leurs pères, cette œuvre qu'ils ont assise sur d’aussi larges bases. Et puissions-nous tous, compatriotes, assister dans vingtcinq ans, aux noces d’or de la glorieuse société St.- Joseph de Burlington. N
jouter 0$ ane soit e paconti- Euvre puisvingté St.
La Benediction d'unc Statue.
Mes chers amis :—
que élever la voix dans une cérémonie comme celle qui vous rassemble en ce moment.
C’est votre bon curé qui a voulu, avec le goût des convenances qui le distingue, associer l'élément laïque aux cérémonies du culte, en cette
circonstance.
J'aurais désiré qu'une voix plus respectée que la mienne fût appelée à célébrer cet événement remarquable pour notre paroisse. Je vois parmi vous des hommes qui ont vieilli ici, qui ont connu les commencements de votre congrégation et dont les largesses ont contribué au succès financier de votre organisation paroissiale. À l'un d’eux il appartenait de redire les efforts accomplis, le succès définitif.
Mais comme vous tous, mes chers amis, à cause de vous j'ai été ostracisé au loin chaque fois que j'ai voulu vous rendre justice, bien que ma coopération à vos œuvres ait été bien humble, on me fait l’honneur de m'appeler à vous faire quelques considérations sur la portée de l'événement qui nous rassemble.