‹ Ferdinand Rapédius de Berg. Mémoires et documents pour servir à l'histoire de la révolution brabançonneChapitre 57 sur 102 · II. S · texte numérisé non relu

II. S

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tant plus suspects, que les élèves du séminaire général appartenaient en grande partie au clergé régulier , et qu'ils sortaient des couvents, où l'autorité des évéques était méconnue : car Joseph II avait voulu qu'on ne pût pas même devenir capucin, sans avoir passé par le séminaire général.

Ce fut cependant, nous l'avons déjà vu dans le volume précédent, à l'hétérodoxie des doctrines enseignées, que l'université et avec elle le clergé attribuèrent l'insurrection du séminaire général et la répugnance des élèves à rentrer dans cet établissement. Ce fut aux mauvais principes émis par les nouveaux professeurs, qu'ils imjmtèrent la fermentation qui, selon eux, agitait le pays, et le danger d'une combustion générale, qui menaçait de rembraser« L'émeute , quelles qu'en fiissent les causes , fut ainsi cultivée et exploitée au profit de leur politique. On vit des professeurs de théologie se prêter à des démonstrations séditieuses, y participer, et jeter eux-mêmes le cri de guerre, comme si les étudiants avaient besoin d'encouragement pour se livrer à des excès, évidemment autorisés par leurs maîtres. La lettre ci-après du correspondant de M. le chanoine De Neuf contient un exemple de ces fâcheuses aberrations de l'esprit de parti, auxquelles il semble que les hommes même les plus éminents de l'époque ne purent se soustraire. Elle est datée du 9 juillet 1787 : c'était le moment où les archiducs avaient consenti au rétablissement provisoire de l'ancien ordre des choses.

« Monsieur, € Je vous annonce un nouveau triomphe. MM. Ghenne (i) et

(i) Thomas Lambert Ghowe, Bé à LKmvaio, eo 1734; dodetir en théologie, le 31 ocUibt^ 1766 ; président da petit collège, au mois d» mai 1765; prétideatëu eollége d'Anm, le 9 septembre 1775; chaDoine de la première fondation de l'église collégiale de S^Pierre, k Louvaio; professeur royal de théologie , au mois de novembre 1773 ; piésident du G<^e du pape , le 9 janvier 1774(11 fit reconstruire ce collège à neuf, et es posa la première pierre le 31 mai 1776); docteur régent en théologie , le 30 oetobre 1774. U fut nommé professeur de théologie morale au séminaire général , en octobre 17S6 ; mais il donna sa démission de cette chaire , d^ lo mm de noYembre suivant, et fut remplacé ^ le père Vincent JElerife, religieux dominloaln. Le ceUégt du pape avait été supprimé, en 1786 , et était devenu le séminaire général : U fui rend» àsa destination primitive, et Ghenne y fut réinstallé solenneUeiaent , le 4 juillet 1787. H eccupa ses fonctions académiques jusqu*^ T^ue de k safipression de l'uoimsilé de LoBv«iiiu U eat mort k Louvain , le 19 juUlet 1813 , âgé de 79 mis.

Van de Veldeont été condnits solennellement, depuis leur demeure jusqu'à la chaire dans les halles, chacun en particulier, à rheure de sa leçon. Les théologiens se sont rangés avant heures aux halles et en sont sortis deux à deux, précédés d'une trèsbelle musique et portant des rames de laurier en main , et sont allés en cette manière jusqu'au collège d'Houterlé (i), d'où ils ont conduit M. Ghenne jusqu'à sa chaire, dans les halles qu'on avait ornées de quelques tapis et lauriers : où , après que la musique cessait , il a commencé sa leçon par le sacrement de baptême, où il était parvenu l'année dernière. Après une courte leçon , on a commencé à jouer des instruments , à crier vivat Ghenne! et à cliqueter des mains. Gela fini , on Ta conduit dans le même ordre jusqu'à 1 église, où il devait se rendre pour le chapitre.

c Vers les dix heures, le même cortège, et encore plus nombreux, s'est rendu processionnellement depuis les halles jusqu'au collège d'Ârras , d'où on a conduit M. Van deVelde jusqu'à la classe

(i) Le collège d*Houterlé avait été fondé pour l'élude de la théologie, par le testament de Henri d'Houterlé, écolatre de la collégiale de S^Pierre, à Louvain , en date du 14 décembre i511- U était situé dans la rue des Vaches. Les b&timents, qui avaient été reconstruits en 1775 , furent vendus, après la suppression de Tuniverslté de Louvain, et convertis en maisons particulières. Une partie des fondations , qui formaient autrefois la dotation du collège d'Houterlé , furent rétablies par un arrêté ministériel du 15 avril 1821. Le revenu actuel de ces fondations est de fr. 1615, Ob^, D'après Overlant de Bauwelaere , Essai chronologique pour servir à Vhisioire de Toumay, (Tournay , 1805, t. V,p. 156), le revenu du collège d'Houterlé s'élevait en 1784 à 813 florins, 2 sols et 9 deniers, argent courant de Brabant , ou 1475 fr.07<'. Dans cette somme n'est compris que le revenu de la dotation primitive faiie en loll , par l'écolatre dllouterlé. Cette dotation fut rétablie en 1821 , mais n'a plus qu'un revenu de 1130 fr. 60<^. Trois bourses de 400 à 200 francs sont aujourd'hui conférées sur ces revenus. Les collateurs actuels de ces bourses sont les curés de S*-Pierre, de Notre-Dame des Fièvres et de S*- Jacques, à Louvain, qui sont en même temps les proviseurs des fondations de rancieii collège d'Houterlé. Voyez Fétat des fondations de bourses pour études, rétablies en exécution de l'arrêté royal du 26 décembre 1818 , inséré dans le Recueil des lois et actes généraux du gouvernement en vigueur dans le royaume des Pays-Bas. Bruxelles, Pinchon De Brou, 1824, série III , I. IX, supplément pp. 85 sq. En 1788, ce collège avait pour président Ghislain Riga, prêtre séculier, natif de Bruxelles, licencié en théologie, chanoine de la collégiale de S'-Jacques, à Louvain, depuis le mois d'avril 1774, nommé président du collège d'Houterlé, le 11 novembre 1774. U administra ce collège , depuis l'année 1774 jusqu'à la suppression de Tuniversité , par Joseph II, en 1788. Il devint chanoine de la cathédrale d'Ypres , en 1790. On trouve une notice historique sur la fondation du collège dHouterlè dans falerii ÂndroMs Desselii, Fasti academici studii generalis Lovaniensis. Lovanii, 1650, in-4*, p. 302. On trouve aussi une notice très-étendue sur le collège d'Houterlé , ses présidents et les fondations qui y étaient annexées, dans V Annuaire de Vuniversité catholique de Louvain, 1842 , sixième année. Lou< vain, Yan Linthout et Yan den Zande, in-18, pp. 144-180.

théologique, où il a fait un petit discours, si pathétique qu'il a excité les larmes à toutes les âmes sensibles , touchant un chapitre aux Corinthiens, où il avait aussi fini avant la suppressiou, et ayant dit qu'il aurait continué de là, on a joué des instruments , crié vivat et cliqueté des mains ; puis M. Yan de Yelde a crié : vivat aima mater! A quoi on a encore fait aller la musique et les mains, et puis on s'est rendu solennellement à la chapelle du collège d'Arras (i) , où M. Van de Velde a entonné le Te Deum, qui étant fini, on Ta conduit dans la salle du collège, où il a remercié tout le monde.

( 1 ) Le coHége d'Arras , qui est aussi quelques fois appelé coUégd de Cambray , avait été fondé, en 1509 , pour rinslruction des théologiens, par Nicolas Rutherus ou de la Ruystre, évéqua d'Arras. Ce prélat , natif de Luxembourg , mourut À Blalines le 15 novembre 1509 , et fut inhumé dans Féglise collégiale de S^-Pierre, à Louvain, dont il avait été doyen. Le collège d'Arras» qui était situé dans la rue d'Heverlé, fut vendu après la suppression de l'université, et converti en maisons particulières. Les bâtiments en avaient été reconstruits à neuf en 1774. Les différentes fondations , qui composaient autrefois la dotation de ce collège, ont été rétablies par une décision ministérielle du 26 mars 1822, prise en exécution d'un arrêté royal du 26 décembre 1818 ( Journal officiel , n<> 48^. Les revenus de ces fondations s'élèvent aujourd'hui à la somme de 5589 francs 24 centimes. Ils servent actuellement à former sept bourses , de 50 à 125 francs , conférées par le commissaire de l'arrondissement de Louvain et le curé de la paroisse de S*- Pierre, dans la même ville, qui sont en même temps les proviseurs des fondations de l'ancien collège d'Arras. Avant la suppression de cet établissement, ses revenus annuels s'élevaient à la somme de 10818 fl. 19 sols 5 deniers , argent courant de Brabant, ou 19626 fr. S^ centimes. F. V Annuaire de V université calhoUque de Louvain, 1840 , 4« année , Louvain , Tan Lintbout et Van den Zande, in- 18"*, p. 2^20. F. aussi le Tableau officiel des bourses et fondations du collège de r université de Louvain, dressé , en 1787 , par les députés de ladite université et dont un extrait a été inséré par M. Overlaot de Bauwelaere, dans son Essai chronologique pour servir à Vhisloire de Tonrnay, Tonrnay , 1805, pp. 60 sq.

Le président de ce collège était, en 1788, Jean-Baptiste Samen, né à Louvain, en 1742^ 16' dans la pédagogie du porc au concours général de Tannée 1765, licencié en théologie, le 16 février 1775 , successivement chapelain de l'église de S^-Quentin , à Louvain , lecteur et procureur du collège de Hollande , pléban de la paroisse de S^-Pierre , le 25 novembre de la même année , président du collège de Divœus , le 18 décembre 1775 , archlprêtre du doyenné de Louvain en 1778, président du collège de Standonck, le 25 mai 1782, et président du collège d'Arras, le 25 juillet de la même année. Au mois d'août 1788 , la présidence du collège d'Arras avait été donnée au docteur Pierre Jacques Marant , au paravant président du collège de Viglius ; mais à la révolution , Samen fut rétabli dans son collège. 11 conserva la direction de cet établissement jusqu'à la suppression de l'université, où il était aussi professeur en théologie. Il s'absenta en l'an vi, après avoir été condamné à la déportation, qu'il évita par la fuite. Il rentra dans sa patrie en 1800. Il avait été porté sur la liste des émigrés, publiée à Bruxelles le 24 germinal an VI, et publiée dans le Recueil des lois, édité par G. Huygh. Bruxelles, in-8<', série I, t. XIX, p. 514. Lors de la réorganisation des cultes, en 1802, l'archevêque de Malines, Jean Armand De Roquelaure , le nomma curé de l'église de S^-Pierre et doyen du district de Louvain. Il mourut 9 le 15 janvier 1811, et fut inhumé au cimetière du village d'Heverlé, près de Louvain , où l'on voit sa pierre sépulcrale.

On trouve une notice historique sur la fondation du collège d'Arras dans Valerii Andraa J}$SHlii, Fasti academici sludii generoHs Lovaniensis. Lovanii, 1650, »n-4*, p. 301.

c II est inutile de vous dire qu'il y avait un nombre infini de personnes de tous genres et de toutes les classes, sur lesquelles on voyait peintes la joie et Tallégresse. >

Ce n'est pas seulement en se prêtant à de pareilles momeries, que Ton entretenait la fermentation des esprits ; c'était par des sermons 9 des messes solennelles, des processions, des brochures et des publications de toute espèce. On prêchait contre le séminaire général dans toutes les églises ; partout on faisait des prières publiques pour obtenir sa suppression; tous les jours, des processions parcouraient les rues; les brochures étaient aussi nombreuses que le sont les journaux de notre temps, et les agents de la justice ne suffisaient pas à les saisir. Si , pour revenir main-» tenant à notre premier ordre d'idées, nous remarquons que ce mouvement était général, que non-seulement à Louvain, nonseulement en Brabant, mais encore dans toutes les provinces , le clergé criait à l'hérésie, à l'abomination, il nous semble que le gouvernement aurait dû comprendre les dangers de son entreprise , et qu'après avoir été contraint de céder sur tous les autres points, se trouver en présence de pareilles difficultés n'était pas une position qui lui permît de prendre des attitudes de vainqueur. Ce fiit là cependant le ton qu'il affecta dans tous les actes qui suivirent la déclaration du 17 décembre. On verra, par le développement des faits , beaucoup mieux que nous ne pourrions le dire, à quelles funestes conséquences il fut poussé par cet esprit d'orgueil , qui n'avait pas même la force pour excuse.

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