‹ Ferdinand Gagnon, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 4 sur 32 · SES · texte numérisé non relu

SES

“M. Ferdinand Gagnon était un homme doué des plus belles qualités du cœur et de l'esprit Ame généreuse, noble et distinguée; cœur d’or toujours sur la main; père affectueux, époux tendre et fidèle, M. Gagnon était lc type du citoyen modèle, du chrétien sincère.

‘“ Le regretté défunt était un croyant ; sa foi en Dieu n'avait pas de bornes, de même que son admiration pour les principes sacrés de la hiérarchie catholique.

“M. Gagnon possédait une intelligence plus qu'ordinaire, cultivée par de longues années de travail. Nous l'avons connu dans son intimité, dans sa vie de famille, et nous avons pu nous convaincre de sa profonde érudition, de l’immensité de ses facultés intellectuelles. Sur un terrain plus vaste, il eut pu donner plus d’essor à son talent, plus de largeur à son vol. Causeur aimable, instruit, spirituel et délicat, il charmait ceux qui avaient le bonheur de l’approcher. Il aimait l'honneur et la vérite. C’est ce profond amour de la vérité qui lui avait fait choisir pour devise ces paroles de Juvénal : Vitam impendere vero ! Comme orateur, peu de Canadiens des Etats- Unis, et même du Canada, ont pu l’égaler. Possesseur d’une voix forte et sympathique, qui allait droit au cœur ; doué d’une éioquence entraînante et persuasive, M. Gagnon a remporté plusieurs succès oratoires remarquables, notamment à la célébration de la fête St.-Jean-Baptiste, à Montréal, en 1874, à celle

de Québec, en 1880, et lors de la réunion des élèves du collége de St.-Hyacinthe, en 1824.

‘Comme écrivain, sa réputation n’est pas à faire. Depuis seize ans qu’il s'occupait de journalisme, sa plume n’est pas restée inactive. Il a écrit des articles remarquables, oui ont eu du retentissement jusqu’en France,

‘# C'est Emile de Girardin, croyons-nous, qui disait, un jour : ‘ Pour être journaliste, il faut avoir des idées et du styie.”

‘“ S'il en est ainsi, M, Gagnon était né journaliste, car il avait des idées—idées toujours élevées et originales. Dans leur simplicité apparente, elles cachaient de véritables trésors de la pensée. Notre regretté maître avait le talent d'émettre dans les termes les plus simples les idées les plus profondes. Quant au style, il en avait—style concis, vigoureux, alerte, toujours clair et énergique. Chacun de ses articles contient des leçons de haute philosophie, données sans prétention, que chacun de nous peut méditer avec profit.

‘“ Dans l'automne de 1882, M. Gagnon recevait de Sa Sainteté Léon XIII, un bref le créant membre de la Société des Avocats de St. Pierre.

“ Il serait superflu d'essayer de retracer ici les innombrables et importants services que le cher défunt a rendus à la cause nationale, aux Etats-Unis. Depuis son arrivée en ce pays (1868), il a toujours travaillé dans l'intérêt de nos compatriotes immigrés, et la plupart de nos sociétés nationales de la Nouvel-

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le-Angleterre le comptent au nombre de leurs fondateurs ou de leurs bienfaiteurs. Il n’a ménagé ni son temps, ni ses veilles, ni sa santé pour se rendre utile à la grande cause qui est chère à tous les cœurs canadiens-français. C’est en travaillant pour nos compatriotes de la Nouvelle-Angleterre, qu'il a contracté la terrible maladie qui l’a conduit prématurément à la tombe.

‘“ Depuis quelques années, il sentait ses forces l’abandonner ; sa santé s’ébranlait visiblement. Mais il avait des devoirs à remplir envers nos compatriotes, et jusqu’à la fin il est resté fidèle à sa mission, au risque de tomber en combattant. Il est mort comme il avait vécu, en héros chrétien et en véritable patriote canadier. Sa dernière pensée a été pour nos populations canadiennes, au bonheur desquelles il avait poussé l’abnégation jusqu'à l’héroïsme. Peut-on réunir à la fois rlus de zèle, de dévouement, d'énergie et de patriotisme? Il avait toujours en vue la conservation de la langue française et de la foi catholique chez nos populations canadiennes des Etats-Unis. Son rêve était de voir dans l'avenir une nationalité franco-canadienne distincte sur le sol américain, et tous ses efforts tendaient vers ce but.

‘ La vie humaine est une fragile nacelle ballottée par les vents impétueux du sort sur l’immensité de la mer du Temps, qui finit par aller se briser contre l’écueil inévitable de la mort!

‘“ En face de la tombe qui vient de se refermer sur notre illustre maître, nous nous sentons le cœur

serré, et nous ne pouvons retenir nos larmes. Ah! c'est que nous connaissions toute la grandeur et la noblesse qui reposaient dans cette grande âme ; c’est que nous aimions comme un père, cet homme de bien, ce cœur d'élite qui fut pour nous si généreusement dévoué, si franchement amical ; c'est que, disons-nous, nous ressentons profondément la perte irréparable que viennent de faire les 700,000 Canadiens-français disséminés sur le territoire de l'Union américaine, Oui, nous pleurons devant cette grande figure qui vient de disparaître, cet apôtre dévoué de la cause nationale, cet intrépide et puissant défenseur de nos droits les plus sacrés.

‘“ La mort a pu briser son existence, taire à jamais sa voix puissante, et faire tomber de sa main inanimée sa plume vigoureuse et patriotique ; mais elle ne saurait effacer les grands exemples de vertu, de dévouement et de patriotisme qu'il laisse derrière lui. Il est quelque chose qui résiste à la mort, c'est le souvenir des actions nobles et généreuses, la mémoire des hommes qui ont rendu service à la Patrie. La Patrie reconnaissante bénit jusque dans la tombe ceux de ses enfants qui lui ont été fidèles et qui ont consolé son cœur.

‘“ Notre cher maître a été fidèle à la mission que lui avait assignée la Providence. Confiant dans ses propres forces et dans l'avenir de notre race en ce pays, il a toujours marché d’un pas ferme vers la réalisation de ses plans gigantesques. Dans sa carrière publique, il a rencontré bien des obstacles, que

de charitables ennemis se plaisaient à lui susciter ; il a essuyé bien des échecs, bien des humiliations ; mais, toujours il est resté calme en face de l’adversité, et la Providence aidant, il a fini par triompher. Le véritable talent peut rester longtemps ignoré ; il peut être bafoué et ridiculisé ; mais tôt ou tard il finit par s'imposer à l'attention publique, et alors, on lui donne la place à laquelle il a droit.

‘ Homme incontestablement supérieur, M. Gagnon vivra dans l'histoire comme la personnification la plus distinguée de la cause canadienne, aux Etats- Unis. L'historien impartial lui rendra ce témoignage, qu’il fut un des premiers pionniers à jeter les bases de notre édifice national en ce pays, et qu'à sa mort, il en était l’un des plus fermes piliers. L’envie et la jalousie ne sauraient s'élever à la hauteur des sentiments nobles et patriotiques qui animaient le regretté défunt, ni démolir le temple de gloire que lui élèvera la postérité. L'’aigle vole au soleil; le serpent rampe dans la fange et se débat impuissamment.

‘La masse bien pensante des Canadiens sera unanime à pleurer sur la tombe du grand citoyen et du grand chrétien que la mort vient de nous enlever; elle sera, disons-nous, unanime à reconnaître les belles qualités qui le distinguaient et les sentiments purs et désintéressés qui animaient son cœur chaud de patriotisme, |

“ Dormez en paix, maître, l'heure du repos vient de sonner pour vous. Vous avez combattu le bon

combat, au nom du Christ et de la foi ; vous avez été fidèle à votre devoir ; vous avez travaillé pour la religion et la nationalité, votre tâche est faite!

‘“ Dormez en paix, patriote qui avez tout sacrifié pour le bonheur des Canadiens immigrés !

‘“yyormez en paix, journaliste distingué, qui avez livré de si brillants combats dans l'intérêt de la religion et de la nationalité ; le peuple se rappelle !

‘“ Dormez en paix, vous qui avez été l’un des premiers à jeter les bases de la prospérité de notre nationalité, en ce pays!

‘“ Dormez en paix, apôtre « voué, qui, par la parole et par la plume, avez contribué si largement à doter nos centres canadiens de maisons d'éducation, où notre jeunesse puise maintenant une instruction catholique et française !

‘“ Dormez en paix, citoyen modèle, qui avez donné à tous de si grands exemples de vertu chrétienne !

‘ Dormez en paix, soldat du Christ, qui avez vaillamment combattu pour le triomphe des idées et des principes catholiques. (ui, dormez en paix du sommeil du juste: un millior et demi de Canadiensfrançais pleurent en ce jour votre mort et vous tressent une couronne des fleurs immortelles du souvenir !

‘“ Dormez en paix...votre tâche est faite, et recevez la récompense de vos vertus ! ”

Ce que lan dira de lui plus tard ne diminuera en rien l'admiration qu’il inspire à présent, Durant sa courte vie, il a eu le temp e fondre sa propre statue au complet. Et d’ailleurs, n’a-t-il pas fait école ?

VAIO. A VAR A S

Voyez ces écrivains qui rédigent aujourd'hui des journaux dans vingt endroits des Etats-Unis—est-ce qu'ils ne semblent pas tous les fils de Ferdinand Gagnon? Je les lis. Je retrouve en eux ses idées pour la plupart, son patriotisme, ses talents—car il y a beaucoup de mérite dans cette presse nouvelle—et n'est-ce pas là un triomphe surprenant dont nous devons être glorieux ? Qui eut pensé à ces choses, il y a quinze ans ? M. Gagnon a labouré ua vaste champ qui produit déjà de riches et abondantes récoltes, Rendons hommage à sa mémoire. Ses jrurs si bien remplis nous ont été consacrés. Que la jeunesse mette son arbition à le suivre. Nous n'avons pas de plus beau modèle d'homme public. Il est difficile

aussi de rencontrer un citoyen dont la vie privée soit, comme la sienne, exempte de reproche. Sa bonne

humeur même est digne d’être mentionnée. Tout se réunit pour que le respect individuel, l'amitié, la reconnaissance nationale lui élèvent dans nos cœurs le monument du souvenir. Une belle place dans l’histoire, telle est la récompense des âmes d'élite!

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