‹ Ferdinand Rapédius de Berg. Mémoires et documents pour servir à l'histoire de la révolution brabançonneChapitre 10 sur 102 · CHAPITRE YUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YUI

nomlEAM Uff^MOf 91 JOABFH u.— tiimuHHaii M» MOnAanÈMMê.

Pendant que Joseph II se préoccupait si vivement de la position politique des Pays-Bas autrichiens yis-à-vis de TEurope» ses conseillers préparaient à Vienne et à Bruxelles une réforme totale du gouYemement de ces provinces. Toutefois la pensée, déjà connue, qui présidait à cette réforme , n'était pas encore suspectée comme elle le fut plus tard. Les actes les plus importants qui eussent été posés jusqu'à ta fin de 1786, tendaient particulièrement à miner le pouvoir du clergé et à restreindre sa fortune territoriale. Joseph II était à peine monté sur le trône ( 17 juillet 1781 ), que des dépêches furent adressées au^ magistrats, aux

il8 RAPÉDIDS

tribunaux et à FuniTersité de Louvain» pour leur faire connaître son intention de donner à ses sujets non catholiques la faculté de remplir les fonctions publiques, d'exercer librement leur culte et de bâtir des temples. Bientôt après vint l'ordonnance du 28 novembre 4781 , qui soumettait à la juridiction épiscopale les couvents, jusqu'alors dirigés par les supérieurs des ordres. Cette mesure fut suivie, le 5 décembre , d'une autre mesure dirigée vers le même but : des dépêches adressées aux évêques leur ordonnèrent d'accorder eux-mêmes les dispenses de mariage, sans recourir à la cour de Rome. Le 15 décembre et le 21 mai 1782, parurent des ordonnances relatives aux mariages mixtes, et enfin, le 17 mai 1785, vint le fameux édit impérial qui ordonnait la suppression des couvents inutiles.

On attribue assez génëitilement à <9èUe dernière disposition la révolte de 1789, et quelques-uns en ont pris texte pour faire de Joseph II un martyr de la philosophie voltairienne. Cest une double erreur : les faits subséquents prouvent bien que la suppression des monastères se serait faite sans troubles sérieux, si elle n'avait été suivie d'autres mesures qui parurent attentatoires à la constitutiofi. politique du pays. Et quant à la philosophie, qui était de mode à cette époque, si elle eut quelque influence sur l'esprit de Joseph II , bien que ce prince fût essentiellement religieux, ce n'est pas elle du moins qui le détermina à cette réforme. Depuis longtemps on s'occupait, dans toute l'Europe catholique , d'arrêter les envahissements du clergé. Ce mouvement était général. On s'apercerait qu'une sorte de décrépitude affectait le corps social, et menaçait de le faire tomber s(ms le joug de la théocratie. Partout un besoin de régénération se faisait sentir. Or, la mlultiplicité des monastères, et par conséquent des mainsmortes, éuit un obstacle qu'on ne pouvait vaincre sans le briser. Les états de Brabant, dam leur représentation du 22 juin 1787, estimèrent à trois cents millions de florins ta valeur des biei^ du clergé : c'était immense, eu égard à la valeur des propriétés fimcières à cette époque. Si les couvents avaient continué à exister, ils auraient continué à étendre le cercle de leur domination terriio-

UE MÊBO. 149

ToiB^ et hicnlôt en Belgique il n'y anndt eu de plaoe au soleil que peur les moÎBes*

Il edr rtsd que déjà depuis plusieurs siècies on avait touIu mettre des bornes à VmMtrtiâsement, et que Tabus en avait été piévu pwr diverses lois. Entre autres, la deuxième addition de 1M&, aooordée à la supplication des députés des villes; franchi** sas et idirt«paya de Brabant , requérait le oonsentement du prince et des gêna de loi des dbefevrilles (*). Maki cette règ^ était évidemment insuffisant^ puisqu^en 1658 , le 3 àéeetàbrey il fallut faire défense à. tous jnslioiera et officiers de Sa Majesté, ainsi qu'à ceux de ses vassaw» de recerœr ou passer aucuns trani^rts, adbéritwees ou autres actea légaux de biens meubles > au profit d'églises» mcoiastères, oouvents, collèges, hôpitaux, confiseries ou autres gens de mainmorte {**). Cette défenae fut elle^^néne éludée, si Ton en croit Depape, qui écrivait vers 1678, sous 1q règne de Philippe IV, roi d'Espagne : c Ces articles et placarts coiiformes f à îceux, dit-il, ne semblent assés sidBfisants pour em|>éch^ aux t waînsmortes l'acquisition des fonds, or, on n'en peut tirer que

< nullité des acquits au regard des mains mortes, et amendes; et

< nonohatant t^lle défense , ne laissent pas d'acquérir ^ achètent à

< grands prix • ^ font passer pu^ aliénants ou à leurs héritiers € de répéter et se contentent de co^sion notarieUe sans se £dre

< ^àhéfitWf ee fiant à la restitution du prix en cas de querelle, c II fkudrûit plus gi?ande peine contre les acquérants, comme de € confiscation, ou plus grande amende pécuniaire, et la faire « exécuter > (***).

Quand Marie-Thétèse vint après eela mettre de nouveiiux ob-* st«d«s à l'aecroissem^at des mainsmorteâ, il était trop tard : le clergé possédait la plus grande partie des terres du pays. Il cm émit à peu prè$ de même partout, et partout aucpsi Ton sentait que le moment était venu d'entrer sérieusement dans la voie des réformes. Ea France, dès l'année 1766, le cçnseil d'État

( * ) Article 14. Plaecaerten van Brabant, t . i»» , p. 207. n MMMerlfti titiii|}r0è«»i, I. i«s p. se.

C**) Traité de la joyeuse entrée , par messire H. Depape , du conseil d'État , et chef président du conseil privé de S. M. I. et G. ; imprimé à Malines, chez flanicq, en 1787 , p. 199.

1^ RAPÉMCJS

avait déclaré, par arrêt du 25 mai » qu'il serait nommé des conomissaires pour rechercher les abus qui avaient pa s'introduire dans les différents ordres religieux , et proposer an roi les Aïoyens propres à les faire disparaître. Par suite d'un autre arrêt, du 31 juillet 1766, les commissaires ayant procédé à l'enquête dont ils étaient chargés, représentèrent, dans le compte qu'ils rendirent de leur mission , que les mémoires et éclaircissements remis par la plupart des différents ordres religieux ne pouvaient procurer que des notions imparfaites sur les règles et constitutions des ordres, dont la connaissance était néanmoins nécessaire pour découvrir les abus qui pouvaient s'y être introduits. Le roi n'hésita point à faire droit à cette réclamation, et il ordonna, par arrêt du conseil d'État du 5 avril 1767 , aux supérieurs majeurs des différents ordres religieux, de fournir dans trois mois, pour tout délai , tous mémoires et éclaircissements qui seraient jugés nécessaires.

D'autre part, un arrêt du même conseil d'État, du 6 juillet

1766, avait ordonné que la résidence des religieux de la congrégation de S^-Maur serait déterminée et arrêtée par le déânitoire du chapitre général, qui devait s'assemUer, de manière qu'il y eût dans chaque monastère un nombre de religieux suffisant pour y entretenir une conventualité de dix religieux au moins, sauf au supérieur général à se pourvoir ainsi qu'il appartiendrait pour la réunion des maisons qui ne pourraient pas soutenir ladite conventualité. Le chapitre général se tint en conséquence au mois de septembre de la même année, et il fut reconnu que la ccmventualité de dix religieux ne pouvait être établie dans les monastères de cette congrégation, sans réunir ensemble un certain nombre de monastères. Par arrêt du conseil d'État du 5 avril

1767, le roi ordonna que provisoirement, et jusqu'à ce qu'il pAt être procédé par les voies de droit à Y extinction, suppression et union des vingt-six monastères y dénommés , tous les religieux desdits monastères seraient tenus de s'en retirer, et de se rendre incessamment dans ceux où leur résidence avait été fixée par le chapitre général,

IMS mRG« 121

Enfin, pour mettre ordre aux discussions des religieux trinitaires» et prév^r des troubles qui eussent pu nuire aux Yues que Ton se proposait , il était ordonné, par arrêt du même conseil du 20 mars 1767 , que le chapitre général de la congrégation de ces religieux s'assemblerait aux jour et lieu indiqués, en présence d'un commissaire de Sa Majesté.

Ces faits, que nous citons de préférence à tous autres, parce qu'ils attirèrent l'attention de M. de Berg pendant son séjour à Paris, ces faits eussent été sans gravité peut-être, s'ils avaient pu s'accomfdir sans résistance. Mais il n'en était pas ainsi : le clergé ne comprenait pas les nécessités de l'époque, et Rome, au lieu de lui inspirer l'humilité et la résignation , lui donnait l'exemple d'une irritante présomption. Le portrait que nous avons donné du cardinal Torrigiani , chef du gouvernement pontifical , résume à peu près toute la conduite du cabinet romain dans ces circonstances difficiles. M. de Berg cite encore quelques faits particuliers qui achèvent de caractériser la politique de cette cour.

Le roi de France demandait à Rome, depuis quelques années, que Sa Sainteté voulût consentir à la sécularisation du petit ordre des religieux de S^-Rufi*, et à l'application de leurs biens aux chevaliers de S'^Lazare. Le cardinal fit répondre que l'afiaire ayant été examinée par une congrégation consistoriale, S. S. ne pouvait qu'exhorter Sa Majesté Très-Chrétienne à m plus accorder saprotectian à unedemande opposée aux maximes de CÈglise et (fun grand dommage aux fidèles. Dans la même lettre, le pape disait : c que sa conscience l'obligeait à parler avec tant de franchise, c et qu'il n'y était engagé que pour l'honneur de Dieu, la conserc vation des biens à lui dédiés, le plus grand profit des âmes et c le service même de Sa Majesté, dont il souhaiterait que les c actions fussent de toute manière agréables à Dieu, glorieuses € à Elle-même et avantageuses au bien spirituel de son règne c très-florissant. > Après plusieurs réponses de part et d'autre , le roi de France , informé que l'entêtement du cardinal Torrigiani empêcherait toujours la conclusion de cette affaire , écrivit

133 HAPÉDlflS

au pape la lettre suivante, que M. de Berg rapporte dans sa correspondance de Rome , en assurant qu'il la tient d'un ministre et qu'il a toutes les preuves désirables de son authenticité :

€ Très-Saint Père,

< Les demandes que je faisais à Votre Saialelë , r^ativement à Tordre de S^Ruff, étaient si raisonnables et si conformes aux sentiments qui m'animent toujours pour le bi^i de la religion dans mon royaume, qve j'avoue à Votre Sainteté que j'ai été extrêmement surpris du retardement qu'a éproové depuis plusieurs années à Rome la conclusion de cette affieiirew Je me suis feit rendre compte des motifs qui pouvaient engager Votre Sainteté à ne pas terminer par elle-même un arrangement pour lequel Je lui marquais mon désir, et j*ai appris qu'elle recevait, par des personnes intéressées, en France, à la situation de l'ordre de S^Ruff , des mémoires qui suspendaient la justice que je croyais attendre de Votre Sainteté. Je n'ai point voulu réprimer en France mes sujets qui ont osé agir et solliciter contre ma vo^ kmté. Je méprise l'esprit d'intérêt qui les guide, et leur ige et leur état excitent ma clémence. Je me suis aussi interdit pour io moment les plaintes fondées que je pouvais faire à Votre Sainteté contre ceux qui, à Rome , ont donné des conseils contraires à ma demande; mais sentant le peu de décence qu'il y avait pour ma personne et pour ma couronne de continuer plus Icmgtemps des sollicitations sur un objet aussi simple et aussi utile en soi , j'ai usé de la puissance que je ne tiens que de Dieu , par rapport aux arrangements qui conviennent à mon État : en attendant que Votre Sainteté veuille bien séculariser de son autorité un ordre qui est plus qu'inutile dans mon royaume, et jusqu'à ce que j'é* prouve cette marque d'amitié de Votre Sainteté, je ne l'importunerai plus avec des sollicitations à cet égard.

€ Je suis avec un inviolable attachement et un respect filial , très-Saint Père, de Votre Sainteté le très-dévot fils.

« ( Signé) Louis. »

« De Versailles, le 27 juin 1767. i

hE BERG. {23

La France ft^ëtaît pas le seul pays où l'on s'oecup&t de réformer le clergé : il en était de même en Espagne. Charles III avait chassé de ses Ëtats la trop célèbre compagnie de Jésus. € Tu qHoqne, fUindl > lui écrivit Qément XIII, sous la date du 16 avril 1767, c ce sera donc notre très-cher roi catholique qui achèvera de remplir le calice de nos afflictions, et mettra au tombeau notre mieié* rable vieillesse abreuvée de larmes et de douleurs. Le très-religieux, le très-pieux roi d'Espagne, Charles III , prêtera donc son bras, oé bras trè»-puissant que Dieu lui a donné pour soutenir et promouvoir Tbonneur divin, Thonneur de la sainte Église et le salut des âmes; il le prêtera aux ^inemis de Dieu et de son Église, pour dâmire jusqu'aux fondements une religion si utile et si chère à la même Église, une religion qui doit son origine et sa splendeur à ces saints héros que Dieu dioisit dans la natiQ|^ espagnole pour accroître sa plus grande gloire par toute la terre; c'est lui qui privera ses royaumes et ses peuples de tant d'assis* tances ^irituelles qite depuis pltfô de deux siècles ils ont heurai-' semait tirées des sermons, missions, catéchismes, exercices, administration des sacrements , instruction de la jeunesse dans la piété et dans les études du culte et de Tornement de l'Église : hélas I sire, à la vue d'un tel désastre mon esprit m'abandonne... »

A cette homélie , qui est fort longue et dont nous ne donnons ici q«'un court fôJLtrait, le roi répondit avec dignité et fermeté tout à la fois :

c La clémence divine, dit41 , m'a insisté, afin que je n'oublie pas dans cette affaire le compte exact que je.dœs lui rendre du gouvernement de mes sujets, non«6eulement pour leur bien et tranquillité temporelle, mais surtout pour leur félicité éternelle, et à cette fin j'ai pourvu à ce qu'il ne leur manque point ( aux jésuites expulsés ) d'assistance dans les pays même les plus éloignés. Que Votre Sainteté mette son esprit en repos sur ce point , qui l'intéresse le plus, et conforte mon affection par son aflfection paternelle et sa bénédiction apostolique. >

Le roi d'Espagne avait en efibt assuré des pensions à tous les jésuites expulsés. Le pape n'en refusa pas moins de les recevoir

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dans ses Ëtats. Cette conduite do Saint P^ donna lieu à mille conjectures et à autant de pasquinades. M. de Bwg, dans sa correspondance, ùAt à ce sujet un tableau fort piquant de req[>èce d'agitation qui régnait à Rome. On trouve aussi dans une de ses lettres une dissertation sur les causes du reins de Sa Sainteté. Après ayoir analysé les diverses ofûnions qui avaient cours sur ce point, il finit par ces paroles : < Je crois que la véritable cause est celle que me dit, il y a qudques jours, le général même des jésuites, le P. Ricci : c'est que ce refus assurera, au moins pour quelque temps, Texistence ées jésuites de Naples et de Parme , qui, ajouta le général, en seraient déjà chassés, si on avait su où les envoyer. > L'événement confirma cette espèce de prédiction.

C'est à Venise surtout que le mouvem^it, qui portait les gouvernements catholiques à repousser les envahissements du clergé, se fit sentir d'une manière prononcée. Cette république essentiellement commerciale avait toujours craint d'être absorbée dans la théocratie. Les précautions que de tout temps ^e avait prises pour se soustraire à cette destinée, sont aussi remarquables que celles qu'elle prit encore à l'époque dont nous nous occupons. Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une juste idée des unes et des autres, que de rapporter une dernière lettre de M. de Berg, datée de Venise 21 octobre 1767.

c Le chef de l'Église de Venise ( considérée comme telle, et non comme faisant partie de l'Église universelle dont le pape est le chef unique ), est le patriarche de Venise. Choisi parmi les nobles vénitiens et élu par le sénat, il se dit dans ses mandenents c patriarche par la misération divine, > et n'ajoute point c sanctœ sedis apostolicœ graiiâ, par la grâce du saint-'Siége apostolique. » Clément VII prétendit en vain que ce patriarche fût soumis à la congrégation des évéques comme les autres prélats de l'Italie... Le pape confère le patriarchat d'Aquilée, mais il ne peut y nommer que celui que l'ambassadeur de Venise lui propose. Le pape nomme cependant librement aux autres évêchés et à plusieurs bénéfices. Le patriarche d'Aquilée nomme son coadjuteur qui doit être confirmé par le sénat.

c J'ai déjà dit combien le libre recours du clergé aux tribunaux laïques laisse peu d'autorité au patriarche sur les moines et sur le clergé séculier. La voie ordinaire est Yappel comme (fabus au sénat. Le doge gouverne et a le droit de visiter quelques couvents de religieuses , qui ne reconnaissent pas d'autre supérieur. Les curés et les autres membres du clergé séculier s'adressent presque toujours aux tribunaux laïques subalternes, qui ressortissent à celui qu'on nomme collège plébanal. Ce n'est point comme à tordinaire, mais librement que quelques-uns s'adressent au tribunal de Farchevéque. Le doge nomme à la dignité de primicier , ou doyen de S^-Marc » à laquelle sont attachés tous les honneurs et droits épiscopaux.

c L'état ecclésiastique exclut celui qui l'embrasse de toute part dans les affaires du gouvernement. Aucune bulle, bref, ou autre provision apostolique ne peut être publiée à Venise sans l'approbation du grand conseil.

c CTest depuis le célèbre interdit de 1606, que les fondements des libertés de l'Ëglise de Venise ont pris une consistance stable. La cause de cet interdit, iîilminé par Paul V, fut l'arrestation, Êûte par <H*dre du conseil des Dix, de la personne de deux ecclésiastiques , et le refus de la république d'avoir égard à la réclamation qu'en fit le nonce, ainsi que le refus de révoquer, à la demande du pape, deux décrets, dont l'un défendait de bâtir, sans la permission du sénat, des églises , couvents ou hôpitaux , et dont l'autre défendait les aliénations en faveur des mainsmortes. Le sénat défendit la publication de l'interdit, et le bref du pape fut annulé, avec ordre au clergé séculier et aux moines de n'y avoir aucun égard. Ce fut dans cette occasion que les jésuites députèrent vers les capucins, pour leur dire que ttmivers avait les yeux twr eux pour savoir le parti qu'ils prendraient. Les capucins fermèrent leur église. Les théatins et les jésuites suivirent leur exemple. Ceux-ci forent bannis à cause de leurs intrigues et de leurs déclamations séditieuses. Ils n'obtinrent qu'en 1657 la permission de rentrer à Venise , à la sollicitation d'Alexandre VII , et en considération du secours que ce pape avait fourni à la républi^e con-

tâte les Tores. Mais depuis ce taups leur existence n'y est plus que précaire, et tous les ans ils sont hallotlés, x^'clst^-dire qa'im recueille les toix du grand c3onseil pour savoir^ à la pluralité d^ voix, sioB les tolérera encore un an ou s'ils seront congédiés.

< Gep^idant la république rappela de Rome son aenbassadeur extraordinaire, et le pape son nonce de Venise. L'ËspagiËe^ promit du secours à la cour de Roin^. Le pape arma* JLes Yénitions se préparèrent à une vigoureuse résistance. Enfin l'affaire fut aocomjnodée, à l'avanta^ de ceux-ci, par suite des négociationsr qui se tinrent dans Venise, à rintervention du cardinal de -Joyeuse* Le pape fit proposer une bénédiction pour marque de la ces^tîoii de l'interdit; mais cette offre fut refusée, et le sénat répon^t que ik où il n'y avait point de coupaUe, l'absolution était invtile*

c Le grand conseil vient de renouveler et d'amplifier un des décrets qui donnèrent lieu au Êuxieux int€tf*dit , p^ms que leiipnce de Sa Sainteté ait jugé à propos d'y faire.quelque opposition. Par un règlement que le grand conseil approuva le 30 septembre dernier , à la pluralité de cinq cent 9oixante vois^ eontrç ti^eat^ trois dissidents et soixante non sincBti, c'e^9r4iv^* indéterminé £A demandant d'être mieux in^rm^, il fu^ statqé : « iiue 1^ c .mainsmortes ne pourront dorénavant a^iqiiérii^» p^r qûjalqte € voie que ce soit, des biens-fonds, capitaux, cens, retaliea> on c d'autres biens stables, de quelque nature qu^ils soient; qti'il ne « sera libre de disposer en leur faveur que du diiièEne4u mioUf- € lier, lorsque ce dixième n'excédera poiui I4 valeur de^-eîii^ < cents ducats d'ai^ent ( environ 1200 florins de ft^abfint ); tf^ « lesdits meubles ou immeubles ne pourront lêtre bypotttéqMés € en leur ferveur; que toutes les dispositiobs dont l'éfiet Ipourmàt éti être contraire à ce règlement , et q«i n ont pa^ enoove éié € exécutées, seront censées nulles, et partant les actiodas qui en € auraient pu résulter sans aucune yaleur; qu'il ne ser^' point € permis dorénavant aux ecdésiastique^de s'ingàrer dans l'fld- « ministration des biens laïques en aucune manière, bons t|iie, f faute d'autres secours , ils ne fussent dans l'ohlîg^ion d'assister € leurs pères, frères, sœurs nubiles ou veuves, et enMte tti-

M BSR6. 127

€ neure des aômes frères et sœurs , pourvu ^'en tel cas la chose c Be se fasse qu'aTec la connaissance du juge compétent On ex- < cepte , pour le présent , les dispositions &ites en Ëiveur des maic sons de pauvres , d'orphelins» d'enfants trouvés et d'hôpitaux. >

€ Ceci n'est que le prélude du grand projet de réforme dont le gouvernement est occupé. On parle de diminuer et de fixer le nombre des prêtres, en leur assignant une subsistance honnête , d'abolir quelques ordres religieux ou de les refondre^ d'en limiter le nombre et de fixer l'âge auquel ils pourront être reçus. L'exécution de ces projets de réforme ne sera point difficile dans un Ëtat où, comme je l'ai déjà dit, les mœurs de la plus grande partie du clergé lui ont fait perdre tout crédit sur l'esprit du peuple. Cependant le gouvernement ne néglige point de se préparer en faisant publier et en protégesmt l'impression de quantité de livres, dont le but est de marquer les vraies limites de la puissance ecclésiastique, i

Ces divers faits suffisent, pensons-nous, pour démontrer combien on a tort d'oublier, lorsqu'il s'agit des révolutions du siècle dernier et surtout de l'espèce de réforme religieuse entreprise par Joseph II, que l'empereur d'Autriche n'était pas le seul qui fût entré dans cette voie. Toute l'Europe catholique était en travail de révolution : c'est méconnaître la vérité que de croire que les princes et les gouvernements fussent étrangers à cette crise. Rome, sans doute, avait la volonté de résister; mais Teflet du mouvement général se disait sentir jusque da^s son sein. La réformation des mœurs, qui déjà s'y était opérée, en' est une preuve évidenteu

Quant à la Belgique, les esprits y étaient parfaitement préparés à la réforme du clergé régulier^ et même peut-être à la suhm*^ sion totale des monastères. 11 n'est pas permis d'en douter en présence des Êiits q^i se passèrent de 1782 à 1786 : nous allons les rappeler en peu de mots ^ afin qu'on puisse juger de l'insignifianf^e de l'opposition fkcndant cette première période, et voir combien encore il y avait loin de cette opposition à la révolte , lorsqu'au ccmunencement de 1787 l'ordre œnstituUonnel luimême fut menacé.

128 RAPÉDIUS

Joseph II avait débuté par la suppression de plusieurs ordres religieux en Allemagne, de sorte que l'alerte fut donnée aux Pays- Bas avant qu'il y eût fait la moindre démonstration. Les députés des États lui adressèrent des remontrances préventives, s'il est permis de s'exprimer ainsi , dès le 25 février 1782. Peu de temps après , des agents du gouvernement furent chargés d'inventorier les biens de plusieurs communautés faisant partie des mêmes ordres qui avaient été supprimés en Allemagne. Alors les États, qui se trouvaient assemblés , firent de nouvelles remontrances, sous la date du 4 mai 1782. Ils s'appuyèrent des articles l** et 58 de la joyeuse entrée, de l'article 7 de l'addition de 1430 et de la charte wallonne de 1314. En effet, toutes ces dispositions avaient pour objet de garantir aux prélats , maisons-Dieu , monastères , les droits, chartes, lettres, promesses, etc., qui leur avaient été donnés ou concédés par les ducs et duchesses de Brabant. Les remontrances restèrent néanmoins sans réponse ; on continua les inventaires commencés, et l'on défendit à certaines communautés d'admettre à la profession ceux qui auraient fini leur noviciat.

Le 8 novembre suivant , les états s'adressèrent à Leurs Altesses Royales les gouverneurs généraux, pour renouveler leurs doléaur ces. Voici ce qui leur fut répondu , le 17 mars 1783 :

< Ayant fait parvenir à l'Empereur les représentations que vous avez cru devoir faire au sujet de la suppression , que Sa Majesté a trouvé bon d'ordonner, de plusieurs couvents inutiles dans ses États, c'est par ordre exprès du monarque que nous vous faisons la présente , pour vous dire que les articles de la joyeuse entrée, que vous réclamez dans ces représentations , ne sont pas applicables à des dispositions émanées de l'autorité souveraine, en vue du bien de la religion et de l'humanité, ^tc. »

Nous reproduisons textuellement cette réponse, parce qu'elle fait bien voir comment on entendait à Vienne les obligations résultantes de la joyeuse entrée. Le gouvernement paraissait, à cette époque, attacher fort peu d'importance à la lettre de cette loi fondsunentale, et il se considérait comme seul compétent pour en

DE BflihÇ. 129

apprécier Tesprit. Cela ne doit pas étonner, si Ton coosidèrç que depuis longtemps Tordre légal était tombé en désuétude» Le gouTwnement, les états des provinces, les magistrats des villes, chacun, dans son cercle d'action, suivait l'impulsion de sa vo* lonté, jusqu'au point où il se trouvait arrêté par la rencontre d'une action rivale. Le gouvernement, qui était habitué aux représentations des états de Brabant , les réfutait tant bien que mal , et poursuivait son but aussi loin qu'il le pouvait. L'opposition qu'il rencontra, dans son dessein de supprimer quelques cou* vents , n'était pas assez sérieuse pour l'y (aire renoncer. On en jugera facilement par les détails ci-après :

Le 26 mars 1783, M. le chancelier de Brabant reçoit l'édit de suppression, daté du 17, avec invitation, de la part des archiducs, de le faire publier dans les formes accoutumées (*). Le 28, le conseil s'assemble, et décide, qu'avant d'émaner l'édit, il en sera conféré avec les états , au moyen de commissaires nommés de part et d'autre. Dans cette conférence, qui a lieu le 30, M. le chancelier, au nom du conseil de Brabant, interpelle les commissaires des états, sur la question de savoir si lesdits états sont dans ^intention de persister dans les représentations qu'ils ont adres^ sées, tant à tEmpereur quà Leurs Altesses Royales, contre la sup^ pression de quelques monastères, considérée par eux comme contraire

(*) Le même jour, Pédit fut envoyé au grand conseil de Malines, avec la dépèche suivante : n L'Empereur et Roi ,

• Cbers et bien «mes, aiant pris en considération que le nombre eicessif des convenu de fun et 4e l'autre sexe , où l'on ne mine qu'une vie purement contemplative, est parfiutemtnl inutile à la religion , à l'État et au prochain , nous avons résolu de faire supprimer ceux de cet conveolf dont on ne peut se promettre aucune utflité, soit relativement à ^instruction de la jeunesse , aux soins des malades , ou à d'autres objeu qui intéressent le bien de la religion ou de l'humanité, pour en faire retourner les revenus au plus grand avantage de ces importants elijets, et voulant faire coimoltre au public nos intentions souveraines et bienfidsantea sur cette opération salutaire, nous vous chargeons de faire publier incessanunent en la forme et la ma-, nière accoutumée , l'édit dont nous vous remettous tes exemplaires ci joints, vous prévenant qae,<piant à l'état des xdigttuiet reUgieuaei des cottvents à supprimer, nos commissaires seront chargés de laisser à chacun des individus l'option et la faculté de se déterminer, soit pour entrer dans quelque couvent d'un autre ordre à son choix , soit pour rentrer dans le monde, soit pour .eoniiiMier de vivre en retraite ou en communauté dans l'une ou dans l'autre des maiaons sq^ primées qui seront désignées et destinées à cet effet sous une règle à prescrire, avec l'avis de notre gouvernement , par Tordinaire.

« Bruxelles, le 96 mm 1785. »

ISè RAPÉDIUB

à k joyeuse entrée, ùu /Us s(mt dêdidés HtMtfinéscer à ta vdmtéik», monarque. M. Sancliez de Aguilar répond qu'il a été résolu, dans une assemblée des états tenue la veille, de communiquer <mx com^ missaires du conseil les différentes représentations mentionnées ei-dessns, et de leur remettre copie de ta lettre de Leurs Atêesses Royales, datée du il mars, que nous venons de citer. Il ajoute que tes états ne peuvent donner dans le moment d^ autres édcàrdsse^ ments sur cette affaire, dont il sera fait un rapport à rassemblée générale prochaine.

Ainsi se termine la conférence. Le lendemain, 31 mars], lè conseil assemblé décide qu'il faut écrire aux députés des états, les sommer de répondre par écrit, et d'une manière claire, k la question qui leur a été adressée la veille y et les prévenir que le défaut de réponse sera considéré comme une adhésion à Tédit. Ceux-ci répondent, deux jours après, qu'ils ne peuvent que s'en référer à ce qui a été dit par leurs commissaires à la conférence du 50. Ils ajoutent que le conseil aurait tort de considérer leur refus de répondre autrement, comme une adhésion à Védit de TEmpereur.

Le 4 avril , le conseil s'aBsemble de nouveau , et ne décidé rien. Le S, dépêche des archiducs portant ordre de publier l'édit dans le délai de trois fois vingt-quatre heures. Le même jôUr , le conseil écrit une nouvelle lettre aux députés des états. Il reçoit, le 7, une réponse semblable à la première. Le 8, nouvelle assemblée du conseil. C'était le troisième jour, on remet la déci- «km au lendemain. Le 9, nouvel ordre des archiducs de faire la publication dans les vingt-quatre heures, sous peme de désobéis^ sanee. Le conseil, qui ne veut pas encourir cette peine , se décidé enfin à émaner Tédit; mais cette émanation est aoconq^née dm commentaire suivant, par forme de réserve : c te conseil, pour c autant qu'il est en lui , entend ne préjuger ^i anoune f(»çon ee € que les états ont prétendu et voudraient encore prétendre être c contraire à la joyeuse emrée ou cmistitution du pays, ntmmé- € ment en ce qui concerne les couvents qui pourraient être pourc vus de droits et franchises, privil^es, chartes, etc. >

' Gë^'iJy^fèBie â^âflrâve M cx^A^smtùmt 8itivi pmr tes ^éfàtrat

^fé ^ûtisieil ^ K^AlatM» Ju«(|ifâti jmir 6à léetiita rinsurl^ëdtioîi.

Bél[>ute 1785 ju^%<f7^ , la wémemanoetoyre ibt eiUpiloyée ^toà-

tts les 'fôis ^que l'Blnpeflretir f^k*escrivit qtid<}ae mesbre contraire

)Mk tàës tiè' oës deiix g[i*aiids èorps. Nous en TerrDns bien^ db

•fldaVèâinc eicsnjilés. NéaiMkloiiis, ttiâli^é les restriotions dti éoBseil

iSë^Mbatit; redit fût étécftté; et les biens des eotiYents supprimés

fci^nt èbkifi^Aës ali {itofit de la ôUè^ de reH§iàn. Les étatd de

BHMUt Htbïït de ii«ttvell«& t^ohtvMices.Baas la date du 18 mai

4^786/^16118 ils n'obtinrent aucune réponse.'Ddns le même temps,

ils dëmaftdèt*ent qu'il ]plût à Sa Majesté nonsmer aux abbayes»

dôtat lès cbeA; aVaient droit de siéger atrx états : cette récknnation

'fut aiiissi Vakié ^ë fa préc^ente; et resta également ssms réponse.

Yet*s la tnéitate épc^vle , parurent divers édi ts qui abdisSsfiént les

lirodêsàion^ /les jubilés et jusqu'aux fc^rmesBes. Un autre* ^kak

oppression (les eouvents des Trinitaires , destinés à 'k' rédemp^

tion dès éâptife, ain^ que des oonfriériës fbwldesfpottr le 'même

<jbjet.lieèf bi€»is de ces ôonftéries et de ces eoir?énl9 furent akx>re

appliqués 9 la caisse de religioh. Bientôt iqprès, toutes les eénfré-

1^ qtieléob()û€»s, érigées daris les églises ou dans ies'cbapéllea^,

fbrtotsttpj^i^tnéeS'pMr un édit, qui en ordoima la fiisidn enme

=seiïle, to^la déAc^ination de Yamour aeliféu prochain, la caisse

de religiéb s'empara du numéraire ass^z considérable qui fbt

1tV>UTé dans les dépôts de ces -corporations. Vitlrent ensuite ides

*^6dite^^qui <ft*donriaient le dénombrement de tousles biens eoelé-

n^tiqïies, SécuKers, réguliers ; et même des biens de tout bén^ee

"^ilhnpleôu arec charge d'âmes. Enfinyle ieoctobre'1786, |)aratun

édit qui'si:/pprimait tous les séminaires ëpiscôpauï et qui établis-

'^Mt un séminaire général -à 'Louvain et uta séminaire 'filial à

Luxembourg, Le terme des études »y était fîié à cinq ans, et

"personne *e devait, à Fa vêuir,^!^ admis à prendre les ordres,

~ s'il n'avait fait ses cours dans un de ces établissements.

On voit que k mesure était comble pour ce qfui conôemait le * clergé, et cependant, hormis les gens d'église, le reste de fa ^j^ôpufation ne pàraiàsdH guère s>n émoutoir. On croyait assez

i3S tlAPËDim DB BERG.

généralement alors à la bonne foi dn gouYernement^ et Ton ne doutait pas que les sommes versées dans la caisse de religion ne fussent réellement destinées à améliorer le sort du clergé séculier , qui, jusque-là, avait vécu du produit des dîmes. Les états, dans leurs remontrances du 22 juin 1787, trouvèrent parfaite cette manière de pourvoir aux frais du culte : c Partout, dirent-ils, c des dîmes opulentes représentent une hypothèque plus que cerc taine pour les édifications d'églises , pour tout ce qui a trak € au service convenable des temples, à la commodité du peuple, .

c aux progrès de la population Rien ne manquera jamais ni

c quant aux églises, ni quant au nombre nécessaire de ministres; c à mesure que le peuple croîtra en nombre, il sera pourvu à « ses besoins. > Il est permis de croire cependant que ceux qui payaient la dîme n'étaient pas tout à fait de Tavis des états, et qu'à leurs yeux la perspective que fkisaient entrevoir les états, dans leurs remontrances, n'était pas absolument préférable à celle que leur offrait Joseph II , à l'aide de sa caisse de religion.

D'autre part, les gens éclairés, quelque restreint qu'en fût le nombre , voyaient ssms déplaisir les biens du clergé passer dans la circulation, et ils approuvaient en général les vues de l'Empereur. L'opinion qui, plus tard, figura sous la dénomination de parti vonckiste, ne s'accommodait guère du régime des pri villes : elle aurait applaudi à toutes les réformes qui auraient eu pour objet d'égaliser les droits de la généralité, et d'améliorer l'administration économique et financière du pays. Aussi ne la vit-on prendre part à 1 opposition que quand Joseph II, après avoir diminué le nombre des couvents, supprimé les confréries religieuses, accaparé l'instruction du clergé séculier, porta la main sur les institutions politiques proprement dites; lorsqu'il voulut supprimer le conseil de Brabant et rendre nulle l'action des états. Elle s'unit alors au parti de ceux qui s'insurgèrent pour la constitution avec ses privilèges et ses abus. Cette union , comme on devait s'y atteadre, ne fiât pas heureuse pour elle : c'était le pacte du faible avec le fort, de la minorité avec la majorité. II est rare qu'en pareil cas les fruits de la victoire soient également partagés.

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