‹ Ferdinand Rapédius de Berg. Mémoires et documents pour servir à l'histoire de la révolution brabançonneChapitre 9 sur 102 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

WnVATÏÏiM DB LA BXLGIQUB A L'AVMnbIIBNT l^B #O0IFB II.

Avant de suivre M. de Berg dans sa carrière d'intendant du cercle de Brabant, et de jeter un coup d'œil sur les laits qui déjà s'étaient accomplis en 1787, dans Fordre des réformes joséphistes , qu'il nous soit permis d'émettre quelques considérations générales, et d'envisager les institutions de la Belgique dans leur ensemble et dans leurs rapports avec les événements de l'époque.

Quand on étudie sans prévention la partie sérieuse de la révolution brabançonne, on ne peut s'empêcher de reconnaître que, si l'insurrection qui porte ce titre fut opérée par des instruments ineptes et parfois même bouffons, il y eut dans la généralité de ceux qui y prirent part, un sentiment bien louable et bien précieux, l'amour des institutions nationales. Ces institutions avaient pris leur source dans une autre révolution, dans celle qui produisit l'émancipation des communes : car il est à remarquer que

le type du gouyemement de nos proyinces , type qui traversa huit siècles sans altération radicale, est sorti de la grande commotion qui ébranla la féodalité. Ce fut yers le onzième siècle que les populations agglomérées de notre pays prirent part au mouTement qui bientôt se fit sentir dans toute l'Europe occidentale. Ces populations qui, en passant sous le joug de la féodalité, ayaient conservé l'esprit d'association des vieilles Gildes {*) de la Germanie , étaient enfin parvenues à se constituer en communes, et avaient acquis assez d'importance pour faire légitimer leur organisation. Que les chartes aient été arrachées par la force, ou acquises à prix d'argent, comme le prétendent quelques auteurs, toujours est-il qu'avant de les obtenir, les communes existaient, et dès lors l'octroi des chartes ne peut avoir été qu'une concession nécessaire. Non«seulement les communes existaient; mais elles étaient organisées, mais déjà elles s'étaient approprié les institutions des hommes libres du temps de Charlemagne. La lecture des premières chartes ne laisse aucun doute à cet égard : ces actes ne fondent rien, n'organisent rien; ils ne font que constater des faits accomplis, pour leur donner une sanction légale. La charte de Yilvorde, par exemple, qui est une des plus anciennes (1192), n'institue pas les échevins : ^Ue en reconnadit l'existence, elle en garantit les attributions. En promettant aux gens deVilvorde qu'ils n'auront jamais d'autres juges ('") , elle ne crée pas une nouvelle organisation judiciaire : elle garantit le maintien exclusif des q^Âi banaux existants» En statuant que les impôts seront arbitirés^pw; les échevins C^)j.élle n'introduit pas une jiouyeUe fonuç^d'admi*

{*) Associations années, qui ont pris naissance cbez les Francs et qui se sont perpétnées idttWAos^ttniMssottslanomde^ajei», GMldên<nSefmenli* ÇV^fmltê ConMkWtm sur fhUfûire de ftance, par Augustin Thierry. )

(** ) Quicumque in hoc opptdo burgensU foetus fuerU, in omnUms cousit , nmnissi eum jnakMê ipsius oppiâi eiitiipso oppido trfnuUibilur , née ûHis Mt^fuém irMianéms êsê ffd flfpelkmdus , nisi re ipsajurisdieiUmem vel dammium msênm sxcedalL, ( Butkfps, t. !•" , preuves, p. 46. )

<***) Frwdidis burgmuibuê têieimrêmisimw ùumêm s^coi^omm; né H /Uâim ^mOtaii fuciçmuf, si fiHum vel fiiiam nuptui dederimus , vel si e^editionem trgnsinffpet imperatori faciamus, im quiims tamen casibus s{ nécessitas incubuerit, non nisi medioais et p$r sfxMnos fiel mcmsrsHs , sieikm im eaptifviiêUm dêPmerimus ( quêd eMt) msêiêr çrem presdielo modo solveni sucçursum, ( Butkcps ^ t, i*' « pe^Yes , p* 46. )

nîatf^tipA Telle attribue à L'administrâtioii existante des écha* vins une prérogative partieulière» et qui parait avoir vécu dans l'ueage avant d'être écrite dans la loi. Le titre seul d^échëvin (*) rappeUé d'ailleurs cette magislratiure locale fondée par la loi carlovingienne, et dont les membres ne pouvaient être choisis ^é € da consentement du penple (*'); > magistrature qui parait Bftême avoir représenté le peuple dans les assemblées générales tenues sous les rois francs de la seconde race (***)•

Les actes de cale espèce se multiplièrent presque à l'infiiii dans BÔs i^ovinces. 11 n^y eut^ pour ainsi dire, pas un village qui ne filt érigé, sinon en commune, du moins en firancliise. Dès lors la révolution fut accomplie : un régime nouveau avait succédé au régime de la féodalité pure. Bieiit6t on vit les villes, les communes et les franchises figurer comme personnes politiques , à côté des barons et des chevaliers , dans les actes publics), dans les traités de paix, d'alliance et de commerce. Les ser& réunis en communauté étaient devenus en quelque sc»te vassaux.

Dès l'année 1194, plusieurs communes intervinrent dans le traité de paix conclu entre Henri I'*', duc de Lothier/et Baudouin,, comte de Flandre et de Hainaut, marquis de Mamvr. Douze villes^ du côté du comte de Flandre,^ huit, du côté du duc, se portèrent garantes de ce traité, avec plusieurs chevaliers de part et diantre (^'). Vint ensuite ( 1307) le indlé de mariage du fils de Henri I"" avec une fil^e de Philippe, roi^es Rranans. Gélm->ci exigea que les conditions de ce tiraité fieussént Jurées par lès vaasauï et les villes dn duc. de Lotbier iJHmhimt ilbêâ mmûftr^ no/er std et mm civiêates C^**). Enfin, nous citerons encore Yâttt d^bdieation du fils aine de Henri III , duc de Lotbier et de Bra<^

(* ) Scabini oa scMnei , d'où les Flamands ont faft êcepen et plus tard t^œpen, juges„ éobavim

('*) Ctepp. odd. anni 829, c. 2.

( *^ ) On trouve en effet dans une note très-ancienne ajoutée au second capitulaire de 805 ^^ V» les juges (teainnÊi), les éféques, las ahMs, les comtes, avaient souscrit de leur propre MA les capitules qui avaient été i^tés te ntee aanéa à la Wi saU^i^ ( Salua. , n* Yiu^

(•**•) Emst,p. 67,note8.

C*^*) Bntkens , tom. !•' , preuves , p, 59,

96 RAPtDIUS

bant, en faveur de son frère (1367). Cet acte fat soumis à la ratification de Richard, roi des Romains, qui n'accorda sa ratification qu'après s'être assuré du consentement des communes et des villes du Brabant , ou du moins de la plus grande et saine partie d'icelle* (')•

L'importance des communes dans l'ordre des relations politiques n'était qu'une conséquence de leur marche progressive dans l'ordre de l'administration. En effet, leur action ne se borna pas longtemps aux affaires d'^itérét local; elle s'âendit bientôt jusqu'au gouvernement général du pays. Un acte du 50 juin 1512 en fait foi : c'est la déclaration de Florent Berthout , seigneur de Malines, dans laquelle on lit le passage suivant : c Nous connois- € sons et tesmoignons que nous sonmies tenus et devons tenir et c faire tenir bien et loyaulment en nostre ville de Malines et € partout en nostre terre , tous cris , tous commans, toutes or- € donnances, et lout chou que par commun accord et conseil des € barons, villes et des bonnes gens de Brabant^ sera criet, com- € mandeit, ordonneit et fait en Brabant Çy >

Il existait donc déjà, à cette époque, un mode suivant lequel les villes et bonnes gens étaient appelées à donner leur accord, aussi bien que les barons, à toutes les mesures d'intérêt général. Toutefois, nous ne connaissons point de traces certaines de leur participation directe et simultanée au pouvoir central avant la fiuneuse charte de Gortenberg, qui date du 27 septembre IM%

Cette charte régularise l'action des communes dans l'administration générale du duché. Cinquante-huit nobles et dix-huit villes et franchises furent requis par Jean II d'y donner leur adhésion, et d'y apposer leurs sceaux. Les villes qui accomplirent cette formalité furent : Louvain, Bruxelles, Anvers, Bois-le-Duc, Tirlemont, Leuwe ou Léau, Nivelles, Gembloux, Lierre, Herenthals, Hannut, Vilvorde et Genappe; les franchises : Turnhout,

C) De eonsemu benevolo et de volutUaie cammuni ÀleidU Dudaœ BrobmUiœ, bm^ num, magnalum et cof9im«iii{iitfi oppid(>rum duealûê ëpudem, f>e^ majaris «f taniêrii partie eô proeesêeriL (Butkens, tom. i*', preuves, p. 101 et 102.)

C) Batkeof, tom. i«s preuYes, p. 143.

DE BBRG. 97

Tervueren, Issche, Merchtem et Ghapelle-au-Bois ( Cappel-opten-Bosch )•

Nous nous bornerons à rappeler l'article 4 de cette charte , qui détermine la forme du gouvernement : c De plus , y est-il dit , par avis commun de notre pays , nous et nos successeurs , nous choisirons dans le pays quatre chevaliers, les plus aptes et les plus sages que l'on peut trouver, pour l'avantage du pays , et trois bonnes gens de Louvain, trois bonnes gens de Bruxelles, une d'Anvers Q, une de Bois-le-Duc, une de Tirlemont et une de Léan , et ceux-ci , étant ainsi choisis, viendront et s'assembleront à Gorlenberg, de trois sainaines en trois semaines , et auront le pouvoir ( lequel pouvoir nous leur donnons pour nous et nos successeurs ) dé s'enquérir et connaître si dans le pays il y a manquement de quelque chose, comme des poincts ci-dessus décrits, ou qui pourraient se présenter cb-après, en quelque manière que ce soit ou que puisse être, et ils auront plein pouvoir, de notre part et de la part de nos successeurs, de pourvoir à toutes ces choses et de les améliorer, et de faire toutes autres bonnes choses, et de disposer pour le mieux dans l'intérêt de nous et de notre pays ; et ce qu^ainsi ils feront et disposeront , restera ferme et stable , sans jamais faire ou venir à rencontre , de notre part ou de la part de nos successeurs, en aucune manière quelconque {**). >

(*) En 4355, ce nombre fat porté à deux poar Anvers, et on en ajouta une pour Nivelles. ( ^tkens, t. n, p. 539. LOovens, t. m , p. 29. Liiyster van firabant, 1. 1*' , p. 95 ).

{**) Voert selen wi , ende onse nacomelinghe , bi ghemeine rade van onsen lande kieseù binnen knds TÎer ridderen, de orberletste, ende de vroetste die men vinden mach, omme 's lands orboîre ende drie goede Uede van Lovene, drie goede liede van Brucelle» eenen gouden man van Antwerpen , eenen van t' sHertoghen Bosscbe , e^aen van Thienen ende eenen van Lewe , ende dese, die Mm ghecoren werden , sden eomen ende vergaderen te Cortenbergfae van drie veeken te trie weeken , ende selen mechtech syn , dewelke macht wi bea gbeuen, van ons ende van onsen nacomelingben , te verboeme ende te wetene ochte eoecb gebrec es in den lande van eneghen dinghen, aise van poenten, die bier vord)escbreven syn, ochte hier namaels gevallen moghen , in wat manieren dat si , ochte ghescien mach , ende vol macht hebben , van onsen veghen , ende onsen nacomelingben , altoes aile dese dingben te versiene ende te verbeteme , ende aile andere goede dingben te maekene ende te ordineren op bare beste , naden orbere onse ende ons lands; ende dat si darmede doen, ende ordineren selen, dat dat vast ghestade blive , sonder nemmermeer daer ighen te doene, ochte te eomene, van onsen wegen, ochte onsernaoomelinghen in eenegher manieren. (Luyster van Brabant, part. V, page 69. Lovens, t. i«% page f6. Plac de Brab. , t. !•' , page 123. )

98 RàPâMW

Cette espèce de représentation nationale , choisie par am commun du pays^ et dont un membre ne pouvait être remplacé que par tavis de$ autres et des bonnes gens du pays (*), fut la première pierre de l'édifice qui plus tard, s'érigea en états, d'autres disent, len conseil de Brabant ( ** ). y.up et l'autre sont.yrais peut-4tre* Il est imposable cependant de nçi pas reconnaître dans ces bmne^ gm^y qui représentaient nos yiJles et nos franchises # les pères. de ceux que l'on distingua dans la sui(e par la dénomination de tiers état. Toutefois, ni dans la joyeux entrée de la duchesse Jeanne (de 1555 ) , le premier acte qui fut ainsi appelé, ni dans la conQrmation de la charte de Gortenbwg et de la charte w^llcmne par le duc Wenc^las ( en 1372 ) , ni dans la joyeuse entrée. d'Antoine de Bourgogne ( de 1406 ), il n'^st fait mention d'états ; et ce n'est, p^asons-nous , que dans un acte de 1420 , que l'on trouve pour la première fois cette dénomination. Cet acte est la promotion du comte, de S^-Pol (Mynheere van Sampol)^ frère et successeur du duc Jean lY, à la dignité de^uwart, promotion à laquelle participèrent des abbés , des nobles et des villes et franchises- Il y est &it mention.de divers cas dans lesquels le ruward devra s'en* tendre avec les trais états (.***). Dans la charte de Jean IV, vulgairement connue sous le nom du nouveau régime du dMc Jean ( de 1422 ), les nobles et les villes sont désignés par ces mots : de twee weerlycker staete, les deux états laïques (****). Enfin ^c'^t dans la joyeuse entrée du duc Philippe P*", qu'il est, pour la première fois, parlé en termes exprès de la convocation des états Ç^).

{*) Eûde voert, ware dat saecke dat enech Yan den Toonehreven riddoren, o^te van de aaderen goede lieden , die hierloe gfaeooren werden selen, Yan Hue ter doot ginghe, édite iiiet orbelec en ware te desen dinghen, dat men dan eenen anderen kiesen, ^de setten sri , ii^siné stat , bf rade yan de anderen, ende der goedture lieden yan de lande al te Gortenberghe. (iHd).

C*) Dans une requête présentée au roi le 10 noyembre 1674, le» états de Brabant prétendfrent ^e le conseil de Brabant représentait la juridietion qu'eurmémes avalent administrée autrefois , laqudle , par leur coopération et consentement, ayait été transmise audit conseil , et Os citèrent, à l'appui de ce dire , la charte de 1512, dite charte de Gortenberg , et celle de la duchesse Jeanne de 1385, et les joyeuses entrées de 1355 et de 1572.

( *** ) Plac. de Brabant, t. !«-, p. 657.

( **" ) Plac. de Brabant , t. rv , p. 579.

{*****) Voyez, sur Torigine des états, la déduction du pensionnaire Edelbeer, et oelle do conseiller Stockmans, chap. n. Voyez aussi le Traité de la joyeme en^ée, par Depape, Imprimé k Malines , chez Hanicq, en 1787 , p. 11 et suiv.

Tidie est Forigîne de ce gouTernement , qui ^nbsîsta jusqu'en 1 790 , non pas sans de graves et importantes modifications , mais » comme nous l'avons déjà dit, sans que sa forme subit d'aUéra* tiqn radicale. L'histoire des institutions des autres provinces est à pesa près lu même. Les dix-sept duchés, comtés, marquisat et seigneuries, que l'on désigne habituellement sous le nom de provinces des Pays-Bas, formaient autant de petits États , ayant chacun leur constitution, leur représentation nationale, leurs magistrats coo^unaux» etc«.

La réunion de toutes ces provinces, sous un même sceptre ne changea pomt leur r^ime intérieur, Philippe le Bouj, à qui son père avait laissé , ontre le duché et le comté de Bourgpgpe et la seigneurie de Salins, les comtés de Flandre et d'Artois et la seigneurie de Malines, acquit à prix d'argent , en 1421 , ]& contfé de Namur ; il reci^eillit de la succession de Philippe l^^y en 1450, les duchés de Lotbier, de Brabant et de Limbourg, le marquisat du saint empire et les terres d'Outre-Meuse, uniei; au duché de Limbourg; c'estrà-dire , Içs pays^ d^ F^ffqpemoat, de Daelem et de fttlduc La domination de ce princç s'accrut eiicore des États de Jaqueline de Bavière, cc^ntesçe de Hainaut^ de Hollande et de Zélande, dame de Frise , par les traités de 1428 et de 1451 Enfin, il y ajouta le duché de Luxembourg , qu'il acquit de 1» duchesse deGorlitz*

Le duché de Brabant se trouva ,donc faire psurtie d'un vaste ^pire, dont Charles le Téméraire étendit encore les. limiites, par l'adjonction du duché de Queldre et du comAé de Zutphçn. Cet empire dut nécessairement avoir un gouveirpement. central. Axmi voy<ms-nous que Philippe le Bon et ses sujcces^eyrs eurent un premier ministre, qui porta le titre, tantôt de chancelier, tantôt de grand ob^ncelier de Bourgogne ; un ministre, des finances , qui a'appel^ sncqessivement surintendant , trésor^r gàiéraj , contrôleur général; un conseil des finances, un conseil privé; mais cela n'empêcha point les provinces et les villes et franchises de s'administrer elles-mêmes, de s'imposer elles-mêmes, de percevoir elles-mêmes les impôts, de délibérer sûr les demandes

100 RAPÉDIUS

de subsides faites par le duc, de conserver leurs privilèges en matière de justice, etc. , etc. Philippe le Bon, comme Philippe P', qui était aussi de la maison de Bourgogne, comme Jean IV, comme Antoine de Bourgogne, comme la duchesse Jeanne, Philippe le Bon fit sa joyeuse entrée, et jura de respecter les franchises, privilèges, chartes, coutumes des prélats, barons, nobles, villes et franchises de son pays de Brabant. Ainsi que son prédécesseur , il fit mention dans cet acte de la convocation des états, promit de la faire quatorze jours avant Fépoque de la réunion , de faire tenir les assemblées dans une place commode de la province, où les états pussent librement aller, «t de permettre à chacun des prélats, barons ^ nobles, villes et franchises ^ de dire et déclarer leur charge, et passer parmi ce, sans encourir aucune indignation ou disgrâce (*).

Après les ducs de Bourgogne, Charles V, Philippe II luimême, puis les archiducs, les empereurs d'Allemagne, vinrent successivement jurer, dans leurs joyeuses entrées, de respecter les traditions constitutionnelles du pays. Cest ainsi que , malgré les guerres, les émeutes, malgré les funestes événements ifaif au 16* siècle, agitèrent et déchirèrent le pays, les institutions primitives du Brabant, comme celles des autres provinces, arrivèrent sinon intactes, du moins avec leur physionomie d'origine, jusqu'au règne de Joseph II. Quelles que fussent l'élévation et la puissance du chef de l'État, jamais son pouvoir ne changea de nature : c'était toujours un duc de Brabant, un comte de Flandre et de Hainaut, un seigneur de Malines , et ainsi de suite. La réunion de tous ces petits États formait plutôt une confédération qu'un empire; l'autorité du prince y tenait plutôt de la suzeraineté que du pouvoir souverain.

Est-il vrai que Joseph II voulut changer cet ordre de choses? Est-il vrai qu'il voulut être empereur , en Belgique conmie en Autriche, et non duc de Brabant, non comte de Flandre et de Hainaut, non seigneur de Malines, marquis du saint empire, etc.?

(*) Placards de Brabant, 1. 1*', p. i5S.

Cest ainsi, nous semble-t-il, qne la question doit être posée par ceux qui yeulent juger la révolution brabançonne du point de yae de la l^lité. Mais si l'on se place à un point de vue plus élevé , une question plus grave et plus difficile à résoudre se présente à l'esprit. On se demande si le bonheur et la prospérité de la Belgique étaient réellement attachés à la conservaticm de cette ancienne forme de gouvernement, et si le temps n'était pas venu enfin de la rajeunir, et de lui faire reprendre, parmi les États de l'Europe, un rang que sa décrépitude rendait impossible. Pour apprécier l'importance de cette question, il est indispensable d'envisager les provinces Belgiques au temps de leur prospérité, et de les suivre rapidement dans leur longue carrière de décadence jusqu'à l'époque dont nous avons à nous occuper.

Les provinces des Pays-Bas avaient déjà acquis un haut degré de prospérité, lorsqu'elles vinrent à être réunies sous le sceptre de Bourgogne. L'industrie et le commerce avaient fondé de grandes villes, et déjà Poperinghe, Ypres, Tournay, Bruges, Utrecht, étaient en possession de fabriquer les draps et les tissus les plus renonunés. Les produits de nos manufactures étaient versés par le commerce, aussi bien dans les contrées septentrionales que sur les marchés de la France, de l'Italie et de l'Espagne : car les Belges avaient pénétré dans la Baltique, et ils trafiquaient dans tous les ports de la Suède, de la Mosoovie, de la Livonie, de la Prusse {*). Ces relations ne firent que s'accroître, et la marine prit bientôt un développement remarquable. On vit des navires belges partir de l'flcluse pour parcourir, dans toutes les direc* tiotts, les eaux de la Baltique; on vit les galères de Philippe le Bon cingler des ports de la Zélànde vers la Palestine, et y transporter des armées. Le célèbre navigateur Jean de Portugal, le sire deLalain, les bâtards de Bourgogne, illustrèrent le pavillon des Pays-Bas dans ces expéditions lointaines.

Au dedans, la Belgique était riche, prospère, et présentait le spectacle d'une grande nation. Les arts, ces enfants de l'opu-

( ') Altmeyer , Histoire des relalions commerdalei et diplomatigaes des Pays-Bas.

102 RilPÉDIUS

lence, y florissaient à Fombre d'tin paissant patronage. Ce fut à cette époque que Jean Van Eyck , de Bruges , iuTenta l'art de peindre à l'huile. La cour de Philippe était le siège de la magnificence, de la politesse et du bon goût. Le luxe des grands eut une heureuse influence sur l'industrie : les manufactures de tissus de lin« de lame et de soie lui durent une partie de leur perfection.

Pour arriyer à ce haut degré de prospérité, qui ne peut être que le fruit de relations étendues, de vastes débouchés et d'un syistème de production largement assis, il avait fallu nécessàireàient la réunion des provinces des Pays-Bas sous un pouvoir central. Et cq>endant que d'efforts ne furent-ils pas faits pour briser ce pouvoir? Le pays eut à subir les conséquences de ses institutions. Chacune de nos provinces formait un État en quelque sorte indépendant. Le mécanisme de leur constitution, considéré sous le point de vue du régime intérieur , de l'ordre légal , de. la sécurité individuelle, était bon peut-être. Lep petits États ont, sous ce rappcnt, un avantage marqué sur les grands. Il est telles proviiM^s qui n'auraient besoin que d'être livrées à dilesm^es pour jouir d'un excellent gouvernement constitutionnel. La perfection de l'espèce est même nécessairement en raison inverse de l'étendue du territoire et de la force de la population. Une ville, un village, un hameau, une femille isolée forment l'échelle des meilleurs gouvernements constitutionnels possibles. Ga que l'histoire nous montre de plus parÊdt en ce genre, c'est sans contredit le règne des patriarches.

Mais quand il s'agit de cette {Hrospérité nationale que les économistes modernes appellent la richesse des nations , et à laquelle est, pour ainsi dire, attaché le sort de l'intdligence humaine , l'isolement des petits États est un obstacle d'autant plus insurmontable que ceux qui ont à lutter contre lui s'obstinent à ne pas le reconnaître. En effet, l'instinct de la sociabilité, que Ton atb*ibue aux hommes , est un estimable mensonge : partout ou il leur est permis de se livrer à leur instinct, les hommes tendent au contraire à rompre le lien qui les unit à la société. La

proTince et la commune ^ par exemj^e, quand aucune barrière ne les arrête , se jettent à Tenyi sur le pouvoir central pour lui arracher les rênes à Taide desquelles il les &it ïnarcher à Tu* nisson. Cest ce qui rend si difficile le gouTernement des Ëtats fédératifs. Il n'y a que le danger commun qui puisse donner quelque force à une fédération, et l'on remarque que les hommes ont Tadmirable faculté d^oublier le danger aussitôt qu'il a dis* paru.

Dès l'instant où les proTÎnces des Pays^Ras furent réunies sous du gouvernement commun , Tesprit d'indépendance locale ne cessa de tendre à la dissolution de cette société nouvelle. A l'avènement dé Philippe le Bon commence une série d'émeutes, qui ne se terminé que par la grande révolution dite du seizième siècle. La prospérité et la gloire du pays durent nécessairement souffrir de ces désordres » aussi funestes à ses relati<ms politiques qu'au développement de son commerce et de son industrie. Chaque sédition, faite au pr(^t de ce qu'on appellerait aujourd'hui les intérêts moràiix, eut pour résultat, non-seulement le sacrifice d^ intérêts matériels , mais souvent aussi le sacrifice dé la dignité et de la force du pays vis^-vis de l'étranger. Les province§ des Pays-Bas ne furent jamais aussi riches au dedans et aussi respectées au dehors que quand le pouvoir central fut assez fort pour restreindre Tetercice de leurs privil^[es dans des limites qui n'entravaient point sa liberté d'action.

Charles le Téméraire, qui succéda à Philippe le Bon, eAt fait de grandes choses pour la Belgique, s'il n'avait pas dépensé toute son édergie dans des guerres chevaleresques. Lui aussi avait rêvé la frontière naturelle du Rhin. Les Français, à cette époque, étaient loin d'y penser. Ils avaient été battus, humiliés par Philippe le Bon. Leur roi, Louis XI, fut mystifié par le successeur du bon duc , qui le força à assister au massacre des Liégeois , dont lui-même avait fomenté la revente. Non content del s'être emparé de la Lorraine, Charles le Téméraire voulut aller châtier les' Suisses, châtiment qui ne pouvait avoir d'autre résultat que de satisfoire sa haine et son amour-profure. Sa manie de guerroyer

raina le pays, et fit décheoir le commerce. L'émeute eut trop peu de succès sous son règne, pour qu'on puisse lui attribuer la décadence de la prospérité publique; mais tout en la comprimant, il n'ayait cessé d'en alimenter le principe, et de fournir au pays des motifs sérieux et vrais de mécontentement. Aussi , à peine futril tombé, que des troubles éclatèrent de toutes parts.

Sous Marie de Bourgogne, presque toutes les provinces marchaient à la conquête de leurs privilèges, compromis par Charles le Téméraire, pendant que Louis XI s'emparait de la Bourgogne, de la Picardie et de TÂrtois, que ses troupes entraient dans le Luxembourg, et que lui-même venait investir Ârras. Le grandduc Maximilien n'avait plus qu'à recueillir les fruits de sa victoire de Guinegate ( 1479 ), lorsque les Gantois, excités par les agents de Fennemi , le forcèrent à conclure une trêve. Marie de Bourgogne étant morte (le ^ mars 1482 ) , de nouvelles difficultés surgirent : il fut impossible de mettre les états de Brabant d'accord avec les états de Flandre, relativement à la tutelle des enfants de cette princesse. Pendant ces débats, Maximilien fut obligé de faire avec Louis XI un traité qui donnait à ce dernier l'Artois , le Maçonnais et l'Auxerrois (décembre 14f82). Les Flamands voulaient qu'on lui cédât toute la partie de la Belgique qui parlait la langue française. C'est ainsi qu'ils entendaient l'amour de la patrie, et qu'ils croyaient augmenter sa gloire et sa splendeur.

Longtemps encore la paix intérieure continua à être troublée. L'industrie et le commerce, qui avaient beaucoup souffert, reprirent un peu de vie sous Philippe le Beau; mais les désordres qui n'avaient cessé d'agiter la Flandre finirent par amener la ruine de Bruges, et l'on vit le commerce abandonner insensiblement son ancienne métropole , pour aller se fixer à Anvers.

Quand on arrive à l'époque de Charles-Quint , les Pays-Bas se présentent sous un jour tout nouveau. Placés immédiatement sous la main de fer qui portait le double sceptre de TAllemagne et de l'Espagne, ils furent contraints de jouir paisiblement des bienfaits de Tordre intérieur, et des fruits que produisent d'immenses relations commerciales. Une seule fois les Gantois, par

DE BEaG. 105

l'efiét sans doute d'une réminiscence, s'avisèrent de vouloir troubler Tordre, et de remettre la prospérité publique en question. L'Empereur vint à eux, se constitua leur juge, écouta leur défense, prononça leur condamnation et la fit exécuter. Depuis lors, et pendant tout le reste de son règne, les Gantois furent parfaitement heureux et tranquilles. Charles-Quint leur ôta leurs privil^es, mais il dota la Belgique d'une excellente législation, et d'un gouvernement sage et éclairé. Sous son règne, la Belgique devint riche et puissante. Anvers fut, pour ainsi dire, l'entrepôt du commerce de l'univers. L'Escaut était sillonné de navires venant de toutes les parties du monde. Les richesses de l'Amérique et de l'Asie ne passaient par les mains des Espagnols et des Portugais, que pour payer les produits de l'industrie belge. Les magasins de l'Espagne et du Portugal appartenaient à nos manufacturiers, et étaient pleins de leurs marchandises.

L'importance politique du pays fut rehaussée dans les mêmes proportions. Par le traité de Madrid, de 1526, et ensuite par le traité de Cambrai, de 1529, François l^' renonça à ses droits de ressort et de souveraineté sur les comtés de Flandre et d'Artois, et consentit à ce que Tournay et le Tournaisis restassent unis et incorporés au comté de Flandre. Le duc de Juliers céda la Gueldre et le comté de Zutphen , et François P' renonça également, par le traité de Crespy , en 1544, aux prétentions qu'il avait sur ces deux provinces. Enfin , l'Overysselt et la seigneurie d'Utrecht, en 1528, les pays de Groningue et de Drenthe, en 1536 , ajoutèrent encore au poids que dès lors les Pays-Bas durent avoir dans la balance politique de l'Europe. Réunis à l'empire d'Allemagne, à titre de cercle de Bourgogne, de belles destinées attendaient ce nouvel État, si la lutte des intérêts moraux et des intérêts positifs n'était venue encore une fois déranger toutes les combinaisons.

Cette fois , ce ne fut plus de privilèges qu'il s'agit : l'incendie qui se manifesta sous Charles-Quint, et qui bientôt devait mettre une partie de l'Europe en combustion, avait une cause bien plus grave. Un moine allemand , nommé Luther , avait ima-

406 RAPÉDIUS

gilié une ncmyelle manière d'adorer Dieu, non pas un nouveau Dieu, mais le Dieu de tous, le Dieu des chrétiens. ( Il n'y eut point contestation sur Fidentité divine , mais seulement sur Tespèce d'hommage à lui rendre ). Ce malheureux moine bouleversa l'Europe. Il souleva FÂllemagne d'abord , et força Charles-Quint à user de violence envers ses propres sujets. lï fallut, pour les faire rentrer dans Tordre et donner gain de cause aux intérêts positifs, que, dans la bataille de Muhlberg, un grand nombre de braves gens devinssent victimes de leurs convictions religieuses. Charles essaya plus tard d'un autre moyen. H crut que , puisqu'il ne s'agissait que de formes, on pouvait tout concilier au moyen d'une transaction. Mais le juste milieu qu'if imagina , et auquel il donna le nom à'intérîm, ne fit qu'exalter les esprits de part et d'autre : catholiques et protestants fiirent également indignés de sa proposition. Forcé d'opter entre les deux partis, HEmpereur se rangea nécessairement du côté des conservateurs. Le protestantisme était une innovation qui venait troubler l'ordre établi. En le considérant sous ce point de vue, il était du devoir du chef de l'État d'en arrêter les progrès. Il est douteux ^ au reste, que Charles-Quint se soit beaucoup occupé d'étudier les doctrines nouvelles. Élevé dans la religion catholique, il trouvait dans l'exercice de ce culte de quoi satisfaire sa vocation religieuse, et les soins de l'Empire ne devaient guère laisser de place dans son esprit pour les méditations ascc^tiques.

Quoi qu'il en soit , la réforme fit bientôt d'immenses progrès. Elle agita toutes les têtes , elle se substitua, dans l'activité humaine, à toutes les choses utiles : l'industrie, le commerce, la navigation, tes arts mêmes furent abandonnés pour les discussions religieuses. Les traités de paix et les déclarations de guerre n'eurent plus en vue la gloire et la prospérité des nations, mais la vie éternelle et la béatitude céleste. Et, chose remarquable! dans les Pays-Bas , ce furent les manufacturiers et les ouvriers des fabriques qui se préoccupèrent le plus de ces intérêts impalpables.

De tous les pays qui furent agités par cette espèce de fièvre religieuse , la Belgique est celui pour lequel elle eut les résultats

DE BBRG. i07

les plus désastreux. En Allemagne et en Angleterre , la réforme fut trop généralement adoptée, et par les princes et par les peuples, pour que les calamités qui accompagnent toute révolution pussent s'y perpétuer. En France, elle n'eut pas assez de force pour se maintenir longtemps sur le pied de puissance ; la lutte y fut trop inégale pour laisser des traces impérissables. Dans le cercle de Bourgogne, elle déchira le pays en deux parties , que Ton essaya yainement, depuis cette époque, de ressouder ensemble. Philippe II , dont les trésors de TAmérique avaient exalté l'ambition, et qui, ainsi que son père peut-être, rêvait l'empire de Gharlemagne, s'imagina trouver dans les querelles religieuses un moyen de réaliser ses projets. La réforme lui apparut comme une hérésie vulgaire, qui devait finir par succomber sous les foudres de Rome. Dès lors il maria sa cause à celle de la papauté ; il appuya de l'or du nouveau monde les intrigues de l'Église, et joignit la force de ses armes à l'autorité spirituelle. VArmada invincible y qu'il lança contre TAngleterre , portait, avec les bulles de Sixte-Quint, seize cents pièces de canon de bronze et trente mille hommes de bonnes troupes. En France , ce fut le cardinal de Lorraine, qui, sous l'inspiration de Granvelle, organisa la ligue; mais si l'expédition de l'invincible ilrmcufa avait réussi, on n^aurmit pas attendu que Paris fftt assiégé et affamé par un prince huguenot , pour y envoyer des troupes et un général

Les Pays-Bas devinr^it le centre des opérations de Philippe II. Placés en quelque sorte entre la France , l'Angleterre et l'Allemagne, leur position eût été éminemment favorable aux grands desseins du roi , si le génie de la nation, les institutions du pays , l'amour de l'indépendance, la haine de l'étranger, et enfin le progrès môme des idées protestantes n'eussent formé des obstacles înshrînôntables. A peine, en effet, le successeur de Charles Y s'était-il fait inaugurer duc de Brabant, comte de Flandre, de Hàinaut, etc., que dans l'assemblée même des états généraux qu'il avait convoqués à Gand pour les sermonner et s'assurer de leur^conconrs, on lui demanda hautement le renvoi des troupes

108 RÀPÉDIUS

espagnoles et étrangères. Il fat même obligé d'en faire la promesse formelle , avant de quitter le pays pour se rendre en Espagne ; et ce fut plus tard son refus obstiné d'accomplir cette promesse, qui servit de prétexte aux premiers troubles.

Bientôt, le point que Philippe II avait choisi pour place d'armes fut précisément celui dont on lui disputa la possession avec le plus d'acharnement. Pendant qu'il complotait, avec son beaufrère Charles IX , à Bayonne , l'extermination des huguenots français (Î565), la noblesse des Pays-Bas se coalisait, sous le titre de gueux, pour extirper l'inquisition; pendant que les amis de Philippe célébraient en France l'horrible fête de la Saint-Barthélemi ( 1572 ), le prince d'Orange vengeait la mort des comtes d'Egmont et de Horn; pendant que le duc de Parme tentait de secourir les Parisiens catholiques assiégés par Henri IV ( 1590 ), le prince Maurice se mettait à la tête d'une armée nombreuse, battait la cavalerie espagnole, et s'emparait successivement de Blankenberg, Westerloo, Turnhout, Zutphen, Deventer, Hulst et Nimègue. Il en fut de même de lexpéditicm dirigée contre l'Angleterre : lorsque l'invincible Armada vint jeter l'ancre dans la Manche , pour y attendre l'escadre de débarquement que le prince de Parme avait fait équiper ( 1588 ), déjà les insurgés des provinces septentrionales étaient maîtres des bouches de l'Escaut, et leurs navires inquiétaient tout le littoral.

Le quartier général de l'armée catholique était si mal assis dans nos provinces, que loin de pouvoir étendre ses opérations à l'extérieur , cette armée ne put suffire à la garde même du pays* Après seize ans de luttes et de combats, un jour vint où le pouvoir du roi d'Espagne fut, non pas méconnu, mais anéanti de fait dans toute l'étendue des Pays-Bas. Le 8 novembre 1576, sur les ruines fumantes du château bâti par Charles V , pour contenir les Gantois dans l'obéissance, fut signé par les plénipotentiaires de toutes les provinces, le pacte solennel connu sous le titre de Pacification de Gand. Les parties contractantes étaient, d'une part, les prélats, nobles, villes et membres de Brabant, Flandre, Artois, Hainaut, Valenciennes, Lille, Douai, Orchies,

Namnr, Toumay, Toumaisis, Utrecht et Malines, formant les états généraux de ces pays, d'autre part, le prince d'Orange et les états généraux et villes de Hollande , de Zélande, et leurs associés, qui avaient déjà précédemment secoué le joug de l'Espagne. Ce traité Êiit, pour ainsi dire, sous Finvocation de Philippe II , dont il porte les noms et les titres avec les formes ordinaires du mandement, stipule une paix sincère, invidable et étemelle entre toutes les provinces, une alliance, confédération et union perpétuelle, à l'effet de se secourir mutuellement, s'aider de toutes leurs forces, leur sang et leurs biens, à concourir au bien public, surtout à extirper, à chasser et à empêcher la rentrée des Espagnols et autres soldatesques étrangères. Cest un des plus beaux monuments de l'histoire de notre pays. L'aspect en est grandiose , imposant ; il parle à l'esprit et au cœur : mais hélas! c'est un monument de plâtre, aussi vide que le masque cité par Ësope.

Un germe de désunion fut déposé dans le traité de fédération lui-même. Les provinces septentrionales avaient adopté la réforme, et déjà elles s'étaient constituées en Ëtat distinct, sous le stathoudérat du prince d'Orange. Aussi figurent-elles dans le traité comme formant ensemble une des parties contractantes : l'autre partie se compose des provinces méridionales, qui avaient conservé la foi de leurs pères, et qui eurent soin de stipuler, en termes exprès, qu'il ne serait permis en rien d'att^iter à la religion catholique et romaine, d'injurier, irriter, ni scandaliser les catholiques , sous peine d'être réputé et puni conune perturbateur du repos public. Les placards , ordonnances, styles et poursuites criminelles, émanés du duc d'Âlbe, furent suspendus; mais seulem^it jusqu'à ce que les états généraux en eussent autrement ordonné.

Ces termes mêmes du traité de fédération portent la preuve que désormais toute fédération était impossible entre les provinces septentrionales et les provinces méridionales des Pays-Bas. Ils constituent, pour ainsi dire, Tinstrument authentique d'une séparation qui existait déjà, et dont les causes ne pouvaient man-

110 BAVÉDHiS

quer de se perpétuer chez un peuple habitué dès longtM^» à mettre ses intérêts moraux bien au-dessus de ses intérêts, positife. Ai^i, à peine le traité Ait^ilagné, que la guerre civile éclata dans le sein même des provinces méridionales. La réforme avait fait des progrès dans les Flandres. Elle ne put s'y établir sans occaskwier de graves désordres. De là naquit une guerre entre les Flamands et les Wallons ( 1S68 ). Les habitants des provinces septentrionales, qui avaient embrassé la réforme par raison politique autant que pâf conviction, se retirèrent sagement de cette bagarre, et çpncliirent entre eux un nouveau traité, que Ton appela le traité d'Utrecht Ce traité fiit signé, le 25 janvier 1S79, par les députés des états et villes de sept provinces, formant depuis lors les Provinces-Unies : c'étaient la Gueldre, la Hollande, laZélânde, 2^U phen , la Frise , TOverysselt et Groningue. Quatre mois après (mai 1579), les Wallcms se courbaient sous le joug de TEspagne, et après avoir signé le traité dit de Réconciliation, ils aidaient le prince de Parme à soumettre le reste de leurs compatriotes. A dater de ce moment, il semble que la malédiction céleste se soit étendue sur la Belgique. Les Provinces-Unies eurent encore une longue guerre à soutenir; mais ce fut sur leurs frontières ou sur le territoire voisin. Leur stathouder , le prince d'Orange, fut assassiné par un agent de Philippe II; mais ce lâche att^oitat n'eut d'autre effet que de resserrer les liens de l'union, et de rendre les deux partis irréconciliables. Quant aux provinces méridionales,* elles continuèrent pendant longtemps, encore à être déchirées par une guerre intérieure. Le prince.de Pamna, rentré en campagne, reprit toutes les villes de Flandre : Gand, après de nouveaux troubles, affamée et réduite. à la dernière, extrémité, se rendit par capitulation; il s'aoïpara ensuite de Bruxelles et de Malines; Anvers fut assiégée et forcée de se rendre après une défense opiniâtre. Enfin, les provinces furent soumises l'une après l'autre par le prince de Parme, et elles. eurent ensuite à supporter, pendant de longues années, toutes les charges, toutes les calamités de la guerre qu'il plut à Philippe II d'entret^r contre les hérétiques du Nord et du Midi.

M BKRG. ili

La Piçlgiqpe respira pmàmt qnelquies années sous les archidacs AU>ert et Isat)çUe; mais à dater de la mort d'Albart, qui coïn- . cida avec l'expiration de Ja trêve 4e. .12 ans ( 1621 )» elle n'evt que des malheurs à enregistrer dans ses annales :

En 1629, elle perdit Bpjs-le-Puc; en 1631, Venloo et Rufemonde; en 1632, Maestricht.

En 1633 y elle rçtQial>a 90u$ Iq jpug de l'étranger^ par la mort dlsabelle;

En 1^, Richelieu ayapt fait ^liance avec les Provinces-Unies, elle fut envahie par deux armées à la fois (*).

En 1648, la paix de Munster lui enleva définitivement Bois-Ie- Duc , Berg-op-Zoom, Bréda , M aestriçht. Graves, Hulst, Axel , etc. , et fem^i au commerce toutes les bouches de l'Escaut.

En 1659, par le traité des Pyrénées, elle perdit une partie de la Flandre, du Hainaut, du Luxembourg et de l'Artois : Gravelines, Bourbourg, Landrecies, LeQuesnpis, Avesnes,Thionville,Montmédy, Dany^lers9 Arras, Hédin, Bapaume, etc.

En 1668, l'Espagne en vendit une partie à la France pour racheter h Franche-Comté : Tournay, Charleroy, Binge, Ath, Audenaerde, Gourtrai, Fumes, Lille, Douai, Armentières et Bergues furent sacrifiées peyr )e traité d'Aix-la-Ghapelle.

En 1672, elle iîit envahie par Louis XIY, qui y resta cinq ans.

fin .1678, le traité de Nin^ègue lui restitua Gharleroy, Ath, Aadçpaerde et Goqrtrai ; mais Tournay, Ypres, Wervick^ Warij^ ton,. Poperingte, Itfenin, Gassel, Bailleul, Bavai, Maubeuge, Val^Dciennes, Bouchain, Gond^, Gambrai, Aire et S*4)mpr, reatèr^H^àJaFfaoQe.

En 1683 et 1684, Louis XIY s'empara de Gourtrai , de Plxmude et de Luxembourg.

Depuis 1688 jusqu'au traité de Ryswick, en 1697, la Belgique eut à sttlnr.lQ fléau de la. guerre pendant neuf ans,

(') par le traité d'aUiance signé à Paris, le 8 fé?rier 165£}, il était conycnu que les Pays-Bas espagnols seraient partagés entre la France et les états généraux. La France devait ayofr Cambrai et le Cambréab, le Luxembourg, les comtés de Namur, de Haioaiit» l'Artois et la Flandre, jusqu'à une ligne qui serait tirée de Blankenberg, entra Dam et Bruges, jusqu'à Ru^pelmonde. Tout le reste des Pays^as était adjugé aux états généraux. ( Dûment, t. fi, partie i~ , p. 81. Léonard , t. v , Traités avec la HoUande , p. 47. )

112 HAPÉDIUS

En 1700, la mort de Charles II attira sur son territoire les armées de France, de Hollande et d'Angleterre : la bataille de Ramillies, en 1706, la soumit au joug des puissances maritimes, qui lui donnèrent le spectacle de la bataille d'Audenaerde et de la prise de Lille, en 1708, celui de la bataille de Malplaquet et de la prise de Mons et de Douai, en 1709.

Vinrent ensuite successivement les trois traités de la Barrière, en 1709, 1713 et 1715. L'Angleterre et les Provinces-Unies abandonnèrent à l'Autriche, leur alliée, les lambeaux mutilés et méconnaissables de ces belles provinces des Pays-Bas, de cet antique duché de Bourgogne, de ce cercle de l'Empire , qui occupait autrefois un rang si glorieux parmi les États de l'Europe; mais, de peur que ce corps exténué, meurtri, n'eût cependant conservé assez de vie pour vouloir essayer de reprendre un peu de sa splendeur passée , ils eurent soin de le cerner de manière à lui rendre tout mouvement impossible. La Hollande s'empara d'une partie de la Flandre et de la Gueldre , et se réserva le droit de tenir garnison dans les villes de Namur, Tournay, Menin, Furnes, Ypres et • Termonde, à Warneton et dans le fort de Knocke. Il lut convenu qu'en cas de guerre, elle pourrait en outre occuper et inonder toute la partie de la Belgique située entre l'Escaut et la Meuse jusqu'au Demer; que la Belgique lui fournirait, en récompense de tant de peines, un subside annuel d'un million deux cent cinquante mille florins, indépendamment du service d'une dette de près de douze millions résultante d'emprunts contractés par l'Espagne et par les puissances maritimes , et qu'ei^n l'Escaut resterait à jamais fermé, comme il avait été stipulé dans le traité de Munster.

Cependant on avait oublié de fermer les eaux de l'Océan, et les Belges , dans leur naïveté , crurent que le ciel avait créé ces belles eaux pour eux comme pour les autres nations. Ils virent un vaste chemin , une immense carrière ouverte à leur activité , à leur audace ; ils ne tardèrent pas à s'y lancer : bientôt leurs vaissaux partis d'Ostende cinglèrent vers l'Afrique, vers les côtes de l'Asie méridionale , vers la Qhine. Mais leur illusion ne fut

DE BBRG* 115

pas de longue dnr^. La Hollande et l'Angleterre leur apprirent bientôt, en capturant leurs navires, qu'ils avaient tort de se compter encore au nombre des nations. Us s'adressèrent alors au prince sous la domination duquel on les avait placés, et ré^damèrent sa baute protection. Charles YI eut un moment la bonne volonté de seconder leurs efforts : il institua la compagnie d'Ostende (*) ; mais ce Ait alors que les orages s'amoncelèrent sur cette malheureuse Belgique. L'Angleterre, la France, la Prusse, la Hollande, la Suède , le Danemarck, tous ligués par YalHance de Hanovre, ne se crurent pas encore assez forts et voulurent que l'Espagne se jœgnft à eux, pour imposer à ce prince qui avait osé favoriser le commerce d'une partie' de ses sujets, c II est impossible , lui dit l'Angleterre , que cette affaire puisse être poussée de la part de Sa Majesté impériale, sans renverser totalement le système politique de l'Europe, et en particulier le seul qui soit propre à lui conserver les Pays-Bas ( ** ). >

Le système politique de l'Europe, le système qui avait présidé aux destinées de la Belgique était donc d'effacer ce pays de la carte des nattons. L'Empereur lui-même ne tarda point à accéder à ce syM^e , et par le second traité de Vienne , du 16 mars 1751, il s'engagea c à faire cesser incessamment, et pour toujours, tout commerce et navigation aux Indes orientales dans toute l'étendue des Pays-Bas autrichiens, et dans tous les autres pays qui^ du temps de Charles II , étaient sous la domination de l'Espagne ; promettant que de bonne foi il ferait en sorte que ni la compagnie d'Osfende ni aucune autre, soit dans les Pays-Bas autrichiens, soit dam les pays qui, comme on vient de le dire , étaient sous la domination de l'Espagne du temps de Charles II, pût jamais contrevenir ni directement ni indirectaonent à cette règle ^blie à perpétuité* »

Cest en cet état que l'empereur Charles YI laissa les provinces

{*) Pv oetrd afgDé à Vienne le 19 décembre 4729, il accorda, pour trente ans, à cette compagnie le prifilége eiduair de naviguer aux Indes orientales et occidentales, et sur les côtei d'Afrique.

(**) Paroles de TeoToyé anglais rappelées dans la Revue naêUnuUe, fr* série, page 146.

114 aâMfcDius

Bdgiqiies à iSL fille Ma^ié-Thé^èsev à qui i] HTbit ypilii en asi^r^ la possession au prix de tous les saorifiœs. Sous le régale de cette auguste princesse» de glorieuse mémoire, les Belget^, après avoir subi une nouvelle invasioa française > et feilli de nouveau être ve&dœ à l'étranger f) , eurent le loisir d'apprëbdre à se résigner. Ils cherchèrent alors dea consolations dans la religion et dans leurs prmléges. Il est à remarquer que le système politique de TEurope ne s'opposa jatnéis à «qu'ils. eusfii»[it beaucoup de privilëgesi Déjà^ avant le traité dé.Ia Barrière, lorsqu'^a i706 ils tombèrent soua la domination de l'Angleterre et de la Hollande, et qu'un conseil d'Ëtat fut chargé par ces puissances de maintenir l'autorité de l'archiduc Charles, on promit que le Nouveau souverain renouveUeratt. les privilèges des provimees tels qu'ils existaient som son prédécesseur^ En attendant, le conseil d'Ëtat devait, d'après l'article 9 de l'ordonnance qui L'instituait, faire cesser tout paumir desfH^ique et arbitraire iiUroéàt pmr les ennemis ('*). C'est donc Une justice à rendre à ces bonnes fàiish sauces, par lesquelles nos pères forent dépouillés et «vilis, qu'elles eurent toujours beaucoup de respect pour leurs iatévête morawxL II en fat de môme du gouvernement autrichien sow/Marie- Thérèse : ce gouvernement ne fit rien pour l'élever le commeroe, la prospérité^ la fligmté du pays; mais il permit à la religioa 4te fleurir et aux privilèges de s'éteodrô» Ceux-ei prirfentbiraAât uàe extension tçUe jqu'il be Ait plus possible d^ savoir où étaienlile droit et le pouvoir légitîmev L'oBiiii|)oCenae de mille petites Mtoritës locales se greffii suv l'arlure des libertés populai^^. Par suite, d'innopodbrables abus se glissèrent da»s toutes les Ikainc^es de l'administration publique : chaoïn avait sa paît de prlvil^ à exploiter , :et chacun considérait cdmtne âa propriété l'abus dont il était en possession. En un mot, sans industrie» lïians cotiameree

(*) Par le traité du l«'mai 17»7, qui, à la vérité, ne fat pas ratifié, Marie-Thérèse promit de céder à la France la souveraineté de Chimay et de Beaumont, les villes et porU d'Ostende et de Nieuport, las villes d'Ypres, de Fumes, de M^ns^lefort 4ela Haeque^^nae lleaede territoire autour desdites villes et forteress^k ( Sohoell , t« t<' » p. 349* )

(*• ) Gachard , Collection des documents inédits concernant Thistoire de la Belgique, tome ra, page 257.

, . MiBBRfié: .. lis

^Ubéiteiir^ la Bo&g^ue, à Yéfoqoe de ïmémemerA de Joseph ii » était tombée à la {candilijoa d'un méiiage boun^sois saal harmonisé on d'ape jp^itÂt^ tUI& de pvoiûtice iTespril; dt ftes^haèitaots s'itait natwreUemeBlt réCrédeiL raison dinaote à» Texiguïté de son hwm^n pcditîqne et commisneial.

Joseph II awlt TU tout cela de ses pcop-es yeux, et il avait ^éaà de YéM-dim lequd xm lui aidait iégùë: ces JbeUes provinces ées P^ys-Bais. Vn voyage <|u'il avait Mt en Belgique, en ¥l^ ^ fut pour lui iMiesoiAK)e.d'obsemtions qui derinremda .cause de tous tes événements uUàrieiirs. U ne put voir sans «n vif ehagritt qft'iui 4es phts btaiix fleuves diL monde iiâ iarmé an coinmerise^ et que la |nAttiq«e eâc idépopUéaes suféts des avantages dont ia natune arnâit vou3u Jes gratifier. U resiaiiqua en «néme temps le rang suhovdodné.qne les Brabançons «occupaient parmi les autres nations européennes, sou8 te ^rapport destîlumières et 'deSiSCÎ|9n^ <ae8. Ne se fiusanl pàf illusion sar les eavses .de cette diécaidênce, et jaloux dç rendre à. cette partie Âe ^ Èia»& ripij^rtancç politique qv'eilp atvajt .perdue, ïflikniai3(*0Ba[^ vés par le traité de^ Ja dPaitt*ièrty ^et A>iicer le {lassage de VEsh cauiL Plusfeofadhes fcffteEeBse&quiAétaiem ocoupéeii'^^^ dais furent démolies, et par suttte i» tetiritoii)afaé)ge Ait pdrgé4e la présence de ces troupes étrangères. Scuji^jf^tfte^^ suir.rjSscaut ne fut pas aussi heureuse : dépourvu de marine, il fut obligé de céder devant Fescadre du vice-amiral Reynst; mais après de longues négociations, il parvint cependant à faire modifier la situation politique du pays, par le traité de Fontainebleau, du 8 novembre 1785. Les traités de la Barrière et de Vienne furent en quelque sorte abrogés, et celui de Munster fut adopté comme base du nouveau traité; ne faisant plus aucune mention de la navigation aux Indes , on laissa à chacune des parties l'entière liberté de Ésiire tels règlements de commerce qu'elle jugerait à propos; de plus, la Belgique reprit ses anciennes limites, et fut délivrée à toujours de la présence des Hollandais dans ses places; elle fut affranchie de l'obligation de coiiserver l'ancien tarif admis par Charles VI , et put régler elle-même ses droits de douane. L'Empe-

116 RAPÉDIUS DE BER6.

renr profita de cet avantage pour prendre diverses dispodtions protectrices da commerce; il tâcha aussi de rendre la vie à la navigation en encourageant la pèche nationale. Mais ces mesures furent à peine aperçues du public, tant Tapathie était profondément enracinée. Les États de Brabant ne s'en émurent que pour réclamer contre la cherté des harengs et des huttres, résultat nécessaire des prohibitions dont on avait frappé la pèche hollandaise (*). Est-il étonnant après cela , que Joseph II ait cru que la nation elle-même avait besoin d'être régénérée? Les institutions les plus libérales, lorsqu'elles sont accaparées au profit d'un égoîsme étroit, cessent bientôt d'être un stimulant à l'activité des hoah mes : elles deviennent un leurre, qui flatte leur amour-propre et les détourne de toute action utile. Rendre à ces institutions leur caractère primitif, les arracher aux mains de ceux qui les exploitent est alors un bienfait inappréciable. Si telle était l'intention de Joseph II, on ne saurait trop déplorer l'esprit d'aveuglement qui en paralysa les eflets, et qui, en plongeant le pays dans un état de désorganisation complète, prépara les voies à l'invasion étrangère; on ne saurait trop aussi déplorer les fautes de ceux qui dàiaturèrent les intentions de l'Empereur, dans le travail d'exécution dont ils furent chargés.

(* ) ReprésenuaoQ da tt juin 1787.

Page 1