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-cet ensemble de maximes et de pratiques qui font
l'honnête homme, l'homme à qui vous pouvez confier votre honneur et votre fortune, l’homme dont la parole est sacrée ; l’homme qui, dans l’occasion, se souviendra que la foi lui dit: ‘ Bienheureux ceux qui souffrent pour la justice.”
Et s’il est père de famille, sa maison sera un
sanctuaire de pureté où n’entrera jamais rien de
souillé ; ni le livre immoral, ni la feuille volante où sont racontées les événements scandaleux, ni les tableaux où sont reproduits sur la toile les entraînements des passions coupables. Il sait, cet homme de foi, ce qu'il doit à son épouse et à ses enfants, c’est-à-dire l’amour, la fidélité, le respect et le dévouement. Et voilà pourquoi il exercera l'autorité douce et forte du père qui vit avec ses enfants au foyer domestique, leur distribuant l'affection, l’exemple, l'éducation chrétienne, autant que le pain ce chaque Jour. Car ce juste qui vit de la foi a appris et médité cette grande parole de nos livres saints : “toute paternité vient du ciel, descendant du Père des lumières.” (Ad. Ephes. 3.) Cette paternité n’est pas à ses yeux simplement un fardeau; c’est une dignité auguste et qui entraîne une grande responsabilité, comme elle mérite les plus éminentes récompenses. Oh! mes frères, qu’il est beau le spectacle d’un vrai chrétien dans le monde, d'un chrétien qui prie en fixant les yeux sur “ Jésus, l’auteur et le conservateur de notre foi,’ demandant à ce divin modèle lumière et force pour être pieux, pur et juste, non
seulement au moment de la prière, au sacrifice de la messe, à la sainte table, mais à son bureau d'affaires, à son comptoir, à son atelier, à sa manufacture, partout, toujours ; parce qu'il sait que Dieu est maître de tous les instants de sa vie, que Jésus-Christ a tout racheté de son sang, qu’il faudra rendre compte de tout et que l’on peut faire profiter toute chose pour les. récompenses de la vie éternelle !
Eh ! bien, mes frères, je ne dirai point que Ferdinand Gagnon a été sans faute et qu'il n’a point payé le tribut de la faiblesse humaine ; lui-même se lèverait pour me contredire et avouer, après sa mort, les erreurs et les fautes que pendant sa vie il reconnaissait volontiers, non seulement au tribunal de la pénitence qu’il fréquentait assidûment, mais encore dans sa parole publique et dans ses écrits, lesquels. resteront comme le témoignage d’une âme humble et franche, assez faible pour errer quelquefois, assez courageuse pour reconnaître sa faute. Et s’il trouvait parmi ses compatriotes des censeurs pour signaler impitoyablement quelques nuances disparates dans le tableau de sa vie noblement chrétienne, trouverait-il des censeurs, je ne dis pas exempts de fautes en eux-mêmes, mais au moins disposés à imiter son humilité et son généreux courage ?
Ce que je ne crains pas de dire, en présence de ses compatriotes de l'exil et des compatriotes de la. mère-patrie, en présence de sa famille et de ses amis, en présence de son pasteur témoin et confident de sa vie, c'est que la vie de Ferdinand Gagnon a été en
général animée par la foi : justus menus ex fide vivit ; c'est que, jeune homme exposé à tous les dangers, il aimait à se laisser guider par la voix de la religion dans les sentiers du devoir ; c’est que, plus tard, pärvenu à l’âge mûr, à l’âge des responsabilités graves, il regardait vers le ciel pour s'inspirer ; c'est que souvent il revenait, à la table sainte, vers le Dieu qui avait réjoui sa jeunesse, vers Celui qui est le pair des forts ; c'est que, habituellement, il marcäait en la présence de Dieu pour rendre ses voies parfaites et sûres parmi les écueils de cette vie plus ou moins agitée qu’il dut traverser; c’est que, souvent encore, sans ostentation et sans respect humain, cet homme qui était parmi les premiers de la grande famille française aux Etats-Unis, venait s’agenouiller là, auprès du confessionnal de son curé, confondu parmi les plus humbles et les plus petits de ses co-paro'ssiens, attendant, comme on dit, son four d'aller se jeter aux pieds du ministre sacré dans le seir de qui il déposait l’aveu de ses faiblesses et dont la main consacrée purifiait l’âme du chrétien pénitent et le renvoyait fortifié pour les luttes de la vie.
Et voilà pourquoi, mes frères, aujourd’hui qu’il n'est plus, vous regrettez la mort prématurée de l’homme de foi, du chrétien convaincu, du père de famille modèle, du fils sincèrement soumis à l'Eglise sa mère. Vous avez raison, et vos regrets sont justifiés par le souvenir de cette vie animée 1out entière par la foi. Il nous semble que la mort soit venue trop tôt arrêter le cours d’une telle existence; mais, mes
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frères, ‘’les pensées de Dieu ne sont pas nos pen sées,”” et la mort, que nous serions tentés de croire prématurée , la mort qui a frappé notre ami dans toute la force de sa vie et au moment où tout devait l’attacher à cette terre, et les services que les causes si chères à son cœur attendaient de lui, et sa famille nombreuse réunie pour demander au ciel de détourner le coup terrible ; cette mort n'est pourtant, si je ne me trompe, que le dernier coup de pinceau qui achève le tableau de cette belle vie en nous montrant tout cequ'il y avait dans cette grande âme, de foi, d'espérance, de générosité chrétienne, et cet amour qui triomphe de la mort elle-même.
Si la mort est, en effet, le couronnement de la vie, ne craignons point, mes frères, d'apporter sur la tombe de notre ami défunt le tribut de notre affectueuse ét franche admiration, en même temps que l'offrande de nos prières et de nos regrets sincères.
C'était un vrai, un grand chrétien, cet homme qui vit venir la mort sans trembler et qui reçut avec calme et résignation le coup fatal qui le séparait d’une famille chérie. Depuis longtemps déjà, averti par les tourments d’une maladie qui ne pardonne pas, il se préparait à paraître devant le Juge suprême. Il se sentait mourir ; il voyait arriver le moment où il faudrait dire adieu à ses chers enfants, à la compagne dévouée de ses travaux et de sa vie. Jamais le calme de la résignation chrétienne ne l’abandonna ; son unique souci semblait être de rendre moins amère à sa famille la séparation suprême et de proñter
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pour lui-même, en vue de l'éternité où il allait entrer, des derniers restes d’une vie qui s'éteignait au moment où elle promettait les plus grandes espérances.
Et il faut avoir été témoin des épreuves de cette dernière maladie pour savoir tout ce qu'il a souffert dans son âme et dans son corps. Mais les yeux fixés sur l’image du Sauveur mourant, roulant dans ses doigts affaiblis la couronne de la Vierge, secours des chrétiens, baïisant les saintes reliques, que sa piété lui rendait si chères, il conservait dans son âme le calme et la résignation ; la pensée des souffrances endurées par Jésus sur la croix lui procurait une douce joie qui se reflétait sur sa figure torturée par la douleur. “J'aurais aimé de vivre plus longtemps, pour ma famille et pour mon 7ravailleur; mais que la volonté de Dieu soit faite. Je remercie mon Dieu de tout ce qu’Il m'a donné. Je le remercie surtout de m'avoir procuré l'ineffable avantage de pouvoir souffrir beaucoup en union avec son Divin Fils et pour l’expiation de mes péchés.” Ah! mesfrères, le chrétien qui trouve en sa foi la force d'estimer et d'aimer la souffrance a compris la vie chrétienne, et Jésus vit véritablement en lui, le préparant aux joies de ce Ciel où il n’y a plus ni douleur, ni larmes, ni rien de ce qui rend pénible notre pèlerinage ici-bas, Et ce chrétien peut dire avec confiance : j’ai conservé la foi de mon. baptême ; bientôt il lui sera donné de répéter les paroles que prononçait naguère un des grands chrétiens de notre temps : ‘j'ai cru, je vois.”
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Tel a été duns sa vie d'homme et de chrétien celui dont nous pleurons la perte prématurée.