ASSEMBLÉE DES ÉTATS. — M. DE BERG INTENDANT DU CERCLE DE BRABANT
On se ferait une très-fausse idée de ce qu'était rassemblée des étals de Brabant, si l'on croyait pouvoir la comparer à nos chambres législatives actuelles. Le pouvoir, à cette époque, n'était pas un objet de convoitise banale , et l'on ne voyait pas ces luttes incessantes de partis, ces assauts perpétuels, livrés à ceux qui sont en possession par ceux qui aspirent à y être. Aussi , l'assemblée ne se divisait-elle pas systématiquement, comme aujourd'hui, en deux Tractions formant l'une la majorité, l'autre la minorité. Il s'ensuivait que le gouvernement, de quelque côté qu'il se tournât, restait sans influence décisive, et que, dans aucun temps, dans aucune circonstance, il ne pouvait porter atteinte à la constitution ou aux lois du pays, sans s'exposer
à voir la représentation nationale se soulever tout entière contre lui. Ce régime offrait donc bien plus de garanties à la constitution et à la légalité, que le régime représentatif moderne , bien qu'on ait décoré celui-ci du titre de constitutionnel par excellence. Pour un gouvernement fondé sur une majorité parlementaire, il y a moins de danger à violer les lois et même la constitution , parce que la volonté de la majorité est omnipotente. Mais un gouvernement qui n'a pas une majorité parlementaire pour couvrir sa responsabilité, est obligé de porter lui-même le poids de tous ses actes, et pour peu qu'il s'écarte des voies légales, il tombe dans un vague arbitraire, qui ne lui laisse aucun point d'appui. C'est là peut-être ce qui Ot la perte du gouvernement autrichien.
Du reste, beaucoup moins nombreux que les corps délibérants d'aujourd'hui, les états de Brabant se composaient d'abbés, de nobles et d'une députation du tiers état, à laquelle il était interdit de prendre la parole. Nos pères, en général, n'étaient point affligés de cette infirmité qui semble régner dans toutes les assemblées de nos jours, et qu'on pourrait appeler incontinence de langue. Ce n'est pas que, parlant peu, ils parlassent toujours bien ; mais comme les séances des états n'étaient pas publiques , ils n'éprouvaient point cette soif de célébrité, ce besoin de se donner en spectacle , qui entraîne aujourd'hui dans la carrière de l'éloquence tant de gens dépourvus des qualités les plus indispensables à l'orateur. De discours, il s'en faisait cependant, et des plus ampoulés; mais ce n'était pas la règle commune. Un discours était un événement; il en échéait deux ou trois à chaque session, et dans des circonstances extraordinaires seulement; on les faisait imprimer en forme de brochure; ils se vendaient chez tous les libraires; ils trouvaient place dans toutes les bibliothèques.
Dans les temps ordinaires, les séances des états se passaient en délibérations, en pourparlers. On lisait les lettres, les messages reçus; on se communiquait les réflexions que ces documents faisaient naître; on délibérait sur les réponses à y faire. L'assemblée était en correspondance suivie avec le gouvernement général,
DE BERG
avec le conseil souverain de Brabant, avec les magistrats des trois chef-villes. Parfois elle déléguait quelques-uns de ses membres pour entrer en conférence directe , soit avec le ministre plénipotentiaire, soit avec des commissaires délégués par le conseil de Brabant. On verra , par les exemples de toutes ces choses , rapportés ci-après, que les états ne manquaient pas d'adresse et de tactique dans ces espèces de négociations. Mais avant de reprendre le récit des événements au point où nous l'avons laissé, il est nécessaire que nous revenions un instant à l'objet principal de nos travaux , à l'homme dont nous avons emprunté le nom, pour en décorer le titre de cet ouvage.
M. De Berg avait été appelé à Vienne, vers la fin de janvier 1786. 11 y eut plusieurs entrevues avec l'Empereur et s'y lia assez étroitement avec M. Ànthon , secrétaire particulier de Joseph II (t). Quoiqu'il n'eût pas été mandé officiellement pour
( i) Les lettre! mirantes en sont des preuves authentique* :
t Sa Majesté m'ordonne de tous envoyer l'incluse pour S. A. R. Madame l'archiduchesse. Je ■n'empresse de m'en acquitter et d'y ajouter les vœux les plus sincères, que je forme pour le succès de votre voyage. Je me flatte, au reste, que l'audience de ce matin vous aura convaincu que S. M. sait apprécier vos mérites. Rendez également justice a l'intérêt que j'y prends , ainsi \ de considération ires-diHinguée avec \