‹ Ferdinand Gagnon, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 27 sur 32 · PREUVE · texte numérisé non relu

PREUVE

Il arrive que des gens malicieux et ignorants, dénoncent, dans leurs villages, les Canadiens, parce que les cultivateurs qui arrivent aux Etats-Unis ne sont pas vêtus à ia mode du pays et qu'ils n’ont pas l'apparence des petits crevés, leurs délateurs ; mais l'ignorance ne devrait pas prévaloir. Et flageller les honnêtes gens, mettre au ban de l'opinion publique toute une nationalité, parce que, dans quelques villages, dix familles n’envoient pas leurs enfants aux écoles, que leurs habits n’ont pas une coupe élégante, et que leur nourriture est trop frugale, c'est là l’acte d'un homme rempli de préjugés.

Les renseignements qui ont été transmis à ce bureau sont des plus malicieux. En 1870, les Canadiens étaient aussi nombreux qu’en 1880, dans la Nouvelle- Angleterre. Le bureau des statistiques reçut 230 réponses à ses questions, de 230 personnes, manufacturiers ou employés. Nous avons lu le rapport de 1879 en entier, et il ne contient pas une seule allusion contre les Canadiens-français. Un an après nous arrive le rapport actuel avec ses infamantis outrages.

Pourquoi ?

Qui a donné le ton à ces dénonciations ?

Les manufacturiers ?

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Mais eux-mêmes envoient des embaucheurs dans nos campagnes de la Province de Québec, pour recruter des ouvriers. Nous avons ici une lettre de M. Joseph-T. Dupré, interprète pour la compagnie de chemin de fer Boston & Albany, à Worcester, nous informant qu'il est prêt à produire un affidavit constatant que depuis deux ans, plus de 100 chefs de fabriques et d’ateliers lui ont demandé des ouvriers canadiens ;—une fabrique du Connecticut lui demandait même 50 familles.

M. J.-E. L'Hérault, juge de paix, de Fall River, qui donnera son témoignage dans quelques instants, nous apprendra la même chose que M. Dupré.

Les manufacturiers, qui font tout pour embaucher des Canadiens, ne peuvent honnêtement prétendre que nos nationaux sont un obstacle à l'adoption du système de dix heures de travail. Non! Car les manufacturiers ont été la pierre d’achoppement où sont venus se briser tous les efforts humanitaires en faveur des ouvriers.

Jamais, en aucun éndroit, les travailleurs canadiens n'ont demandé d'augmenter les heures de travail, et jamais ils ne se sont opposés à une réduction des heures de travail.

Les Canadiens sont paisibles et respectent l’autorité; ils acceptent les salaires que la libéralité ou l'âpre cupidité du fabricant leur accorde.

Ne parlant pas la langue anglaise ; chargés de familles, comme le sont généralement les immigrants, les Canadiens, en arrivant en ce pays, ne peuvent trou-

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ver d’autres emplois que le travail aux fabriques de tissus, et ils acceptent ce qui leur est offert.

Après quelques mois, les enfants parlent quelques mots d'anglais, la famille demande une augmentation de salaire, ce qui lui est refusé. Alors elle se dirige vers un autre village, dans l'espoir d’avoir un salaire plus rémunérateur.

Certains manufacturiers reprochent aux Canadiens ce mouvement de va et vient; maïs n'est-ce pas là une preuve que les Canadiens sont loin de vouloir une réduction de salaires, puisque, au contraire, ils s'imposent des peines, et des dépenses dans le but d’améliorer leur situation économique ?

Nous avons affirmé, il y a un instant, que jamais les Canadiens n'avaient dernandé une augmentation des heures du travail, et que jamais ils ne s'étaient opposés à une diminution du nombre des heures de travail. Personne ne pourra contredire cette solennelle + affirmation.

Depuis dix ans, les Etats de l'Est ont reçu la grande masse des Canadiens émigrés. Et déjà nous comptons 30 églises par eux bâties, un grand nombre d'écoles et des propriétés foncières innombrables qui leur appartiennent, Nous avonsici les statistiques de 31 villes et villages des Etats de l'Est, dans lesquels les Canadiens comptent pour un cinquième de la population générale. Et ces statistiques, que nous soumettons à l’examen des officiers de ce bureau, nous apprennent que dans ces 31 villes et villages, sur une population de 460,736 habitants, 86,828 sont Cana-

diens-français. Nos familles se composent de plusieurs membres ; les 86 mille âmes représentent 10 mille familles. De ces 10 mille familles, 2,316 sont propriétaires d’une maison, dans Îles Etats-Unis.

Ces 2,316 propriétaires ne présentent-ils pas une preuve manifeste que les Canadiens sont loin d’être les Juifs-Errants dont le rapport fait mention, mais qu’au contraire, ils s’établissent en ce pays ?

Et remarquez, messieurs, que, dans certains villages, les compagnies manufacturières ne voulant pas concéder de lots à bâtir, obligent leurs employés d’habiter des logements dont elles retiennent le prix du loyer sur les salaires de la famille. Cela fait que dans ces endroits, les Canadiens ne peuvent devenir propriétaires. Comparons deux groupes comme démonstration.

Grosvenordale, Conn., a une population canadienne de 2,200 âmes; il y a 20 propriétaires. A West Gardner, Mass, où il n'y a que 766 Canadiens, 73 sont propriétaires. À Spencer, Mass., 140 sont propriétaires. Ce nombre si considérable de tenanciers canadiens est d'autant plus étonnant que le plus grand nombre d’entre eux ne sont en ce pays que depuis douze ans.

Le rapport accuse la généralité des Canadiens de ne pas envoyer leurs enfants à l’école et de chercher à éluder les ordonnances de la loi scolaire. Voyons si nos statistiques corroborent l'accusation.

Constätons que, dans les 31 villes et villages susmentio nnés, 65,733 enfants vont aux écoles; or, de ce

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