CHAPITRE XXXIII
Sl'ITK DES OPÉRATIONS MILITAIRES. RETRAITE RE VAN DER MERSCH.
Nous avons vu , par les détails du chapitre précédent, combien étaient faibles les ressources en hommes dont le gouvernement pouvait disposer. Et cependant ces ressources, au lieu de les ménager, pour en faire usage sur un petit nombre de points où l'emploi de la force était devenu nécessaire, il semblait prendre plaisir à multiplier les occasions de les dépenser en pure perte. Les mises en surveillance, les arrestations se succédaient incessamment dans toutes les provinces, et ces mesures n'avaient pas le seul inconvénient de susciter au pouvoir des ennemis personnels; elles exaspéraient l'esprit public, dans les localités qui en étaient témoins. C'est ainsi, par exemple , que Mons ne vit pas sans émoi enlever ses citoyens les plus recommandables. MM. Dupré,
HAPÉDIUS
conseiller pensionnaire des états du Hainaut, Dassonville, conseiller pensionnaire de la ville, Gendebien (i ), greffier échevinal,
(i) Jean François Gendebien, né 1 Civet, en 1755, était fus d'un avocat distingué du barreau de Liège. Apre* avoir terminé Mo cours d'humanité, il étudia la philosophie dans la pédagogie du lys, a l'université de l.ouvain, et y obtint la cinquième place de la première ligne, au concours général de l'année 1772 ; il passa ensuite a l'étude de h jurisprudence et fréquent* successivement les universités de Louvain , de Vienne et de Paris. H fut promu au grade de licencié en droit à Louvain, le 16 décembre 1777 , et se fiia bientôt après à Hons , où il fut admis comme avocat pratiquant, au conseil souverain du Hainaut. En 1784, il fut nommé greffier échevinal du magistrat de Mons. Il exerça ces fonctions jusqu'en 1789; il fut destitué par le gouvernement autrichien à l'époque de son incarcération. Apres le départ des Autrichiens , il fut promu aui fonctions de conseiller pensionnaire des états du Hainaut, qu'il exerça jusqu'au moment où les états des différentes provinces furent définitivement anéantis par la seconde invasion française , en 1794. Le 22 décembre 1789, les états du Hainaut le nommèrent leur député aux états-géné" nui et l'appelèrent aussi a siéger au congrès national. Il y fit partie du comité des finances et fut , a plusieurs reprises , président de celte assemblée. Au commencement du mois de novembre de l'année suivante, il fut chargé, par le congrès belge, d'une mission diplomatique à Paris. A son retour, dans les derniers jours du même mois, les états du Hainaut l'envoyèrent à La Haye, pour y négocier le retour des Autrichiens.
Au mois de janvier 1802 , M. Gendebien fut nommé , par le département de Jemmappe , député au corps législatif et il continua d'en faire partie jusqu'en 1814. L'Empereur lui conféra en 1810, l'ordre de la légion d'honneur. Rentré dans sa patrie, il fut nommé par le roi Guillaume, au mois de mai 1818, membre de la commission chargée de reviser la loi fondamentale destinée à régir le nouveau royaume des Pays-Bas, et, après l'adoption de cette loi, le roi le nomma , au mois de septembre de la même année , membre de la seconde chambre des états-géné ram. A l'expiration de son mandat, au mois de juillet 1818, la province de Hainaut le continua dans ces fonctions. U fit partie de la représentation nationale jusqu'au mois de juillet 1821 , époque où il fut remplacé par le baron Dieudonoé Duval de Beaulicu. U fut nommé chevalier de l'ordre du lion belgique, lors des premières promotions, qui curent lieu le 18 novembre 1815. Il avait aussi été nommé membre du syndicat d'amortissement, lors de sa fondation, en décembre de la même année.
En 1830, M. Gendebien rentra dans la carrière politique, qu'il avait abandonnée depuis près de dix ans. Il fut nommé, par arrêté du gouvernement provisoire, du 5 octobre 1830, présidait du tribunal de première instance de Mons, fonctions qu'il a remplies jusqu'à l'époque de son décès. Il faisait aussi partie du conseil communal de la ville de Mons. Au mois de novembre 1830 , il fut nommé membre du congrès national de la Belgique , et y siégea depuis son installation jusqu'à l'époque de sa dissolution. Il était président d'Age de ce corps. Il s'y prononça, dans la séance du 24 novembre 1830, pour l'exclusion perpétuelle de la famille de Hassan. L'arrêté du 2 avril 1835, n« 194 , lui conféra la croix de fer; « il contribua, y est-il dit, par son patriotisme persévérant , a affranchir le pays de la domination étrangère et à constituer l'indépendance nationale. . ( Voyex le n" 421 de la liste nominative jointe à cet arrêté.) II fut nommé chevalier de l'ordre de Léopold , par arrêté du 19 janvier 1836. M. Gendebien mourut a Mons la 4 mars 1838, Agé de 86 ans. Les journaux du temps ont recueilli plusieurs de ses rapports et les discours qu'il prononça A la seconde chambre des états généraux , pendant les six années qu'il en fil partie. On a encore de lui : Question* de droit public, sur let mit*», par M. Gendebien, ancien jurisconsulte et avocat. La Haye, do l'imprimerie belgique , 1816, in 8*. Huitième, neuvième et dixième Questions de droit publie, sur les mines, faisant suite aux sept Questions imprimées à La Haye en 1816. Mons, in 8*. Jlemoïr« sur les mines de houille des départevicnts réunis, dans lequel elles sont considérées principalement dans leurs rapports avec FagricuUure et le commerce. Extrait du Journal des mines. Paris, Bossante elMasson, 1802, in-8».
DE BERG
et Lelièvre, échevin, furent amenés à Bruxelles , par un détache* ment de dragons. La capture du chancelier de Crumpipen par les patriotes fournit au gouvernement le prétexte de nouvelles arrestations, comme mesures de représailles. Cinq membres de l'état noble furent saisis à leur domicile et déposés à la maison du rot, dite brood-huys. C'étaient MM. les comtes de Lannoy (1), de Duras, de Spanghen (2), Prcu d'homme d'Ailly et de Goloma.
(«) Chrétien Joseph Ernest Grégoire comte de Lannoy de la Molterie cl du saint Empire romain , comte de Libercbies, baron d'Aix et de Sombrefre, né a Bruxelles, le 12 mars 1731 , chambellan actuel de l'Empereur, depuis l'année 1754, admis aux états 4a Brabant, eu qualité de comte de Libercbies , le 6 novembre 1760 , était fils d'Eugène Hyacinthe Marie Josèpbe Ignace comte de Lannoy de la Mottcrie et du saint Empire romain, baron d'Aix et de Sombre (TV, chevalier de l'ordre de la toison d'or, depuis Tannée 1744, gouverneur de la ville de Termonde, et ensuite, depuis le 19 novembre 1737, de la ville de Bruxelles, conseiller d'état intime et actuel de Leurs Majestés impériale», leld-maréehal lieutenant de leurs armées, grand chambellan et grand maréchal de la cour du prince Charles Alexandre de Lorraine et de Bar, gouverneur général des Pays-Bas autrichiens, etc., mort à Bruxelles, le 10 septembre 1755, et de Lamborline Lamoraldine Thérèse du Faimj d'Hasselt , comtesse de Libercbies, née le 6 juillet 1708, mariée le 17 avril 1727 , morte le 1" mai 1786.
Le comte de Lannoy prouva pour son admission aux états de Brnbant , les quartier* suivants , savoir :
Il avait épousé, i Bruxelles, le 22 mars 1774, Marie Catherine Josèpbe comtesse de Mérode , princesse de Rubempré, née a Louvain, le 10 avril 1743, baptisée dans l'église paroissiale de S*-4JueMin , veuve en premières noces de Philippe Maximillen Werr.er Mathieu comte de Mérode de Batteobourg et du saint Empire romain, marquis de Wcsterloo, qu'elle avait épousé, le 31 mars 1789. Cette dame était fille et héritière de Maximilien Ghislain Jean Antoine Joseph de Mérode , prince de Rubempré et d'Everberg , mort le 6 décembre 1779 , et de Catherine Ockermans , native du village de Péroaue , en Uainaul , que le prince de Rubempré avait épousé* en 1743.
Après la conquête de la Belgique, le comte de Lannoy se rallia au parti français. Ufut nommé sénateur, comte d'empire, le 1" floréal an XII (21 avril 1804 ), commandant de l'ordre de la légion d'honneur, le 25 Oorial de la même année, et grand'eroix de l'ordre de la réunion , le 22 Février 1812. Au mois de mars 1814, il vota , dans le sénat , la déchéance de l'Empereur. Le roi des Pays-Bas le nomma grand'eroix de Tordre royal du lion belgique. Il mourut à Bruxelles , à l'Age de 91 ans , le 26 mars 1822 , sans laisser de postérité , et fut inhumé au village de Laeken. On trouve de lui une notice biographique , mais fort inexacte , dons la Biographie nouvelle de* contemporains, t. XI, p. 4.
(a) Corneille Juste Philibert Philippe Uytternesse comte de Spanghen, baron de Remit ,
seigneur de Valckenisse , Daelhem , Staden , Scbevenoot , Uusseghem , Wetlerbeeck , etc. , chambellan de Sa Majesté impériale et royale apostolique, membre et a plusieurs reprises député de l'état noble du duché de Brabant, né à Bruxelles, le 28 novembre 1726, mort , sans alliance , dans la même ville, le 10 décembre 1817 , à l'Age de 91 ans 13 jours , était fils de Philippe Louis Joseph Uytternesse , baron de Spanghen et d'Herent , etc. , capitaine de cavalerie au service d'Espagne, membre des états de Brabant , etc. , et de sa seconde épouse, Anne baronne de Spanghen, sa cousine. 11 descendait d'une ancienne famille hollandaise, qui était venue s'éta-
blir en Belgique, pendant les troubles du seizième siècle. De Vcgiano en a donné ia filiation
Litvnor m u Mon un».
Db Gavik d'Atssap.
DuPinw Ds Giid
HAPÉDIUS
Disons, en passant, qu'une partie de la noblesse inclinait visiblement pour les principes de la révolution française. A cette opinion appartenaient le comte de Lannoy, la duchesse d'Ursel, dont nous avons déjà mentionné l'arrestation , en môme temps que celle du citoyen Secrélan, et surtout le comte de la Marck (i). On a quelque peine à expliquer cet aveuglement de l'aristocratie brabançonne, si ce n'est par ses relations avec les hommes de lettres de France, avec les artistes dramatiques, qui étaient accueillis dans toutes les grandes maisons, et avec les instituteurs français , auxquels était confiée l'éducation de la jeune noblesse. Secrétan était un de ces hommes, bien qu'il fut né en Suisse, qui semblaient avoir pour mission de semer des idées démagogiques. Son importance dans la maison d'Ursel était telle, que la
depuis la fin du treizième siècle, dans la suite du Supplément au nobiliaire des Pays-Bas et du comté de Bourgogne, 1686-t763. Malines, 1779 , in- 12, p. 39-60. Le château de Spangben , dont celle famille porte le nom depuis le commencement du 1 v siècle, est situé au village d'Overschie, dan* cette partie de la Hollande méridionale, qui était connue sous le nom de Dclflland ; cet antique manoir dont on voit encore aujourd'hui les ruines, avait été bâti en 1310 , détruit en 1573, et reconstruit à la fin du 16* siècle ; les dessins de ce château , dans son ét*l primitif, et de ses ruines , telles qu'elles existaient au milieu du siècle dernier, ont été donnés par Cautillon : Vermakclykheden van Brabant. Amsterdam, 1770, in-8% l. III, p. 125, n* 6. Le comte De Spanghen fui admis, en 1753, dans l'état noble du Brabant, en qualité de baron dUereot, terre située près de Louvain, non loin de la chaussée qui conduit à Matines. Cette terre avait été érigée en baronnie, par lettres patentes du roi Charles II, données le 15 juillet 1687 , en faveur de Juste Philibert de Spanghen d'Uytternease. Le comte de Spanghen prouva pour son admission aui états de Brabant, les quatre quartiers suivants, savoir :
De Sruau. De SeAncat*.
Vas Gaxve. Mkpsch.
(i j Auguste Marie Raimonl prince d'Arcmberg, comte de la Marck , oncle du duc d'Arcmberg actuel, né à Bruxelles, le 50 août 17&3, fils puîné de Charles Marie Rairoondduc d'Are m • berg, mort de la petite vérole , au château d'Enghien, le 17 août 1778, à l'Age de 57 ans, et de Marguerite comlesse de la Marck et de Schleidcn. Il servit d'abord dans les armées françaises, où il commanda le régiment de la Marck , avec lequel il fit , en 1780 , une expédition aux Indes. 11 obtint le grade de maréchal de camp, le 9 mars 1788. En 1789 , il fut nommé député de la noblesse aux états-généraux, par la petite ville du Quesnoy. Il embrassa le parti de la révolution . et fui l'ami intime du célèbre Mirabeau, qui le nom ma son exécuteur testamentaire. En 1790 , il entra comme général au service des étals de la Belgique. Eu 1791 , il se reconcilia avec le gouvernement autrichien, quitta la France, renonça h sa qualité de Français, et fut admis dans les armées impériales, en qualité de générai major. En 1814, il leva en Belgique, a tes frais, un régiment de chasseurs; et bientôt après, le roi des Pays-Bas le nomma lieutenant général. Il mourut à Bruxelles , à l'âge de 81 ans, le 26 septembre 1833. Il avait épousé, le 23 novembre 177*, Marie Françoise Ursule marquise De Cernay, morte le 12 septembre 1810, dont il a laissé un fils, le prince Ernest Englebert d'Arcmberg, qui est établi à Vienne. On trouve des notices biographiques du prince Auguste, dans presque toutes les Biographies modernes. V., par exemple, Biographie nouvelle de* contemporain», t. I, p. 238.
DE BERC
duchesse lui écrivait dans les termes d'une affectueuse familiarité : « Je ne puis assez vous dire la peine que me fait votre détention. Donnez-moi de vos nouvelles toutes les fois que cela vous sera possible. Mes enfants se portent bien; mon fils est, comme je le désire, bien pénétré d'être séparé de vous. » Il est fait mention aussi, dans la correspondance du général d'Alton avec le comte De Trauttmansdorff, d'un avocat français , nommé Garnier, qui avait été précepteur des jeunes princes d'Aremberg, et ensuite du comte de Mérode, fils de Madame De Lannoy. Cet homme fut signalé de Paris, par le comte De Mercy, comme se disposant à rentrer dans les Pays-Bas avec une mission révolutionnaire. Ces divers faits semblent indiquer la voie par laquelle les idées françaises avaient pénétré dans quelques familles aristocratiques du Brabant.
Les troupes de la garnison de Bruxelles, comme si l'on ne pouvait en faire un meilleur usage , furent encore mises en mouvement pour opérer l'arrestation de l'archevêque de Malines et de l'évêque d'Anvers, qui avaient été consignés dans leurs refuges. Mais l'un et l'autre furent avertis et prirent la fuite. Cette évasion donna lieu à un échange de lettres piquantes entre le gouvernement et le cardinal-archevêque. Sous la date du 28 octobre 1789, M. De Trauttmansdorff fit publier la dépêche suivante, dans la Gazette des Pays-Bas, du 1er novembre, et dans Y Esprit des gazettes, t. XX , p. 376 :
c Monsieur le cardinal ,
t J'adresse cette lettre à votre hôtel et je laisse à vos gens le soin de vous la faire parvenir, dans le lieu de votre retraite qui, sans doute, ne leur est pas inconnu. Vous avez mis le comble à la désobéissance criminelle dont, depuis quelque temps, vous n'avez cessé de vous rendre coupable envers votre souverain, et la fuite que vous venez de prendre, dans l'instant que la troupe des rebelles fanatiques, soi-disant patriotes brabançons, rassemblés sur le territoire de la république des Provinces-Unies, a osé faire une irruption à main armée dans ce pays, pour y exciter