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Mais, chrétiens, ce n’est pas seulement le chrétien fidèle à sa foi que vous pleurez en ce jour. Vous vous souvenez quil a été parmi vous un vaillant champion de la foi de son baptême et que toujours il a combattu comme un bon soldat du Christ : torum certamen certavi. Jamais 1l n'a oublié qu'au jour de sa confirmation, il avait été armé soldat de la foi, chevalier de l'Eglise et de toutes les grandes et belles causes. Vous le savez, mes frères, la vie est un combat et tout chrétien doit lutter sur la terre. Dans la vie privée, nous devons résister au démon, combattre ses œuvres et nos propres passions C’est ce que notre ami a fait.
Mais quand un chrétien a reçu de Dieu des grâces spéciales, par exemple, une éducation plus élevée que le commun de ses concitoyens, il est tenu, surtout à notre époque, de s’en servir pour la défense de la foi, de l'Eglise, de la vérité, de la famille chrétienne, de la société telle que Dieu la veut. Or, notre ami avait dans son cœur un amour naturel et puissant qui, sanctifié par la grâce divine, l’a aidé dans sa carrière et l’a fait agir en homme de foi sur cette scène de la vie publique où tant d’autres ne paraissent que pour jouer le rôle de vils histrions. Vous
comprenez que je veux rappeler ici l'amour de la patrie, de la nationalité et de ses compatriotes canadiens-français. Devenu par adoption citoyen de cette grande république, il ne marchandaïit pas à la constitution des Etats-Unis cette /oyauté qui est le devoir du citoyen. Mais il n’a peut-être pas parlé une seule fois en public sans manifester chaleureusement, et souvent avec une véritable éloquence, les sentiments dont son cœur était animé pour sa patrie et sa nationalité. Le patriotisme faisait le fonds de sa vie publique, mais un patriotisme éclairé et vivifié par la foi, un patriotisme sincère et sage. Dieu avait donné à ce Canadien transplanté sur une terre étrangère, cet amour de la terre natale qui survit aux années de séparation et d'épreuves ; et si cet amour peut quelquefois n'être pas contenu dans les justes mesures de la prudence, il n’en est pas moins l'indice d’un grand cœur, qui bat noblement chaque fois qu’il se trouve en présence d’une belle cause, qui s’indigne à la vue de l'injustice et qui, en définitive, est le ressort des grandes actions
C'est dans son cœur, que guidait d’ailleurs une belle intelligence développée et fortifiée par l'étude et l'observation, que Ferdinand Gagnon puisa cette éloquence large, chaude, entraînante, qui a fait de lui un de nos plus remarquables orateurs, un de nos écrivains les plus estimés. Mais, mes frères, ses études, son éloquence, son action publique, ont été constamment animés par la foi chrétienne, et c’est incontestablement le plus bel éloge de sa vie. Aujourd’hui,
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en effet, il y a trop d'hommes excellemment doués par ‘a nature, qui oublient dans la vie publique les droits de la foi chrétienne. Tel ne fut point notre ami. ÂVofre foi, fidélité aux principes, —il avait inscrit ces mots sur son drapeau comme il les portait dans son cœur. J'ignore qu’elles furent ses opinions politiques, comme j'ignore s’il a appartenu à un parti quelconque ; mais je sais que jamais :l n'aurait consenti à entrer dans une organisation politique d’où la foi, l'honneur, l'intégrité seraient bannis. Surtout, il demandait que toujours les intérêts catholiques et nationaux fussent sauvegardés. Il savait que la mère-patrie ne s’est conservée et n'a grandi que par la foi, la soumission à l'Eglise ; il voulait travailler aux Etats-Unis en restant fidèle aux mêmes principes. ‘“ Soyons loyaux citoyens de la République, disait-il ; mais restons fidèles à l Eglise et à la mère-patrie.” Il savait concilier ces deux devoirs. Et s’il arrivait qu'une voix mal inspirée s'élevât pour dénigrer ses compatriotes, on entendait de suite la parole du vaillant Zravaillcur, racontant l’histoire du Canadien aux Etats-Unis et imposant silence à la haine et à l'envie.
J'ai nommé le 7ravailleur. I] avait fondé ce journal dont il fit l’œuvre de sa vie. ‘Dès son entrée dans la vie publique, il se sentit journaliste ; mais il ne trouva sa véritable voie que le jour où il devint propriétaire et rédacteur de cette feuille avec laquelle ont été pour ainsi dire identifiées les quinze
dernières années de sa vie et qu'il désirait rendre
l'organe fidèle et l'avocat puissant des intérêts de ses compatriotes aux Etats-Unis. Mais comme il a toujours été convaincu que le Canadien ne vivra que par la foi catholique et par la langue maternelle, le Travailleur répétait sans cesse et mettait partout en action, ces mots qui sont ou doivent être des devises nationales : More foi et notre langue.
Voyez Ferdinand Gagnon à l'œuvre. Dans les colonnes de son journal, dans les réunions nombreuses où il représente ses compatriotes ; dans les conférences publiques qu'il donne en divers endroits des Etats-Unis, sa puissante voix, sa mâle éloquence plaidera une cause, toujours la même : la conservation et le développement de l’élément national, par la langue française et l'intégrité de la foi.
Pour lui, c'est un apostolat. Et comme il sait que le prêtre est le gardien de cette foi et de cette piété chrétienne qui a les promesses, non seulement de la vie future, mais aussi de la vie présente, il crie toujours à ses compatriotes : honorons nos missionnaires.. bâtissons des églises... montrons-nous généreux... Le prêtre est, à ses yeux clairvoyants, le plus sûr gardien des mœurs, des institutions, de la langue, de la foi, de cet ensemble de choses qui constituent la nationalité canadienne.
Ce n’est pas en lui que vous trouverez un admirateur de ce système d'écoles sans Dieu, qui ont fait et feront toujours tant de mal à l'enfance et à la jeunesse des Etats-Unis. Après l’église, en même temps que l’église, quelquefois même avant l’église,
il désirait voir s'élever la maïson d'école catholique, sous le contrôle du prêtre et des pères de famille, afin que l'enfant canadien y appriît avec sa langue maternelle et les éléments des connaissances utiles, les doctrines de l'Eglise et le respect de la morale chrétienne. Jamais il ne put comprendre ce faux libéralisme qui fait de l'enfant une créature et l’esclave de l'Etat, donnant à celui-ci un droit qu'il n’a pas, je veux dire ce prétendu droit de jeter dans un monde commun les générations naissantes pour qu’elles apprennent à ne penser et à ne se mouvoir qu'à la façon de ressorts dont l'Etat ne serait que l'unique moteur. Aussi il disait sans cesse à ses compatriotes : Notre foi et notre langue ; nos Églises et nos écoles.
Sans doute, il savait, par expérience, ce qu'il en coûte aux parents catholiques ; mais il avait l’espérauce en Dieu, qui aime son peuple et ne veut point qu'il périsse. Seulement, il comprenait que le Canadien doit à ses compatriotes, à son prêtre, à sa famille, zèle ct dévouement pour correspondre aux desseins de Dieu sur les membres de la famille canadienne dispersés sur la terre étrangère. Tels furent les principes qui le gu'dèrent dans les luttes de la vie publique, et qu’il s’efforça toujours et partout de faire prévaloir pendant sa trop courte carrière.
De temps à autre, il a dû rencontrer des obstacles, il a pu s’attirer, même de la part d'amis de la première heure, des censures plus ou moins justifiées. Il ne se croyait pas infaillible, comme tant d’autres que la critique irrite, il savait éviter un écueil qu'u.
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ne main amie et prudente lui montrait. Mais quand il voyait devant lui /e devoir, il l'accomplissait, dût son cœur saigner en se voyant en butte à des accusations malveillantes où à des appréciations erronées; il voulait rester fidèle à sa devise : Fazs ce que dois.
Et si, en examinan: ses actes à la lumière de sa conscience chrétienne, ce qu'il faisait régulièrement ‘et soigneusement, il pouvait craindre d’avoir failli en quelque chose envers ses adversaires, il ne craignaiït pas de réparer sa faute en demandant pardon comme il le fit dans son journal, en écrivant cet article vraiment chrétien, qui a excité une admiration universelle et qui restera gravé dans la mémoire de ses amis comme les ‘“novissima verba ” d’un guerrier qui meurt en serrant la main de son adversaire, à qui il donne un éternel rendez-vous dans le séjour de la paix et de la victoire sans lendemain.
Vous avez compris, mes frères, que Ferdinand Gagnon était l'ami dévoué de ses compatriotes ; vous appréciez les services qu’il leur a rendus. Vous étiez fiers de lui, et vous aviez raison. Vos concitoyens d'origine et de croyances différentes de la vôtre rendent justice à son mérite et s'unissent à vous pour célébrer sa mémoire, Ses frères du Canada n'ont qu'une voix pour déplorer le coup qui met un terme à une vie si utile et qui promettait encore un avenir si glorieux pour lui et pour vous. Il me sera sans doute permis, mes frères, de venir à mon tour déposer ‘sur cette tombe un témoignage de l'affection, des regrets et de l'admiration bien sincères ressentis par
l'Institution qu’il appelait sa mère béienfaisante, le collège de St.-Hyacinthe, où il reçut l'éducation classique et qu’il er tourait de son amour et de sa reconnaissance. Là, son nom sera honoré, aimé comme dans les familles où l’on se raconte les gloires du fils absent, qui a rempli les terres étrangères du bruit de ses grandes et belles actions,
Avec vous, compagnons de ses travaux, témoins de ses mérites, avec vous nous prierons cependant le souverain Juge pour qu’Il donne le repos éternel à celui qui a combattu le bon combat. Nous ne devons pas oublier, chrétiens, que rien de souillé ne peut entrer dans le royaume des cieux, et que Îles. meilleures vies ne sont pas sans tache devant Celui qui est la sainteté même, Voilà pourquoi l'Eglise, qui nous permet de rappeler ici les mérites de celui qui fut son serviteur et son soldat parmi ses enfants des Etats-Unis, nous invite d'une manière plus pressante encore à prier pour son âme afin que, s’il lui reste encore à payer quelques dettes envers la justice souveraine, nous aidions à notre tour celui qui a tant travaillé pour ses frères. Nous allons suivre sa dépouille mortelle jusqu'à sa dernière demeure; nous allons déposer dans la tombe les restes périssables de celui qui a contribué puissamment à construire l'édifice solide de la nationalité canadienne, en ce pays ; et, nous souvenant de ses œuvres animées par la foi, nous demanderons au juste Juge de lui donner la couronne de justice, qui est promise à ceux qui auront persévéré jusqu’à la fin. Ainsi soit-il.