II
304 RAPÉDIUS
< Yonck , onder den naem van Plaschaert , aen d'heer Weemaels c alsdan tôt Luyck zynde , alwaer hy , naer dat den heer adv.
< Yonck den heer gen. Yan der Mersch geengageert had , zig c had op het verzoek van d"" adv. naer toe begeven, om aen de c borgemeesters aldaer permissie te vraegen om op het Luyks c een patriotiek léger te mogen ^erven. »
On voit aussi , par cette annotation , qu*à la date du 2 septembre, M. Weemaels se trouvait à Liège, où il avait été envoyé pour solliciter des bourgmestres l'autorisation de former une armée patriotique sur le territoire liégeois. Le moment était on ne peut plus favorable : la noble cité de Liège venait de faire sa révolution; le prince-évêque avait abandonné sa principauté, et Tacte d'union, du 1*' septembre, avait arraché le pouvoir à l'aristocratie. Malgré les réclamations du gouvernement de Bruxelles, Yonck obtint ce qu'il demandait, et il établit bientôt le centre de ses opérations à Hasselt. Sa correspondance avec Liège et Maestricht prouve qu'il s'occupa activement d'équiper et d'armer sa troupe. Il eut soin aussi de se tenir en relation constante avec le comité de Bréda. L'avocat Yan den Eynde, Romain Bourgeois, fut chargé d'aller établir des relais de distance en distance. On trouve des détails assez curieux à ce sujet , dans une de ses lettres datée de Reussel, 26 septembre 4789. c Le premier relais, dit-il, peut convenablement être chez le curé de Echeten ; le deuxième à Lommel, chez Yandenbroek ; le troisième à l'abbaye de Postel; le quatrième à Hooge Mierde, chez le curé, qui est de Tabbaye d'Everbode, le cinquième chez le curéd'Alphen, et ensuite encore un entre Âlphen et Roosendael et enfin le dernier à Roosendael
même Envoyez de suite au moins sept de nos frères pour
occuper chacun de ces relais, dont un, le dernier, m'apportera
votre lettre à Roosendael > Dans une lettre du même jour,
écrite en français et dont nous conservons l'orthc^aphe , Romain Bourgeois ajoutait :'
€ A cette heure , je me trouve encore à une lieue et demie d'Halfen, et je trouve bon ultérieurement qu'on met aussi uqe station entre Halfen et Hooge Mierde, à Teulderhoef. J'aimerais
aussi qu'on mettrait, à chaque station, deux de nos frères, pour une plus prompte expédition de Tun et de l'autre côté, et pour observer les mouvements des côtés de Brabant. Je voudrais aussi que vous preniez la même précaution de Fautre côté, en côtoyant le Brabant même, pour les Namurois, les Montoiset la Flandre, pour être instruit de tout. Nous avons des gens assez, et j'espère beaucoup de bien des rapports qu'on fera de tous ces endroits : mais il convient aussi , avant de les envoyer, de les mettre au serment , pour tenir les choses secrètes.
€ Vous aurez la bonté , à la première occasion par ces exprès, d'envoyer à Roosendael , pour nos frères , vingt-quatre exemplaires de Anthiocus herboren , et deux pour l'abbaye de PosteL
< Le trajet d'Halven à Roosendael est de huit lieues, pourquoi il faut entre ces deux places deux stations, et je suis, monsieur, votre fidèle ami , c Romain Bourgeois.
€ A une heure après-midi , 26 septembre 1789. »
Yonck et ses amis préparaient paisiblement et méthodiquement , comme l'on voit, tous leurs moyens d'insurrection , tandis que M. le comte de TrauttmansdorfiT, également paisible et méthodique, se délassait des soins du gouvernement, au château de Marimont , dans la société des archiducs , des dames de la cour et de la comtesse d'Arberg (i). Le plan de la conspiration pro aris et
(i) Françoise Claudine , princesse De Stolberg-Gedern, née le 27 juin 1756, élait fille de Gustave Adolphe, prince de Stolberg-Gcdern , général-major au^service impérial, commandant de la Yîlle de Nieuport , chevalier de Tordre électoral de S'-Hubert de Bavière , né le 6 juillet 1722 , marié le 22 octobre 1751, tué k la baUille de Leutzen, le 5 décembre 1757, et d'Elisabeth Philippioe Claudine, princesse de Homes, dame de Tordre de la croix étoilée, etc. Elle épousa , k Bruxelles , dans Téglise abbatiale de S^ Jacques de Gaudenberg , le 6 novembre 17 74 , Nicolas Antoine , comte d'Arberg de Vajlengin et du saint Empire romain, seigneur d'Ottignies, et en cette qualité membre de la chambre de la noblesse des états du pays et comté de Hainaut , et plus tard grand bailly de cette province, lieutenant-général des armées impériales, colonel propriétaire d'un régiment de dragons de son nom, chambellan de Leurs Majestés impériales, etc. , né k Nivelles , en 1732, mort à Bruxelles, le 17 septembre 1813, fils puiné de Maximilien Nicolas, comte d'Arberg, de Va^engin et du saint Empire, marquis da Triceres, comte du souverain Bruay, de Fresin, libre baron de la terre impériale d'Elsloo, seigneur des villes et terres de Helmont, de la Rochette, etc«, chambellan et gentilhomme de Télecteur de Cologne, grand bailly du comté de Looz , etc. , et d'Henriette, comtesse de Han de Martigny , sa seconde femme. Son frère aîné, Charles Alexandre, comte d'Arberg et de Yalengin , évêque d'Amizon et suffragant de Liège (nommé évéque d'Ypres, en 1785) , fit la cérémonie nuptiale, et le prince Charles de Lorraine , gouverneur général des Pays -Bas , signa son contrat de mariage , qui avait été passcS le 5 novembre précédent. Lors de U formation de hi maison de l'impératrice Joséphine , cii
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fbcis lui était connu, puisqu'il avait étc imprimé; mais il paraît certain qu'il en ignorait et les ramifications et les auteurs. L'Empereur, du moins, était fort mal instruit de ses progrès et de ses dangers réels, car M. le comte de Mcrcy (i) ayaul fait savoir au
1804, la comtesse d'Arber-g fut nommée dame du palais de cette princesse. Après le divorce de TEmpereur, elle resta attachée à l'ancienue impératrice, en qualité de dame d'honneur. Elle eut de son mariage, avec le comte d'Arberg, plusieurs enfants : 1»> Charles Philippe comte d'Arberg, chambellan de l'empereur Napoléon , préfet du département des bouches du Weser, né en 1776, décédé à Bruxelles, le 18 mai 181 i; 2^ M"* d'Arberg, mariée, en 1806, à Dominique Louis Antoine comte De Klein, aujourd'hui lieutenant général, pair de France, etc. ; 5" M"* d'Arberg, mariée à Georges Mouton, comte de Lobau, depuis maréchal et pair de France, etc.; 4" la comtesse Joséphine d'Arberg,
(i) Florimond Claude comte de Mercy Argenleau, chambellan et conseiller d'Etat intime de Sa Majesté impériale et royale, chevalier de l'ordre de la toison d'or et de Tordre de S*-Éticnnc de Hongrie, etc. , né le 20 avril 1727 , était fils de Charles Ignace comte d'Argenteau, lieutenant-général dans les armées de l'Empereur, et d'Henriette de Rouveroy. Il avait été adopté, en vertu d'un diplôme de l'empereur Charles VI, du 27 août 1727, par son cousin Florimond Claude comte de Mercy , feld maréchal des armées impériales , tué à la bataille de I*arme, le 29 juin 1734, qui lui laissa toute sa fortune, à charge par lui de joindre les noms et les armes de Mercy, ancienne famille originaire de la Lorraine, à ceux d'Argenteau. Sa seigneurie de Mcrcy, qui avait été érigée en comté en faveur du dernier rejeton de cette famille, par lettres patentes du duc de Lorraine, en date du 19 avril 1719, passa aussi au comte d'Argenteau. Élevé depuis sa jeunesse dans la diplomatie, le comte de Mercy Argenteau remplit successivement des ambassades du premier rang, à Varsovie, h S^-Pétersbourg et h Paris, où il occupait ce poste au commencement de la révolution française. Il fut alors inculpé d'être le directeur du prétendu comité autrichien. En 1790, il fut envoyé à La Haye pour négocier avec les puissances maritimes, au sujet de la révolution brabançonne. A la fin de septembre de la même année, il vint en Belgique comme ministre plénipotentiaire et fut pendant quelque temps chargé provisoirement du gouvernement général de ces provinces ,où il resta jusqu'à la fin du mois de juin de Tannée suivante. En 1795, il fut envoyé en ambassade à Londres, où il mourut, le 25 août 1794. Il ne laissa pas d'enfants légitimes, et, par son testament , en date du 25 avril de la même année , il institua pour légataire universel son cousin, François Joseph Charles Marie comte d'Argenteau d'Ochain , qui, à dater de cette époque, prit le nom et le^ armes de Mercy Argenleau , qu'il porte encore aujourd'hui. Voici le portrait piquant que l'abbé de Pradt fait de ce ministre : * Le comte de Mcrcy Argenteau , ambassadeur de la cour de Vienne à Paris , résidail à Bruxelles, à la suite du traité de médiation, dont il avait été l'un des signataires. C'était le Nestor de la diplomatie autrichienne. Il était déjà entré fort avant dans la vieillesse et son eàprit se ressentait du poids des ans. Dans un temps tranquille, où les formuler ordinaires des gouvernements suffisent aux affaires, le comte de Mercy eût suffi à son emploi, mais dans un temps d'innovations rapides et inattendues, il était loin de répondre au fardeau dont il se trouvait chargé. • Marie Thérèse l'avait placé, comme la sentinelle de l'Autriche, auprès de sa fille, la reine de France. Il était placé en cette même qualité à Bruxelles , à l'égard de la France , et comme négociateur avec les étrangers. Le comte de Mercy entretenait , autant qu'il pouvait , les dispositions pacifiques de son cabinet à l'égard de la France et secondait les vues du roi et de la reine de France, qui, en opposition à l'émigration, faisaient tous leurs efforts pour éloigner la guerre. Le comte de Mercy était riche et fort occupé de sa fortune, malheur toujours grand dans un homme d'État , et, chose singulière, mais vraie, ce fut le soin de cette fortune, pour laquelle il craignait, qui l'exaspéra contre la révolution, et qui le décida à des mesures viriles contre elle. Le crépuscule de la vie de ce diplomate n'annonçait pas qu'elle etit dû briller d'un éclat bien vif; du r<ste, le plus poli ûts hommes , le plus recherché en pierreries, habitant un cabinet saturé d'ambre , n'é-
ministre plënipotentiaire qa'on lui avait offert de lui révéler le secret des conspirateurs , moyennant une gratification de mille louis , et cette communication ayant été transmise à l'Empereur , Sa Majesté écrivit, le 20 septembre, à M. de Trauttmansdorff : « Quant à la copie de la lettre du comte de Mercy , je ne crois de c vrai en tout cela , que le désir sincère de cet ami anonyme c d'avoir les mille louis, que nous donnerions pour avoir les noms < de deux ou trois insolents fous qui ont tenu des propos et qui c n'ont que de la mauvaise volonté , sans aucun moyen de l'exécu- € ter (a). »
Pev de jours après, cependant, lorsqu'on vit les effets de la conspiration se manifester, lorsqu'on vit que l'émigration était systématique et que les émigrés se rassemblaient sur certains points déterminés , le gouvernement parut enfin s'en émouvoir ; il offrit alors publiquement aux délateurs la récompense qu'il leur avait refusée d'abord en secret. Il fit publier, sous la date du 50 septembre, une ordonnance par laquelle il défendait , sous peine de mort et de confiscation de biens, d'engager, induire ou exciter, par promesse, menace ou autre manière quelconque, qui que ce fût à quitter le pays, pour aller se joindre aux bandes patriotiques, et surtout de fournir à cet effet aucun secours, soit en argent, denrées, vivres, armes ou munitions quelconques. Il promettait une récompense de dix mille florins à ceux qui dénonceraient à l'office' fiscal les personnes qui auraient contrevenu à cette disposition. Il défendait également de sortir ^u pays, pour se joindre aux dites bandes , à peine de bannissement perpétuel de toutes les terres de la domination autrichienne, de confiscation de biens et d'être déclaré inhabile à toute succession, legs ou partage d'hérédité dans les Pays-fias , soit par testament, soit ab intestat. Enfin, il ordonnait, sous les mêmes peines, à tous ceux qui se seraient déjà rendus aux dites bandes , de rentrer dans le pays au plus tard endéans la quinzaine de la publication de cette ordonnance.
cri vant que sur du papier musqué à renverser , et marié k une actrice de Topera nommée Rosalie , dont il avait deui enfants. » ( De Pradt. De la Belgique depuis «799 juiqu'en 1794, p. 56. )
(i) r^otes de M. le comte de Trauttmansdorff, déjà citées , p. 17.
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Avec le pouvoir de faire de pareilles lois , il De manquait que la possibilité de les exécuter. Il aurait fallu pour cela, d'abord des tribunaux, et, en second lieu, une volonté ferme partagée par des agents énergiques. Or , c'étaient là précisén^ent deux choses dont le pouvoir était absolument dépourvu. On fit encore quelques arrestations préventives, L'évêque d'Anvers fut appelé à Bruxelles et mis aux arrêts dans son refuge, comme Tarchevéque de Malines l'avait été précédemment. Le jésuite Abraham Van Hove, chez lequel on avait déjà fait une visite domiciliaire, dont nous avons parlé, fîit définitivement incarcéré. On arrêta aussi l'avocat Gryspere (i). Le baron Van der Haeghen (2) et un bourgeois de Bruxelles, nommé Noville, n'eurent que le temps de prendre la fui te. On fit également une descente chez le frère de l'avocat Vonck, curé à Lombeck , dans l'espoir de s'emparer de la personne de l'inventeur du pro aris etfocis, dont on avait probablement fini par soupçonner les manœuvres. Cette opération fut sans résultat : Vonck était caché à Molenbeck , près de Bruxelles , chez le curé Spinoy. Enfin, une grande expédition fut dirigée vers la frontière du pays de Liège ; le bataillon de grenadiers de Regniac et une division de cavalerie partirent de Bruxelles, le 9 octobre, pour se joindre au 3* bataillon de Ligne, qui se trouvait à Louvain, et marcher ensemble vers Diest, sous le commandement du général-major baron De Schrœder, chevalier de l'ordre de Bfarie- Thérèse. Le même jour , on vit partir de Malines un bataillon de Bender, pour aller remplacer à Louvain le bataillon qui de-
(i) Thomas Joseph Guillaume De Gryspere, né k Ostende, en 1761, HceDcié en droit k Funiversité de Louvain , le 25 août 1784, avocat au conseil souverain de Brabant, capitaine en second de la compagnie de cavalerie des volontaires abrégés au Serment de Saint-Georges , en 1787 , était Gis de Thomas Joseph Guillaume Albert De Gryspere, chevalier-conseiller au conseil privé , mort le 10 décembre 1787 , et d'Humbeline Marie Anne Josèphe Petit d'ObecUes, morte le 27 octobre «769.
( s ) François Joseph Jean Ghislain baron d^Eesbecke , dit Van der Haeghen , né à Bruxelles , le 90 mars 1751 , capitaine de la compagnie des volontaires agrégés an grand Seraient , en 1787 , mort dans la même ville, le 25 avril 1818 , avait épousé Thérèse Jeanne Marie De Benghem, née en 1747, décédée le 23 juillet 1818, fille de Jean Joseph Hyacinthe De Benghem. seigneur de Capelle , wautmestre de Brabant , et de Marie Jeanne Du Bob. Le baron Van der Haeghen était fils d'Honoré Joseph, baron d'Eesbecke, dit Van der Haeghen, mort k Bruxelles , le 16 janvier 1779 , et de Marie Elisabeth De Broe de Diepenbend. Le titre de baron avait été donné k son aïeul Honoré Ignace d'Eesbecke, dit Van der Haeghen, trésorier de la ville de Bruxelles , par lettres patentes de l'empereur Charles VI , du 16 juillet 1725. Voye% (De Vegiano), Nobilimre des Pays-Bas et du comté de Bourgogne. Louvain, 1760, in-12, t. Il, p. 709.
DE BEBG. 509
vait quitter cette ville. De Diest, Schrœder partit pour Zonhoyen» avec le 5* bataillon de Ligne et un escadron de cavalerie; puis il longea la frontière depuis S^-Trond jusqu'à Âchel, et de l'autre côté jusqu'à Hamont, dans la Campine liégeoise. Il semblait qu'il allât détruire les bandes patriotiques ; mais celles-ci avaient eu le temps de se retirer sur le territoire hollandais , de sorte que l'expédition fut à peu près sans résultat. Les troupes rentrèrent dans leurs garnisons, le i 5 et le 16 octobre, ramenant avec elles quelques émigrants namurois qui, n'ayant pas été avertis, 's'étaient trouvés sur leur passage. Schrceder avait laissé à S^-Trond un capitaine et 80 hommes d'infanterie avec un brigadier et quelques dragons; il avait détaché aussi un officier et trente hommes à Hougaerde; mais ces troupes furent bientôt rappelées, par ordre de l'Empereur, qui craignait les récriminations des Li^eois.
Cette expédition, quelque insignifiante qu'elle fût, avait jeté la consternation parmi les patriotes. Le clergé en avait profité pour pousser à l'extrême l'exaltation des esprits. Qu'il nous soit permis de citer ici un passage de Goetval, que nous avons traduit littéralement, autant que possible , et qui peint bien les effets de l'entraînement religieux :
c Le 8 octobre, jeudi, la plus grande partie de la population (excepté les fonctionnaires du gouvernement, de la cour et de l'armée), était dans la plus grande et la plus profonde dévotion devant Dieu tout-puissant , caché, sous la forme du pain, dans le très^saint Sacrement de miracle , en cette ville de Bruxelles, dans l'église collégiale et paroissiale des SS. Michel et Gudule (où il est honoré et adoré depuis quatre cents ans), pour solliciter du Ciel la fin de l'oppression , de la désolation et de la persécution des chrétiens de l'Ëglise romaine , dans les circonstances politiques ci*devant décrites , et la réussite des efforts des patriotes pour préserver le pays de plus grands malheurs.
c Depuis le matin, avant le jour, on voyait le peuple suivre le chemin de la procession du très-saint Sacrement de miracle , dans la plus grande dévotion, et même la plupart à pieds nus.
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riches et pauvres , tous pleurant pour prendre leur recours vers Dieu avec un cœur brisé et humilié, et pour se confier en même temps à sa miséricorde.
c L'église de S^^-Gudule fut assaillie, toute la matinée, par une foule immense qui pouvait à peine y pénétrer. A dix haires et demie, on y célébra la messe ordinaire du jeudi, et à cinq heures après-midi, le salut, suivant Tusage : car le gouvernement avait défendu , dans tout le pays, de faire plus de services ou avec plus d'éclat que de coutume. Sans cela la grosse cloche aurait annoncé le service divin, et un prélat aurait célébré la messe et le salut. Cette dévotion dura trois jours. »
Les corps de patriotes qui s'organisaient sur le territoire liégeois et qui s'attendaient à l'expédition des Autrichiens, se retirèrent, comme nous l'avons déjà dit, sur le territoire hollandais. Ce fut alors que le comité de Hasselt se rapprocha du comité de Bréda, et que Van der Noot, un peu désenchanté par les résultats pour ainsi dire négatifs de sa diplomatie, commença à s'humaniser, et voulut bien enfin prendre part aux projets des patriotes militants. Cette association ne fit que donner une nouvelle activité aux manœuvres des deux partis. Le gouvernement, de son côté, parut vouloir redoubler de rigueur. Le 16 octobre, il fit publier une ordonnance , portant la date du 13, par laquelle les abbés et religieux des monastères de Tongerloo, de S*-Bernard (i),
(i) L'abbaye de S'-Bernard, sur l'Escaut, monastère de Tordre de Gisteaux , avait été réunie à la mense épiscopale pour former la dotation de Tévècbé d'Anfers , lors de Térection de œ diocèse, au seizième siècle. En conséquence de cette disposition, réréque d'Anvers avait été admis en qualité d'abbé de S^Bemard , dans l'ordre ecclésiastique des états- de Brabant. Ea 1649, les religieux de cette abbaye cédèrent la moitié de leurs biens k l'évécbé d'Anvers, et obtinrent , à ce prix , d'être de nouveau régis par un abbé choisi dans leur sein. Celui-ci fut admis également à siéger aux états; de sorte qu'en 1789, Corneille François De Nelis, évéque d'Anvers, était membre de ce corps, comme abbé de S'-Bemard, tandis que le titulaire effectif de cette abbaye en faisait déjà partie. Ce dernier était k cette époque dom Benoit Neefs. ( Voyez la noie page 105.) Le 58« et dernier abbé de S^ -Bernard fut dom Raphaël Seghers, né au village de Merchtem, en 1745, religieux profôs de cette maison, en 1768 , et ensuite lecteur en théologie , etc. Après la suppression de son abbaye, il se retira dans son village natal , et y mourut , le 31 août 1810, âgé de 65 ans. L'abbé de S^-Bemard était seigneur des villages d*Hemixem , Puers, Soersel et Westmalle. Cette abbaye avait la direction spirituelle de six maisons de religieuses de l'ordre de Gisteaux, savoir : les abbayes de Notre-Dame de la Vigne, à Louvain, de Roosendael, près de Malines, de Nazareth , près de Lierre, de Swyveeke, près de Termonde, du Val de S'-Bemard , à Diest , et d'Espermailles , à Bruges , et le prieuré de Muysen , près de Malines.
d'Afflighem (i) , Gembloux (2), Villers, Vlierbeck , S*«-Gertrnde , S^- Michel, Diligem, Grimberghe, Everbode (s) et Heyiissem étaient
(1) L'abbaye d'AflOigbem, monastke de l'ordre de S^BeDOtt, était sitaée au Tîllage de Mdderi, sur les confins du Brabant et de la Flandre. Elle ayait été réunie à la roense de Tarcbevèché de Malines, par bulles du pape Pie IV, insérées dans AuberU Mirœi opéra diplomtUiea. EderUe J. Fr, Foppens, 1. 1, p. 610 et t. II, p. 1092. U avait été expressément stipulé que l'archevêque de Malines occuperait , en qualité d'abbé d'AflOighem , la première place dans l'ordre ecclésiastique » aux états de brabant. L'administration intérieure de cette maison était soumise à un prévAt, choisi parmi les religieux de l'abbaye.
(i) L'abbaye de Gembloux, de l'ordre deS^Benolt, était la plus ancienne du Brabant : elle avait été fondée par saint Wibert (ou Guibert) , en 922. L'abbé de cette maison était comte de Gembloux, et seigneur des villages de Gortil, Emages, Gembloux» Leroux, Lonsée, Grand- Maisnil, Petit-Maisnii et Mont-S^-Guibert , situés dans le duché de Brabant. Il possédait , en outre, plusieurs seigneuries , situées tant dans le comté de Namur que sur le territoire liégeois. n était membre né des états de Brabant, non dans le corps ecclésiastique, mais dans l'état noble, dont il était le premier membre , en quaUté de comte de Gembloux et de premier noble du Brabant. Ce prélat avait le droit de porter l'épéeaux obsèques des ducs de Brabant. Ce fut ainsi que la porta l'abbé PhiUppe Clockmant, d'une ancienne fiunille de Gand , aux obsèques de l'archiduc Albert, le 12 mai 1622. L'abbaye de Gembloux était située dans le diocèse de Namur. L'abbé de cette maison était, à cette époque, dom Jacques Le Grain, natif de Namur, élevé en 1758, k la dignité abbatiale, en remplacement de dom Eugène Gérard. U mourut , en 1791 , et fut remplacé par dom Colomban Wilmar , qui (ùt le dernier prélat de cette maison. L'abbé Le Grain fit rebâtir à neuf toute l'abbaye; il fit placer dans l'église deux inscriptions latines, qui reproduisent en peu de mots l'histoire de cette abbaye, et qui n'ont été recueUlies dans aucun ouvrage. Les voici Tune et l'autre textuellement :
Gaibertof Montiteriniii
AostraBJ» regum Mngoina ortua Gemblaeenso ter a fandatione
Militi» Mcnlarif cingalo depoaito Bellorum igné comboatum est;
Caatram aanm Gemblacenae oblalit Deo, Deatractam eat qaartd
Et beatia Apoatolonim principi Demàm 64 aog. anno 1678 llammia
Petro et Eiaapero martyri , Corn civitate totaliter abaumptam , ampliaauiii
Conatroendam eorom in honorem Dni Franciacua et Petraa Dumonceaax ,
Monaaterinm anno 933. Abbatea in angoatiâ temporam.
Timc Gaibertua regala benedictina ReataaraTorant.
Jngo ae aabdidit , in eoque portando Aat idem monaaterinm Tetnatate
In omni yirtotam génère conaummatoa Laliena Amplimûa ac Rmûa Dnûa Jacoboa
Ad patrea anoa appoaitoa eat. Le Grain, abbaa digniaaimaa totaliter, nallâ
Dec. Kal. jnnii A« 96i , Parte excepta, a fui^amentia erexît.
Tandem anno 1099 folgit ejna Opna utiqne Kal. Hart. anno 176S Deo
Nominia memoria maxima per * Anapioe magnanimiter incœptnm, 6 kal. oetobria
2 annea aignomm gratiâ , Anni 1779 féliciter abaolotom f«ii , eâdemqne
Qoibua rite probatia SSrûm faatia Die offlciom in uoto templo
Adacriptna eat. Celebratam eat , et Deo Opt. Hax.
EJua corpoa hic Jacet et coittnr. Pro tanto Tix a«t ne rix qnidem boc
D aemel bic acribia C quatuor 8emel confeaao bénéficie gratea
X bis et i bia , Bepcusn.
Cnm clauatrum per te fit II aemel 1 novem C aeptem
Gemblacenae Guiberie. X qnoqae aeptem
Cum totnm rénover Jacobo
Prcaule claaatrum.
A Domino factam eat ilh|d et eat
Mirabile in oculia. Psalm. cxtii.
(s) L'abbaye d'Everbode, de l'ordre des prémontrés, dans la Campine, était située à l'extrême frontière du Brabant et de l'évéché de Liège. La limite des deux pays traversait les bAtiments mêmes de Tabbaye; de feçon que l'église faisait partie du Brabant, tandis que les autres bâtiments étalent situés sur le territoire liégeois. Cette abbaye était, à cette époque , gouvernée par Maurice Jacques Augustin Verboven, né au village de Beerse, près de Tumhout , dans la Campine brabançonne, le 8 août 1754, religieux profès de l'abbaye d'Everbode, le 29 novembre 1756, installé, en qualité d'abbé de cette maison , le 50 septembre 1782, admis, en cette qualité, aux
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priv^ de toute administration, régie et direction du temporel; ils devaient être remplacés par des administrateurs-économes, auxquels des instructions seraient données par le gouvernement. Dès la veille de la publication de cette ordonnance, des commissaires du gouvernement étaient partis, pour la faire exécuter, sous l'escorte de détachements pris dans les garnisons voisines. Le surlendemain, 17 octobre, on apprit que le gouvernement avait découvert une vaste conspiration, et il paraît, en effet, qu'un marchand de vins, nommé Deridder, avait vendu, pour quinze mille florins, au gouvernement le secret du comité vonckiste, et qu'il avait livré les noms de ses membres (i). On arrêta le sieur Daubremé, autre marchand de vins, le sieur Fisco (2),
états de Brabant , la même année. Il ayait remplacé Tabbé Adrien Tmdo Salé, né A S^-Trond , le 5 juin 1722 , religieax profès da monastère d'Everbode , le 2 février 1742, promu A la dignité abbatiale , le 28 septembre 1778, mort dans son abbaye , le 19 mars 1782. L'abbé dlBferbode était aussi membre des états du pays de Liège. L'abbé Verboven mourut , en 1791 , et fut remplacé par Grégoire Thiels, qui fut le 4^ et dernier abbé d'Everbode. Après la rérohitlon de 1830, quelques religieux de Tandenne abbaye d'Everbode, qui étaient propriétaires de sa bAtiments , s'adjoignirent des novices et tentèrent de rétablir cette maison religieuse. Us élurent un abbé, le 8 novembre 1854. Leur cboix tomba sur Norbert Dierekx, alors curé du vilbge de Rotselaer, dans l'arrondissement de Louvain. Cet ecclésiastique, né k Gierle, pr^ de Tunibout , le 23 décembre 1764 , avait pris l'habit religieux à l'abbaye d'Everbode y le 8 novembre 1786, et y avait fait profession , le 1*' novembre 1788. Après la suppression de son ordre, fl était entré dans le clergé séculier et avait été nommé vicaire k Veerle , le 13 juin 1800, puis curé de Rotselaer, le 13 décembre 1816. Il est mort récemment, le 9 mai 1845, dans son abbaye, qu'il avait fait restaurer complètement.
(i) Joseph II écrivait au général d'Alton, sous la date du 51 octobre 1789 : « La découverte importante que , par vos soins , vous avez fait faire au gouvernement , est d'un prix infini pour le moment , et l'homme en question mérite certainement à juste titre la récompense promise. »
(i) Claude Antoine Fisco , né à Louvain , le 22 janvier 1736, avait d'abord embrassé la carrière des armes et était entré au service impérial , en qualité de cadet dans l'arme du génie, en 1753. n ne resta pas longtemps au service, et , après avoir donné sa démission, il vint s'établir k Bruxelles, où il fut appelé aux fonctions de contrôleur et de directeur des travaux publics de cette ville et de cet arrondissement. Ce fut sur ses plans que l'on construisit la i^ace de S'-Micfael , aujourd'hui place des Martyrs, celle du nouveau Marché aux Grains et la route de Bruxelles à W^avre. Il fut aussi nommé inspecteur des travaux publies de la ville de Louvain, et y fit construire le collège du Faucon et l'établissement de Frascati. Le 6 juin 1787, il ftit nommé membre du comité des volontaires , qui venait de s'établir k Bruxelles. Lùts de la révolution brabançonne, il (ùt un des chefs du parti vonckiste. A la rentrée des Autridiiens , il se réfugia en France et y prit service dans les armées républicaines, où il fut admis avec le grade de général du génie. Une conserva pas longtemps ce grade, ayant été incarcéré sous le règne de la terreur. Il ne fut remis en liberté qu'après la chute de Robespierre. Rendu à la vie privée , il alla s'établir à Louvain , où il s'occupa d'architecture et de constructions. Il mourut k Quarebbe , petit village de l'arrondissement de Louvain, le 10 janvier 1825 , dans un âge très-avancé. On trouve une notice biographique de ce personnage , dans J . Inraierzeel : De lèvent en werken der HoUandiche en Vloamehe kunstechilâerê , beeldhouwers , graveurs en bouunneeskn. Amsterdam, 1842. t. I« , p, 238.
ingénieur et contrôleur des travaux de la ville , et le sieur Secrétan , citoyen suisse , précepteur des enfants du duc d'Ursel. On fit aussi une nouvelle tentative pour s'emparer de la personne de Vonck , que Ton croyait trouver chez son gendre , P. Collier , marchand de toiles, à Wieze, près d'Alost. Mais il en était parti le jour même, pour se rapprocher du comité de Bruxelles, et était venu s'établir chez le curé de Chapelle-au-Bois. Aussitôt qu'il apprit l'arrestation de ses complices, il prit le parti de quitter le pays, pour se soustraire aux poursuites dont il était l'objet. Il partit, le 18 octobre, sous un vêtement de prêtre, et arriva sans accident à Bréda, où il trouva son ami le général Van der Mersch. Les sieurs Janssens, curé de Schoorisse, De Brou (i), chanoine du chapitre métropolitain de Malines, Ghisteling, de Gand, Vercruyce, de Gourtrai, le brasseur Windelincx, dit l'arlequin de Tirlemont, et un grand nombre d'autres, s'y étaient également rendus, pour aviser aux -moyens d'organiser une insurrection générale.
Le 19 octobre, on arrêta le fameux avocat Linguet qui, après avoir été aux gages de l'Empereur , s'était laissé entraîner, par son instinct d'aventurier , dans la conspiration des vonckistes. Joseph II écrivait à cette occasion : < On a très-bien fait d'arrêter Linguet avec tous ses complices, mais pourvu qu'an prompt jugement et exemple s'ensuive. » Ce pourvu que exprimait un vœu qu'il était malheureusement impossible de réaliser. Nous l'avons déjà fait remarquer plusieurs fois : la répression des crimes politiques était nulle, et le pouvoir s'épuisait vainement en mesures préventives. On fit cependant , comme dans mainte autre circon-
(i) Aleiandre De Broà, né è Bnndles, le 42 octobre 1749, fils de Jacques François FerdinaDd De Brou , et d'Elisabeth Waanans , quatrième de la première ligne dans la pédagogie du cfaAteau, au concours général de philosophie de Tuniversité de Louvaln , en 1709, ensuite théologien du grand collège et bAchelier formé en théologie dans la même université , avait été nommé, au mois d'avril 1775, secrétaire de l'archevêque de Malines, en remplacement de Jean François Ghislain Huleu , qui venait d'être promu è un canonicet de la métropole de ^Ilombaut. n fht, à son tour , nommé chanoine de la même métropole, le 5 novembre 1780, è la place de Jean Robert Van Velde, promu k une prébende noble graduée de ce chapitre. Il devint ensuite secrétaire général du conseil des hospices de l'arrondissement de BruteUes, et mourut en cette ville à l'âge de 68 ans , le 9 août 1817.
314 KAPÉDIUS
stance, un simulacre de procédure à la charge des conjures. Secré* tan (i), Fisco et Daubremé avaient été arrêtés ensemble» dans la maison de ce dernier; on avait saisi , au même instant, divers papiers, un, entre autres /que Secrétan tenait à la main et qu'il chercha à cacher , d'abord derrière son dos, et ensuite dans ses culottes. Ces papiers contenaient un plan (f attaque, plus un projet de constitution, à proclamer, sous la forme de manifeste, après le succès.
Le plan d! attaque, dont le véritable auteur resta inconnu, avait été communiqué par Daubremé à Secrétan , qui avait trouvé plus d'une objection à y faire. Rien , en effet , n'était plus mal conçu que ce plan. Le signal de l'insurrection devait être donné à Bruxelles , et répété dans les faubourgs , par des fusées. Les conjurés devaient alors se réunir à un lieu de rendez-vous déterminé dans chaque quartier. Ils devaient élire un commandant et
se placer sous ses ordres pour marcher on ne disait pas vers
quel point. Venaient alors des signaux pour les attaques, l'alarme générale dans tout le pays, et, au milieu de tout cela, encore des élections, pour former un comité de police. Après ces mesures, qui ne pouvaient s'exécuter sans faire quelque bruit, et absorber assez de temps, on devait s'emparer de tous les oiBciers de la garnison de Bruxelles , se rendre maître des réverbères , et , de crainte de s'entre-tuer dans l'obscurité , les conjurés devaient être vêtus de blanc. Enfin Cattaque générale devait s'opérer par le petit Béguinage, par la Bibliothèque, par la rue dlsabeUe, maison de
(i) PhiUppe SecréUm , né k Lausanne , en Suisse , où son père , mort en 1789, occupait une place dans la magistrature, avait fait, en qualité de précepteur, l'éducation du comte De Valmotte, gentilhomme français; après Tavoir terminée, il avait obtenu de cette famille, à titre de gratification, une pension de 600 francs, et était entré, en 1783, dans la maison d^Ursel, comme précepteur, avec 3,000 livret d'appointements. M. Secrétan publia, à Toccasion de son arrestation , une brochure intitulée : Mémoire jwHfiealif en faveur de Ph, Secrétan, cUoffen de Lausanne, en SuUse* 1790, pp. 14, in-8*. De retour dans sa patrie, Secrétan y devint membre du directoire helvétique, et plus tard Fun des vice-présidents de la cour (les appêUatioos suprême du canton de Vaud. il a encore publié :
Ré(Uxion$ sur les gouvernements, pour servir de suite à Vouvrage de Burhe, sur la révolution de France, et à celui de Payne, sur les droits de l homme, Londres , 1793 , in-8».
Observations sur la constitution helvétique. Lausanne, 1798, in-8*.
ConsidéraHons sur Vétal miUtaire du Danemarck et Notice sur M. De FaHekensfold- In-8». Quérard, France littéraire, t. IX, p. 9.
madame Giron, par la rue du Crombras, par les refuges d^Everbode et
de Tongerloo On a beau se roidir contre les préventions : quand
on lit ces cboses-là , on est tenté de croire qu'elles ont été écrites par des fous. Et cependant n'avons-nous pas nous-mêmes été témoins d'une révolution, dont le plan n'avait, certes, pas été combiné avec autant de soins, et qui cependant réussit? C'est que de l'irritation à la folie il n'y a qu'un degré, et que, quand tout un peuple est irrité, il se met aisément à la merci de ceux qui ont atteint le degré supérieur.
Le projet de manifeste et de constitution tout à la fois mérite une mention plus sérieuse. Ce projet, qui appartenait au citoyen Secrétan, ou qui du moins avait été produit par lui, s'écartait essentiellement des vues de Van der Noot, en ce qu'il admettait la domination de l'Empereur , représenté par des gouverneurs généraux. Mais la part d'autorité qu'il lui faisait était tellement restreinte, que le seul titre qui eût pu lui convenir eût été celui de protecteur de la république. Presque tous les pouvoirs venaient se réunir dans les mains d'une assemblée nationale , unique pour toutes les provinces. Les gouverneurs généraux eux-mêmes, qui devaient être les archiducs actuels et nuls autres, ne pouvaient être révoqués et remplacés sans le consentement de cette assemblée. Elle seule pouvait instituer des tribunaux , et le pouvoir législatif lui était attribué pour ainsi dire exclusivement, les gouverneurs généraux ayant seulement la faculté de suspendre l'exécution des lois présentées à leur sanction. L'auteur de cette admirable constitution avait fort naïvement exprimera pensée dans les dispositions suivantes : < Nous consentons à vivre sous la protection souveraine de Sa Majesté impériale. Pour mériter cette protection, nous lui conserverons fidèlement et dans leur entier les
revenus de ses domaines Nous continuerons à lui accorder
les subsides que nous jugerons convenables Nous demandons
qu'on nous conserve irrévocablement nos gouverneurs généraux ; qu'à eux seuls appartienne la nomination aux places
que nous trouverons convenable de leur remettre ; qu'eux
seuls enfin exercent dans ces contrées la souveraineté que nous
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jugerons compatible avec notre sûreté» notre liberté et nos justes droits. » Faut^il ajouter que cette prétendue souveraineté, fondée sur le caprice mouvant d'une assemblée délibérante » n'avait aucune action sur Tarmée? Il ne devait y avoir désormais dans nos provinces d'autre force militaire que celle qu'il plairait aux états d'établir. Les troupes ne devaient prêter serment et s'engager qu'à la nation ; elles ne devaient être employées qu'à sa défense ; leurs commandants et officiers ne devaient être choisis et nommés que par elle , et ne recevoir d'autre solde que la sienne. Provisoirement, les habitants de chaque district étaient invités à s'armer et à se choisir des chefs. On les engageait à se former une discipline militaire pareille à celle des troupes réglées , à s'exercer au maniement des armes le plus qu'ils pourraient, et surtout les jours de fête et les dimanches.
Il était évident qu^avec cette constitution, la souveraineté des archiducs n'aurait pas vécu six mois , et cependant ses auteurs étaient de bonne foi : ils redoutaient Van der Noot et son parti , presque autant qu'ils haïssaient le ministère autrichien. Mais ils n'avaient pas l'expérience des révolutions. Ils s'imaginaient qu'une société démolie pouvait se rebâtir solidement sur un plan nouveau; qu'il ne s'agissait que de mettre ce plan au concours, et de promettre une médaille à l'auteur dont l'œuvre obtiendrait les suffrages de la majorité. C'est cette inexpérience des phénomènes sociaux qui explique la participation de beaucoup d'honnêtes gens, et même d'une partie de la noblesse, à la révolution brabançonne. La duchesse d'Ursel, entre autres, fut compromise par les poursuites dirigées contre Secrétan et par les interrogatoires de cet accusé. Elle fut arrêtée, le 21 octobre, à Boitsfort, et ramenée, sous escorte, à Bruxelles. Elle fut ensuite gardée à viie dans son hôtel ; on l'interrogea et on la confronta plusieurs fois avec Secrétan. Il parait que celui-ci finit par rétracter les déclarations qu'il avait faites d'abord à la charge de la duchesse. On sait que M. le duc d'Ursel était alors à l'armée de Hongrie, où il avait été envoyé pour faire place au général Schrœder.
Avec des tribunaux et une force militaire capable de soutenir
DE BEEG. . 317
leurs décisions , la découverte de ce complot eût été une excellente occasion de couper court à toute tentative de troubles. Mais le pouvoir n'avait à sa disposition que tout juste les armes qu'il fallait pour aiguillonner ses adversaires, les provoquer , les irriter par des vexations impuissantes. De ces armes dangereuses, ordinairement funestes à qui les emploie, il fit l'usage le plus immodéré, le plus irréfléchi. Une révolution est une maladie sociale. Quand on ne sait pas la guérir radicalement par un remède héroïque , rien n'est plus chanceux que de la combattre par des moyens irritants. Il semble que le gouvernement autrichien ait voulu nous laisser un exemple des résultats de ce traitement. Aussitôt qu'il put connaître l'état du malade , il fit tout ce qui était en son pou- Toir pour l'aggraver. Il commença par publier, sous la date du 19 octobre, une dédaratUm'Ordonnance, espèce de document mixte ayant le double caractère de la défense et de l'attaque. La première partie se composait de longues considérations sur la conduite du gouvernement, depuis 1787 ; la deuxième prescrivait à tous les habitants des villes et du plat-pays, de donner, en-* déans les vingt-quatre heures, aux magistrats et gens de loi de leur domicile, une déclaration, par écrit, du nombre et de la qualité des armes à feu quelconques, ainsi que des munitions en poudre, balles, cartouches, etc., qui pourraient être en leur possession , et de s'en dessaisir entre les mains des officiers , soit civils ou militaires, qui leur en demanderaient la délivrance, à peine d'être réputés et poursuivis comme complices et fauteurs de sédition. La même ordonnance contenait la disposition suivante :
€ La plupart des abbés et des nobles , ainsi que différents membres du tiers-état, ayant affecté de se retirer du pays, depuis que les factieux ont osé comploter, avec un certain éclat, contre notre autorité, nous ordonnons à tous abbés , nobles et membres du tiers-état , qui se sont absentés pour quelque cause que ce puisse être , de rentrer dans le pays endéans la huitaine de la publication des présentes, à peine, contre les abbés, de bannissement perpétuel de toutes les terres de notre domination, et contre les nobles et leç membres du tiers-état , de pareil bannisse-
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ment » avec confiscation de biens, et d'être, de plus , à jamais inhabiles à toutes successions , soit par testament ou ab int^tat , qui pourraient leur échoir dans nos provinces des Pays-Bas. »
On exécuta de ces dispositions précisément tout ce qui pouvait exciter la haine , sans inspirer assez de terreur pour en paralyser les effets. L'opération du désarmement commença le 21 octobre. Ce jour-là, le lendemain et le surlendemain , on fit des visites domiciliaires dans toute la ville, et non-seulement on visita les maisons des habitants , mais les militaires chargés de ces expéditions s'introduisirent dans toutes les maisons religieuses , aussi bien de femmes que d'hommes. On les fouilla de fond en comble, au grand scandale des fidèles , qui en augurèrent d'affreux malheurs pour l'avenir. Justement, le 22, il fit un temps épouvantable; un orage effrayant vint fondre sur Bruxelles; l'atmosphère, dit un écrivain de l'époque ( Goet val), paraissait tout à la fois embrasée et teinte de sang ; de sorte qu'on put y voir le signe d'une prochaine destruction, d'une révolution, de tout ce qui préoccupe des esprits inquiets. Que l'on juge de l'effet que durent produire, sous l'influence de pareilles idées , les visites domiciliaires et surtout les arrestations assez nombreuses, presque toutes de personnes ecclésiastiques, qui se firent en même temps. Ce fut dans ce moment qu'on arrêta l'avocat Gheude; le prêtre Nys, de l'oratoire, chapelain de S^*-Gudule; le prêtre Bossi, chapelain de la même église; le prêtre D'Hooge, curé de l'hôpital S^-Jean; le bibliothécaire du duc d'Arenberg, François Lenssens, de la compagnie de Jésus, et une multitude d'autres personnes, parmi lesqudles nous ne pouvons omettre de citer pachter Declerck, de Woluwe- S^-Lambert , devenu célèbre pour avoir représenté la Belgique au conseil des anciens, à Paris, et dont tant de contemporains ont conservé un amusant souvenir.
La brutalité des agents du pouvoir fut telle, dans cette circonstance , qu'elle ne s'arrêta pas même devant des considérations de haute convenance et de sage politique. Un officier et dixsept honunes, de la garnison de Bruxelles, se présentèrent, le 25 octobre , à la porte du ministre plénipotentiaire des états-
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généraux, qui fut obligé de délivrer une déclaration portant qu'il n'avait chez lui ni armes ni munitions. Le baron De Hop se plaignit de cette violation du droit des gens, et ce qu'il y a de piquant dans sa plainte , c'est qu'il y exalte les bonnes dispositions de son gouvernement à l'égard du gouvernement impérial. < C'est, dit-il, un procédé d'autant plus inattendu, qu'on se l'est permis dans un temps que mes maîtres ne négligent rien de ce qui peut contribuer à cultiver la bienveillance et l'amitié de S. M. I. et R. » M. De Trauttmansdorff, qui savait fort bien tout ce que cette assertion contenait de mensonger, n'en donna pas moins au ministre de LL. HH. PP. la satisfaction qu'il demandait. Il lui adressa une déclaration du général d'Alton , contenant des excuses, et rejetant sur un malentendu^ qu'il imputait à des officiers subalternes , l'espèce d'insulte faite au caractère de M. le baron De Hop. Nous avons déjà fait remarquer qu'en renouvelant ses tentatives en £aiveur de l'établissement du séminaire général , le gouvernement avait étendu les limites de l'esprit révolutionnaire , qui d'abord se trouvait concentré dans les villes d'une ou de deux provinces. A l'époque dont nous nous occupons maintenant, le pays tout entier s'en trouvait infecté. La Flandre, qui d'abord avait paru conserver assez de raison , était devenue la proie d'un fanatisme délirant. Des moines parcouraient les campagnes , pour y répandre les nouvelles du keuremenne et celles qu'ils inventaient. A Grammont, deux carmes firent courir le bruit que des théologiens du séminaire général avaient fait leurs pàques après avoir déjeûné et s'être gorgés de carbonates. Ils dirent aussi que d'autres théologiens avaient, le mercredi des cendres , pris du thé au lait. La divulgation de ces prétendues nouvelles eut assez d'éclat, et l'imputation parut assez grave, pour attirer l'attention du gouvernement, qui en fit rechercher les auteurs. Alost et Audenaerde surtout paraissaient être les foyers du soi-disant patriotisme. Les personnes qui passaient pour dévouées à l'Empereur y étaient journellement insultées, maltraitées et exclues de tous les lieux de réunion. On y faisait des prières publiques dans toutes les égli-