‹ Ferdinand Rapédius de BergChapitre 107 sur 119 · II · texte numérisé non relu

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rant que, par son influence, il parviendrait à ramener le calme dans cette province. Ne voulant négliger aucun moyen de séduction, il alla jusqu'à proposer des places et des récompenses aux chefs de l'insurrection. M. Raepsaet n'ayant pas voulu se charger de sa commission à Gand , il fit mettre D'Aubremé et Fisco en liberté, et les chargea daller offrir à Vonck une place de secrétaire d'État, et aux avocats Verlooy , Willems et T Kint des places de conseiller du gouvernement (i).

11 serait assez difficile d'affirmer que des tentatives semblables aient été faites auprès du général Van der Mersch ; mais la conduite de celui-ci permet au moins de supposer qu'il fut instruit des dispositions du gouvernement, et que, dégoûté par le ton et les exigences du comité de Bréda , il voulut profiter de l'occasion ixmr rentrer en grâce auprès de l'Empereur. En effet, Van der Mersch s'était promené en vainqueur de Diest à Tirlemont; aucun danger nouveau ne semblait le menacer; la colonne de d'Happoncourt ne s'était pas encore mise en mouvement ( l'ordre ne partit de Bruxelles que le 26 ); les autres troupes, sous les ordres du général de Baillet-Latour , venaient de battre en retraite , comme Von sait; et ce rat dans ce moment que Vao der Mersch saisit le prétexte de dépêches qu'il avait interceptées et dont il envoya des copies au comte de TrauttmansdorlT, pour établir des relations directes avec le ministre plénipotentiaire et pour lui demander la paix. Le 28 novembre, de grand matin, il lui écrivit qu'étant convaincu, par les dépêches interceptées, des sentiments favorables de Son Excellence pour la conservation du pays et la cessation de Ceffusùm du sang, il avait cru devoir communiquer ces dépêches au comité de Bréda, et que, si on voulait lui donner l'assurance que les troupes de Sa Majesté ne feraient plus aucun mouvement, il s'engageait, sur sa parole d'honneur, à conserver également toutes ses positions, jusqu'à ce que le comité pût répondre aux vues salutaires de Son Excellence. Ce n'était pas, comme l'on voit, une simple demande de suspension d'armes;

(i) Manuscrit de Vonck, page 63, cilé par Goclval, Manuscrit ûe la bibliothèque dr Bourgogne, n» 189&3.

DB BF.ItG.

c'était une proposition formelle de se poser médiateur entre le comité de Bréda et le gouvernement , proposition d'autant plus extraordinaire, qu'elle venait après le manifeste par lequel Joseph II avait été déclaré déchu de ses droits à la souveraineté du pays. Il est à remarquer aussi que cette proposition coïncidait singulièrement, par sa date , avec les nouvelles tentatives de M. Yan der Borch auprès du comité, depuis la publication du décret du 25 novembre. Le drossart de Bréda sollicitait une suspension d'armes, au nom du gouvernement autrichien, dans le même temps que Van der Mersch faisait à ce gouvernement des ouvertures pour arriver à la conclusion de la paix. Nous avons déjà vu comment le comité de Bréda, qui avait pris le titre d'États de Brabant, sut éluder la demande du baron Yan der Borch; nous allons voir comment Van der Mersch manœuvra pour forcer la main au comité.

Le colonel De Brou arriva au quartier-général des patriotes le 9 novembre. Le résultat de cette première entrevue fut que Van der Mersch abandonna Tirlemont, le même jour, et se retira à Léau. D'Alton, de son côté, donna l'ordre aux troupes qui s'étaient avancées vers Tirlemont de se retirer. Il fut convenu qu'on attendrait, dans cette position, que le comité de Bréda eût consenti à l'entière évacuation du territoire par l'armée insurrectionnelle. Le lendemain, 50, les négociateurs arrivèrent enfouie auprès de Van der Mersch : il reçut d'abord la visite du baron de Pistrik; M. de Muller lui apporta ensuite des dépêches du ministre plénipotentiaire; enfin, le \tr décembre, le colonel De Brou revint à Tirlemont, et lui demanda une entrevue à Orsmael, entre cette ville et celle de Léau. C'est là que fut signé, dans la nuit du 1er au 2 décembre, l'acte qu'on a appelé l'armistice d'Orsmael ( i), et qui était plutôt un préliminaire de soumis-

( i ) Voici le texte de ce document :

< Le bien général de ta nation et le» vue» salutaires de S. M. l'Empereur et Rot , pour Taire cesser tout acte hostile , et les violences que ces moment* de troubles ont naturellement ent rainées après eui, sont cause que S. M. l'Empereur et Roi ayant manifesté par ses derniers édits, combien elle est touchée des malheurs qui accablent dans ce moment de trouble son peuple bel^ique, et voulant y rétablir l'ordre et la confiance qui a toujours subsisté entre le souverain et sou

Il AI' fi 1)1 US

sion, de la part de Van der Mersch, qu'une véritable suspension d armes entre deux armées en présence. Le colonel De Brou avait mission de demander six mois de trêve , et d'en excepter la Flandre : Van der Mersch insista pour que la Flandre y fût comprise , et il ne voulut prendre la responsabilité que d'un engagement de dix jours, cm attendant qtte, de part et a"autret on eût le temps nécessaire pour se faire autoriser à l'acceptation du terme de deux mois.

peuple, a trouvé bon de rétablir tous les privilège* et notamment la joyeuse entrée, et plusieurs autres objets plus amplement détaillés dans ses derniers édits.

« Mais pour rendre les effets salutaires et plus efficaces qui doivent résulter de l'amnistie générale, il devient nécessaire que touie action de trouble, tout acte de violence vienne à ersser , afin que la confiance rétablie puisse, par des arrangement* solides pris entre le souverain et son peuple, donner une assurance qui assure Tordre cl la prospérité publique. II a été convenu entre les soussignés, le colonel De Brou, au service de Sa Majesté, et le commandant général de l'armée patriotique Van der Mersch, pour faire cesser toute effusion de sang ulté heure , d'établir une suspension d'armes entre les troupes de Sadite Majesté et ladite armée patriotique, pour quelle lin le colonel De Brou a fait connaître qu'il était autorisé d'entrer dans cette convention pour les provinces de Luiein bourg, Limbourg, Namur et Brabant. Sur quoi le commandant Van der Mersch a lait connaître qu'il ne pouvait entrer dans aucune convention qui n'aurait pour but que des provinces particulières , et qu'il était nécessaire que, pour entrer dans un pareil arrangement, la Flandre devait aussi y être comprise, avant que ledit colonel uc fût également autorisé a cette fin.

« Apres quoi ils ont résolu que ledit colonel s'adresserait à ses supérieurs et se ferait autoriser pour accepter la trêve ou suspension d'armes, pour le terme de deux mois, à commencer du premier décembre de la présente année; et qu'en attendant que ladite trêve soit acceptée par lui pour la province de Flandre, comme pour toutes autres ci-dessus citées, il serait provisionncllrmeni convenu d'une suspension d'armes et do toute hostilité quelconque pour le terme de dix jours, à commencer de la date de celte, afin que l'on eût le temps nécessaire pour se faire autoriser pour l'acceptation du terme de deux mois de suspension d'armes et de toute hostilité , sous quelque dénomination que ce puisse être, a commencer de la date et du jour de l'agréation.

• Et comme il est essentiel que l'on rétablisse l'ordre et la confiance, l'on est également convenu que , dans l'acceptation d'une suspension d'armes , serait aussi comprise la liberté de commerce , de communication , la liberté des postes et tout autre moyen de se transporter d'un lieu à un autre, sans qu'il y soit fait aucun empêchement ni trouble; bien entendu que l'on n'entend point par là la marche des troupes , soit armées ou autrement, passade des munitions de guerre et tous les autres objets de cette nature, qu'ils puissent passer par les terrains possédés par l'autre partie et qui sont désignés ci-dessus, mais bien les personnes isolément, après être porteurs de passeports qui seront délivrés par les chefs, de part el d'autre, et qui devront être conlre-signés dans les lieux de leur entrée où la partie sera dominante et en possession.

. El pour ôler toute équivoque à cet égard, dans le Brabant, l'armée patriotique sera tenue dans les villes de Diest et Léau, avec un territoire d'une lieue et demie à la ronde, pris du centre de la place; et, dans la Flandre, dans les villes de Gand, Bruges, Oslende, Y près , Fumes et Mcnin; el d'après les principe* posés ci-dessus, il en sera de même pour ces dernières villes. Et comme pour consolider le présent acte il faut que le colonel Pc Brou soit autorisé a accepter la suspension d'armes pour la Flandre, l'on donne le terme de dix jours audit colonel , pour être autorisé à l'acceptatiou de cet article, pour donner force à celte convention, sans quoi elle sera

sans vulrur.

• Fait à Orsmael , le 5 décembre 1789.

. Signé Ds Baou , colonel. »

DE BKRC

Ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans cette convention, c'est que son but était de rendre les effets de t 'amnistie générale plus salutaires et plus efficaces; de sorte que le général patriote, en signant cette pièce, déclarait implicitement vouloir concourir à la réussite des vues du gouvernement ; de son aveu , la suspension d'armes n était qu'un moyen de donner aux dernières mesures de M. de Trauttmansdorff le temps de produire leur effet, de ramener le calme dans les esprits, de détruire, en un mot, tous les éléments de la révolution. Van der Mersch, s'il n'avait eu une arrière-pensée , et s'il avait réellement eu l'intention de reprendre les hostilités à l'expiration de l'armistice, se serait donc ainsi privé volontairement de ses principaux moyens de succès! On a blâmé le comité de Bréda de ses méfiances à l'égard de Van der Mersch (i); mais nous les comprenons trèsbien; elles nous paraissent même fort légitimes, en présence des faits que nous venons de rapporter. Évidemment, selon nous, Van der Mersch croyait ses compatriotes plus sages qu'ils ne l'étaient; il pensait qu'en rétablissant la joyeuse entrée, les privilèges, toutes les vieilles institutions du pays, en supprimant le séminaire général , en rendant l'administration de leurs biens aux abbayes, en faisant enfin disparaître tout ce qui avait causé les troubles, ceux-ci devaient cesser et toutes choses rentrer dans leur état normal. Il se trompait, voilà son crime; et ce crime devait être grave aux yeux du comité de Bréda, qui déjà s'était assis sur le trône des ducs de Brabant et qui n'entendait plus en descendre.

Van der Mersch partit pour Bréda immédiatement après avoir conclu l'armistice, et il envoya à Gand le curé Janssens avec l'adjudant Mesmaccker. Le comité fut consterné en apprenant la cause de son voyage. « Un coup de foudre , écrivait Van Eupen ; le général Van der Mersch est ici. Il a fait une trêve pour dix jours et veut faire un tour par la Flandre. Je m'y suis opposé avec douceur et bonté; lui était furieux; il était brusque, un

(i) Borgnel, LtUrtt sur la révolution brabançonne, t. II , p. 53.

HAI'ÉDIIS

cheval de carrosse ne Test pas davantage. Nos troupes sont encore en règle, et, après dix jours, celles de Flandre le seront peutêtre , et vraisemblablement en état d'attaquer l'ennemi. Quant à cela, c'est bien; mais je crains que Van der Mersch ne nous ait

vendus (i) » La conduite du général donna lieu à une vive

discussion dans le comité. Elle y fut blâmée avec tant d'amertume, qu'il voulut, dès ce moment, abandonner son armée et passer en Flandre. Mais là aussi l'œuvre d'Orsmael avait été désapprouvée. On en craignait particulièrement les conséquences pour cette province, parce qu'il semblait qu'il avait été laissé à l'arbitrage du gouvernement de comprendre la Flandre dans la trêve ou de l'en exclure.

II s'ensuivit que l'armistice ne fut ratifié ni à Gand ni à Bréda. On parvint cependant à ménager une espèce de réconciliation entre Van der Noot et Van der Mersch , et celui-ci consentit à reprendre le commandement de l'armée. 11 partit le 6 décembre. Ce fut pour aller se mettre sous la surveillance de M. Goffîn, auditeur général («;) et sous la tutelle de deux doyens de métiers,

(i) Elirait d'une lettre datée de Dréda, 3 décembre 1789, Résume des négociaiiotu, etc., déjà cité, p. 114.

(i) Nous possédons une lettre autographe de Van der Noot, qui contient les instructions données à M. Goffln dan» celte circonstance. Ce serait en altérer le mérite que de la traduire ; nous la donnons ici textuellement :

• Brada, 3 december 1789.

• Mynbeer,

« By onsc dépêche van heden nm den lieutenant- gcncraal tnedccomcndc ishy gelast voor bel toekomendc UE. te roepen endc t' admiltcren in den crygtraad. Wy waren in meynfnge dat UE. f clckcrs daar by wa», gelyck UE. hadt behooren te ryn als auditeur gênerai Tan onsc légers, endc l' is by geval dat wy onderboort bebben dat UE. nict présent zyt geweest. Wy belasten dan UE. van in bet tockomende nooit rneer naar te laalen van UE. daar in le bovinden endc naukeuriglyk toe te letlen dat het algemcyn welvaaren soo van dea dien&t als van bet land wort waargenonien. Wy verstaan selfs dat als UE. suit noodig achten van splen te gcbruykcn, UE. des gelycke gebruyckl. De beiaalinge sai UE. vergoed worden. De besonderste gevallen xyn over de mouvementen der iroupen van onsen vyand , want men can dienaangaande niet voorsiebligh genoeg zyn, alsoo op al teonsekere rapporten d'operatien van onse troupen den moed benemen van onse (roepen. Wy connen niet doorponden waar om onse Iroupen Thieuen bebben verlaa len , nog veel ininder begrypen »y waarora men deselve naar Sont I-ecuw beeft doen wyken , in plaalse van het walsch Brabanl in te trecken , alwaar bet léger roeer als dryemaal soude ver dobbelt bebben.

< Voorts wy zyn verwondert dat UE. ons niet meer rapport doet. Wy bebben nog geenehet minslen over het geval van den advocaat Dnrhateau , selfs niet ofUE. bebt onthngen de stucken

DE ULKC.

qui devaient assister à tous ses conseils de guerre, l'aider dans ses opérations et envoyer ses plans de campagne à Bréda. De ces aides de camp de nouvelle espèce, l'un était un cabarelier de Louvain, nommé Merlens, l'autre un teinturier de Bruxelles, nommé Van Parys.

Là ne s'arrêtèrent point les humiliations qu'il eut à subir de la part du comité de Bréda. A son arrivée à Oiest, Van der .Mersch trouva une déclaration du colonel De Brou, portant qu'en conséquence de la convention conclue à Orsmael le 2 décembre , la suspension était définitivement acceptée pour les villes de la Flandre, et pour le terme de deux mois consécutifs, comme il avait été stipulé. La forme de cette déclaration embarrassa singulièrement Van der Mersch, qui crut devoir l'envoyer au comité de - Bréda , avant d'en accuser réception au colonel De Brou. Van der Noot lui répondit, sous la date du 7 décembre, qu'il fallait agir avec' la plus fine politique possible, et écrire de manière à ne rien préjuger quant à la durée de la suspension d'armes. Tout en se conformant jusqu'à un certain point à ces instructions, Van der Mersch écrivit cependant à De Brou que les états de Brabant avaient consenti à l'armistice de dix jours (assertion inexacte), en attendant qu'ils se décidassent pour l'acceptation ou pour le rejet de la trêve de deux mois , ce dont il aurait l'honneur de lui faire part à l'expiration du terme consenti.

Dans le même temps que Van der Mersch écrivait cette lettre, qui certes n'était pas trop obligeante pour les Autrichiens , le comité de Bréda lui préparait un affront sanglant. Dans une assemblée tenue le 9 décembre, il fut résolu que la conduite du général commandant serait désavouée ; que le comité déclarerait l'armistice d'Orsmael entaché de nullité , partant inopérant et

van Lummen die wy UE. zcJert cenigen tyd hebbon locgesonden. Alvolgcns bclaslen » y (JE. aan uns inccrdere rapportcn le doen.

• Wy lyn met agtiuge,

■ MynHeer,

« UED. W. D., II. C. X. V»* wn Noot, 178!>. qq.

- Brwla, 3 decembor I7W). .

422 RAPÉDIUS DE BEBG.

sans effet , et qu'enfin le lieutenant-général Van der Mersch aurait à reprendre immédiatement les opérations militaires, comme si l'armistice n'avait jamais existé. Un extrait de cette résolution fut envoyé à Van der Mersch, qui, cette fois, se fâcha sérieuse- - ment. Il y répondit par l'envoi de sa démission. Mais la trêve de dix jours étant prête à expirer, le comité lui dépêcha une députation composée du baron d'Hove et de M. d'Uoobrouck de Moereghem, pour l'engager à rester à la tête de l'armée. Ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant, l'armistice avait produit des résultats si inattendus que Van der Mersch se laissa facilement persuader.

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