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SITUATION DE LA BELGIQUE A L

Avant de suivre M. de Berg dans sa carrière d'intendant du cercle de Brabant, et de jeter un coup d'oeil sur les faits qui déjà s'étaient accomplis en 4787, dans Tordre des réformes joséphistes , qu'il nous soit permis d'émettre quelques considérations générales, et d'envisager les institutions de la Belgique dans leur ensemble et dans leurs rapports avec les événements de l'époque.

Quand on étudie sans prévention la partie sérieuse de la révolution brabançonne, on ne peut s'empêcher de reconnaître que, si l'insurrection qui porte ce titre fut opérée par des instruments ineptes et parfois même bouffons, il y eut dans la généralité de ceux qui y prirent part, un sentiment bien louable et bien précieux, l'amour des institutions nationales. Ces institutions avaient pris leur source dans une autre révolution, dans celle qui produisit l'émancipation des communes : car il est à remarquer que

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le type du gouvernement de nos provinces , type qui traversa huit siècles sans altération radicale, est sorti de la grande commotion qui ébranla la féodalité. Ce fut vers le onzième siècle que les populations agglomérées de notre pays prirent part au mouvement qui bientôt se fit sentir dans toute l'Europe occidentale. Ces populations qui, en passant sous le joug de la féodalité, avaient conservé l'esprit d'association des vieilles Gildes (')de la Germanie , étaient enfin parvenues à se constituer en communes, et avaient acquis assez d'importance pour faire légitimer leur organisation.

Que les chartes aient été arrachées par la force, ou acquises à prix d'argent, comme le prétendent quelques auteurs, toujours est-il qu'avant de les obtenir, les communes existaient, et dès lors l'octroi des chartes ne peut avoir été qu'une concession nécessaire. Non-seulement les communes existaient; mais elles étaient organisées, mais déjà elles s'étaient approprié les institutions des hommes libres du temps de Charlemagne. La lecture des premières chartes ne laisse aucun doute à cet égard : ces actes ne fondent rien, n'organisent rien; ils ne font que constater des faits accomplis, pour leur donner une sanction légale. La charte de Vilvorde, par exemple, qui est une des plus anciennes (1192), n'institue pas les échevins : elle en reconnaît l'existence , elle en garantit les attributions. En promettant aux gensdeVilvorde qu'ils n'auront jamais d'autres juges (") , elle ne crée pas une nouvelle organisation judiciaire : elle garantit le maintien exclusif des trjb bunaux existants. En statuant que les impôts seront arbitrés par les échevins ("'), elle n'introduit pas une nouvelle forme dadmi-

(') Associations armées, qui ont pris naissance chez les Francs et qui se sont perpétuées dans no« province sou» le nom de Gilden, Guide* ou Sernu-nts. (Voy« les Considérations sur f histoire de France, par Augustin Thierry. )

(-) Quicumque in hoc opptdo burgensis faclus fueril, in omnibus cousis, nonnissi cum icabinis ipsius oppidi ei in ipso oppide tractabilur , nec alias usquam traclandut est vei upptllandus, nui re ipsajurisdiclionem vcl d<rminium nostrum excédât. ( Ikiikcns, 1. 1- , preuves, p. 46. )

('") Proidictis burgensibus eliam remisimus omnem exaUionetn; sed si filium miHUm

faciamus, si filium vel filiam nuptui dederimus, vel si expeditioncm transaipee imperatori faciamus, in quibus (amen casibus si nécessitas incubuerit, non nisi mediocris et per icabinos fiel succursus , si rtiam in captivitalem devenerimus ( quod absit ) médiacrem presdieto modo solvent suceur sum. ( Butkens , 1. i«* , preuves , p. 46. )

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nistration : elle attribue à l'administration existante des échevins une prérogative particulière, et qui parait avoir vécu dans l'usage avant d'être écrite dans la loi. Le titre seul d'échevin (*) rappelle d'ailleurs cette magistrature locale fondée par la loi carlovingienne, et dont les membres ne pouvaient être choisis que c du consentement du peuple ("); > magistrature qui paraît même avoir représenté le peuple dans les assemblées générales tenues sous les rois francs de la seconde race (*").

Les actes de cette espèce se multiplièrent presque à l'infini dans nos provinces. 11 n'y eut, pour ainsi dire, pas un village qui ne fût érigé, sinon en commune, du moins en frandiise. Dès lors la révolution fut accomplie : un régime nouveau avait succédé au régime de la féodalité pure. Bientôt on vit les villes, les communes et les franchises figurer comme personnes politiques , à côté des barons et des chevaliers , dans les actes publics}, dans les traités de paix, d'alliance et de commerce. Les serfe réunis en communauté étaient devenus en quelque sorte vassaux.

Dès l'année 1194, plusieurs communes intervinrent dans le traité de paix conclu entre Henri Ie* , duc de Lothier, et Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut, marquis de Namur. Douze villes, du côté du comte de Flandre, et huit, du côté du duc , se portèrent garantes de ce traité, avec plusieurs chevaliers de part et d'autre ( **"). Vint ensuite ( 1207) le traité de mariage du fils de Henri I"avec une fille de Philippe, roi des Romains. Celui-ci exigea que les conditions de ce traité fassent jurées par les vassaux et les villes du duc de Lothier : jurabunt iUud ministtrialet stti et suœ civitates ('""). Enfin, nous citerons encore l'acte d'abdication du fils aîné de Henri III , duc de Lothier et de Bra-

(' ) Seabini ou ucaMnei, d*où Ici Flamands ont fait scepen et phu tard schepen, jupes à écfaevina.

(" ) Capp. add. anni 829, c. 2.

('**) On troufe en effet dans une note très-ancienne ajoutée au second capltulaire de 803 , que les juges ( tcabinei ) , les évoques, les abbés, les comtes, avaient souscrit de leur propre uom les capitules qui avaient été ajoutés la même année à la loi saUque. ( Baluz. , n* vih. ï

(****) Ernst.p. 67, note 3.

(****') Butkens, tom. r", preuves, p, 59.

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tant, en faveur de son frère (1267). Cet acte fut soumis à la ratification de Richard, roi des Romains, qui n'accorda sa ratification qu'après s'être assuré du consentement des communes et des villes du Brabant , ou du moins de la plus grande et saine partie d'icelles (').

L'importance des communes dans l'ordre des relations politiques n'était qu'une conséquence de leur marche progressive dans l'ordre de l'administration. En effet, leur action ne se borna pas longtemps aux affaires d'intérêt local ; elle s'étendit bientôt jusqu'au gouvernement général du pays. Un acte du 30 juin 1312 en fait foi : c'est la déclaration de Florent Berthout , seigneur de Malines, dans laquelle on lit le passage suivant : c Nousconnois* « sons et tesmoignons que nous sommes tenus et devons tenir et c faire tenir bien et loyaulment en nostre ville de Malines et t partout en nostre terre , tous cris , tous commans, toutes or- « donnances, et tout chou que par commun accord et conseil des c barons, villes et des bonne* gens de Brabant, sera criet, cornc mandeit, ordonneit et fait en Brabant (**)• *

Il existait donc déjà, à cette époque, un mode suivant lequel les villes et bonnes gens étaient appelées à donner leur accord, aussi bien que les barons, à toutes les mesures d'intérêt général. Toutefois, nous ne connaissons point de traces certaines de leur participation directe et simultanée au pouvoir central avant la fameuse charte de Gortenberg, qui date du 27 septembre 1312.

Cette charte régularise l'action des communes dans l'administration générale du duché. Cinquante-huit nobles et dix-huit villes et franchises furent requis par Jean II d'y donner leur adhésion, et d'y apposer leurs sceaux. Les villes qui accomplirent cette formalité furent : Louvain, Bruxelles, Anvers, Bois-le-Duc, Tirlemont, Leuwe ou Léau, Nivelles, Gembloux, Lierre, Herenthals, Hannut, Vilvorde et Genappe; les franchises : Turnhout,

(*) De comensu bencooto et de volunlale commuai Ateidis Ducixtce Brabantia , baronum, magnatum et communia m oppidorum ducalûs ejusdem , vei majorù et tanioris partis et) proceuerit. (Bulkcn», um. 1", preuves , p. 101 et 102.)

(") Butkeu, tom. i" , pream, p.

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Tervueren, Issche, Mcrchtem et Chapelle-au-Bois ( Cappel-opten-Bosch ).

Nous nous bornerons à rappeler l'article 4 de cette charte , qui détermine la forme du gouvernement : c De plus , y est-il dit , par avis commun de notre pays , nous et nos successeurs , nous choisirons dans le pays quatre chevaliers, les plus aptes et les plus sages que l'on peut trouver, pour l'avantage du pays , et trois bonnes gens de Louvain, trois bonnes gens de Bruxelles, une d'Anvers ('), une de Bois-le-Duc, une de Tirlemont et une de Lëau , et ceux-ci , étant ainsi choisis, viendront et s'assembleront à Corlenberg, de trois semaines en trois semaines, et auront le pouvoir ( lequel pouvoir nous leur donnons pour nous et nos successeurs ) de s'enquérir et connaître si dans le pays il y a manquement de quelque chose , comme des poincts ci-dessus décrits , ou qui pourraient se présenter ci-après , en quelque manière que ce soit ou que puisse être, et ils auront plein pouvoir, de notre part et de la part de nos successeurs, de pourvoir à toutes ces choses et de les améliorer, et de faire toutes autres bonnes choses, et de disposer pour le mieux dans l'intérêt de nous et de notre pays ; et ce qu'ainsi ils feront et disposeront , restera ferme et stable , sans jamais faire ou venir à rencontre , de notre part ou de la part de nos successeurs, en aucune manière quelconque ("). »

C) En 1335, ce nombre fat porté à deux pour Anvers, et on en ajouta une pour Nivelles. ( Bulkens , t. h , p. 339. Looveos , t. m , p. 39. Luyster van Brabant , t. r* , p. 93 ).

(") Voert selen wi , ende onse nacomelinghe , bi gbemeine rade van onsen lande Iciesen binnen lands vier ridderen , de orberleUte, ende de vroetste die men vindcn raach, orna» 's lards orbotre ende drie goede liede van Lovene, drie goede liede van Brucclle , eenen gouden man van Anlwerpen , eenen van t' sHertogben Bossche , eenen van Thienen ende eenen van Levé, onde dese , die aldus ghecoren werden , selen comen ende vergaderen te Corlenbergfae van drie « ecken te trie weeken , ende selen mecbtech syn , dewelke machl wi ben gheuen, van ons ende van onsen nacomelinghen, te verboerne ende te wetene ochte enecb gebrec es in den lande van enegbeii dinghen, aise van poenten, die hier vorebeschreven syn, ochte hier namaeU gevallen moghen, in vrat manieren dal si, odite ghesden oiach, ende vol marbt licbben, van ousen weghen , ende ousen nacomelingben , ahœs aile dese dinghen te versiene ende te verbeterne, ende aile anderc goede dinghen te raaekeue ende te ordincren op bare besle, naden orbere onse ende uns lands; ende dat si darmede doen, ende ordincren selen, dat dat vas* gbestade blive , sonder nemmermeer daer igbcn te doene, ochte te comene, van onsen vregen, ochte onser nacomelingben in eenegher manieren. ( Luyster van Brabant, part. 1'*, page 69. Lovent, t. f \ page W. Plac. de Brab- , t. f , page 123. )

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Celte espèce de représentation nationale, choisie par avis commun du pays, et dont un membre ne pouvait être remplacé que par ravis des autres et des bonnes gens du pays ('), fut la première pierre de l'édifice qui plus tard s'érigea en états, d'autres disent, en conseil de Brabant ( " ). L'un et l'autre sont vrais peut-être. Il est impossible cependant de ne pas reconnaître dans ces bonnes gens, qui représentaient nos villes et nos franchises, les pères de ceux que l'on distingua dans la suite par la dénomination de tiers état. Toutefois, ni dans la joyeuse entrée de la duchesse Jeanne (de 1555 ) , le premier acte qui fut ainsi appelé, ni dans la confirmation de la charte de Cortenberg et de la charte wallonne par le duc Wenceslas ( en 1572 ), ni dans la joyeuse entrée d'Antoine de Bourgogne ( de 1406 ) , il n'est fait mention d états ; et ce n'est, pensons-nous, que dans un acte de 1420 , que l'on trouve pour la première fois cette dénomination. Cet acte est la promotion du comte de S'-Pol ( Mynheere van Sampol ) , frère et successeur du duc Jean IV, à la dignité de ruwart, promotion à laquelle participèrent des abbés , des nobles et des villes et franchises. Il y est fait mention de divers cas dans lesquels le ruward devra s'entendre avec les trois états ( *" ). Dans la charte de Jean IV , vulgairement connue sous le nom du nouveau régime du duc Jean ( de 1422 ), les nobles et les villes sont désignés par ces mots : de twee weerlycker staete, les deux états laïques ("**). Enfin , c'est dans la joyeuse entrée du duc Philippe Ier, qu'il est, pour la première fois, parlé en termes exprès de la convocation des états (•"**).

(*) En de >oert, ware dat taecke dat enech van den voorschrcvco ridderen, ochte van de anderen goede lieden , die hier toe gbecoren werden selen , van liue 1er doot gingne, ochte niet orbelec en ware le desen dingfaen , dat m en dan eenen anderen kiesen , ende seilen ni , in fine sut , bi rade un de anderen, ende der goedere lieden van de lande al te Cortenberghe. (Ibid).

(") Dana une requête présentée au roi le 10 novembre 1674, les état* de Brabant prétendirent que le conseil de Brabant représentait la juridiction qu'eux-mêmes avaient administrée autrefois , laquelle , par leur coopération et consentement, avait été transmise audit conseil , et ils citèrent, à l'appui de ce dire , la charte de 1319, dite charte de Cortenberg , et celle de la duchesse Jeanne de 1386, et les joyeuses entrées de 1333 et de 137».

( "* ) Plac. de Brabant , t. i», p. 567.

("") Plac. de Brabant , t. iv, p. 379.

(**"') Voyez, sur l'origine des états, la déduction du pensionnaire Edelbeer, et celle du conseiller Stockmans, chap. n. Voyez aussi le Traité de la joyeutc mirée, par Depape, imprimé à Matines , cbci Uaoicq, en 1787 , p. 11 et suiv.

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Telle est l'origine de ce gouvernement , qui subsista jusqu'en 1 790 , non pas sans de graves et importantes modifications , mais, comme nous l'avons déjà dit, sans que sa forme subît d'altération radicale. L'histoire des institutions des autres provinces est à peu près la même. Les dix-sept duchés, comtés, marquisat et seigneuries, que Ton désigne habituellement sous le nom de provinces des Pays-Bas, formaient autant de petits États , ayant chacun leur constitution, leur représentation nationale, leurs magistrats communaux, etc.

La réunion de toutes ces provinces sous un même sceptre ne changea point leur régime intérieur. Philippe le Bon, à qui son père avait laissé , outre le duché et le comté de Bourgogne et la seigneurie de Salins, les comtés de Flandre et d'Artois et la seigneurie de Matines, acquit à prix d'argent , en 1421 , le comté de Namur ; il recueillit de la succession de Philippe 1er, en 1450, les duchés de Lothier, de Brabant et de Limbourg, le marquisat du saint empire et les terres d'Outre-Meuse, unies au duché de Limbourg; c'est-à-dire, les pays de Fauquemont, de Daelem et de Rtlduc. La domination de ce prince s'accrut encore des États de Jaqueline de Bavière, comtesse de Hainaut, de Hollande et de Zélande, dame de Frise, par les traités de 1428 et de 1452. Enfin, il y ajouta le duché de Luxembourg , qu'il acquit de la duchesse de Gorlitz.

Le duché de Brabant se trouva donc faire partie d'un vaste empire, dont Charles le Téméraire étendit encore les limites, par l'adjonction du duché de Gueldre et du comté de Zutphen. Cet empire dut nécessairement avoir un gouvernement central. Aussi voyons-nous que Philippe le Bon et ses successeurs eurent un premier ministre, qui porta le titre, tantôt de chancelier, tantôt de grand chancelier de Bourgogne ; un ministre des finances , qui s'appela successivement surintendant , trésorier généra] , contrôleur général; un conseil des finances, un conseil privé; mais cela n'empêcha point les provinces et les villes et franchises de s'administrer elles-mêmes, de s'imposer elles-mêmes, de percevoir elles-mêmes les impôts, de délibérer sur les demandes

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de subsides faites par le duc , de conserver leurs privilèges en matière de justice, etc. , etc. Philippe le Bon, comme Philippe Ier, qui était aussi de la maison de Bourgogne, comme Jean IV, comme Antoine de Bourgogne, comme la duchesse Jeanne, Philippe le Bon fit sa joyeuse entrée, et jura de respecter les franchises, privilèges, chartes, coutumes des prélats, barons, nobles, villes et franchises de son pays de Brabant. Ainsi que son prédécesseur , il fit mention dans cet acte de la convocation des états, promit de la faire quatorze jours avant l'époque de la réunion , de faire tenir les assemblées dans une place commode de la province, où les états pussent librement aller, et de permettre à chacun des prélats, barons, nobles, villes et franchises, de dire et déclarer leur charge, et passer parmi ce, sans encourir aucune indignation ou disgrâce (*).

Apres les ducs de Bourgogne, Charles V, Philippe II luimême, puis les archiducs, les empereurs d'Allemagne, vinrent successivement jurer, dans leurs joyeuses entrées, de respecter les traditions constitutionnelles du pays. Cest ainsi que , malgré les guerres, les émeutes, malgré les funestes événements qui, au 46" siècle, agitèrent et déchirèrent le pays, les institutions primitives du Brabant, comme celles des autres provinces, arrivèrent sinon intactes, du moins avec leur physionomie d'origine, jusqu'au règne de Joseph II. Quelles que fussent l'élévation et la puissance du chef de l'État, jamais son pouvoir ne changea de nature : c'était toujours un duc de Brabant, un comte de Flandre et de Hainaut, un seigneur de Mali nés , et ainsi de suite. La réunion de tous ces petits États formait plutôt une confédération qu'un empire; l'autorité du prince y tenait plutôt de la suzeraineté que du pouvoir souverain.

Est-il vrai que Joseph II voulut changer cet ordre de choses? Est-il vrai qu'il voulut être empereur , en Belgique comme en Autriche, et non duc de Brabant, non comte de Flandre et de Hainaut, non seigneur de Malines, marquis du saint empire, etc.?

(•) riacards de Brabanl, ». i-, p. I5Î.

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Cest ainsi, nous semble-t-il , que la question doit être posée par ceux qui veulent juger la révolution brabançonne du point de vue de la légalité. Mais si l'on se place à un point de vue plus élevé, une question plus grave et plus difficile à résoudre se présente à l'esprit. On se demande si le bonheur et la prospérité de la Belgique étaient réellement attachés à la conservation de cette ancienne forme de gouvernement, et si le temps n'était pas venu enfin de la rajeunir, et de lui faire reprendre, parmi les États de l'Europe, un rang que sa décrépitude rendait impossible. Pour apprécier l'importance de cette question, il est indispensable d'envisager les provinces Belgiques au temps de leur prospérité, et de les suivre rapidement dans leur longue carrière de décadence jusqu'à l'époque dont nous avons à nous occuper.

Les provinces des Pays-Bas avaient déjà acquis un haut degré de prospérité, lorsqu'elles vinrent à être réunies sous le sceptre de Bourgogne. L'industrie et le commerce avaient fonde de grandes villes, et déjà Poperinghe, Ypres, Tournay, Bruges, Utrecht, étaient en possession de fabriquer les draps et les tissus les plus renommes. Les produits de nos manufactures étaient versés par le commerce, aussi bien dans les contrées septentrionales que sur les marchés de la France, de l'Italie et de l'Espagne : car les Belges avaient pénétré dans la Baltique, et ils trafiquaient dans tous les ports de la Suède, de la Moscovie, de la Livonie, de la Prusse (*). Ces relations ne firent que s'accroître, et la marine prit bientôt un développement remarquable. On vit des navires belges partir de l'Écluse pour parcourir, dans toutes les directions, les eaux de la Baltique; on vit les galères de Philippe le Bon cingler des ports de la Zélande vers la Palestine, et y transporter des armées. Le célèbre navigateur Jean de Portugal, le sire deLalain, les bâtards de Bourgogne, illustrèrent le pavillon des Pays-Bas dans ces expéditions lointaines.

Au dedans, la Belgique était riche, prospère, et présentait le spectacle d'une grande nation. Les arts, ces enfants de l'opu-

( ') AUmeyer , Histoire des relation* commerciales et diplomatique* des Pays-Bas.

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lence, y florissaient à l'ombre d'un puissant patronage. Ce fut à cette époque que Jean Van Eyck , de Bruges , inventa l'art de peindre à l'huile. La cour de Philippe était le siège de la magnificence, de la politesse et du bon goût. Le luxe des grands eut une heureuse influence sur l'industrie : les manufactures de tissus de lin, de laine et de soie lui durent une partie de leur perfection.

Pour arriver à ce haut degré de prospérité, qui ne peut être que le fruit de relations étendues, de vastes débouchés et d'un système de production largement assis, il avait fallu nécessairement la réunion des provinces des Pays-Bas sous un pouvoir central. Et cependant que d'efforts ne furent-ils pas faits pour briser ce pouvoir? Le pays eut à subir les conséquences de ses institutions. Chacune de nos provinces formait un État en quelque sorte indépendant. Le mécanisme de leur constitution, considéré sous le point de vue du régime intérieur, de l'ordre légal, de la sécurité individuelle, était bon peut-être. Les petits Étals ont, sous ce rapport, un avantage marqué sur les grands. Il est telles provinces qui n'auraient besoin que d'être livrées à ellesmêmes pour jouir d'un excellent gouvernement constitutionnel. La perfection de l'espèce est même nécessairement en raison inverse de l'étendue du territoire et de la force de la population. Une ville, un village, un hameau, une famille isolée forment l'échelle des meilleurs gouvernements constitutionnels possibles. Ce que l'histoire nous montre de plus pariait en ce genre , c'est sans contredit le règne des patriarches.

Mais quand il s'agit de cette prospérité nationale que les économistes modernes appellent la richesse des nations , et à laquelle est, pour ainsi dire, attaché le sort de l'intelligence humaine, l'isolement des petits États est un obstacle d'autant plus insurmontable que ceux qui ont à lutter contre lui s'obstinent à ne pas le reconnaître. En effet, l'instinct de la sociabilité, que l'on attribue aux hommes , est un estimable mensonge : partout où il leur est permis de se livrer à leur instinct, les hommes tendent au contraire à rompre le lien qui les unit à la société. La

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province et la commune, par exemple, quand aucune barrière ne les arrête , se jettent à l'envi sur le pouvoir central pour lui arracher les rênes à l'aide desquelles il les fait marcher à l'unisson. Cest ce qui rend si difficile le gouvernement des États fédératifs. Il n'y a que le danger commun qui puisse donner quelque force à une fédération, et l'on remarque que les hommes ont l'admirable faculté d'oublier le danger aussitôt qu'il a disparu.

Dès l'instant où les provinces des Pays-Bas furent réunies sous un gouvernement commun, l'esprit d'indépendance locale ne cessa de tendre à la dissolution de cette société nouvelle. A l'avènement de Philippe le Bon commence une série d'émeutes , qui ne se termine que par la grande révolution dite du seizième siècle. La prospérité et la gloire du pays durent nécessairement souffrir de ces désordres , aussi funestes à ses relations politiques qu'au développement de son commerce et de son industrie. Chaque sédition, faite au profit de ce qu'on appellerait aujourd'hui les intérêts moraux, eut pour résultat, non-seulement le sacrifice des intérêts matériels, mais souvent aussi le sacrifice de la dignité et de la force du pays vis-à-vis de l'étranger. Les provinces des Pays-Bas ne furent jamais aussi riches au dedans et aussi respectées au dehors que quand le pouvoir central fut assez fort pour restreindre l'exercice de leurs privilèges dans des limites qui n'entravaient point sa liberté d'action.

Charles le Téméraire, qui succéda à Philippe le Bon, eût fait de grandes choses pour la Belgique, s'il n'avait pas dépensé toute son énergie dans des guerres chevaleresques. Lui aussi avait rêvé la frontière naturelle du Rhin. Les Français, à cette époque, étaient loin d'y penser. Ils avaient été battus, humiliés par Philippe le Bon. Leur roi, Louis XI, fut mystifié par le successeur du bon duc , qui le força à assister au massacre des Liégeois, dont lui-même avait fomenté la révolte. Non content de s'être emparé de la Lorraine, Charles le Téméraire voulut aller châtier les Suisses, châtiment qui ne pouvait avoir d'autre résultat que de satisfaire sa haine et son amour-propre. Sa manie de guerroyer

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ruina le pays, et fit décheoir le commerce. L'émeute eut trop peu de succès sous son règne, pour qu'on puisse lui attribuer la décadence de la prospérité publique; mais tout en la comprimant, il n'avait cessé d'en alimenter le principe, et de fournir au pays des motifs sérieux et vrais de mécontentement. Aussi , à peine fut-il tombé, que des troubles éclatèrent de toutes parts.

Sous Marie de Bourgogne , presque toutes les provinces marchaient à la conquête de leurs privilèges, compromis par Charles le Téméraire, pendant que Louis XI s'emparait de la Bourgogne, de la Picardie et de l'Artois, que ses troupes entraient dans le Luxembourg , et que lui-même venait investir Arras. Le grandduc Maximilien n'avait plus qu'à recueillir les fruits de sa victoire de Guinegate ( 1479 ), lorsque les Gantois, excités par les agents de l'ennemi , le forcèrent à conclure une trêve. Marie de Bourgogne étant morte (le 28 mars 1482 ), de nouvelles difficultés surgirent : il fut impossible de mettre les états de Brabant d'accord avec les états de Flandre, relativement à la tutelle des enfants de cette princesse. Pendant ces débats , Maximilien fut obligé de faire avec Louis XI un traité qui donnait à ce dernier l'Artois , le Maçonnais et l'Auxerrois (décembre 1482). Les Flamands voulaient qu'on lui cédât toute la partie de la Belgique qui parlait la langue française. C'est ainsi qu'ils entendaient l'amour de la patrie, et qu'ils croyaient augmenter sa gloire et sa splendeur.

Longtemps encore la paix intérieure continua à être troublée. L'industrie et le commerce, qui avaient beaucoup souffert, reprirent un peu de vie sous Philippe le Beau ; mais les désordres qui n'avaient cessé d'agiter la Flandre finirent par amener la ruine de Bruges, et l'on vit le commerce abandonner insensiblement son ancienne métropole , pour aller se fixer à Anvers.

Quand on arrive à l'époque de Charles-Quint , les Pays-Bas se présentent sous un jour tout nouveau. Placés immédiatement sous la main de fer qui portait le double sceptre de l'Allemagne et de l'Espagne, ils furent contraints de jouir paisiblement des bienfaits de l'ordre intérieur, et des fruits que produisent d'immenses relations commerciales. Une seule fois les Gantois, par

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l'effet sans doute d'une réminiscence, s'avisèrent de vouloir troubler Tordre, et de remettre la prospérité publique en question. L'Empereur vint à eux, se constitua leur juge, écouta leur défense, prononça leur condamnation et la fit exécuter. Depuis lors, et pendant tout le reste de son règne, les Gantois furent parfaitement heureux et tranquilles. Charles-Quint leur ôta leurs privilèges, mais il dota la Belgique d'une excellente législation , et d'un gouvernement sage et éclairé. Sous son règne, la Belgique devint riche et puissante. Anvers fut, pour ainsi dire, l'entrepôt du commerce de l'univers. L'Escaut était sillonné de navires venant de toutes les parties du monde. Les richesses de l'Amérique et de l'Asie ne passaient par les mains des Espagnols et des Portugais, que pour payer les produits de l'industrie belge. Les magasins de l'Espagne et du Portugal appartenaient à nos manufacturiers, et étaient pleins de leurs marchandises.

L'importance politique du pays fut rehaussée dans les mêmes proportions. Par le traité de Madrid, de 1526, et ensuite par le traité de Cambrai, de 1529, François Ier renonça à ses droits de ressort et de souveraineté sur les comtés de Flandre et d'Artois , et consentit à ce que Tournay et le Tournaisis restassent unis et incorpores au comté de Flandre. Le duc de Juliers céda la Cueldre et le comté de Zutphen , et François Ier renonça également, par le traité de Crespy , en 1544, aux prétentions qu'il avait sur ces deux provinces. Enfin , l'Overysselt et la seigneurie d'Utrecht, en 1528, les pays de Groningue et de Drenthe, en 1536, ajoutèrent encore au poids que dès lors les Pays-Bas durent avoir dans la balance politique de l'Europe. Réunis à l'empire d'Allemagne, à titre de cercle de Bourgogne, de belles destinées attendaient ce nouvel État, si la lutte des intérêts moraux et des intérêts positifs n'était venue encore une fois déranger toutes les combinaisons.

Cette fois , ce ne fut plus de privilèges qu'il s'agit : l'incendie qui se manifesta sous Charles-Quint, et qui bientôt devait mettre une partie de l'Europe en combustion, avait une cause bien plus grave. Un moine allemand , nommé Luther , avait ima-

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giné une nouvelle manière d'adorer Dieu, non pas un nouveau Dieu, mais le Dieu de tous, le Dieu des chrétiens. ( Il n'y eut point contestation sur l'identité divine, mais seulement sur l'espèce d'hommage à lui rendre ). Ce malheureux moine bouleversa l'Europe. Il souleva l'Allemagne d'abord , et força Charles-Quint à user de violence envers ses propres sujets. Il fallut, pour les faire rentrer dans l'ordre et donner gain de cause aux intérêts positifs, que, dans la bataille de Muhlberg, un grand nombre de braves gens devinssent victimes de leurs convictions religieuses. Charles essaya plus tard d'un autre moyen. Il crut que, puisqu'il ne s'agissait que de formes, on pouvait tout concilier au moyen d'une transaction. Mais le juste milieu qu'il imagina , et auquel il donna le nom d'intérim, ne fit qu'exalter les esprits de part et d'autre : catholiques et protestants furent également indignés de sa proposition. Forcé d'opter entre les deux partis, l'Empereur se rangea nécessairement du côté des conservateurs. Le protestantisme était une innovation qui venait troubler l'ordre établi. En le considérant sous ce point de vue, il était du devoir du chef de l'État d'en arrêter les progrès. Il est douteux , au reste, que Charles-Quint se soit beaucoup occupé d'étudier les doctrines nouvelles. Élevé dans la religion catholique, il trouvait dans l'exercice de ce culte de quoi satisfaire sa vocation religieuse, et les soins de l'Empire ne devaient guère laisser de place dans son esprit pour les méditations ascétiques.

Quoi qu'il en soit , la réforme fit bientôt d'immenses progrès. Elle agita toutes les têtes, elle se substitua, dans l'activité humaine, à toutes les choses utiles : l'industrie, le commerce, la navigation, les arts mêmes furent abandonnés pour les discussions religieuses. Les traités de paix et les déclarations de guerre n'eurent plus en vue la gloire et la prospérité des nations, mais la vie éternelle et la béatitude céleste. Et, chose remarquable! dans les Pays-Bas, ce furent les manufacturiers et les ouvriers des fabriques qui se préoccupèrent le plus de ces intérêts impalpables.

De tous les pays qui furent agités par cette espèce de fièvre religieuse , la Belgique est celui pour lequel elle eut les résultats

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les plus désastreux. En Allemagne et en Angleterre, la réforme fut trop généralement adoptée, et par les princes et par les peuples, pour que les calamités qui accompagnent toute révolution pussent s'y perpétuer. En France, elle n'eut pas assez de force pour se maintenir longtemps sur le pied de puissance ; la lutte y fut trop inégale pour laisser des traces impérissables. Dans le cercle de Bourgogne, elle déchira le pays en deux parties , que Ton essaya vainement, depuis cette époque, de ressouder ensemble.

Philippe II , dont les trésors de l'Amérique avaient exalté l'ambition, et qui, ainsi que son père peut-être, rêvait l'empire de Charlemagne, s'imagina trouver dans les querelles religieuses un moyen de réaliser ses projets. La réforme lui apparut comme une hérésie vulgaire, qui devait flnir par succomber sous les foudres de Rome. Dès lors il maria sa cause à celle de la papauté; il appuya de l'or du nouveau monde les intrigues de l'Église, et joignit la force de ses armes à l'autorité spirituelle. L'Armada invincible, qu'il lança contre l'Angleterre, portait, avec les bulles de Sixte-Quint, seize cents pièces de canon de bronze et trente mille hommes de bonnes troupes. En France , ce fut le cardinal de Lorraine, qui, sous l'inspiration de Granvelle, organisa la ligue; mais si l'expédition de l'invincible Armada avait réussi, on n'aurait pas attendu que Paris fût assiégé et affamé par un prince huguenot , pour y envoyer des troupes et un général espagnols.

Les Pays-Bas devinrent le centre des opérations de Philippe II. Placés en quelque sorte entre la France , l'Angleterre et l'Allemagne, leur position eût été éminemment favorable aux grands desseins du roi, si le génie de la nation, les institutions du pays , l'amour de l'indépendance, la haine de l'étranger, et enfin le progrès même des idées protestantes n'eussent formé des obstacles insurmontables. A peine, en effet, le successeur de Charles V s'était-il fait inaugurer duc de Brabant, comte de Flandre, de Hainaut, etc., que dans l'assemblée même des états généraux qu'il avait convoqués à Gand pour les sermonner et s'assurer de leur^concours, on lui demanda hautement le renvoi des troupes

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espagnoles et étrangères. 11 fut même obligé d'en faire la promesse formelle, avant de quitter le pays pour se rendre en Espagne ; et ce fut plus tard son refus obstiné d'accomplir cette promesse, qui servit de prétexte aux premiers troubles.

Bientôt, le point que Philippe 11 avait choisi pour place d'armes fut précisément celui dont on lui disputa la possession avec le plus d'acharnement. Pendant qu'il complotait, avec son beaufrère Charles IX , à Bayonne , l'extermination des huguenots français (Î565), la noblesse des Pays-Bas se coalisait, sous le titre de gueux, pour extirper l'inquisition; pendant que les amis de Philippe célébraient en France l'horrible fête de la Saint-Barthélemi ( 1572), le prince d'Orange vengeait la mort des comtes d'Egmont et de Horn; pendant que le duc de Parme tentait de secourir les Parisiens catholiques assiégés par Henri IV ( 1590 ), le prince Maurice se mettait à la tête d'une armée nombreuse, battait la cavalerie espagnole, et s'emparait successivement de Blankenberg, Westerloo, Turnhout, Zutphen, Deventer, Hulst et Nimègue. Il en fut de même de l'expédition dirigée contre l'Angleterre : lorsque l'invincible Armada vint jeter l'ancre dans la Manche , pour y attendre l'escadre de débarquement que le prince de Parme avait fait équiper ( 1588 ), déjà les insurgés des provinces septentrionales étaient maîtres des bouches de l'Escaut, et leurs navires inquiétaient tout le littoral.

Le quartier général de l'armée catholique était si mal assis dans nos provinces, que loin de pouvoir étendre ses opérations à l'extérieur , cette armée ne put suffire à la garde même du pays. Après seize ans de luttes et de combats, un jour vint où le pouvoir du roi d'Espagne fut, non pas méconnu, mais anéanti de fait dans toute l'étendue des Pays-Bas. Le 8 novembre 1576, sur les ruines fumantes du château bâti par Charles V , pour contenir les Gantois dans l'obéissance, fut signé par les plénipotentiaires de toutes les provinces, le pacte solennel connu sous le titre de Pacification de Gand. Les parties contractantes étaient, d'une part, les prélats, nobles, villes et membres de Brabant, Flandre, Artois, Hainaut, Valenciennes, Lille, Douai, Orchies,

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Namur, Tournay, Tournaisis, Utrecht et Malines, formant les états généraux de ces pays, d'autre part, le prince d'Orange et les états généraux et villes de Hollande , de Zélande, et leurs associés , qui avaient déjà précédemment secoué le joug de l'Espagne. Ce traité fait, pour ainsi dire, sous l'invocation de Philippe JI , dont il porte les noms et les titres avec les formes ordinaires du mandement, stipule une paix sincère, inviolable et éternelle entre toutes les provinces, une alliance, confédération et union perpétuelle , à l'effet de se secourir mutuellement, s'aider de toutes leurs forces, leur sang et leurs biens, à concourir au bien public, surtout à extirper, à chasser et à empêcher la rentrée des Espagnols et autres soldatesques étrangères. Cest un des plus beaux monuments de l'histoire de notre pays. L'aspect en est grandiose , imposant ; il parle à l'esprit et au cœur : mais hélas! c'est un monument de plâtre, aussi vide que le masque cité par Ésope.

Un germe de désunion Ait déposé dans le traité de fédération lui-même. Les provinces septentrionales avaient adopté la réforme, et déjà elles s'étaient constituées en État distinct, sous le stathoudérat du prince d'Orange. Aussi figurent-elles dans le traité comme formant ensemble une des parties contractantes : l'autre partie se compose des provinces méridionales, qui avaient conservé la foi de leurs pères, et qui eurent soin de stipuler, en termes exprès, qu'il ne serait permis en rien d'attenter à la religion catholique et romaine, d'injurier, irriter, ni scandaliser les catholiques , sous peine d'être réputé et puni comme perturbateur du repos public. Les placards , ordonnances, styles et poursuites criminelles , émanés du duc d'Albe , furent suspendus; mais seulement jusqu'à ce que les états généraux en eussent autrement ordonne.

Ces termes mêmes du traité de fédération portent la preuve que désormais toute fédération était impossible entre les provinces septentrionales et les provinces méridionales des Pays-Bas. Us constituent, pour ainsi dire, rinstrumeut authentique d'une séparation qui existait déjà, et dont les causes ne pouvaient man-

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quer de se perpétuer chez un peuple habitué dès longtemps à mettre ses intérêts moraux bien au-dessus de ses intérêts positife. Aussi, à peine le traité fut-il signé, que la guerre civile éclata dans le sein même des provinces méridionales. La réforme avait fait des progrès dans les Flandres. Elle ne put s'y établir sans occasionner de graves désordres. De là naquit une guerre entre les Flamands et les Wallons ( 1568 ). Les habitants des provinces septentrionales, qui avaient embrassé la réforme par raison politique autant que par conviction, se retirèrent sagement de cette bagarre, et conclurent entre eux un nouveau traité, que l'on appela le traité d'Utrecbt. Ce traité fut signé, le 23 janvier 1579, par les députés des états et villes de sept provinces, formant depuis lors les Provinces-Unies : c'étaient la Gueldre, la Hollande, la Zélande, Zutphen , la Frise , l'Overysselt et Groningue. Quatre mois après (mai 1579), les Wallons se courbaient sous le joug de l'Espagne, et après avoir signé le traité dit de Réconciliation, ils aidaient le prince de Parme à soumettre le reste de leurs compatriotes.

A dater de ce moment , il semble que la malédiction céleste se soit étendue sur la Belgique. Les Provinces-Unies eurent encore une longue guerre à soutenir; mais ce fut sur leurs frontières ou sur le territoire voisin. Leur stathouder , le prince d'Orange, lut assassiné par un agent de Philippe II; mais ce lâche attentat n'eut d'autre effet que de resserrer les liens de l'union , et de rendre les deux partis irréconciliables. Quant aux provinces méridionales,' elles continuèrent pendant longtemps encore à être déchirées par une guerre intérieure. Le prince de Parme, rentré en campagne, reprit toutes les villes de Flandre : Gand, après de nouveaux troubles, affamée et réduite à la dernière extrémité, se rendit par capitulation; il s'empara ensuite de Bruxelles et de Malines; Anvers fut assiégée et forcée de se rendre après une défense opiniâtre. Enfin, les provinces furent soumises l'une après l'autre par le prince de Parme, et elles eurent ensuite à supporter, pendant de longues années, toutes les charges, toutes les calamités de la guerre qu'il plut à Philippe II d'entretenir contre les hérétiques du Nord et du Midi.

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La Belgique respira pendant quelques années sous les archiducs Albert et Isabelle; mais à dater de la mort d'Albert, qui coïncida avec l'expiration de la trêve de 12 ans ( 1621 ), elle n'eut que des malheurs à enregistrer dans ses annales :

En 1629, elle perdit Bois-le-Duc; en 1631, Venloo et Rureinonde; en 1632, Maestricht.

En 1633, elle retomba sous le joug de l'étranger, par la mort d'Isabelle;

En 1655, Richelieu ayant fait alliance avec les Provinces-Unies, elle fut envahie par deux armées à la fois (*).

En 1648, la paix de Munster lui enleva définitivement Bois-le- Duc, Berg-op-Zoom, Bréda, Maestricht, Graves, Hulst, Axel, etc., et ferma au commerce toutes les bouches de l'Escaut.

En 1659, par le traité des Pyrénées, elle perdit une partie de la Flandre, du Hainaut, du Luxembourg et de l'Artois : Cra vélines, Bou r bourg, Landrecies, LeQuesnois, Avesnes, Thionville, Montmédy, Danvillers, Arras, Ilédin, Bapaume, etc.

En 166S, l'Espagne en vendit une partie à la France pour racheter la Franche-Comté : Tournay, Charleroy, Binge, Ath, Audenaerde, Courtrai, Furnes, Lille, Douai, Armentières et Bergues forent sacrifiées par le traité d'Aix-la-Chapelle.

En 1672, elle fut envahie par Louis XIV, qui y resta cinq ans.

En 1678, le traité de Nimègue lui restitua Charleroy, Ath, Audenaerde et Courtrai ; mais Tournay, Ypres, Wervick, Warneton, Poperinghe, Mcnin, Cassel, Bailleul, Bavai, Maubeuge, Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai, Aire et S'-Omer , restèrent à la France.

En 1683 et 1684, Louis XIV s'empara de Courtrai , de Dixmude et de Luxembourg*

Depuis 1688 jusqu'au traité de Ryswick, en 1697, la Belgique eut à subir le fléau de la guerre pendant neuf ans.

( ' ) Par le traité d'alliance signé à Pari* , le 8 février 1635 , il était convenu que les Pays-Bas espagnols seraient partagés entre la France et les états généraux. La Franco devait avoir Cambrai et le Cambrési», le Luxembourg, le* comtés de Namur, de Hainaut, l'Artois et la Flandre, jusqu'à une ligne qui serait tirée de Blankenbcrg, entre Dam et Bruges, jusqu'à Ruppelmonde. Tout le reste des Pays-Bas était adjugé aux étala généraux. (Du mont, t. vi, partie t" , p. 81. Léonard , t. v , Traités avec la Itollande, p. 47.)

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En 1700, la mort de Charles II attira sur son territoire les armées de France, de Hollande et d'Angleterre : la bataille de Ram illies, en 1706, la soumit au joug des puissances maritimes, qui lui donnèrent le spectacle de la bataille d'Audenaerde et de la prise de Lille, en 1708, celui de la bataille de Malplaquet et de la prise de Mons et de Douai, en 1709.

Vinrent ensuite successivement les trois traites de la Barrière, en 1709, 1713 et 1715. L'Angleterre et les Provinces-Unies abandonnèrent à l'Autriche, leur alliée, les lambeaux mutilés et méconnaissables de ces belles provinces des Pays-Bas , de cet antique duché de Bourgogne, de ce cercle de l'Empire , qui occupait autrefois un rang si glorieux parmi les États de l'Europe; mais, de peur que ce corps exténué, meurtri, n'eût cependant conservé assez de vie pour vouloir essayer de reprendre un peu de sa splendeur passée, ils eurent soin de le cerner de manière à lui rendre tout mouvement impossible. La Hollande s'empara d'une partie de la Flandre et de la Gueldre, et se réserva le droit de tenir garnison dans les villes de Namur, Tournay, Menin, Fumes, Ypres et ' Termonde , à Warneton et dans le fort de Knocke. Il fut convenu qu'en cas de guerre , elle pourrait en outre occuper et inonder toute la partie de la Belgique située entre l'Escaut et la Meuse jusqu'au Demer; que la Belgique lui fournirait, en récompense de tant de peines, un subside annuel d'un million deux cent cinquante mille florins, indépendamment du service d'une dette de près de douze millions résultante d'emprunts contractés par l'Espagne et par les puissances maritimes, et qu'enfin l'Escaut resterait à jamais fermé, comme il avait été stipulé dans le traité de Munster.

Cependant on avait oublié de fermer les eaux de l'Océan , et les Belges , dans leur naïveté , crurent que le ciel avait créé ces belles eaux pour eux comme pour les autres nations. Ils virent un vaste chemin , une immense carrière ouverte à leur activité , à leur audace; ils ne tardèrent pas à s'y lancer : bientôt leurs vaissaux partis d'Os tende cinglèrent vers l'Afrique, vers les côtes de l'Asie méridionale , vers la Chine. Mais leur illusion ne fut

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pas de longue durée. La Hollande et l'Angleterre leur apprirent bientôt , en capturant leurs navires , qu'ils avaient tort de se compter encore au nombre des nations. Ils s'adressèrent alors au prince sous la domination duquel on les avait placés, et réclamèrent sa haute protection. Charles VI eut un moment la bonne volonté de seconder leurs efforts : il institua la compagnie d'Ostende (') ; mais ce fut alors que les orages s'amoncelèrent sur cette malheureuse Belgique. L'Angleterre, la France, la Prusse, la Hollande, la Suède, le Danemarck, tous ligués par Yaltiance de Hanovre, ne se crurent pas encore assez forts et voulurent que l'Espagne se joignit à eux, pour imposer à ce prince qui avait osé favoriser le commerce d'une partie' de ses sujets. < Il est impossible, lui dit l'Angleterre, que cette affaire puisse être poussée de la part de Sa Majesté impériale, sans renverser totalement le système politique de l'Europe, et en particulier le seul qui soit propre à lui conserver les Pays-Bas ( " ). »

Le système politique de l'Europe, le système qui avait présidé aux destinées de la Belgique était donc d'effacer ce pays de la carte des nations. L'Empereur lui-même ne tarda point à accéder à ce système , et par le second traité de Vienne , du 16 mars 1731 , il s'engagea t à faire cesser incessamment , et pour toujours , tout commerce et navigation aux Indes orientales dans toute l'étendue des Pays-Bas autrichiens , et dans tous les autres pays qui, du temps de Charles II , étaient sous la domination de l'Espagne ; promettant que de bonne foi il ferait en sorte que ni la compagnie d'Ostende ni aucune autre, soit dans les Pays-Bas autrichiens, soit dans les pays qui, comme on vient de le dire, étaient sous la domination de l'Espagne du temps de Charles II, pût jamais contrevenir ni directement ni indirectement à cette règle établie à perpétuité. »

Cest en cet état que l'empereur Charles VI laissa les provinces

(') Ptr octroi «igné » Vienne le 19 décembre 17M, il accorda, pour trente ans, à cette compagnie le privilège exclurf de naviguer au Iodes orientales et occidentales, et sur les cotes d'Afrique.

C) Pwoles de l'envoyé anglais rappelées dans la Revu* nationale, série, page 14K.

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Belgiques à sa fille Marie-Thérèse, à qui il avait voulu en assurer la possession au prix de tous les sacrifices. Sous le règne de cette auguste princesse» de glorieuse mémoire, les Belges, après avoir subi une nouvelle invasion française, et failli de nouveau être vendus à l'étranger (*) , eurent le loisir d'apprendre à se résigner. Ils cherchèrent alors des consolations dans la religion et dans leurs privilèges. 11 est à remarquer que le système politique de l'Europe ne s'opposa jamais à ce qu'ils eussent beaucoup de privilèges. Déjà, avant le traité dé la Barrière, lorsqu'en 1706 ils tombèrent sous la domination de l'Angleterre et de la Hollande, et qu'un conseil d'État fut chargé par ces puissances de maintenir l'autorité de l'archiduc Charles, on promit que le nouveau souverain renouvellerait les privilèges des provinces tels qu'ils existaient sous son prédécesseur. En attendant, le conseil d'État devait , d'après l'article 8 de l'ordonnance qui l'instituait, faire cesser tout pouvoir despotique et arbitraire introduit pattes ennemis ("). C'est donc Une justice à rendre à ces bonnes puissances, par lesquelles nos pères furent dépouillés et avilis, qu'elles eurent toujours beaucoup de respect pour leurs intérêts moraux. 11 en fut de môme du gouvernement autrichien sous Marie- Thérèse : ce gouvernement ne fit rien pour relever le commerce, la prospérité, la dignité du pays ; mais il permit à la religion de fleurir et aux privilèges de s'étendre. Ceux-ci prirent bientôt une extension telle qu'il ne fut plus possible de savoir où étaient Je droit et le pouvoir légitime* L'omnipotence de mille petites autorités locales se greffa sur l'arbre des libertés populaires. Par suite, d'innombrables abus se glissèrent dans toutes les branches de l'administration publique : chacun avait sa part de privilège à exploiter, et chacun considérait comme sa propriété l'abus dont il était en possession. En un mot, sans industrie, sans commerce

(• ) Par le traité du i" mai 1757 , qui, à la vérité, ne fut pat ratifié, Marie-Thérèse promit de céder à la France la souveraineté de Chimaj et de Beau mont, les villes et ports d'Ostende et de Nieuport , les villes d'Ypres , de Fumes , de Mous , le fort de la Knoque , cl une lieue de territoire autour desdites villes et forieresMîs. ( Sclioett, t. r", p. 842. )

( " ) Gacbard , Collection des documents inédite concernant l'histoire de la Belgique, tome m, l>agc 257.

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extérieur, la Belgique, à l'époque de l'avéuement de Joseph H , était tombée à la condition d'un ménage bourgeois mal harmonisé ou d'une petite ville de province : l'esprit de ses habitants s'était naturellement rétréci en raison directe de l'exiguïté de son horizon politique et commercial

Joseph II avait vu tout cela de ses propres yeux, et il avait gémi de l'état dans lequel on lui avait légué ces belles provinces des Pays-Bas. Un voyage qu'il avait lait en Belgique, en 17$i , fut pour lui use source d'observations qui devinrent la cause de tous les événements ultérieurs. U ne put voir sans un vif chagrin qu'un des plus beaux fleuves du monde fuit fermé au commerce, et que la politique eût dépouillé ses sujets des avantages dont la nature avait voulu les gratifier, li remarqua en même temps te rang subordonné que les Brabançons occupaient parmi les autres nations européennes, sous le .rapport des lumières et des sciences. Ne se faisant pas illusion sur les causes -de cette décadence, et jaloux de rendre à cette partie 4e -ses États l'importance politique qu'elle avait perdue, il voulut rompre les .obstacles élevés par le traité de la ^arrière, et forcer le passage de lŒscaut. Plusieurs des foiteressesqui étaient occupées par 'les Hollandais furent démolies, et par suite le territoire belge fut purgé de la présence de ces troupes étrangères. Son .entcqprise sur TJEscaut ne fut pas aussi heureuse : dépourvu de marine, il fut obligé de céder devant l'escadre du vice-amiral Reynst; mais après de longues négociations, il parvint cependant à faire modifier la situation politique du pays, par le traité de Fontainebleau, du 8 novembre 1785. Les traités de la Barrière et de Vienne furent en quelque sorte abrogés, et celui de Munster fut adopté comme base du nouveau traité; ne faisant plus aucune mention de la navigation aux Indes, on laissa à chacune des parties l'entière liberté de faire tels règlements de commerce qu'elle jugerait à propos; de plus, la Belgique reprit ses anciennes limites, et fut délivrée à toujours de la présence des Hollandais dans ses places; elle fut affranchie de l'obligation de conserver l'ancien tarif admis par Charles VI , et put régler elle-même ses droits de douane. L'Empe-

HAPÉDIUS DE BERG.

reur profita de cet avantage pour prendre diverses dispositions protectrices du commerce; il tâcha aussi de rendre la vie à la navigation en encourageant la pèche nationale. Mais ces mesures furent à peine aperçues du public, tant l'apathie était profondément enracinée. Les États de Brabant ne s'en émurent que pour réclamer contre la cherté des harengs et des huîtres, résultat nécessaire des prohibitions dont on avait frappé la pèche hollandaise ('). Est-il étonnant après cela , que Joseph II ait cru que la nation elle-même avait besoin d'être régénérée? Les institutions les plus libérales, lorsqu'elles sont accaparées au profit d'un égoïsme étroit, cessent bientôt d'être un stimulant à l'activité des hommes : elles deviennent un leurre, qui flatte leur amour-propre et les détourne de toute action utile. Rendre à ces institutions leur caractère primitif, les arracher aux mains de ceux qui les exploitent est alors un bienfait inappréciable. Si telle était l'intention de Joseph II , on ne saurait trop déplorer l'esprit d'aveuglement qui en paralysa les effets, et qui, en plongeant le pays dans un état de désorganisation complète, prépara les voies à l'invasion étrangère; on ne saurait trop aussi déplorer les fautes de ceux qui dénaturèrent les intentions de l'Empereur, dans le travail d'exécution dont ils furent chargés.

(*) ReprtscnUtion du Î2 juin 1787.

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